FAUX CONTACTS
Une remarque fort injuste de la fois dernière nous reproche de nous focaliser toujours sur un « baroquisme de l’ ‘existence » sans jamais parler de l’autre versant du problème ayant trait à l’obsession pour la modélisation désincarnée, significative d’une certaine inaptitude moderne au vrai contact avec le vivant. Remarque bien injuste, disons-nous car la question fut déjà évoquée il y a quelque temps sur un mode certes ironique et peut-être ambigu mais qui n’en essayait pas moins de cerner le problème.
Essayons alors d’être plus clair. Au rebours de ce que dit le lieu commun, notre monde consommateur serait peut-être le moins matérialiste qui soit, précisément parce qu’il n’a plus de contact réel avec la matière à moins qu’il ne soit trop matérialiste à force de ne plus savoir ce qu’est la matière. Le réel nous est devenu comme le groin du cochon sauvage de Florence,

trop brillant, trop lisse et trop discordant à force de vouloir le toucher.
Il y a l’acte du toucher qui est celui du corps sain dans le monde sain et puis il ya le toucher qui amorçant la possession exclusive prépare la déchéance du corps et celle du monde.
Ce fut toujours un constat des plus banals que la chose que l’on possède est comme le mirage qui s’évanouit dès qu’on s’en approche. Or, ce constat psychologique élémentaire semble décuplé par l’effet de la technique, plus difficile à saisir mais qui pourrait se résumer en notant que c’est justement parce que l’on veut à tout prix toucher le réel que celui-ci tend à devenir si intouchable et que nous éprouvons de moins en moins de vraies sensations tactiles.

Plus nous touchons le réel et plus, en effet, celui-ci paraît s’éloigner. La terre, dans la mesure inverse où nous souhaitons la maîtriser toujours plus , nous la touchons de moins en moins, enlevés du sol par nos autos, nos trains, nos avions. Tandis que les portes s’ouvrent et se ferment par télécommande, le terrain achève de se dérober avec le GPS, tout au plus pouvons nous le frôler par nos joggings, sans toutefois vraiment voir ce qui est alentour, le regard perdu dans le vide parce que nous préférons la plongée dans le vacarme que les écouteurs déversent dans nos tympans. Les touchers les plus simples concernant les choses les plus banales, notre linge pour notre lessive ou nos couverts pour notre vaisselle, nous ne les accomplissons plus, des robots s’en chargent à notre place. Rien de ce que nous portons, chemise, chaussettes ou pull-over, n’est confectionné par nous mais fabriqué à l’autre bout de la planète par des asiatique dont les conditions d’asservissement ne suscitent que peu ou prou notre émoi. Voulant maîtriser les aléas du temps, nous avons un service spécial après le journal télévisé

mais n’avons plus ce savoir de base du monde rural permettant de lire les signes du ciel au travers de la position de l’étoile, de la poussée du nuage ou du passage de l’oiseau. Que voyons nous d’ailleurs de l’animal ? Hormis chiens et chats, ceux qui jadis entouraient nos aieux ne sont désormais plus que bifteck, rosbif, viande hachée enveloppée de plastique ou de cellophane sous des éclairages au néon guère différents d’une lueur d’hôpital ou de morgue.
Les deux ancêtres se trouvaient au jardin d’Eden, ils reçurent pour commandement de ne pas trop toucher, le serpent leur siffla qu’ils pouvaient toucher davantage encore, ils voulurent donc toucher à tout

et ils furent ainsi chassés pour être placés dans notre monde où leur postérité ne touche plus vraiment à rien.
Les anciens, proches encore de cette histoire, juifs et chrétiens la résumaient sous la dénomination de péché originel, les grecs même s’ils ne connaissaient pas cette notion de péché n’en désignaient pas moins une réalité analogue au travers du terme d’ « hybris », leur mythologie offrant quelques exemples de ces hommes punis pour avoir trop voulu toucher,

ces anciens donc touchaient la terre de façon sans doute plus intense que nous autres dans la mesure où malgré leurs excès déjà bien réels, une sagesse innée leur dictait tout de même qu’il ne fallait pas trop toucher.
« ce que tu trouves à faire avec la force de ta main, fais le »
( Ecclésiaste)
autrement dit, ne va pas au delà de ce que peut toucher ta main car au delà, tu dépasses tes limites et alors tu t’engages dans la démesure qui te sera fatale.
D’ailleurs les anciens ne voulaient pas vraiment toucher, ils se contentaient d’être, de la manière la plus naturelle, en contact tangible avec les éléments. Leur métaphysique était sensuelle, les principes premiers, constitués du rapport étroit et quotidien avec les tactiles constituants de la force vitale, la terre, l’eau, le feu et l’air, les fameux 4 éléments, imprégnait tout autant le bons sens du paysan qu’il inspirait l’art du poète, l’élan du mystique ou l’ effusion du saint. C’est ainsi que dans son « cantique des créatures » Saint François d’ Assise désigne le vent et le feu comme ses « frères » de même que l’eau est sa « soeur » et que la terre est sa « mère », spontanéité populaire dont l’idée peut se retrouver sous n’importe quelle latitude, en n’importe quelle époque où l’homme reste proche de la terre:
« Sa tête est le feu
La lune et le soleil sont ses yeux
Les dimensions de l’espace ses oreilles
Le vent est le frémissement de sa vie
L’eau est le sang de ses artère
L’univers est son coeur.
Il a pour pied la Terre.
Il est le Soi le plus intime de chaque être.
( Mundaka Upanishad 2. 1 à 10)
Spontanéité donc, certes naïve et qui sans doute fera sourire les trop intelligents que nous sommes. Sourire narquois qui serait d’ ailleurs bien plus ancien que notre modernité car du temps même de cette simplicité charnelle, s’amorçaient déjà les tentatives de systématisation par lesquelles ces 4 éléments faisaient l’objet de reconstruction mentale sans grand rapport avec les sources de vie dont ils étaient pourtant l’expression. On sait que dans le Timée, Platon s’appuie sur le géometrique pour les illustrer, première manière de figer le réel en squelettes mentaux par prétention à vouloir le dominer. Tandis que le saint se contente de voir dans le feu un frère, « indomptable, joyeux et fort », l’orgueil du philosophe ne supportant probablement pas que cette joie, cette force et cette liberté lui échappent, congèle alors le feu par sa raison dominante et le réduit à une symbolique de forme pure, le tétraèdre :

quel rapport avec le feu ? On ne saurait dire mais l’on ne comprend que trop l’amoureux fervent de Dionysos que le seul nom de Platon fera fulminer.
Ecoutons encore de quelle manière, le Frère François nous parle de la terre:
» loué soit tu, Seigneur, pour notre mère la terre
qui nous porte et nous nourrit
qui produit la diversité des fruits
et les fleurs diaprés et les herbes »
Voyons ensuite à quelle symbolique Platon réduit la terre, un héxaèdre, ce qui, en langage moins pédant s’ appelle un cube :

Et l’air ? rempli de « nuages ou d’azur calme » ?
Un octaèdre !

Et l’eau ? sans doute que le même Platon ne supportait pas qu’elle fût tout simplement de l’eau pour qu’il la réduisît à l’ Icosaèdre !

Il avait certes ses raisons; l’ eau était représentée de la sorte parce que son caractère insaisissable ne pouvait être rendu que par le polyèdre le plus compliqué, celui ayant le plus de faces, ce qui nécessitait donc de pousser le plus loin la reconstruction rationnelle. En cela, de manière curieuse, Platon d’inspiration pourtant si mystique, pourrait sur ce point figurer comme un ancêtre de la technocratie moderne car nous ne pensons pas qu’il serait exagéré d’affirmer que cette prétention à réduire l’eau à ceci:

soit beaucoup éloigné d’une démarche faisant qu’aujourd’hui le milieu aquatique, naguère si « chaste et si pure » est désormais si sale et si profané.
Notons que cette dernière figure fut dessinée par Leonard de Vinci. Platon ayant été supplanté par le stagirite dont le thomisme s’était servi pour compléter la pensée chrétienne, au sortir du « Moyen Age » sur la péninsule italienne, certains cercles intellectuels, en particulier la Cour des Médicis, connaissent un retour en force du philosophe de l’académie. Au XV ème siècle, on est de nouveau fasciné par le polyèdre, Paolo Ucello et Piero della Francesca préparent le » divina proportioni » du frère Luca Pacioli dont il fut déjà question, lequel charge donc Léonard de Vinci d’illustrer son livre.
Feuilletant un ouvrage consacré au divina proportionni de Luca Pacioli nous lisons sous son portait

un commentaire le définissant comme un « saint laïque ». Il est vrai que Luca Pacioli n’a de religieux que la défroque du moine car pour le reste, c ‘est peut-être moins à Dieu qu’il voue un culte qu’à sa propre raison que déjà il tend à déifier en la concevant comme un reflet du summum de la complexité géométrique, le dodécaèdre

censé symboliser le cinquième élément, l’éther que Platon assimile à la quintessence.
D’ailleurs au XVI ème siècle, le polyèdre n’est plus vraiment de l’ordre de l’au delà de l’idée, relevant plutôt de la structure fondamentale du monde physique à laquelle le connaître doit s’identifier. Si, en effet, Marsile Ficin s’efforce de remettre le platonisme à l’honneur, ce dernier sera cependant reçu avec infléchissement, un examen des conceptions esthétiques de l’époque, notamment celles de Leon Batista Alberti et surtout de Giorgio Vasari, indiquant la tendance à ne plus faire découler l’idée de l’a priori métaphysique mais d’un ordonnancement de l’ordre empirique au coeur duquel se trouve la règle, la mesure et l’ordre et que la puissance du connaître aura pour fonction de reproduire. Autrement dit, bientôt l’idée ne constituera plus l’au delà de la caverne mais rejoindra son coeur même et nul besoin ne sera d’en sortir pour la trouver, je n’aurai qu’à demeurer en ce coeur et, en particulier, au coeur de ma connaissance. Si la nature est mathématique alors ma raison ne sera que la meilleure expression de la nature « tout ce qui est rationnel est réel et tout ce qui est réel est rationnel » dira t-on plus tard.
La nature et l’homme enfin réconciliés, la fusion de l’objet et du sujet, l’art couronnement de l’édifice naturel, tout cela pourrait en effet refléter le plus bel optimisme si l’on oubliait que l’univers désacralisé de l’humaniste plus souvent désigné du nom de » Renaissance » s’ inaugure , entre autre, par une gravure

figeant la rêverie saturnienne en compagnie du polyèdre à portée de main et où en arrière plan, le feu, la terre, l’air et l’eau ne sont désormais plus que réalités lointaines. L ‘interrogation qui semble ici travailler l’artiste au travers de son ange accablé serait de savoir si la raison du monde est vraiment ma raison.
J’ai bien en main le compas, la sphère se trouve à mes pieds et pourtant, d’où vient cette cette lente bouffée brumeuse et sourde qui alourdie ma tête et paralyse mon aile?

Je rationalise à l’excès parce que je sens que la raison du monde est irrationnelle au regard de ma propre raison. Le bondissement du feu m’échappe tout comme peu m’ échapper mon propre bondissement. Alors j’imagine ceci

pour mieux emprisonner le feu dans les mailles du filet de ma coagulation cérébrale.
Une autre gravure contemporaine de celle de Dürer, moins connue mais tout autant révélatrice

(Marc Antonio Raimondi : Le songe de Raphaël)
semble nous dire que le sommeil est d’autant plus peuplé de cauchemars que l’esprit est imprégné de géométrie. Le Moyen Age est certes encore présent avec l’idée de contingence, a tout moment le non nécessaire peut repartir au néant, l ‘accident peut s’évanouir , la forme se liquéfier, l ‘homme médiéval conjurait la menace par la tératogenèse ou la fête d’âne et plaçait sa foi dans une nécessité ultime tandis que l’homme des temps modernes qui tend toujours plus à voir cette nécessité dans l’ordre immanent, tentera de la traduire par la neutralité minimale de l’équerre, du chiffre et du polyèdre, seuls moyens pour maîtriser une terre dont force est de reconnaître qu’elle est inséparable de l’adventice de ses caprices et bariolages. Significatif alors qu’en ces temps qui voient se fissurer le christianisme en guerres intestines, cette passion pour le polyèdre se poursuive tout le long du XVI ème avec le livre des perspectives de Jean Cousin ainsi que le « perspectiva corporum regularum » de Wenstler Janmike, illustré des gravures de Jost Amman,

chef d’oeuvre de l’art géométrique. Johannes Kepler était convaincu que la quintessence du système solaire obéissait à la même rigueur géométrique que celle des polyèdres et même si par la suite sa découverte de l’ellipse devait contrecarrer son rêve d’une géométrie parfaite à la base du mouvement des planètes, cette fascination pour les figures abstraites aux lignes pures et segments bien découpés comme expression de l’absolu, ne se démentira plus, il la retrouvera du reste au sein de la cristallographie. Si l’art de l’époque au travers du maniérisme et du baroque s’écarte du néo-platonisme ou plutôt du pseudo platonisme d’Alberti et de Vasari, celui-ci devra bien plus tard au début du XXème refaire surface avec le mouvement De stijl où Mondrian, vantera la ville moderne pour être le lieu favorisant le développement du tempérament artistique de l’avenir qui se devra d’être « mathématique » ( De Stijl I 1917-18)

ce qui ainsi pourra justifier de tout ramener à la forme élémentaire, le carré, l’angle droit et la couleur primaire, seules véritables expression de l’universel. Mais c’est surtout par la science moderne que l’on ne cessera plus d’entretenir cette idée que le monde n’est dans son essence qu’une formule mathématique. C’est déjà ce qu’exprime Galilée dans son « Saggiatore », soutenant que la nature est un grand livre où le langage n’est que « mathématique », illustré de cubes ou de triangles. Certes, entretemps, on aura remplacé le polyèdre par la notion de forces avec la physique newtonienne puis par celle de longueurs d’ondes avec la mécanique quantique mais l’idée restera toujours la même, un physicien la confirmera au XXème siècle en affirmant que « C’est dans les mathématiques que réside le principe vraiment créateur » ( Einstein: Conférence à Oxford, 1932) .
Autrement dit, ôtez les couleurs, les sons, l’incroyable bigarrure du vivant et vous aurez la vérité des vérités ultimes,
non pas l’amour mais les maths,
non pas le cœur mais le quark
non pas l’esprit mais le spin.
Les abstractions des physiciens qui d’ ailleurs ne sont en bonne partie que des hypothèses et donc de pures représentations mentales ne portent en tout état de cause que sur une partie très réduite du réel, la partie quantifiable, chiffrable, mesurable, filtrée ainsi que réorientée par la nature propre de l’appareil de mesure. Quel type de réalité peut saisir la science quand elle vous réduit ceci:

à ceci

ou encore à ceci ?

Niels Bohr disait que » la science ne mesure pas le réel mais seulement ce que nous sommes capable d’en dire ». Nous ? C’est à dire ? Qui nous ? Disons plutôt » Moi le physicien, cette réalité somme toute limitée que je décris avec des équations voilà ce qui doit s’imposer à vous ». On récuse ainsi le témoignage sensoriel réputé naïf et grossier au profit d’une investigation scientifique considérée comme la pointe de la subtilité alors que le physicien qui réduit l’oiseau à des chiffres et des longueurs d’onde s’intéresse en fait à fort peu de choses au regard de mes sens immédiats qui entendent le chant du rouge gorge et regardent son envol au sein du bruissement des feuilles vertes, saisissant dès lors infiniment plus de richesses que l’abstraction du mathématicien.Certes, qu’un physicien ayant tout son sens ne soutienne jamais qu’un oiseau se ramène seulement à des longueurs d’onde, cela nous semble évident mais il n’en demeure pas moins que l’impérialisme englobant de l’ « esprit de géométrie » finit peut à peu par nous convaincre du caractère négligeable de l ‘ « esprit de finesse » pour la simple raison que rien ne pouvant plus accorder les hommes ramenés chacun au relativisme de sa propre existence, il faut bien retrouver un semblant d’entente par l’ objectivité la plus exsangue, l’espace purement mathématique du physicien tout comme l’espace strictement neutre du monde laïque.
Galilée conseillait à l’Eglise de se mêler de ses affaires en se bornant à enseigner comment l’on va au ciel, laissant au savant le soin de dire comment va le ciel. L’ennui est qu’aujourd’hui une certaine rationalité dominante, à force de dire comment va le ciel ne veut plus vraiment savoir comment va la terre. Le mental comme unique soubassement de la terre, inférant de la pensée un réel fait de vie mécanique et sans âme que cette même pensée se doit de dominer comme on apprend à conduire une machine, on sait qu’il fut inauguré par un contemporain de Galilée

remplaçant la philosophie de l’école par une philosophie de cabinet (jolie formule de Sainte- Beuve!) où loin des réalités terrestre on pense bien au chaud à côté du poêle qui ronronne, mentalité « cul de plomb » comme disait Nietzsche à propos de tel auteur qui avouait ne pouvoir penser que bien assis dans sa robe de chambre. Les ravages d’une telle vision qui reconstruit le monde en fonction des pures exigences d’une raison déracinée de la vie, inutile de s’y étendre, un tableau de Jean Paul Walras déjà cité est on ne peut plus parlant :

(Planisfère PNB: huile sur toile, 2006)
Le vaste continent qu’est l’Afrique avec l ‘incomparable diversité de ses ethnies et de leurs approches culturelles ainsi que de leur passé artistique, de tout cela ne reste qu’un petit territoire rabougri au seul motif que les africains ne font pas de « chiffres ». On remarquera ici tout le mépris du réel que comporte ce fait du toucher compris suivant le deuxième sens donné plus haut. Tout comme je dégrade l’eau ou le vent pour changer leur fluidité en un caillot géométrique soumis aux structures de mon mental, de même j’annihile la réalité charnelle de l’autre par la carcasse du graphique et l’ossuaire du pourcentage. L’intelligence c ‘est ce que mesure mes tests disait Binet, en fonction de mes instruments de mesure l’ Africain est donc idiot et les américains sont les plus intelligents parce qu’ils ont le plus fort PNB, qu’importe que plusieurs millions d’entre eux soient dans la misère et traînent des vies malsaines dans des cités polluées. L’ aberration du chiffre, image d’un intellect empli de polyèdres et donc séparé de la terre et des vrais besoins du réel, nous connaissons un auteur qui décrit fort bien cela dans son dernier ouvrage

quand il évoque le PNB qui monte en flèche si je fais payer le droit d’accéder à mon puits mais qui s’ effondre sitôt que je décide d’en donner l’accès gratuit à tous les gens de mon village. Argument certes inopérant pour beaucoup puisque au bout du compte, il ne s’agit pas de s’ancrer dans le réel mais de le reconstruire sur le plan de l’idée et pire encore, de donner corps à cette reconstruction intellectuelle au moyen de ce qui s’appelle la technique. Le physicien s’intéresse à peu de choses disions nous et c’est sans doute ce peu qui fascine la technique. Cette dernière en effet ne cherche que l’efficacité et l’efficacité c’est l’art de faire toujours plus avec toujours moins. Produire ou vendre toujours plus avec toujours moins de bras c’est le rêve du manager tout comme tuer toujours plus avec toujours moins de soldats sera le rêve du général, de sorte que tout régir par Big Brother deviendra le cauchemar du poète. Comment toucher à tout en touchant toujours moins ou comment concrétiser la science en réduisant le monde à des données basiques afin de brasser de plus grandes quantités sans être encombré de présence de chair et de sang, c’est donc le rêve de la technique. Le quark allège la matière de sa pesante résistance, il faut alors opérer sa transposition pratique afin d’alléger ma vie du désagréable effort des distances, de la frustrante impossibilité d’ubiquité ainsi que de l’insupportable « enfer » de l’autre. Le seul moyen d’être partout et d’avoir tout sera en conséquence de n’être nulle part et de n’avoir rien. Avec Facebook, j’aurai des milliers de faux amis que je ne connais pas, c’est plus facile que d’ avoir un ou deux amis réels que je connais. Le super marché sera l’autre exemple du touche à tout, la multiplication du maximum de marchandises moins le contact avec le commerçant lequel est remplacé d’abord par le « sbam » de la caissière puis par le clique sur la toile. Et bientôt bien sûr, la petite ardoise magique pour tout le monde

Ce qui est techniquement possible est moralement souhaitable, traduction moderne de la faute initiale consistant à croire qu ‘il fallait toucher parce que c’était beau à voir.

» Elle vit que l’arbre bon à manger était beau à regarder »
Robert Crumb reprend ici une transposition courante, admise entre autre par les traductions qui font le plus autorité, Bible de Jérusalem, Bible d’Osty, Bible protestante de Louis Segond. La notre, du chanoine Crampon, pas moins estimable, adopte toutefois une version que nous préférons:
« Elle vit que l’arbre beau à voir était bon à manger »
Il ne s’agit pas d’une ergotage d’ exégète, la nuance est de taille, l’arbre beau à voir poussait à vouloir le manger, la beauté incitait au toucher parce qu’on ne voulut pas comprendre qu’elle était là pour interdire le toucher dans la mesure où elle avait pour seule raison d’être qu’on la regarde et non qu’on la touche. Le commandement était donc, » Contente toi de regarder mais abstiens-toi de toucher » car lorsque tu touches, tu dégrades, tu touches en vue de la manducation, c’est à dire pour assimiler à toi, envoyer dans tes viscères, réduire à ta digestion pour, au final, transformer la beauté en matière fétide et sans vie. En établissant l’arbre qui s’adresse au seul regard, j’instaure une limite à ta déprédation, de tous les arbres tu mangeras mais pour celui-là, tu devras te contenter du seul regard. Je trace donc la frontière entre les arbres sur lesquels doit porter ton action et l’arbre sur lequel portera ta contemplation. Le fruit prohibé, c’était l’extension défendue de ton action laquelle vise le fruit parce qu’elle ne voit que le gain, le bénéfice, l’intérêt, le seul regard portant sur le fruit mais le toucher voulant l’usufruit.

En touchant le fruit, tu n’as fait que détruire la contemplation par l’impérialisme conquérant de ton action, le péché ou l’ hybris, ne sont autre que l’incapacité de stopper l’action pour contempler. Ta punition sera donc d’être chassé de la terre en n’étant plus que de l’action, tes capacités tactiles grandiront parallèlement à ton incapacités à toucher, du petit jardin où les plantes étaient offertes tu partiras vers la grande serre où le végétal est mimeux.

« Il se virent nus » , c’est à dire, fragiles, faibles, vulnérables, menacés de toute part, elle et lui seraient désormais tenaillés par l’ obession d ‘avoir parce qu’ obsédés par l’idée de ne pas avoir,

et la conséquence fut ainsi la « tunique de peau » que Dieu leur tailla, c’est à dire, l’artifice et le simulacre par dessus la nudité de la vraie peau. Leur peau réelle devint cachée par une peau fabriquée, un faux semblant de peau destiné à entraver la respiration naturelle de la vraie peau maintenant prisonnière du revêtement qui masquerait les sueurs, la crasse et les vilaines odeurs. Ils n’eurent donc plus leur place dans l’harmonie des choses » parce que leur nature devint fausse nature :
» Our life is a false nature–’tis not in
The harmony of things,–this hard decree,
This uneradicable taint of Sin,
This boundless Upas…. »
(Byron)
en un mot, ils devinrent tout simplement: « DE TROP ».

(Giovanni di Paolo)
47 commentaires to “FAUX CONTACTS” »
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mars 9th, 2011 at 1:34
Vous avez vraiment l’art de vous contredire, je crois me souvenir d’une discussion où vous souteniez une idée opposée
http://falcophil.info/blog/nuages-flottants-suite/
mars 9th, 2011 at 10:48
Je ne vois pas où est la contradiction. Il ne s’agissait pas dans ce présent billet de critiquer le caractère inné de certaines idées mais la réduction du réel à la reconstruction mentale pour ne pas dire à l’imaginaire avec tout ce qui peut en résulter comme érosion du vivant, troncature de l’esprit et mutilation de l’humain.
mars 10th, 2011 at 5:35
Il n’en demeure pas moins que le dédoublement de personnalité est certain.
Norman Bates dans son vieux manoir, empaillant des oiseaux, matant Janet Leigh par un trou dans le mur et conversant avec les morts.
mars 11th, 2011 at 7:58
Ce qui tendrait donc à signifier que je me trouvais aux premières loges pour écrire ce billet.
mars 12th, 2011 at 5:12
Va demander un peu ce qu’ils pensent les nippons de Maman nature si belle et si pure. Tu peux pas dire que ils n’y soient pas,eux, en contact avec les éléments.
De la flotte et du feu plein la gueule, en veux tu , en voilà !
et pis t’es quand même gonflé de gerber sur la technique alors que c’est justement davantage de technique qui aurait permis d’atténuer pareils désastres. et pis c’est quand même aussi un peu grâce à la technique que tu peux avoir un blog et des sites sur la toile. La terre , oui, mais à condition de ne jamais oublier qu’elle est comme le chat qui ronronne et te file un coup de griffe quand tu t’y attends pas. La technique , c’est un peu le château fort contre une nature qui n’est jamais tout à fait ton amie mais qui à tout moment peut devenir ta pire ennemie.
Alors, avant de dénoncer la démesure de la modernité , demande toi si le manque de mesure ne serait pas plutôt du côté des écolos bêtas bobos babacool avec leur rêveries naïve sur la beauté du monde débarassé de la technique et rendu à la pureté du jardin d’Eden.
Walden avaiit du moins eu le courage de tout abandonner pour aller vivre dans ses bois, toi, ton petit bureau
de bureaucrate , pour rien au monde tu le changerais pour un contact avec ces éléments que pourtant tu prétends aimer. Alors arrête un peu l’hypocrisie , là, t’es plus du tout crédible….
mars 13th, 2011 at 1:04
» Va demander un peu ce qu’ils pensent les nippons de Maman nature si belle et si pure. Tu peux pas dire que eux ils n’y soient pas, en contact avec les éléments, de la flotte et du feu plein la gueule »
Je ne suis pas panthéiste, il n ‘a jamais été dans mon propos de diviniser la nature dont je sais très bien que tout en étant bonne, elle demeure tout de même travaillée par des forces obscures et inconscientes qui peuvent se déchaîner à n’importe quel moment. Il me semble que c’est là ce qu’oublient science et technique enfermant la richesse et l’imprévu du réel dans la fade moyenne de leurs prédictions mathématiques. Les éventualités de cataclysme, il me semble que l’on ne peut pas me reprocher de me voiler la face sur ce point:
http://falcophil.info/ifotos/?dir=Cataclysmes
Je retrouve dans mes archives ces curieuses gouaches napolitaines du XIXème, oeuvres certes mineure d’une main anonyme
mais quoique de médiocre facture, elles n’en reflètent pas moins le bon sens populaire du napolitain jouissant de la calme beauté méditerranéenne sans se départir de la conscience d’un danger toujours latent. On pourrait retrouver la même idée chez Hokusaï. Très peu ont su aussi bien que lui dépeindre la plénitude sereine d’une mer
dont il savait toutefois combien elle pouvait être lourde de menaces
Moi même je tente par certains de mes travaux de suggerer quelque chose d’analogue
Vivre en contact avec la terre, ne signifie donc pas cette insouciance à laquelle peut nous inciter la modernité de l’ hédonisme consammateur mais veut bien dire rester sur ses gardes à propos d’un monde qui n’a aucun statut de permanence et qui de ce fait est toujours sur le point de se défaire. Rester sur le qui-vive, c’est d’ailleurs bien là le conseil que donne Thoreau, quelque part dans son « Walden « .
» T’es quand même gonflé de gerber sur la technique quand c’est elle qui te permet d’avoir un blog et des sites sur la toile »
Je ne critique pas la technique en soi mais d’une part, son mésusage et surdosage et , d’autre part, une vision réductrice de l’homme et de la vie qui prétendrait s’inspirer d’elle.
» demande toi si le manque de mesure ne serait pas plutôt du côté des écolos bêtas bobos babacool avec leur rêveries naïve sur la beauté du monde débarassé de la technique et rendu à la pureté du jardin d’Eden. »
Si c’est être naïf que de refuser de faire du 200k/h là où la vitesse est pourtant limitée à 50, alors oui, ça ne me dérange pas d’ être ainsi qualifié.
« toi, ton petit bureau de bureaucrate , pour rien au monde tu le changerais pour un contact avec ces éléments que pourtant tu prétends aimer »
Que prétends tu démontrer avec ça ? Quelqu’un détaillant des symptômes en deviendrait-il moins crédible au motif qu’il est lui même affecté des troubles fonctionnels qu’il veut décrire ?
mars 13th, 2011 at 6:42
Je ne vois vraiment pas comment vous pouvez qualifier de « bonne » une nature toujours si pompte à se déchaîner, à propager de tels ravages en brisant des milliers d’existences qui pourtant ne demandaient qu’à vivre en paix.
mars 13th, 2011 at 11:11
Si le monde n’est ni parfait ni nécessaire, il est tout à fait dans l’ordre des choses qu’il soit appelé à tout moment à se disloquer voire à retourner n’importe quand au néant. L’instabilité est corrélative de la contingence. Ce qui a été fait est tôt ou tard appelé à se défaire. « Tu es poussière et tu redeviendras poussière ». La technique nous a donné une telle illusion de puissance que ces évidences nous sont aujourd’hui intolérables alors qu’elles étaient plus facilement acceptées par les hommes de jadis. . Vous voudriez quoi ? Que la nature soit toujours égale à elle même et toujours immuable ? que le fond des océans soit aussi statique et demeure aussi inchangé que la divinité qui ignore les aléas du temps ? Si votre rêve secret est celui d’une nature sans mutation et qui jamais ne serait appelée à se décomposer, je crois alors que nous avons ici un exemple supplémetaire de déni du réel .
mars 13th, 2011 at 11:28
Je trouve que la froideur avec laquelle vous expliquez l’inexplicable vous rend tout simplement indécent et c’est franchement en effet de l’indécence que ce détachement d’esthète sur l’art japonais, de ressortir tranquillement un cours de philo sur la « contingence » du monde pour prétendre donner une explication rassurante sur de telles catastrophes ! Allez donc faire vos beaux discours à ceux qui ont tout perdu, vous essayerez de les consoler en leur montrant des gravures d’ Hokusaï !.
mars 14th, 2011 at 8:38
Ceu qui ont pas le sens des réalités c’est les pauvres nases dans ton genre qui croient que la nature est tellement parfaite et tellement belle qu’un Dieu est absolument nécessaire pour l’expliquer et qui par dessus le marché veulent concilier la bonté de Dieu avec une nature qui détruit et qui tue impitoyablement. C’est justement parce que les deux choses sont inconciliables que le Diable a été inventé et que des gros cons comme toi croient à la chose. Comme disait Nietzsche , la nature est tout bonnement « indifférente », sans âme et rien n’est plus débile que de prétendre la personnifier.
N.B : Ton article , je l’ai même pas lu, comme d’habitude, c’est trop long et trop chiant
mars 14th, 2011 at 9:20
Je n’articule pas beauté et nécessité mais contingence et nécessité.
» la nature est tout bonnement “indifférente”, sans âme et rien n’est plus débile que de prétendre la personnifier »
Je n’ai jamais prétendu personnifier la nature, tu dois confondre ici monothéisme et paganisme,( La personnification.de la nature serait plutôt le fait de Thierry qui prend « Walden » pour une personne alors qu’il ne s’agit que d’un bois!)
« Ton article , je l’ai même pas lu, comme d’habitude, c’est trop long et trop chiant »
Tu aurais peut-être dû le lire, réfléchir un peu de temps à autre ne te ferait pas de mal, il est vrai que c’est sans doute trop te demander vu l’atrophie du peu qui te sert encore de cervelle.
Pour Bab-One
Je n’aurai jamais l’indécence de faire des sermons à des gens qui ont tout perdu. Je fais de la philo ici avec vous parce que chacun est bien tranquille derrière son ordi. Seriez vous sous mes yeux en train de vous noyer, qu’il est évident que je mettrais les discours de côté pour vous tendre aussitôt la main.
Pour reprendre en effet de sages paroles:
Un temps pour tout…
Temps pour parler
et temps pour se taire
et ce serait peut-être enfin le moment de se taire pour quelque temps de silence par compassion envers le malheur des autres ainsi que par respect pour les morts.
Pour cela, je ferme pour un temps les commentaires.
mars 30th, 2011 at 10:24
j’ai trouvé ton texte excellent et les critiques d’une lamentable stupidité. il voulait dire quoi l’autre avec Norman Bates empaillant des oiseaux ?
mars 31st, 2011 at 7:06
Peut-être une allusion à mes travaux plastiques
C’est un cinéphile qui doit lui aussi reconstruire le réel en fonction de l’imaginaire cinématographique peuplant son mental. Quoiqu’ il en soit , il n ‘a pas tout à fait tort, c’est vrai que moi aussi je converse avec les morts.
mars 31st, 2011 at 11:28
Mais en quoi le fait de converser avec les morts serait-il critiquable ? Qui sont les morts ? Des êtres qui se sont décomposés pour retourner aux principes élémentaires de la vie.
Tu connais ce poème du sénégalais Birago DIOP
« Ceux qui sont morts ne sont jamais partis
ils sont dans l’ombre qui s’épaissit,
Les morts ne sont pas sous la terre
Ils sont dans l’arbre qui frémit
Ils sont dans le bois qui gémit
Ils sont dans l’eau qui coule
Ils sont dans la case, ils sont dans la foule
les morts ne sont pas morts »
La vie s’en va mais pour aller où ? Pour retourner à la vie. Ce sont les morts qui retournent à la vie, tandis que les vivants sont morts du fait de leurs divagations qui les coupent de la vie.
avril 1st, 2011 at 1:59
je serais curieuse de connaître des poètes contemporains de chez nous manifestant de tels rapports de fraternité avec la terre.
avril 1st, 2011 at 4:42
Certainement qu’il s’en trouve mais quelle audience ont-ils ? Beaucoup plus médiatisés seront des discours de ce type où l’on dit tout haut ce que la plupart pensent tout bas:
” Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.
Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. »
(Discours de Dakar du 29 juillet 2007)
La leçon est claire: » votre idéal était de vivre dans l’harmonie,
(travail agricole au Mali)
désormais il vous faut faire comme nous autres qui vivons dans la fuite en avant de la dissonance et du porte à faux. »
(Nairobi, Kenya)
avril 1st, 2011 at 5:25
« Ecoute plus souvent les choses que les êtres
La voix du feu s’entend
Entend la voix de l’eau
Ecoute dans le vent
Le buisson en sanglot
C’est le souffle des ancêtres… »
(Birago Diop, toujours…)
avril 6th, 2011 at 3:45
Un jour, entre terre et vent
Fleur desséchée se posa près de brin d’herbe vibrant
- D’où viens tu donc pour être si aplatie ?- demanda celui-ci à fleur desséchée
- D’entre les deux pages du livre d’où j’ai glissé- répondit-elle au brin d’herbe
avril 6th, 2011 at 5:51
Les nègres vous le savez n’ont que trop travaillé
Pourquoi faut-il apprendre dans les livres
Qui nous parlent de choses qui ne sont point d’ici ?
Et puis elle est vraiment trop triste leur école
Triste comme
Ces messieurs de la ville
Ces messieurs comme il faut
Qui ne savent plus danser le soir au clair de lune
Qui ne savent plus marcher sur la chair de leur pied
Qui ne savent plus conter les contes aux veillées
seigneur, je ne veux plus aller à l’école
(Sédar Senghor)
avril 7th, 2011 at 9:15
(Magritte: la clé des champs)
avril 12th, 2011 at 9:58
Ce tableau me porte à m’interroger de nouveau sur la question de la rencontre de la nature et de la culture ou de l’articulation entre le « logos » et la « physis » dans notre contexte actuel, à la fois poétique, artistique et philosophique. Il me semble qu’il y aurait plutôt disjonction,
ce qui serait symptomatique de cette expatriation hors de la terre, propre à l’homme moderne et dont il était question dans le billet.
avril 13th, 2011 at 4:58
Ce n’est franchement pas évident. J’ai au contraire le sentiment que l’aube de l’art moderne , plus particulièrement la spontanéité du Romantisme (héritier d’ailleurs de J.J Rousseau) qui rompt avec la rigidité de la reconstruction mentale propre au classicisme, renouerait plutôt avec les éléments comme en témoignent les exemples suivants :
(Friedrich)
(Turner)
avril 13th, 2011 at 5:12
C’est encore moins certain pour Turner
Air, eau et feu
Certes que les trois éléments y sont
Mais il manque tout de même le quatrième.
La Terre…..
avril 13th, 2011 at 11:57
Il nous a effet semblé la fois dernière que tu préférais une certaine esthétique de la « terre », pour ne pas dire du « terroir »
http://falcophil.info/blog/cliche/#comment-3415
avril 14th, 2011 at 9:03
Certainement que la terre s’y trouve
Manquent cependant les 3 autres éléments.
avril 15th, 2011 at 10:08
ce fameux tableau m’apparaît comme la meilleure synthèse possible
avril 19th, 2011 at 11:08
Je suis perplexe
La terre semble comme rongée par une vermine grouillante.
mai 2nd, 2011 at 11:07
Tu l’interprètes mal.
Le panthéisme est un aspect du romantisme et certains de ses tenants ont vu chez Altdorfer un précurseur. Goethe fait dire à Werther s’extasiant devant un jardin ensoleillé:
« On voudrait être hanneton pour se perdre dans cette mer de lumière ».
mai 3rd, 2011 at 7:03
L’homme ne deviendrait-il pas comme une vermine dès lors qu’il ne peut se résoudre à être insecte ?
mai 6th, 2011 at 7:10
L’homme ne peut pas être insecte pour la raison inverse qu’il ne peut davantage être Dieu
mai 8th, 2011 at 12:04
Extrême de l’humanisme : « La terre ne sera plus rien parce que vous serez semblables à Dieu »
Extrême du panthéisme : « Vous ne serez plus rien parce que vous serez semblables à la terre »
mai 8th, 2011 at 2:29
Mais autre version du panthéisme:
» La terre ne sera plus rien parce qu’elle sera semblable à Moi « .
mai 14th, 2011 at 7:06
Il y a cet autre tableau de Friedrich ( l’homme au sommet d’une montagne) qui me semble être une synthèse bien meilleure encore)
mai 19th, 2011 at 6:58
Est-ce à ce tableau que tu penses ?
mai 20th, 2011 at 9:24
Manque le feu
mai 21st, 2011 at 6:28
Il est bien là mais dans la tête du personnage
mai 21st, 2011 at 5:20
Le titre anglais de ce tableau est:
« The wanderer »
terme que l’on retrouve dans une variante anglaise de Faust :
» Melmoth, the Wanderer «
mai 22nd, 2011 at 2:57
Oui, autrement dit , l’homme errant, sans attache ni racine parce que séparé de la terre. Ce que contemple « The wanderer » c’est l’évaporation du monde.
mai 28th, 2011 at 6:54
Mais réflexion faite , il pourrait encore s’agir d’une erreur d’interprétation.
Le personnage est, de toute évidence, entouré de mystère. Or, comment le monde peut-il s’être évaporé s’il est encore un mystère?
On fait fausse route en assimilantle voyageur à Faust.Le voyageur connaîtrait plutôt un terme à l’action parce qu’il est face au mystère qui ne tombe pas sous son emprise et que la technique ne saurait étouffer par sa modélisation rationnelle. Le voyageur est sans rapport avec Prométhée car le monde n’est plus ici la pâte qu’il peut modeler mais une substance dont l’énigme ne peut que l’étonner. Il ne s’agit pas d’un étonnement suscitant la science, fort heureusement, la science est ici impuissante.
Le voyageur a dépassé le plan de l’action pour lui substituer celui de la pure contemplation.
juin 2nd, 2011 at 5:47
Interprétation tout à fait défendable qu’il me semble avoir déjà tenté de traduire plastiquement:
juin 10th, 2011 at 8:48
Eh bien, et maintenant ? Qu’est ce qu’il fait votre soldat ?
juin 12th, 2011 at 4:00
Rien.
Que voulez-vous qu’il fasse ?
juin 12th, 2011 at 5:52
ça devient tout de même plutôt ennuyeux !
juin 13th, 2011 at 6:10
Encore une fois, que voudriez vous qu’il fasse ?
juin 14th, 2011 at 8:59
Qu’il dise au moins quelque chose !
juin 15th, 2011 at 5:46
On en reparle au prochain billet
novembre 4th, 2011 at 5:49
La discussion sur certaines questions abordées par le billet se poursuivant également ici :
http://falcophil.info/blog/eloge-du-ratage-4/#comment-3663