( décembre 28, 2008 )

QUESTIONS OISEUSES

Une fois encore, il m’a été la dernière fois reproché d’être un “intello futile” perdant son temps en discussions oiseuses.

Rappelons tout de même que l’interactivité est difficilement maîtrisable et que ce n’est pas ma faute si quand je pose une question qui m’apparaît comme fondamentale, on ne comprend pas son importance, la discussion continuant alors sa dérive dans un affrontement de traits d’esprit.

Je ne sais si les blogs peuvent relancer cet ” art de la conversation” qui a contribué naguère à la gloire du pays mais il faut souligner que ceux qui sont passés à la postérité pour des génies du “bon mot”

s’ils brillèrent par leur esprit, ne peuvent, en revanche, m’empêcher de penser à cette cinglante remarque de Heidegger: “se borner à se montrer spirituel, c’est ne montrer qu’un semblant d’esprit et masquer sa carence spirituelle”.
C’est ainsi que la fois d’avant, nous avons, je pense, manqué

la question essentielle fort bien soulignée pourtant par le même Heidegger

, celle concernant l’esprit justement abandonné par le trait d’esprit voire laissé de côté par l’intellect. Cette ambivalence où le trait à la règle devient retrait en bonne règle était pourtant très bien notée par ces propos du chef de l’Etat:

“Les universités auront davantage d’argent pour créer des filières dans l’informatique, dans les mathématiques, dans les sciences économiques. Le plaisir de la connaissance est formidable, mais l’Etat doit se préoccuper d’abord de la réussite professionnelle des jeunes.”

Plaisir de la connaissance d’une part, performance technique de l’autre, étant entendu que la deuxième étant au service de la rentabilité et du profit, c’est elle que l’on financera, la première ne relevant, à la limite, que du loisir. On passera rapidement sur la stagnation dont pourrait souffrir une connaissance réduite à la “technique”, l’absence de résultats immédiats voire les résultats mêmes, risquant de stériliser la quête en tant que telle. Le manque de crédits dont pâtit souvent la recherche provient sans doute de cette condescendance à l’égard d’une connaissance de “plaisir”, inévitable dans notre impatiente obsession du rendement le plus rapide et que fait justement apparaître la précédente citation.

Ailleurs est toutefois le problème qui m’intéresse. Trop abstrait diront certains mais tout de même fondamental aux yeux de qui la connaissance est avant tout sans motif extérieur. On parle en effet de “plaisir de la connaissance” sans trop se soucier de savoir où ce plaisir puise ses racines, l’essentiel étant de répondre aux “défis” du monde”, ceux de la nature comme ceux de l’ “âpre compétition économique”, reléguant alors ce “plaisir” dans un espace qui ne saurait intéresser le collectif, preuve que c’est en dehors du collectif qu’apparait l’essentiel.
Pour être plus concret, je dirais que moi même trop souvent je m’entends dire que je gâche ma vie avec des activités qui toutes relèvent d’une question oiseuse et que je ferais mieux de passer des concours, ce à quoi je ne peux rien répondre parce que je vis dans un monde où l’on ne se justifie pas,
, un monde renversé où il est justement sans intérêt de passer des concours pour avoir dépassé le domaine de l’intellect.

Essayons d’être plus concret encore.

Il fut lors de nos précédentes discussions, rappelé que telle forme

résultait de contraintes physiques sans toutefois répondre à la question du type de contraintes physiques permettant de passer de ceci

à ceci.

Et puis a ceci

Et ensuite à ceci

Et plus loin encore à ceci

Et quel besoin alors d’entrer dans un espace

Où je trouve d’autres figures n’ayant plus aucune espèce de rapports avec ce que je connais du monde

Pour me lancer dans un autre monde où je perds complètement mes repères?

Non ce qui est inexistant ou inexprimable mais ce qui est inévitable, la non-coincidence avec l’extérieur menant toujous à cet inévitable.

Quel intérêt puis-je avoir à l’inévitable? Mon entourage ne cesse de me répéter que l’inévitable ne me sert à rien et il a raison car si la vue se réjouit, le reste du corps ou pour mieux dire, du personnage, demeure indifférent. L’inévitable ne sert à rien parce qu’alors la connaissance n’est plus outil ou instrument mais simple présence qui vous enveloppe.
Le monde déteste ce qui ne sert à rien et c’est pour cela que le marketing tente de vous convaincre que c’est utile , et c’est alors que ce qui ne sert à rien tombe du ciel et devient le superflu.

La lecture de Diderot ou de Voltaire, je te la laisse Fructidor, comme je la laisse à l’instabilité de notre monde empêtré dans sa technico-pratique.

Ma stabilité, je la trouve justement là où je flotte dans le vide.

11 commentaires to “QUESTIONS OISEUSES” »

  1. Fructidor says:

    Eh bien dans ce cas, je t’abandonne à ton flottement dans le vide. Si tu me laisses à Voltaire moi je te laisse à Heidegger, personnalité aux choix politiques plus que douteux et à la clé biscornue qui n’ouvre aucune serrure
    . Va t’en donc cheminer avec lui le long de ces sentiers qui “ne mènent nulle part”, tandis que l’Europe est à feux et à sang.

    Un petit conseil tout de même, tandis que tu planes dans ton vide sidéral, prend garde qu’un de ces jours une balle perdue qui viendrait d’en bas ne t’atteigne et ne fasse éclater la très mince pellicule de la grosse baudruche gonflée d’air que tu es.

    Il n’est peut-être pas trop tard pour te suggérer de cesse de planer dans tes spéculations futiles et d’atterrir pour voir un peu ce qui se passe sur cette terre sur laquelle malgré tout tu continues de marcher.

    Et puis cesse un peu de mépriser ce peuple, ce “collectif” qu’après tout tu ne connais pas. Rappelle toi que ses “goinfreries” sont là pour le distraire un peu d’un quotidien difficile qui ne doit pas trop t’affecter car pour être toujours perdu dans les espaces sans fin, tes mois ne doivent pas avoir leur fin trop difficile.

    Et puis tiens, je veux bien faire plaisir à ton pauvre petit narcissisme en contribuant à l’illustration de ton blog.
    Une pétition en faveur d’un homme trop souvent calomnié mais qui pourtant sincèrement aimait le Peuple.

    Même si je sais que tu signeras pas, sans doute à cause de cette insupportable odeur de soutane et de calotte qui te colle trop à la peau.

    Mais d’autres ne sont pas irrécupérables.

    Thierry par exemple ?

    le document est un peu plus lisible sur ce site

    http://www.initiative-communiste.fr/wordpress/?p=402

    et aussi sur celui-là

    http://librepenseefrance.ouvaton.org/spip.php?article291

  2. Falcophil says:

    Ben oui, merci pour ta contribution fort inattendue !

    Je ne pense pas, en revanche que le site de ta “Libre pensée” fournisse une liste complète.

    Manquera toujours la liste de tous ceux qui furent assassinés durant les quelques mois où il fut à la tête du comité de salut public.

    Combien de guillotinés au fait, 30 000 , 40 000 ?

    Et les victimes du génocide vendéen? ( Ton ancêtre Gracchus Baboeuf aurait parlé de populicide!)

  3. Fructidor says:

    Tu as je crois très mal compris le sens de la démarche.

    Il ne s’agit pas de canoniser l’un de vos saints prétendûment parfaits.

    mais de reconnaître les mérites d’un homme

    tout en ne niant pas des excès que peut expliquer un contexte où l’ Europe entière était coalisée contre la France.

    Concernant la terreur, je t’invite à lire l’article de wikipédia

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Terreur_(R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise)

    beaucoup plus nuancé et fouillé que tes remarques à l’emporte pièce.

  4. THITRA says:

    Moi, je la signe ta pétition, depuis le temps que tu nous bassines avec ça, tu finiras bien par l’avoir ton square Robespierre !

    Il aurait fallu que le projet de constitution de 93 prévoit quelque chose en faveur des homos, ça aurait pu convaincre plus facilement la mairie de Paris, mais enfin c’est vrai que dans son ensemble c’était quand même une belle avancée morale.

    Il y a ceux qui peuvent encore croire à la rédemption par la politique.

    Un mec comme falcone, lui, croit au salut par l’abstraction.

    Tu lui présentes un appareil digestif. Il se détournera pour un premier niveau d’abstraction

    Mais là encore ça ne lui suffira pas, il faudra qu’il aille jusqu’à ça.

    La machine à dégueuler!!!

    …Et à ” point d’impact sidéral”, N’oublions pas!

  5. Fructidor says:

    Entre Samuel Beckett et Marcel Duchamp, on reconnait bien là les jeux cérébraux de l’esprit fatigué des petits bourgeois décadents que vous êtes

  6. THITRA says:

    Volà que maintenant, c’est avec Georges Lukacs qu’elle va nous bassiner

  7. Falcophil says:

    Georges LUKACS ?

    Ah oui bah alors, s’il veut du réalisme socialiste , allons z’y

    Après la pétition pour un dictateur criminel, au point où on est……

  8. Clio says:

    La primauté de l’ “utile” mène en effet à ce genre de catastrophe esthétique. Si “A quoi ça sert?” est la question préalable de l’homme politique, “A rien” est la réponse de l’artiste.

    En ce sens, “La machine à dégueuler ” est une vraie réponse de poète.

  9. Falcophil says:

    Et encore, tu n’as rien vu car la réponse n’est pas complète!

  10. Fructidor says:

    Vous êtes vraiment des tordus.

    Qui vous a dit que j’aimais le réalisme socialiste ?

    On peut très bien pratiquer un art réaliste, épousant la cause du peuple, ses souffrances, ses luttes et ses espoirs, sans pour autant tomber dans l’imagerie de mauvais goût.

    Voyez par exemple la peinture murale mexicaine.

    En revanche, toi Falcone et tes compositions bizarres, désolée mais en fait de poésie moi je n’y vois qu’un passe temps pour cervelle désoeuvrée et un peu malade!.

  11. Clio says:

    Je ne sais trop si tu a effectivement lu Georges Lukacs mais ce que tu dis là montre assez l’étroitesse de vue à laquelle peuvent mener les thèses de cet auteur n’accordant de crédit qu’aux vastes fresques socio-historiques.

    Il ne te vient pas à l’idée Fructidor que le bizarre voire la folie sont à la poésie ce que l’atmosphère est au bleu du ciel?

    Cette machine à dégueuler

    est certainement plus interessante que la narration plutôt lourde qu’en avait faite Falcophil , il y a quelques temps.

    http://falcophil.info/blog/propos-oiseux-desthete/#comment-185

    Ce qui tendait plutôt à infirmer ce qu’il avait soutenu dans ce billet

    http://falcophil.info/blog/couvertures-auxquelles-vous-avez-echappe/

    ,quant à une prétendue supériorité du littéraire sur le visuel !

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