MONT TESTACCIO.
« Restez donc dans vos nuages à l’écart des réalités , pauvre petit poète…. Pour que vous fassiez preuve d’une telle manque de réalisme votre gîte doit probablement être bien boueux!…. »
C’est ainsi que la conversation précédente se terminait par cette remarque de compère Ichthus, psychanalyste en herbe. Je vivrais donc dans les nuages à force de loger dans une bauge.
Il ya certes à cela une bonne part de vérité.
Concernant d’abord la question de la bauge, je commencerai en relatant la suivante anecdote.
Une personne sur le point de partir pour Rome demande s’il est vrai que l’on peut jouir d’une magnifique vue de la ville, de la place Navone, juché sur le bord de la fontaine des quatre fleuves.

Eberlué, je demande qui a bien pu lui raconter cette sottise car c’est comme si l’on prétendait avoir une belle vue de Paris , en se perchant sur le bord de la fontaine de la place Saint Michel.
La personne me répond qu’elle l’a lu dans….
….ce roman :

Quelques instants je reste sceptique tant j’ai du mal à croire que l’on puisse écrire un livre ayant pour cadre des lieux dont on ne prend même pas soin de vérifier la topographie. Voyant mon air incrédule , mon interlocuteur se dit prêt à m’apporter le livre mais je l’arrête aussitôt. En fait, je le crois sans peine, ayant lu le « da Vinci code », je ne connais que trop l’amas de bêtises et d’ erreurs que peut comporter ce genre de littérature.
Je suis à vrai dire effrayé par ce pouvoir sans précédent de la confrérie de l’ insignifiance et de l’insanité. Tandis que le vrai talent se sert de moyens légers pour un message fort, la médiocrité pallie la faiblesse du message par des moyens lourds.
L’image est effectivement d’autant plus artistique qu’elle parle d’une voix basse qui nous élève

tandis qu’elle dégénère en propagande lorsqu’elle parle d’une voix haute qui nous abaisse

C’est ainsi qu’une pauvre chose comme le da Vinci code bénéficiera de toute la brutalité de la propagande publicitaire et de la machinerie hollywoodienne, enrôlant le fracas de 1000 tonnes au service de son inconsistance, le véritable génie littéraire, quant à lui, ne s’appuyant que sur la seule force d’une plume, d’impact immédiat inévitablement limité dans un monde où l’on sacrifie au Dieu du commerce ou de l’évènement, ce qui est synonyme.
Quelques lignes suffisent à Borges pour dire beaucoup, alors que des centaines de pages semblent ne pas suffire à Brown pour ne rien dire.
Convenons d’abord que saisir les choses délicates requiert la fatigue de nous hisser sur la pointe de l’esprit alors que se montrer sensible aux choses pesantes comme le tapage médiatique ne demande aucun effort de sorte que la différence entre délicatesse et pesanteur recoupera ce qui sépare la propreté de la saleté. Laver son corps ainsi que son logis demande en effet un effort toujours renouvelé tandis que la paresse constitue la meilleure pente vers la crasse et l’auge à cochon. Nous en arrivons ainsi à la question de la bauge car de tout cela nous en déduirons sans peine que par la Grand-Messe autour de Dan Brown, de Tom Hanks ou du journal de 20 heures faisant la publicité des deux premiers, l’homogénéité du groupe se soude autour de la porcherie et c ‘est alors que nous allons peut-être enfin trouver ce que nous cherchions la fois dernière, cet infini au sein duquel on pourrait réconcilier les humains.

Nous aurions donc ici le possible Messie des temps modernes, tant par le virus qui pourrait tuer le corps que par le microbe qui peut anéantir l’esprit.
Quoiqu’il en soit, il eut tout de même fallu suggérer à Dan Brown d’autres endroits que la fontaine du Bernin pour avoir une belle vue sur Rome. Par exemple le Mont Testaccio, ancienne décharge où les romains venaient jeter leurs amphores cassées. L’accumulation des déchets devait finir par former une colline de 30 mètres de hauteur. On raconte que Nicolas Poussin montait souvent sur son sommet pour dessiner des vues de Rome.

La parabole est savoureuse. Un artiste montant sur un amas d’ordure pour créer. Amas de détritus produits par ses semblables, dont il s’asseoit sur le faîte, son regard portant d’autant plus loin que serait élevée la décharge qu’ aurait bâti son détachement.
Inutile donc d’en dire plus sur Dan Brown ainsi que sur le dernier probable navet tiré de ses inepties. J’en fais aussitôt une amphore cassée, jetée parmi tant d’autres sur mon propre Mont Testaccio. En ce sens , tout ce qui fait « évènement » et passe donc au journal de 20, heures m’apporte autant de matériaux pour alimenter ma décharge, Il n’y a pas d’émotion sans évènement et pas d’évènement sans émotion de sorte que les deux relèvent du déchet que doit fouler du pied quiconque aspire à quelques cîmes. Pendant que l’on discute ou s’affole au sujet de n’importe quoi, éventuelle pandémie, crise financière, exposition Truc ou dernier film de Machin, je rêve à l’homme juché sur une montagne de vases brisés au travers de l’ artiste obsédé par des travaux n’ayant rien à voir avec les goûts et préoccupations du jour. Nous en arrivons alors au deuxième point de la remarque d’Ichthus, mon désir de rester dans les nuages.
Dans le Gai Savoir, Nietzsche recommande de vivre « ignorant de ce qui paraît le plus important à ton époque » et de mettre « l’épaisseur d’au moins trois siècles entre elle et toi »
Trois siècles ?
C’est encore trop peu ; entre mon époque et moi c’est au moins mille ans que je voudrais placer.
Il m’arrive souvent de forger tel esprit ayant vécu il y a fort longtemps

tellement hors de son temps qu’il pouvait s’arracher aux formes contemporaines pour se les représenter ainsi :

Si, selon cette juste remarque de Diderot, un monument devient plus intéressant quand il est ruiné, c’est que la ruine en tant qu’oeuvre d’un polissage érodant est expression d’une quintescence analogue à ce qu’opère en nous la nostalgie née du souvenir.
Il n’est pas de meilleure poésie que le souvenir, chacun est le poète de sa vie, au moyen de la décantation qu’opère la mémoire. A l’ immédiateté de l’évènement faisant appel à l’émotion s’oppose le lointain du souvenir qui réduit l’évènement au flottement d’un duvet parce qu’il efface notre superficielle subsjectivité qui s’y rattache. L’art est alors moyen d’accélérer le processus mnémonique par lequel on extraie un peu du noyau invisible de sa gangue de matière et d’instabilité passionnelle.
D’une scène présente, Atget tire aussitôt un souvenir de plusieurs siècles.

Et d’un souvenir de plusieurs siècles, je m’efforce quant à moi d’ajouter d’autres siècles
http://falcophil.info/ifotos/?dir=Cataclysmes&pic=Errance2
pour atteindre l’ impassibilité du glacier, du désert et de la lune.
Serais-je donc à ce point dénué d’ humanité?
Je répondrai sans hésiter que oui.
Dans les moments où je tente de créer , je suis une véritable montagne d’indifférence,

tout ce qui vit m’ importune

Crise, guerre ou pandémie, peu m’en chaut de tout ce qui peut arriver,
tenter d’ être artiste, c’est avant tout aspirer à ne plus se sentir concerné par ce qui intéresse les humains

parce que l’on est uniquement préoccupé de ce qui pourrait les racheter.

Je songe à ce philosophe de l’ancienne Chine du nom de Lu Yu qui s’était retiré dans la montagne pour vivre en ermite. Il eut pour maître un certain Chang Li, autre sage de renom vivant lui aussi en reclus pour s’abîmer dans le vol d’une mouche, ainsi que Wang Pei qui à l’age de 20 ans abandonna une prometteuse carrière de fonctionnaire pour passer le restant de sa vie à regarder un petit caillou posé sur le bord d’ un ruisseau.
A l’instar de ses maîtres, Lu Yu ne proférait ni parole contre le monde et les hommes , ni jugement sur les évènements et l’histoire. En fait, il ne parlait pas. Sa seule occupation consistait à boire du thé, là était toute l’essence de son enseignement, le thé. On lui rendait visite uniquement pour le regarder boire son thé et l’on repartait, quelque temps soulagé de sa peine, car l’on devinait à cette manière si unique et si apaisante avec laquelle Lu Yu préparait son thé, le servait puis le buvait en silence, qu’il avait érigé cette pauvre activité au rang d’une sagesse et d’un art.

J’ai en bonne partie forgé cette histoire mais elle rend très bien compte de ce dont j’entends parler. Il ne s’agit pas d’être « obsédé » au sens d’être mis hors du monde par une idée fixe vous enchaînant à quelques fragments retranchés mais de cette transubstantiation en vertu de laquelle la chose la plus humble, mouche, thé ou caillou, devient comme un soleil irradiant le rythme et l’équilibre fondamental d’une densité qui satellise les idées, les faits et les gestes et vous place alors de plein pied dans une sorte de terre commune.
Voltaire écrivant son poème sur le désastre de Lisbonne, s’exclame, se lamente et s’indigne sur la mort de milliers d’innocents. Ce faisant, il est certes humain mais il n’est pas poète car Voltaire a beau être humain, il n’en demeure pas moins que son poème est un très mauvais poème pour ne pas dire un poème franchement raté. Une véritable réussite artistique eut sans doute exigé moins de mouvements d’indignations et plus de froideur détachée. Nous l’avions déjà quelque peu évoqué lors d’un précédent billet
http://falcophil.info/blog/aaaaa/
adhérer à l’événement est la meilleure façon pour rater un travail artistique. L’art est recherche patiente et tâtonnante, quête de longue haleine qui nécessite recul et distance et ne peut donc que trouver moins de terreau fertile à son éclosion face à ces continuelles sollicitations du monde moderne et de ses médias, toute chose, aujourd’hui amplifiée par internet, exigeant d’être immédiatement « informé » et de réagir aussitôt à n’importe quoi.
Mais le poète ne réagit pas, il rumine et son inhumanité est celle de l’ immobile balancement d’une vache regardant passer l’humanité prétendue d’un train qui file, tandis que de sa rumination sortira peut-être un éclat de cet arcane similaire au silence inscrit au coeur du minéral où la pauvre vapeur de ma vie sent qu’elle peut déceler quelques indices de ses racines.
Le travail artistique présenterait en effet quelque chose de ce « mystère infiniment plus grave et plus vaste et plus lent que le destin de notre espèce passagère » évoqué par Roger Caillois dans ses « Pierres ». Si nous avons souvent l’impression que la ruine rejoint le minéral, c’est que la mystérieuse destinée qui la déforme et l’in forme semble l’orienter vers ce même undgrund, sorte d’échos muet du fond des âges se trouvant comme scellé par l’ enrobé gourd de la plus humble caillasse et qui affleure dans ce travail du poète que Baudelaire qualifiait de « rêve de pierre ».

Kafka comparait son état d’écrivain à celui d’une « statue qui regarde au loin et reste accrochée à son socle » et retrouvait, quelque temps plus tard avec plaisir, une remarque voisine dans la correspondance de Flaubert parlant de son roman comme d’un rocher.
Feuilletant le journal de Kafka, je suis en effet émerveillé de constater que le 2 aout 1914, il écrit:
« L’ Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. L’après-midi, piscine ».
Il n’a rien de plus à dire en ce jour où change le cours de l’histoire. Le monde bascule mais Franz se rend à la piscine ! Aussi étranger que Meurseault allant voir un film comique le jour où l’on enterre sa mère !

La guerre ne viendra pas infléchir ce ton global d’ indifférence à l’histoire qu’il donne à son journal depuis 1910, année où il l’a commencé. Pendant toute la période du premier conflit mondial, alors qu’autour de lui s’ effondre un empire, il ne formulera que quelques rares remarques sur les évènements militaires, perdues au milieu des fables , des paraboles et relations de rêves, d’états intérieurs ou d’évènements anodins. Un cheval tombé dans la rue lui semble plus important qu’une armée vaincue, le chapeau d’un passant lui donne plus à penser que la disparition d’un monde. Le journal s’interrompt en 1917 pour reprendre en 1919, pas un mot durant l’année 1918 où est pourtant proclamée l’indépendance de la Tchécoslovaquie. Je ne peux m’empêcher de mettre cela en rapport avec Louis XVI écrivant « Rien » dans son journal, au soir du 14 juillet 1789. L’historien rectifiera en rappelant qu’il ne s’agissait que d’un carnet de chasse où était notée la prise du gibier mais il me plait tout de même d’inventer un Louis XVI doté d’une âme d’esthète lorsqu’il plaquait le mot « Rien » sur le 14 juillet.
L ‘homme moderne obsédé par l’information sera peu réceptif à ce genre de remarque. Le monde contemporain est, entre autre annoncé par Hegel qui veut remplacer la prière du matin par la lecture du journal. Nous l’avons dit, le journal de 20 heures pourrait désormais assurer la communion du groupe autour de l’évènement contingent, parodie de la messe qui veut assurer l’union des croyants autour de l’ évènement sacré.
Pourtant l’évènement politique répugne foncièrement à l’artiste. Verra-t’on un Michel-Ange condescendre au bas étage de la circonstance historique? Sauf quand il peint sur commande les faits d’arme du prince ou du roi, la spontaneité de l’artiste le porte davantage sur l’intemporel, s’il est italien ou, s’il est flamand,

(Van Eyck : les époux Arnolfini)
vers l’ insignifiance du détail, le terre à terre du quotidien, la mesquinerie de l’usuel,

la futilité de l’ustensile et le dérisoire du bibelot. C’est alors un regard de myope qui porte à voir le plus loin possible, l’essentiel est atteint par l’ inessentiel du décors, le plus important vous regarde au sein du miroir de votre vanité

et le presque rien est une reflet du tout comme la flaque d’eau peut comprendre une partie du ciel, chose impossible pour tout un océan.
Le hollandais nous fascine quant à lui par son art de tirer l’anecdote vers l’anti-anecdotique et d’imprimer l’universel sur le vernaculaire. Vermeer regarde son époque pour mieux regarder ailleurs.
Il n’en demeure pas moins que demander à l’artiste d’être fidèle témoin de son temps c’est exiger de lui qu’il prostitue son art pour satisfaire la curiosité historique des générations futures.
Curiosité fort légitime , la question n’est pas là, mais si nous voulons des détails sur la vie parisienne au XIX ème , adressons nous à la nullité artistique de certaines toiles de Jean Béraud, nous serons comblés par l’inventaire méticuleux d’un oeil d’ethnologue

mais nous le serons tout de même beaucoup moins avec Renoir

Et plus du tout avec Monet

Preuve qu’à mesure que l’on se rapproche du génie artistique, on assiste au spectacle de l’homme qui entame son temps, l’évapore en fumée lumineuse, le dévêt de son adventice ou le casse en autant de débris d’accessoires, nécessaire pour construire sa colline, dans la subtile alchimie de son art.
Certes, il est des exceptions mais elles confirment la règle
La guerre de 30 ans eut pour témoin direct un Jacques Callot qui nous en narre le déroulement tragique par des gravures de toute beauté ,

En revanche un Georges de la Tour, lui aussi exact contemporain de l’évènement, de surcroît vivant en Lorraine et donc au coeur de la tourmente, préfère se désintéresser des malheurs du temps pour s’enfermer dans la pénombre de ses intérieurs.

Mais que l’on juge alors qui de la Tour ou de Jacques Callot atteint au plus essentiel et qui, 4 siècles plus tard est encore capable de nous « parler » de chose qui nous touchent
A notre connaissance, le premier grand tableau du génie de l’art se voulant témoin de l’évènement contemporain, entendons par là, non plus l’évènement ayant pour centre le Prince ou le Roi mais l’homme ordinaire, fut « Très de Mayos » de Goya.

On sait que Goya suivait de très près les événements politiques de l’Espagne. Révolté par l’oppression qu’imposaient les troupes de Napoléon, il peint alors ce tableau en 1814, à propos de faits sanguinaires survenus quelques jours plus tôt.
La même année, peut-être à la même époque, Gaspar David Friedrich peignit cette oeuvre.

Posons nous une fois encore la question de savoir lequel de l’espagnol ou de l’allemand va le plus au fond des choses.
De même, en 1830 , année où Delacroix peindra son oeuvre la plus célèbre

, Friedrich, toujours lui, réalisera cette composition.

Ce qu’il faut penser de cette ineptie de l’esprit universel montant un cheval, nous le demanderons à cette autre peinture chinoise de la fin de notre XIIIème siècle. L’auteur est anonyme mais je m’ efforce de l’imaginer contemporain de cette période de troubles et de chaos où sombre la fin de la dynastie des Song sous les assauts des mongols. Là encore, l’historien aimerait des images témoignant de façon plus délectables que de médiocres illustrations

Mais une fois de plus, les vrais artistes du temps avaient sans doute autre chose à faire . Donc, notre créateur anonyme enrôlé dans l’armée impériale participe aux combats contre les hordes de Gengis Khan.
Ecoeuré , il déserte et s’en va au loin, ignorant tout de sa destination.
Sur un chemin de montagne il rencontre Chang Li, maître de Lu Yu dont il fut question plus haut.
Il demande à Chang Li de lui indiquer quelques lointaine retraite.
Chang Li absorbé dans le vol d’une mouche ne répond pas. Un disciple présent avise l’anonyme qu’il doit pisser sur le Maître pour obtenir une réponse.
L’anonyme s’exécute mais l’urine glisse sur Chang Li comme sur les plumes d’un canard.

Sans perdre de vue le vol de la mouche, Chang Li soudain lève le bras et indique à l’anonyme une direction quelque part vers quelques pics.
L’anonyme se rend alors la-bas et n’en repartira plus. A l’écart de la malédiction de l’histoire, tenté par la philosophie, il préfère devenir un sage et renonçant aux phrases, il devient artiste.

S’il y a une imposture de l’histoire, elle résiderait dans cette parodie d’ontologie que l’idéalisme allemand a cru pouvoir imposer au travers d’un devenir auquel on ne saurait conférer valeur de synthèse entre un être et un néant puisqu’en son instable écoulement où toute chose périt, ce devenir ne peut guère se différencier du néant. Kafka, pour en revenir à son journal, écrit, quelques jours après l’entrée en guerre des empires centraux, qu’ hors de sa vie intérieure , tout le reste n’est qu’accessoire. Différencier l’événementiel du non évènementiel reviendrait alors à séparer l’accessoire de l’essentiel. Qu’est-ce en ce cas que l’essentiel et que l’accessoire ?
Une ébauche de réponse fut déjà tentée
L’importance de la question est certes à la mesure de la déception apportée par les mots mais c’est sans doute que les mots eux mêmes ne sont pas essentiels. On tentera de répondre alors par les images, par exemple en comparant deux types de réalisations photographiques
L’une, un triptyque, pris en en Ulster, en 1972, par Don Mac cullin

Et l’autre, la même année par André kertesz

Et de nouveau la question réitérée:laquelle des deux va au plus essentiel ?
N’importe quelle guerre est tragique mais la guerre concerne t’ elle l’essentiel ? Les hommes se querellent parce ce qu’il sont incapables de comprendre l’essentiel. L’accessoire aussi difficile et dangereuse soit souvent son approche, reste pente et loi de pesanteur.
Notons toutefois qu’être au milieu des circonstances et en tirer quelque chose s’approchant d’une essence « divine », reste la plus difficile des démarches en ce qu’elle nécessite une certaine dose d’indifférence à l’évènement qui vous tire pourtant à lui par tous vos sens. Il n’est pas sûr en effet que Robert Capa juché sur son tertre pour prendre sa photo la plus célèbre,

fut réellement impliqué dans l’évènement. Toutes sortes d’ impératifs de composition, d’éclairage et de cadrage devaient exiger mise à distance et retrait du conflit au sein duquel le photographe demeurait pourtant physiquement présent. « Si ta photo est mauvaise, c’est que tu ne t’es pas assez approché du danger » avait-il coutume de dire. Le plus extraordinaire aurait été qu’au coeur même d’un chaos où il pouvait mourir à chaque instant, Capa fut aussi retiré au coeur de lui même qu’un Georges de la Tour réfugié au plus loin vers la bougie de son intérieur nocturne. D’où cette conclusion que rien ne pourrait rien contre vous puisque même la chose qui peut vous tuer porte en elle comme un reflet de votre propre essence inaltérable.
Doit -on en ce cas atteindre la plus extrême indifférence qui ferait de moi un phénomène d’égoisme? On pourrait alors suggérer qu’être perturbé par l’évènement serait une façon de penser à notre personne, entendons, notre pauvre petit personnage de chaire et d’os, tant celui-ci se trouve affecté par le contexte.
Au moment où j’écris cela, quelques personnes m »expriment leur crainte d’une éventuelle pandémie de grippe.
Si je me dis en effet que le virus H1N1 peut me tuer, je tremble pour ma personne. Mais si je le regarde au microscope et m’extasie sur la beauté de son apparence que je trouve digne des plus belles peintures d’un Wols

je tremble déjà moins pour ma carcasse.
Je rêve à l’artiste (Me le dire s’il existe et il doit sûrement exister) continuant de créer en se servant des représentations du danger viral ou microbien dont il sait qu’il lui sera fatal. Un célèbre humoriste

avait dit-on le courage de plaisanter sur ce qui le tuait à petit feu, là s’instaure l’authentique volonté de puissance, quand la présence de la menace létale d’une force naturelle devient la matière même de mon rêve ou de mon rire.
Matière, cela s’entend, constituée de fragments brisés car quand de la peur j’extrais la beauté

je fais d’une potentialité mortelle, une amphore brisée

et avec d’autres tessons de vases, j’édifie peu à peu le mont du haut duquel

je verrai peut-être un petit pan de la ville éternelle.

et alors je ne tremblerai plus du tout pour ma vie, du moins l’espace de quelques instants car être pour de bon délivré de la peur, demanderait d ‘être pour toujours délivré du besoin de faire des phrases et des images.
Comments (60)
60 commentaires to “MONT TESTACCIO.” »
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mai 19th, 2009 at 7:23
Les philosophes auxquels tu songes regardent voler les mouches et demandent qu’on leur pisse dessus, le philosophe auquel moi je songe s’appelle Karl Marx.
Que des milliers de gens se retrouvent chômeur ou que d’autres meurent d’épidémie ou dans les guerres, selon toi c’est secondaire, tu préfères te confiner chez toi à photographier un oeuf et un verre à thé mais moi je préfère des gens comme Capa ou Mac Cullin qui ont risqué leur peau pour faire leurs photos.
Décidément tout nous sépare. Au fond Ichthus a raison, autant c’est nickel sur ton bureau ou dans tes images autant c’est dégueulasse chez toi.
Ton goût pour la beauté c’est un prétexte pour masquer ton narcissisme et ton égoïsme profond.
Je ne crois pas en revanche que Kafka était comme ça. Il est impossible que lui qui était si lucide sur son époque ait pu se désinteresser de son temps. Un artiste sans compassion et qui n’intègre pas dans son oeuvre les aspirations de son époque ne fera jamais qu’une oeuvre froide et superficielle.
mai 19th, 2009 at 9:54
Je ne comprends pas pourquoi cette agressivité de ta part. Son choix esthétique relève du goût classique pour la beauté intemporelle. Il a du moins le mérite d’être cohérent avec lui même. Pour faire un parallèle avec la musique , on pourrait dire qu’il y a par exemple Haydn dont les symphonies expriment un idéal de beauté abstraite et puis Beethoven qui se veut plus en phase avec le évènements politiques avec par exemple sa symphonie héroïque.
Moi aussi cependant, je trouve contestatble les développements sur Kafka.Pour avoir été un tel prophète des barbaries totalitaires, il fallait effectivement un regard extrêmement aiguisé sur tout ce qui l’entourait. Rien à voir avec un esthète désabusé qui s’enferme chez lui pour photographier un oeuf !
(NB: ces « philosophes » chinois, ils ont réellement existé ou bien est-ce encore une de tes inventions?)
mai 19th, 2009 at 10:59
Oui, c’est encore moi.
Je voulais aussi rajouter qu’à mon avis, le poème sur le désastre de Lisbonne est une très grande oeuvre, magnifiquement ciselée.
Qu’on en juge
http://un2sg4.unige.ch/athena/voltaire/volt_lis.html
Preuve que contrairement à ce que tu soutiens on peut parfaitement faire du grand art sous l’emprise de l’émotion causée par les souffrances d’autrui.
mai 20th, 2009 at 11:47
Il est en effet très curieux qu’un sage mystique puisse passer son temps à regarder les mouches voler.
Dans tous les textes mystiques, quelque soit le contexte religieux, l’essaim de mouches symbolise toujours la distraction de l’esprit agité et dont il faut se détourner si l’on aspire à la vie contemplative.
Et je suis par ailleurs d’accord avec Clio,je pense moi aussi que le poème sur le désastre de Lisbonne est un très grand texte qui allie la force de l’image poétique à l’impact saisissant de la formule.
mai 20th, 2009 at 2:22
Si vous trouvez que ce poème est beau, c’est que vous ne connaissez pas grand chose à la poésie. outre que les rimes sont d’une extrême pauvreté d’invention et de recherche ( « malheureuse » avec « affreuse » ou « expirante » avec « fumante »), quand d’autre part, on met à chaque vers une enflure comme « effroyable », « affreux », « mourant »,
« sanglant », « déchiré », palpitant, « nauffrage », « orage », « abîme », on se contente tout bonnement d’effets faciles avec des moyens grossiers, ou, pour reprendre l’idée du billet, de moyens lourds qui ne peuvent que trahir la pauvreté d’inspiration.
Pour être plus concret, regardez comment Baudelaire utilise avec économie ce genre d’effets théâtraux sur un thème un peu voisin.
http://www.feelingsurfer.net/garp/poesie/Baudelaire.Charogne.html
Comment, par exemple, il se sert d’images plus subtiles et plus recherchées pour décrire une carcasse mangée par la vermine.
« Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s’élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.
Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van. »
Comparer le travail de la vermine à l’action du vent et de l’eau ou au mouvement d’une vague, voilà la maestria du vrai poète utilisant la litote pour dire le terrible , trouvant d’inattendues concordances entre choses sans rapport.
Voltaire ne se serait pas encombré d’effets aussi recherchés, d’abord parce qu’il était fort mauvais poète , ensuite parce que son intention était autre que poétique, elle relevait d’un mouvement d’indignation, d’une mise en vers d’idées philosophiques ( n’aboutissant qu’à une philosophie mangée par les vers et de pauvres vers écrasés de philosophie) ou encore à de bons sentiments dont on a déjà dit qu’ils faisaient la mauvaise littérature.
Vous vous laissez en fait impressionner par les phrases ronflantes comme on se laisse distraire par un essaim de mouches volantes.
A cet égard, zardoz, je te précise que Chang li ne s’abîmait nullement dans la contemplation d’un essaim de mouches mais qu’il en choisissait une seule parmi toutes les autres mouches, cette mouche là étant censée résumer toutes les autres, résumant même à elle seule tout le reste. Ce dont rend très bien ce portrait de Chang Li par Ma Yuang, l’un de plus grands peintres chinois de la période Song.
Considère au passage Clio cette admirable façon de faire de la poésie, d’abord par un dialogue entre texte et images ensuite par un statut particulier accordé aux mots qui non seulement renvoient au signifié abstrait (le sens de la démarche de Chang Li) mais qui sont censés en outre représenter de manière visuelle les mouches en question dont Chang li se détourne pour mieux contempler une seule et unique mouche dont on ne sait trop d’ailleurs où elle se trouve, peut être posée sur une branche ou sur une feuille, peut-être nulle part son zig-zag n’étant au fond que l’immobile vol du vide, seul Chang Li le sait.
mai 20th, 2009 at 5:02
J’ai cherché le nom de Chang Li sur google mais je n’ai rien trouvé , apparemment c’est une marque de supermarché
http://www.changlisupermarket.com/
mai 20th, 2009 at 6:07
Nous en avons déjà parlé la dernière fois, les Chinois oublient leurs références spirituelles pour s’agenouiller devant la grande icône de l’homo économicus.
mai 20th, 2009 at 9:14
Je ne suis pas certaine toutefois qu’ « une charogne » de Baudelaire relève d’une très haute poésie. Il ya tout de même quelque chose du « tape à l’ oeil » romantique dans ce goût pour les effets macabres, il est facile d’attirer l’attention avec des scènes de ce genre comme il est facile d’attirer le regard avec des couleurs vives. En ce sens, je pousserais un peu plus loin ton raisonnement, non seulement le vrai poète se sert de moyens plutôt faibles mais aussi plutôt fades. Ces peintures chinoises sont des chef d’oeuvre de poésie précisément pour leur fadeur qui d’emblée n’attirent pas le regard et demande de notrepart un effort pour en percer la beauté. Le poète n’est jamais agressif, il est effacé et parle d’une voix très basse, Ecoutons par exemple Aragon
« Il n’aurait fallu
qu’un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
qui a pris la mienne
Qui donc a rendu
leurs couleurs perdues
Aux jours, aux semaines
Sa réalité
A l’ immense été
Des choses humaines?… »
C’est pauvre et fade mais combien profond et puissant !
Tout l’ art du poète est là.
A la fois simple et terrible comme la mort.
mai 22nd, 2009 at 6:17
Il est vrai que l’art occidental, plus particulièrement depuis le Romantisme a souvent eu trop tendance à cultiver la surexcitation tant visuelle que sonore voire abstraite. c’est justement une chinoise qui recemment me disait que beaucoup de ses compatriotes restés un peu à l’écart de l’influence occidentale trouvaient notre polyphonie symphonique tapageuse comme une fanfare militaire.
mai 22nd, 2009 at 10:25
Oui
cette question avait déjà été abordée dans ce billet
http://falcophil.info/blog/esthetique-de-lebranlement/
mai 22nd, 2009 at 3:57
mais il n’empêche qu’à vouloir pousser la création vers la fadeur, on risque de manquer d’ampleur (C’est le reproche que j’adresse à cet extrait de poème d’Aragon) et de sombrer dans une sorte de somnolence ramollie.
La vigueur est tout de même signe d’éveil. Ces peintures chinoises, j’ai un peu l’impression qu’elles ont la respiration lente d’une sieste un peu trop paresseuses selon mon goût.
mai 22nd, 2009 at 4:30
l’oeuvre idéale est en effet celle qui épouse le rythme vital,
éveil
sommeil,
éveil,
sommeil,
eveil,
sommeil
c’est l’idée que l’on retrouve dans la musique par exemple un concerto de Vivaldi,
allegro,
adagio,
allegro
mai 22nd, 2009 at 5:00
Oui mais à vouloir rester collé à l’alternance du cycle vital, l’art ne s’avère t’il pas incapable de s’élever à un plan supérieur de réalité ?
l’oeuvre idéale serait en ce cas celle qui fusionnerait en une seule et même chose l’éveil et le sommeil. Ce qui me semble en fait impossible
mai 22nd, 2009 at 5:32
C’est impossible certes pour un art du chronologique tel qu’un poème ou un concerto. mais pour un art du panoramique comme l’art iconographique , la chose est faisable, elle a même toujours été réalisée par les meilleures artistes,
Une fois de plus on retrouve le même problème qui est celui consistant à trouver le troisième terme soudant les opposés.
mai 22nd, 2009 at 6:15
Oui mais une fois de plus encore, tu parles d’un « troisième terme » à propos duquel tu ne t’expliques pas.
De quoi ou de qui s’agit-il ?
mai 25th, 2009 at 6:11
T’as qu’à choisir entre le Père, le Fils ou le Saint-Esprit. C’ est la Sainte Trinité.
mai 26th, 2009 at 10:47
J’ai déjà répondu à cela dans ce billet
http://falcophil.info/blog/exercices-pratiques/
mai 27th, 2009 at 11:51
En fait, ce sont toujours les mêmes sempiternels sujets qui reviennent. Change simplement la façon de les présenter . Comme d’habitude , tu soutiens que l’art est essentiellement une question d’esthétique et que l’artiste trop occupé à résoudre des questions d’harmonie entre le sommeil et l’éveil, ne peut s’intéresser aux problèmes de son temps. Bien sûr, s’intéresser à la conditions du chômeur, c’est mesquin, s’intéresser à l’enfant qui crève de faim dans tel ou tel bidonville du tiers monde, c’est encore s’abaisser « à la circonstance historique » tout comme il était mesquin de la part d’un Walker Evans ou d’une Dorothea Lange de parcourir dans les années 30 les régions sinistrées par la crise économiques et de photographier les malheurs d’une population réduite à la misère. Il était sans doute plus noble et plus distingué de peindre le chatoiement du soleil sur les façades comme le faisait à la même époque Edward Hopper ou encore de photographier les pics neigeux comme le faisait Ansel Adams, tandis que Robert Capa risquait sa peau aux côtés des soldats qui se battaient contre le fascisme ! La protestation contre l’injustice , ce n’est effectivement pas ton fort. Un type comme Goya qui proteste contre les crimes des soudards de Napoléon, ça te paraît déplacé, tu préfère sans doute Chateaubriand qui rêve à son fantôme d’amour sur fond de coucher de soleil. Désolé mais un artiste qui ne s’intéresse qu’à la pure beauté plastique est un homme incomplet, l’homme n’a pas seulement besoin de beauté, il a aussi besoin de justice, l’esthétique sans l’éthique fait de nous un individu tronqué, mutilé et même menteur. Comment peut-on prétendre aimer le beau si on est sourd à la demande de celui qui meurt à côté pendant que tout plein de sérénité à l’eau de rose on admire l’irisation de la lumière dans les feuillages?
mai 27th, 2009 at 5:19
Et j’ajoute pour ma part, qu’ Il est même choquant d’écrire que celui qui photographie une ombre sur un mur va plus à l’essentiel que le photographe qui veut être au plus près des soufffrances d’une époque. Entre Salgado et cette image de kertezs pour moi et c’est le cas de le dire: « Y a pas photo ».
Tu parles de ceux qui prostituent leur talent en se voulant témoin de leur temps, c’est toi au contraire qui prostitue ton talent en le mettant au service d’idées à la Schopenhauer sur la contemplation qui ne sont que des idées de bourgeois bien replets. Vouloir séparer l’esthétique de l’éthique est tout bonnement aussi stupide que de vouloir photographier sans avoir mis de pile dans son appareil
mai 28th, 2009 at 10:08
Quand donc ai-je dit que je séparais l’esthétique de l’éthique? Je n’ai jamais cessé de dire au contraire que les deux sont inséparables. L’art, c’est une volonté de faire, déterminée par une manière d’ appréhender le monde et qui doit entraîner une certaine façon de faire. Il n’y a donc pas d’art sans éthique (volonté d’agir et de faire en fonction d’une interprétation du monde) et sans une esthétique qui est la manière de faire orientée vers l’équilibre.
mai 28th, 2009 at 11:39
appréhender le monde, sans doute en cultivant l’art de la fuite ?
Comme Georges de la Tour cloîtré dans ses « intérieurs nocturnes » pendant qu’ on égorgeait autour de lui ?
mai 28th, 2009 at 11:53
Se cloîtrer peut fort bien relever d’une façon de dénoncer, peut-être la plus subtile
mai 28th, 2009 at 3:58
Non , tu ne peux pas t’en tirer par les pirouettes de tes subtilités hypocrites, il ya un moment où un homme doit s’engager. Que tu refuses de t’engager , c’est ton choix mais du moins assume ton choix en disant : « Il ya des gens qui crèvent dehors mais je m’en fous, du moment que j’ai mon oeuf à photographier.
Reste avec ton oeuf et oublie les SDF, c’est ton problème mais prend du moins tes responsabilités!!!
Tu critiques toujours Voltaire mais lui a du moins mis son talent littéraire au service de certaines causes, contre le fanatisme, l’intolérance, l’ignorance et la superstition.
l’éthique ce n’est pas de choisir de photographier un oeuf parce que c’est bien lisse et bien rond, l’éthique est avant tout une volonté d’action d’ordre pratique et immédiate.
mai 29th, 2009 at 9:27
» l’éthique est avant tout une volonté d’action d’ordre pratique et immédiate. »
Il faudrait que tu m’expliques un peu mieux en quoi tu peux ramener l’éthique et ce faisant l’esthétique à ce qui est immédiat et pratique ?
mai 29th, 2009 at 11:24
Travailler à l’épanouissement de l’homme par des conditions de vie décente, tant au niveau de son travail qu’au niveau de sa vie privée (logement, soins, loisirs) ne relève t-il pas de ce qui est immédiat et pratique ? Si l’éthique est volonté elle ne peut déboucher que sur la praxis et la praxis n’est rien sans l’éfficacité.
mai 29th, 2009 at 11:41
Tu confonds la fin et les moyens. Ce dont tu me parles, logement, soins, nourriture, hygiène, c’est à dire ce qui relève en effet de l’ordre du pratique et de l’immédiat, tout cela n’est pas du domaine de l’éthique mais du domaine des moyens qui doivent précisement permettre d’accéder à l’éthique. Un homme mal nourri ou mal soigné est physiquement et psychologiquement destabilisé et donc privé d’une partie de ses moyens pour réaliser son épanopuissement. Mais en quoi réside cet épanouissement ? Tu ne réponds pas à la question, alors que c’est pourtant là que réside la question éthique.
mai 29th, 2009 at 3:46
mais Les moyens font bien partie intégrante de l’éthique car qu’est ce qu’une éthique qui ne se donne pas les moyens ? l’éthique sans volonté d’action c’est comme une voiture avec un bon moteur mais qui n’aurait pas de roues, Quand tu restes enfermé chez toi à photographier un oeuf, d’abord je ne vois pas quelle est ton éthique ensuite, en admettant meêm que tu en aies une, elle est inopérationnelle parce que sans portée pratique.
mai 29th, 2009 at 5:08
Mais tu m’emmerdes avec cet oeuf! Comme si je n’avais photographié qu’un oeuf sur les centaines de clichés que j’ai réalisés! Cet oeuf s’insère d’ailleurs dans un déroulement et une chronologie où d’autres choses viennent après lui. Qui te dit du reste que cet oeuf ne résumerait pas quelque chose de fondamental
mais que tu ne peux pas comprendre parce que trop englué dans tes considérations d’ordre pratique et qui t’empêche de répondre clairement à la question de savoir ce que tu entends par le terme d’ « épanouissement » ?
mai 30th, 2009 at 6:05
« Dans les moments où je tente de créer , je suis une véritable montagne d’indifférence,tout ce qui vit m’ importune »
C’est bien toi qui écris ça, en illustrant ton énormité par la photo d’un oeuf!
Il faut en effet accepter les conséquences de tes propos et ne pas chercher à te défiler ensuite. Ton oeuf est propre et lisse mais il n’exprime que la petite satisfaction médiocre d’un narcissisme futile. Si tu refuses d’être relié aux autres parce que perdu dans la contemplation d’un oeuf, alors une vie comme la tienne n’aura pas plus d’intérêt à mes yeux qu’une misérable mouche inutile traversant une pièce.
juin 2nd, 2009 at 11:53
Je doute qu’il existe une seule existence qui soit plus importante qu’un vol de mouche.
Si tu penses que tu présenterais l’exception confirmant la règle, il serait en ce cas inutile de parler avec un être aussi gorgé de prétention.
Si tu penses qu’au contraire il existe un ailleurs au delà de ton apparence fallacieuse, discutons alors de la façon de rendre compte de ce tréfonds des abysses sans rapport avec ta pauvre petite surface agitée par les anodines petites vagues de tes inconsistants soubresauts.
Si je n’étais occupé que de mon égo narcissique, j’aurais certainement photographié autre choses qu’un oeuf, c’est à cela que tu aurais dû réfléchir avant d’écrire n’importe quoi.
juin 2nd, 2009 at 6:03
Je sais qu’il n’existe aucun ailleurs mais rien qu’un ici et maintenant. c’est de çà dont je veux m’occuper. Ni de l’enfer , ni du paradis, ni d’un hors la vie bon popur les poètes névrosés dans ton genre. On vit et soudain, on éclate comme un avion en plein vol et pis c’est tout. Ce qui me relie aux autres le temps d’une fraction de seconde, voilà pour moi la seule chose qui compte.
juin 2nd, 2009 at 7:12
Si tu n’es qu’une bulle de savon qui éclate alors les autres ne sont également que d’autres bulles de savon qui éclatent et je ne vois pas en ce cas pourquoi tu viens la ramener avec tes questions d’éthique, il n’y a pas d’éthique avec les bulles de savons, il n’y a que des choses qui éclatent et qui n’ont pas plus d’importance qu’un pet de lapin.
juin 2nd, 2009 at 7:29
SVP
N’ayant plus Internet chez moi, si vous souhaitez illuster vos interventions par des images, vous pouvez m’envoyer cela à l’adresse suivante:
philippe.falcone@dgt.travail.gouv.fr
D’avance merci
juin 3rd, 2009 at 5:56
Mais tout de même! Un oeuf !
Quels abysses prétendez vous sonder au travers d’un oeuf !?!?!?
juin 3rd, 2009 at 11:33
Mais regardez donc l’évolution de mon travail, au lieu de venir faire vos réflexions stupides !
http://falcophi.wordpress.com/
L’ « histoire sans fin » est l’histoire d’une image qui se cherche
Quelque part une angoisse
se trouve à l’origine de la plénitude que veut exprimer la nature morte à l’oeuf
laquelle débouche sur d’autres dimensions
Et donc sur d’autres futures recherches
juin 3rd, 2009 at 12:15
Mais pourquoi prendre une poupée, si vous voulez symboliser l’équivalence enfance/ poésie, l’image d’une petite fille ne conviendrait-elle pas mieux?
juin 3rd, 2009 at 1:02
Les poupées me fascinent, la fixité hallucinée de leur regard présente quelque chose qui les place entre la l’existence et la mort, il ya dans les yeux grands ouverts d’une poupée un je-ne-sais-quoi qui rappelle ces regards des icônes orthodoxes ou encore ces grands yeux des portraits du Fayoun,
. Et puis le jouet est déjà le matériau préparatoire au poème, en fabriquant des jouets, l’adulte , sur un mode embryonnaire, poétise son propre univers, l’adulte doit réapprendre à aimer les jouets non pas pour retomber en enfance mais pour devenir encore plus adulte.
juin 3rd, 2009 at 4:10
Oui mais avec toi, on est dans l’histoire du petit chaperon rouge et du grand méchant loup, tu fais dans la féérie des contes pour enfant, j’y vois une régression au stade infantile, l’obsession pour la forme ovoïde traduit à mon sens un désir latent de rejoindre l’état foetale, c’est une manie de l’enfermement motivée par une peur de vivre, je ne vois franchement pas le rapport avec la vraie lucidité d’un kafka.
juin 3rd, 2009 at 4:34
Il est évident que Kafka ne se désintéressait pas du monde, il s’en détachait pour extraire ce qu’il pouvait y trouver de plus significatif après avoir fait un tri dans le fatras des sensations. Ce tri avait pour but la quête de l’insignifiant parce que beaucoup plus significatif que les choses les plus spectaculaires lesquelles ne sont que la fumée du monde, la cause qui les sous-tend étant finalement hors de portée du regard,
L’insignifiant est l’opération de décantation qui rachète le monde de son chaos, tout ce qui rachète est aussi pauvre et aussi fragile qu’un bébé dans une étable. A l’origine de l’univers, il y avait une cause infiniment plus petite qu’une tête d’épingle, se rapprocher d’une tête d’épingle est le but véritable de celui qui veut réellement s’engager
juin 4th, 2009 at 5:11
Vos images sont belles, on ne peut dire le contraire mais la beauté suffit-elle à nous mener vers les profondeur ?
Recevez donc cette image qui en dit assez long sur le fantastique incroyable de cette faune que recontrera toujours quiconque aura vraiment le courage et la volonté de s’aventurer vers les abysses.
juin 5th, 2009 at 7:32
Il y a un an , à peu près jour pour jour, vous disiez exactement l’inverse
http://falcophil.info/blog/lebenswelt-2/#comment-1668
je sais bien qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis mais toute de même……………
juin 7th, 2009 at 1:58
Je n’ai jamais nié la beauté de vos images ni l’indéniable présence d’émotion qu’il ya derrière. Je dis seulement que si l’on veut s’aventurer vers le plus essentiel, il faur se coltiner l’aspect cauchemardesque de la vie et ne pas hésiter à reprendre toute cette charge d’horreur qu’elle véhicule. C’est là, il me semble que vous n’allez pas assez loin. Peut-être que c’est inhérent au support photographique qui ne permet pas de pousser avec suffisamment de force la dimension expressive des choses? La peinture ou la sculpture permettent une trituration de la matière que n’autorise pas la photo, art immateriel, par définition.
juin 7th, 2009 at 11:40
Tu exprimes tout à fait ce que j’ai déjà dit Erato
http://falcophil.info/blog/tour-divoire/#comment-2544
quand on s’enfoncedans les profondeurs dont tu parles, ineluctablement on va rencontrer le problème du mal et là le devoir est de ne pas fuir et de regarder la réalité bien en face
Ce dimanche , j’ai été voir un pote en train de crever du Sida, j’ai fait la photo parce que j’ai senti qu’il y allait de mon devoir.
Philippe lui n’aurait sans doute pas pris ce cliché, par pudeur aurait-il dit, il critiquera sans doute la composition et l’éclairage de l’image, te fera de savantes dissertions sur l’harmonie, le rythme et la décantation et pour finir il se sauvera et à partir d’une macrophoto du virus te fabriquera un joli panorama intersidéral. Autrement dit, pendant que nous aurons plongé vers l’horreur, lui, somnolera sur son petit bateau mollement balancé par les vagues.
juin 8th, 2009 at 11:26
Question composition, je n’ai rien à dire mais l’éclairage est en effet merdique, les hautes lumières sont grillées, trop de zones de surexposition et par dessus le marché les dégradés de gris sont dégueulasses et manquent en tous points de subtilité.
Désolé Thierry mais globalement, ta photo est ratée.
juin 8th, 2009 at 12:50
C’est bien ce que je disais, je te parle d’un copain à moi qui en train de casser sa pipe d’une terrible maladie et toi tu me parle technique d’éclairage ou harmonie esthétique. Il y a des fois où tu m’as l’air tellement froid que je me demande si t’es vraiment capable d’éprouver des sentiments.
juin 8th, 2009 at 2:20
Je pense que si tu éprouvais vraiment quelque chose pour ton copain tu aurais dû t’abstenir de prendre de lui une photo ratée. La maladie l’avait déjà suffisamment diminué comme ça, pourquoi y avoir ajouté ton grain de sel par une photo ratée?
Transformer sa maladie en réussite artistique, c’est du coup cela qui aurait pu être une victoire sur la maladie et la mort.
juin 8th, 2009 at 5:52
Ta réponse est franchement choquante. j’ai en face de moi un ami en train de mourir et il faudrait donc que je me soucie de questions d’esthétique en cherchant à savoir comment cadrer ma photo ? autrement dit pour toi, l’idéal de beauté commanderait de devenir quasiment inhumain ?
juin 9th, 2009 at 10:49
Je ne vois pas ce que le beau vient faire ici. En effet les propos de Falcone ont quelque chose de choquant. il s’agit de transmettre une émotion et donc de transmettre la vérité qui déclenche cette émotion. Plaquer le beau sur cette vérité c’est la voiler, ne plus la montrer comme elle est Si l’image de l’ami malade de Thierry était artistiquement plus élaborée avec de meilleurs éclairages et de meilleures teintes, elle serait probablement moins vraie, son côté scandaleux sauterait moins aux yeux parce que ceux-ci seraient embués dans la délectation.
juin 9th, 2009 at 2:15
La question est de savoir en quoi réside ce que tu appelles le « vrai » ?
En quoi une image est-elle plus vraie qu’une autre?
L’émotion ressentie n’est pas un critère de ce que l’on est en face du « vrai », au contraire,le « vrai » relève d’une quête qui requiert la pleine lucidité or une personne sous le tremblement de l’émotion n’est certainement pas dans un état de pleine lucidité lequel état exigerait plutôt le calme et l’appaisement.
S’il faut, comme le dit Thierry, regarder la vérité en face, alors l’émotion est bien ce qui doit être dépassé, tant par la maîtrise de la raison qui relève de la logique, que par la maîtrise de la sensibilité qui relève de l’esthétique.
juin 11th, 2009 at 9:19
Lutter contre la mort, cela se fait d’abord par la science et nous avons la médecine ou alors on l’apprivoise par la pensée et nous avons la philosophie et quand elle est domptée par les mots cela donne en ce cas la poésie.(Mais j’oubliais aussi l’humour et entre autre, en effet, celui de Desproges) J’adore plus particulièrement le final de votre billet quand vous faïtes éclater le virus pour le transformer en galaxie .
Science, philsophie, poésie, dans les 3 cas combat pour la vie exigeant rigueur et méthode.
Un conseil Thierry, recommence la photo de ton ami malade , essaie de faire un beau cliché, pour lui et pour toi.
juin 13th, 2009 at 1:10
@ Cristina,
ce n’est pas les règles , la méthode ou la rigueur en soi que je conteste. Je trouvais simplement inconvenant qu’on me reproche d’avoir raté une photo que j’avais prise sous le coup d’une émotion, porté par un seul souci d’ordre affectif. J’observe simplement qu’à vouloir trop travailler l’esthétique d’une image , on court le danger dy perdre beaucoup en vérité. Si trop de vérité peut tuer la beauté à contrario trop de beauté tue la vérité. Nous en avions déjà parlé dans une discussion à propos d’un film.
http://falcophil.info/blog/nuit-blanche/#comment-1889
Pour le reste, j’appouve tout à fait Philippe quand il vante les nerfs d’acier de Robert Capa qui, alors qu’il pouvait à tout instant écoper d’une balle perdue, n’en prenait pas moins le temps de s’ocuper de questions de cadrage ou d’éclairage. Une telle aptitude de l’homme à garder son calme en dépit du chaos extérieur est d’autant plus extraordinaire qu’elle est mise à l’épreuve. C’est jsutement l’exemple de Capa qui nous fait comprendre qu’il ya mieux à faire que de photographier un oeuf. Falcone prétend que la photo d’un oeuf est plus essentielle que la photo d’un homme qui meurt dans une guerre, je n ‘ ai toujours pas compris ce qu’il veut dire par « essentiel » mais ce que je crois comprendre c’est que nous n’en avons pas la même approhe. Tout à l’heure, il ya aura des gens qui descendront dans la rue à Bastille et moi je serai là à les photographier et il y en aura d’autres comme lui, bien planqués chez eux à photographier un oeuf. Telles sont les deux approches différentes de l’ »essentiel ». Disons pour terminer en simplifiant que c’est avant tout quand l’homme opère avec succès dans les pires difficultés, autrement dit, là où il relève les défis les plus durs que prend tout son sens le fait d’être « homme » , ce qui, selon moi, peut se définir comme étant l’ »essentiel ».
juin 16th, 2009 at 6:04
Je te trouve bien modeste Thierry, tu aurais du joindre a tes propos quelques unes de tes photos de SDF que j’envoie d’ailleurs à Monsieur falcone
pour qu’il comprenne que l’on peut très bijen s’intéresser aux autres, à leurs souffrances et leur détresse tout en n’étant pas indifférent a la beauté d’une image. L’obession pour le beau rend en effet l’image fausse et menteuse et tes images sont belles parce qu’elles ne sont pas obsédées par le « beau ».
Ce que Falcone appelle l’ « essentiel » moi je crois l’avoir compris, c’est la fuite hors du réel, la peur du réel, la quête du rêve, l’enfermement lointain dans les généralités, les belles phrases et l’emphase par incapacité d’être réellement en phase avec ses sembables.
Continues dans ta voie Thierry et ne sois pas comme lui, c’est le meilleur conseil à te donner.
juin 16th, 2009 at 9:44
Je voulais simplement citer cette phrase de Lucchino Visconti
« Ce qui m’a conduit au cinéma, c’est le devoir de raconter des histoires d’hommes vivants : des hommes qui vivent parmi les choses et non pas les choses pour elles-mêmes. »
Pas de meilleure prise de position contre cette histoire (inventée?) de sage chinois qui se retire du cours des choses pour regarder voler les mouches. Quand on considère un visage de poupée comme plus important qu’un visage humain, alors oui, c’est que quelque part, quelque chose est détraqué.
juin 23rd, 2009 at 3:21
Face à un tel refus de comprendre, je ne sais plus trop quoi répondre. Est-il d’ailleurs pertinent de parler quand il s’agit du retrait vers le dedans synonyme de la marche vers soi ?
Seule la forme la plus apaisée peut garder intact le secret des secrets.
juin 28th, 2009 at 9:23
A mes yeux tes « formes apaisées » ne cachent aucun secret mais ne sont qu’un paravent pour masquer ta vacuité ainsi que ton absence de message, ce ne sont que jeux d’esthète narcissique lesquels au bout du compte s’avèrent aussi mort que ton regard de poupée.
juillet 1st, 2009 at 3:33
La futilité de tes arguments peut m’autoriser le plus souverain des mépris.
Tu parles d’ une absence de message dont pâtiraient mes travaux, ça veut dire quoi au juste ? va donc un peu jeter un coup d’oeil sur quelques unes de mes pièces
http://falcophil.info/ifotos/?dir=Chantiers+1
et viens après ça me soutenir que je fais de la carte postale. Quand on critique un photographe au motif qu’il a représenté une oeuf ou un verre, on rejoint cette même incompréhension fondamentale de la démarche artistique caractérisant le philosophe qui soutenait que la peinture était chose futile parce qu’elle s’obstinait à vouloir rendre intéressante des choses dont on n’admirait pas les originaux.
Je ne sais même pas pourquoi je perds mon temps à te répondre tant tes interventions relèvent de la crétinerie la plus profonde….
juillet 13th, 2009 at 5:47
Il est dommage que la discussion n’ait pas creusé mon objection à l’égard d’une certaine limitation de la photo laquelle n’allant pas beaucoup plus loin que la surface des choses manifeste une certaine incapacité à s’enfoncer non au plus profond de l’humain mais au plus viscéral, limitation que Francis Bacon a très bien résumée par les propos suivants : » Avec le procédé d’enregistrement mécanique de l’image propre à la photo, la peinture doit désormais s’enfoncer dans quelque chose de plus essentiel ».
C’est somme toute il est vrai un débat assez banal, celui de la vieille rivalité peinture-photo, mais tout de même un débat qu’il est passionnant de toujours remettre sur le tapis.
juillet 13th, 2009 at 4:54
Moi pour ma part ses photos je tes trouve déprimantes, elles foutent le cafard et l’angoisse, moi j’aime les images qui me dynamisent .
En tout cas je serais curieuse de savoir la suite de ton histoire avec la poupée…
juin 23rd, 2010 at 1:56
Falcophil> Je crois juste qu’il y a un enorme quiproquo entre vos detracteurs et vous a cause de la presence ou non de point de vue. Vous etes metaphysique alors qu’ils sont ancres dans le physique. C’est dommage, cette incomprehension.
Sinon, que pensait de la compassion, ou de l’amour?
avril 26th, 2012 at 10:45
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