( juillet 31, 2008 )

NUIT BLANCHE

4 heures du matin et je n’arrive toujours pas à dormir. Trop tourmenté par mes problèmes personnels. Mais comme j’ai horreur de raconter mes problèmes , je parlerai plutôt du film que j’ai visionné durant mon insomnie.

Sitot ce film visionné, je n’ai pu m’empêcher d’en dire quelques mots car il illustre parfaitement la dichotomie classicisme/baroque évoquée dans l’avant dernier billet.

Il s’agit d’une sorte d’avatar de Don Quichotte qui met en scène un black, tueur à gages un peu disjoncté vivant dans une sordide banlieue des States et qui a décidé d’asseoir sa vie sur la philosophie des samourais.

Le film commence par une scène montrant le black lisant à voix haute une phrase du bushido « La voie du samourai est dans la mort ». Mais à mesure que le film progresse, j’ai l’étrange impression de l’avoir déjà vu quoique je le visionne pour la première fois. D’abord, le black semble déambuler dans les rues nocturnes puis, à l’aide d’un appareillage sophistiqué , il pique une bagnole et fonce ensuite dans la nuit en écoutant du rap. Un peu plus tard , il s’introduit dans un appartement où il butte un type. Et tout à coup je me rappelle ! Me revient en mémoire un polar français des années 60, ” le Samouraï “de Jean Pierre Melville. Visiblement, le présent film s’en est inspiré.

Jean Pierre Melville était d’ailleurs lui même parvenu à « franciser » le polar américain des années 50

dont l’exemple type reste « Quand la ville dort” de John Huston . GHOST DOG du coup prend à mes yeux un autre aspect en ce qu’il devient assez représentatif de ces passionnants va et vient d’une culture à l’autre dont les accumulations de réciproques influences permettent parfois d’aboutir à d’admirables synthèses.

Le scénario de GHOST DOG reprend donc la trame très simple du film de Melville. Un tueur à gages solitaire honore un contrat en abattant un homme, meurtre dont est témoin une jeune femme. Le tueur devenant ainsi compromettant pour les commanditaires du meurtre, ceux-ci vont alors tout tenter pour l’éliminer.

Ici s’arrête la ressemblance avec le film de Melville, Jarmush partant vers des voies différentes. Alors que Melville dans un style sobre et austère , un tantinet bressonien, avait réalisé un œuvre magistrale de dépouillement et de clarté, Jarmusch complique l’intrigue par une symbiose non moins captivante d’éléments disparates et souvent contradictoires. Le tueur incarné par Forrest Whitaker, n’a rien de la beauté froide et féline d’Alain Delon. GHOST DOG fait au contraire l’effet d’un gros nounours pataud

dont la démarche relève d’un curieux dandinement. Son déplacement est pourtant si léger qu’il semble planer au travers des rues sordides, méritant ainsi son surnom de « fantôme ». Il pratique une vie d’ascèse, loge dans un misérable réduit sur le toit d’un immeuble où il s’entraîne aux arts martiaux. Pourtant son idéal de guerrier ne l’empêche pas de bichonner des tas de pigeons vivant dans une cage près de sa cahute, ni d’aimer les sucreries, son seul ami étant d’ailleurs un marchand de glace.

Il maîtrise des quantités de gadgets de la technique moderne (Parodie de James Bond ?) et s’obstine néanmoins à communiquer au moyen de ses pigeons voyageurs.
Vivant donc suivant le code d’honneur des samouraï ( de nombreuses citations d’Agakure, grand poème guerrier japonais sont reprises en voie off), il méprise le monde moderne et son absence de principes, société déliquescente symbolisée par les mafieux infantiles et dégénérés lancés à sa poursuite. Il est en outre passionné de musique moderne de sorte que le film orchestre une curieuse alternance de thèmes de rap ou de jazz et de sentences proches de la sagesse Tao.

Le côté parodique est un autre aspect intéressant du film. Ghost Dog qui abat tous les tueurs lancés à sa poursuite exécute de curieux moulinets avec ses pistolets comme le ferait un samourai avec ses sabres. La scène finale ou il affronte le dernier malfrat en un face à face au milieu de la rue, singeant un cliché de western, est là encore un moyen pour revisiter un genre par une imitation burlesque. Parodie donc des films de gangsters et de samouraïs, Jarmush comme tout authentique créateur étant soucieux en effet de ne pas imiter les cinéastes qui l’ont marqué ( Kurosawa outre Melville) et utilisant de ce fait la distance un peu bouffonne pour se démarquer de ceux qu’il admire.

Mélange d’humour noir et leçon de sagesse, admirable patchwork de cultures d’horizons différents montrant de quelle manière peuvent coexister les différences quand on est intelligent et talentueux, va et vient entre passé et présent d’un homme à bien des égards ancré dans son époque et sa technologie mais qui en refuse en même temps l‘esprit décadent et l’ absence de principes en se rattachant au sens de l’honneur d’un code féodal, tout cela fait de Ghost Dog un film fantasque sur un personnage extravagant mais qui ne nous interpelle pas moins et nous rappelle que si notre monde a gagné en technique , il a toutefois perdu son âme en délaissant la mémoire des sagesses anciennes. Combiner technique et tradition, la puissance issue de la première alliée au détachement donné par la seconde pourrait d’ailleurs être vu comme l’un des enseignements de ce film.

Mais et c’est là à mes yeux l’essentiel, comme dans tous les remakes, on ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec le film de Melville. Là où Melville était concis, dépouillé, austère, laconique, un peu froid,

Jarmush est plutôt bavard, plutôt alambiqué, plutôt comique, il multiplie les tableaux, les situations bizarres, les personnages curieux et décalés. Autrement dit , alors que Melville est un classique, Jarmusch est un baroque. On en revient donc toujours à cette même fondamentale dualité, toutes les créations culturelles n’étant au fond que l’éternel affontement entre classicisme et baroque. Inutile d’ajouter que je préfère Melville même si je reconnais que Jarmusch est un grand cinéaste.

Le film se termine vers 6h30 du matin. Le temps de taper ce billet, il est 7h00. Inutile d’aller me coucher. Autant dire que je ne serai pas frais pour bosser. Une fois encore mes prestations professionnelles ne seront pas brillantes et les tonnes de café n’y changeront rien.

31 commentaires to “NUIT BLANCHE”

  1. Song says:

    Mois quant je dort pas je me passes un bon film de cul et aprais sa je me tappes une bonne branlettes et aprais je m’endorts comme un bébés. Tois, Tes vraimant qu’un bons à rien, nul au boulot et nul au plumart.

  2. Thierry says:

    Ce que dit Song n’est pas dénué de pertinence, un film de cul est préférable pour s’endormir tant le scénario est toujours pauvre et débile.

    Tandis qu’avec ce genre de film, la richesse est telle qu’on le tourne et retourne dans sa tête tant les interprétations en sont multiples. Le film de Melville est un poème sur la solitude mais celui de Jarmusch une belle méditation sur le sens d’une vie confrontée à une modernité qui en est dénuée.

    L’opposition Melville/ classique, Jarmusch/baroque est bonne (Quoique méritant d’être nuancée car l’image de Jarmusch pourrait également se caractériser par un certain minimalisme)
    Tu as raison, c’est un peu Racine contre Shakespeare et c’est pour cela que je préfère quant à moi la version de Jarmusch, le film de Melville comme tout ce qui est classique peut paraître un peu trop désséché, voire, un peu dénué d’épaisseur et de fantaisie. Si mon souvenir est bon, l’image de Jarmusch est moins travaillée, moins esthétique que celle de Melville et pour cette raison, plus naturelle. Melville offre un simple constat optique de par la seule présence d’une imagerie dépouillée, la résistance désespérante d’un en soi du monde, Jarmusch multiplie les références, littéraires, cinématographiques (et aussi le dessin animé avec Betty Boop!)
    Jeff Costello est le masque figé d’un calme et viril desespoir, Ghost Dog est un sage de l’ancien temps qui , contrairement à ce que tu écris, n’est nullement disjoncté mais qui fusionne avec la totalité, celle du monde naturel mais non du monde urbain et pour cela il ne mérite pas de vivre dans une modernité ayant rompu tout contact de sagesse avec le monde.

    Avec un tel grand moment du cinéma, on ne risque donc pas de s’endormir, on rumine cette superbe parabole jusqu’au petit matin et on y repense encore au bureau pour échapper à la médiocrité des collègues et de la vie professionnelle !

    http://www.virgin17.fr/Musique/Videos/Bandes-Annonces/Ghost-Dog/(selection)/Emissions

  3. THITRA says:

    Je ne sais pas si tu l’as fait exprès mais ta façon de faire rebondir notre discussion de la fois d’avant est plutôt habile.

    Ghost Dog est effectivement un film étonnant pouvant donner lieu à des quantités d’éxégèse. Moi j’y vois entre autre une idée peut-être inspirée de William Faulkner concernant le salut par la pureté de l’homme noir (lequel symboliserait donc la pureté de l’innocent). Le black , pas seulement Ghost Dog mais aussi le marchand de glace et peut-être même avant tout la petite fille, est ici le seul qui soit exempt de saleté, contrairement aux blancs qui ne sont tous que des truands ou des séniles, plus ou moins crétins, tous malfoutus de corps et d’esprit. Le blanc est dégénéré par son péché, le noir même s’il est un tueur reste indemne et assez significativement se tourne vers la sagesse orientale pour échapper à ce monde disloqué de la ville créé par l’homme blanc. On trouve déjà cette même idée avec Dead Man. Après une traversée hallucinante d’un ouest américain que l’homme blanc a transformé en cauchemard, le protagoniste meurt dans une barque qu’un indien pousse dans la mer. Retour à la fusion avec la totalité qui ne peut se faire qu’en tournant le dos à cet univers irrémédiablement détérioré créé par le blanc. A cet égard, les rapports d ‘union et de réciprocité entretenus par Ghost Dog avec les animaux sont assez révélateurs. Il n’y a pas de contradiction entre le fait de vivre en guerrier s’inspirant d’Agakure et le fait de bichonner des pigeons, les deux choses se complètent. Si la voie du samourai est dans la mort, c’est précisément cette mort qui permet l’union intime avec le grand tout. Il y a une dimension plutôt écolo qui n’a pas été assez soulignée. C’est celui qui vit en marge de l’homme blanc et donc forcément le noir (Pas Barak Obhama) mais le noir en ce qu’il est réellement marginal qui pourra peut-être sauver quelque chose de ce cauchemard créé par la civilisation blanche.

  4. Falcophil says:

    Je crois deviner la tarte à la crême que tu cherches à me balancer. L’occidental est coupé du milieu naturel, parce que judéo-chrétien et donc méprisant une nature à l’égard de laquelle il se sent supérieur, seules les sagesses orientales pouvant nous mettre en harmonie avec cette nature parce que fondées sur la conviction qu’un même souffle parcourt l’animal, l’homme et la pierre.

  5. THITRA says:

    “Croissez et multipliez, soumettez et assujetissez tout ce qui vit.” C’est dans la Bible non? Comment peut-on vivre en harmonie avec la nature quand on entretient avec elle des rapports de dominant à dominé ? L’occidentale ne peut s’insérer dans le tout dès lors qu’il se croît propriétaire et détenteur de ce tout.

  6. Falcophil says:

    C’est bien ce que je dis, tu me lances une tarte à la crème. La Bible tu ne la connais qu’imparfaitement.

    “Yahweh prit l’homme et le plaça dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder”.
    (Genèse II-15)

    Rapport de dominant à dominé certes mais avec la responsabilité de garder intact le jardin que l’on a donné à celui qui domine

  7. Thierry says:

    Suis donc le conseil de Song, plutôt que lire la Bible, tape toi un bon film de cul et après une bonne branlette et tu dormiras mieux. Sans ça , j’ai peur que tu ne passes encore une nuit blanche.

  8. Falcophil says:

    Je sais que ce n’est pas encore cette nuit que je vais dormir.

    Mais je suis dans ma période cinéphile, je vais me passer un grand classique du cinéma iranien

  9. THITRA says:

    OUAIIIIIS!!!!!!

    Voilà un grand film!!!!

    Moi je vais me coucher mais on en rediscute demain.

    Je tiens surtout à ce que tu me dises comment tu as compris la fin si déroutante!!!!

    Sur ce Bonne nuit tout le monde…….

  10. Falcophil says:

    A mon sens la fin du “goût de la cerise” rejoint curieusement ce que l’on nous dit au tout début de “Ghost Dog”

    ” La voie est dans la mort ”

    Ghost Dog se considère chaque jour comme mort pour mieux sentir la vie qui l’entoure, dans le goût de la cerise, le protagoniste s’allonge dans sa tombe pour renaître au moment où se termine le tournage même du film, l’autre monde apporté par la mort serait alors de devenir l’acteur de sa propre histoire.

  11. THITRA says:

    Moi la question que je me pose est de savoir si le protagoniste se suicide vraiment. Je crois qu’il y renonce au dernier moment à cause du “goût de la cerise” . Ce que l’on voit à la fin, après le noir qui suit la mise au tombeau, c’est l’assomption par la démarche ludique de l’esthétisation du vécu, permettant sa mise à distance.

  12. Falcophil says:

    Nécessité de la mort pour mettre à distance par le jeu de l’illusion, certes, mais aussi mourir pour mettre à distance l’illusion elle même, d’où peut être l’emploi final d’une imagerie numérique d’assez piètre qualité pour donner le sentiment que la fin serait une espèce de documentaire filmé par un amateur.

    La signification serait alors que rien ne doit vraiment être pris au sérieux, ni la vie, transformée en jeux d’acteur mais pas même le cinéma qui n’est que le jeu d’un jeu.

    La seule existence vraie porterait en ce cas sur certains petits moments dérisoires où l’on expérimente “le goût de la cerise”

  13. Bernard Mauffrat says:

    Devenir fantôme pour acquérir une plus grande intensité de vie est une démarche que je mène toujours plus ou moins dans mon travail pictural

    http://falcophil.info/ifotos/?dir=Bernard+MAUFFRAT&pic=Meditation

    C’est une vague intuition que j’ai mais il me semble que celà pourrait plutôt relever d’une caractéristique de l’esprit classique. (????)

  14. Erato says:

    J’ai vécu avec un homme qui était passionné de Kung Fu. A mon grand désespoir cet homme est parti, je ne sais pas où il est mais il m’a laissé quelques ouvrages et entre autre, un manuel de Kung Fu. Parfois, il m’arrive d’en lire quelques pages, on y trouve des idées aussi bizarres que certaines réflexions que je rencontre dans ce blog , par exemple celle-ci:

    ” Devenez irrél, absent, évanescent, votre rapidité d’action en découlera et l’aderversaire se heurtant alors à une fumée, il deviendra lui même l’ombre derrière laquelle vous aurez depuis longtemps disparu ”

    Sur le plan d’une technique de combat, je ne sais pas ce que cela peut donner mais me concernant, je peux vous dire que c’est efficace, il a disparu aussi vite qu’un oiseau, il est devenu l’ombre qui m’a rendue absente et vide et derrière, tapie derrière la pauvre vapeur que je suis désormais devenue, son fantôme n’en finit plus d’entretenir ma douleur….

  15. Falcophil says:

    La preuve que tu n’es pas devenue vapeur c’est que tu souffres encore.

    Ce qui m’a entre autre intéressé dans Ghost Dog c’est justement l’art d’être fantomatique pour avoir une meilleure prise sur la vie. C’est entre autre ce qui donne à l’acte photographique cet attrait si fascinant, on y expérimente l’art d’être un fantôme qui hante un monde réduit à l’état d’un cimetière illuminé de feux follets. Ce n’est pas seulement la voie du samouraï qui réside dans la mort, c’est l’essence même de toute voie, moi aussi, chaque jour, je m’efforce de me considérer comme un homme mort.

  16. Erato says:

    Vous êtes vraiment un type négatif, morbide et maso. Je viens chez vous pour me distraire de mon cafard mais vous ne faîtes que me déprimer encore plus.

  17. Falcophil says:

    Il me suffit de prendre votre dernier tableau

    ainsi que ma dernière photo

    pour savoir que ce n’est sûrement pas moi qui suis négatif, morbide et maso. En employant le mot “mort”, je voulais seulement évoquer une certaine façon de disparaître derrière l’épuration du monde.

  18. Erato says:

    Nous en avons déjà discuté, je crois, vous croyez voir dans ma peinture , je ne sais quels miasmes morbides alors qu’elle n’est qu’un sursaut de révolte et donc de vitalité. C’est le même genre de reproches que l’on a pu faire à l’expressionisme allemand. Quand vous photographiez vous pensez sans doute à De Chirico, moi je pense au cri d’Edward Munch, ce n’est pas seulement le fait d’être saisi par toute l’horreur existentielle , c’est aussi une révolte contre la capitulation contre tout le conformisme fétide d’un monde bourgeois stupide et content de lui même. Non loin de chez moi, il ya une espèce de parc avec une imitation de lac.

    Un espace tout ce qu’il ya de plus lisse, de plus propre et en même temps de plus ennuyeux et de plus nauséeux. Le dimanche les bourgeois viennent y pique niquer, y promener leur marmaille braillante, traîner leur lamentable existence dans tout ce petit confort douçatre. Je voudrais jeter une bombre dans tout ça. J’aimerais que mes pinceaux soient comme des explosifs pour faire voler en éclat toute cette sirupeuse médiocrité. J’éssaie alors de faire en sorte que ma peinture soit comme un séisme qui soulève toute l’ écoeurante platitude de ce monde avachi.

    Je ne comprends pas comment vous pouvez concilier les idées d’intensité et d’aspiration fantomatique. Avec votre médium photographique vous vous dissolvez dans le silence spectrale d’une espèce de sommeil lumaire. Moi je me bats contre la matière, j’en triture les pigments pour faire émerger un univers sans doute convulsif mais qui me soulage en ce qu’il est vomissure d’un univers que j’abhorre. On sait très bien depuis Freud que les sentiments refoulés vous pourrissent de l’intérieur si vous ne les éructez pas d’une manière ou d’une autre. Vous, vous ne faîtes aucune confidence, vous intériorisez, vous vous cachez derrière la poésie nocturne d’une douce rêverie de zombie mais entre nous deux, c’est sûrement moi qui suis la plus saine justement parce que ce sont mes images qui présente l’apparence la plus malsaine.

  19. Katia says:

    Trop de prises de tête d’intello sur ce site

  20. Clash says:

    Tu l’as dit Katia. Mais Erato n’est pas une intello, c’est une sincère, authentique et entière, sa démarche vigoureuse le prouve et je l’engage à aller plus loin encore,, jusqu’au bout d’elle même. Et pour qu’elle aille jusqu’au bout d’elle même, je veux dire vers la vérité de sa personne, qu’elle n’hésite pas à gerber sur l’idée même de culture car c’est elle qui nous contribue à nous rendre faux, artificiel et non authentique. Falcone a décidé de vivre comme un zombie, c’est son problème mais ce mec ne peut pas être un artiste parce qu’il n’est qu’un homme de culture, c’est toute la différence entre l’homme d’action et l’homme qui reste assis chez lui à ruminer des apories et des impasses intellectuelles, ce genre de type n’est qu’un pauvre cul de plomb qui vit avec des idéeaux de formatage avec pour conséquence que l’expression en devient dévitalisée, privée de sève, il passe à côté de lui même et n’est effectivement que le fantôme de sa propre existence, il ne crée pas, il joue avec des formes et des concepts, il ne vaut pas mieux que ces gros cons de bourgeois qui visitent plusieurs expos par semaine par ce qu’ils ont trouvé là un moyen comme un autre d’échapper au vide effrayant de leur existence tout en se donnant l’ilusion q’ils possèdent une densité intérieure.

    . Alors un conseil Erato, pour aller judsqu’au bout de ta révolte et te débarasser de ce qui te reste de blocage, ne pense pas même au cri de Munch, c’est encore du conformisme, pense uniquement à toi-même, à la brutalité de ton impulsion primordiale. J’avais comme toi commençé moi aussi à peindre en me souvenent également de quelques modèles expressionnistes que j’aimais, j’ai fini par renoncer à peindre en bousillant mes toiles et en proposant mes toiles bousillées comme unique objet de mon travail,

    parce que j’ai fini par comprendre à quel point l’artiste lui même finissait par être aliéné par cette notion de “valeur” par laquelle le corps social nous maintien toujours sous sa contrainte.

  21. Erato says:

    Merci Clash pour tes encouragements. Falcone a du moins eu le mérite de me donner l’idée d’acheter le dvd du film de Kiarostami “Le goût de la cerise”. Je viens tout juste de le terminer, c’est vrai que c’est un superbe film et il me semble qu’effectivement sa fin énigmatique basée sur une vidéo de mauvaise qualité visuelle pourrait suggérer cette méfiance envers la production culturelle qui fausse tout par sa démarche esthétisante, à rebours d’une saisie brute et authentique du vécu.

  22. Clash says:

    J’aurais quand même souhaité Falcone que tu illustres mon propos par un exemple cru et brut de ma démarche (Je sais que tu en as quelques uns!) non faussé par l’édulcorant que ne peut systématiquement s’empêcher de produire ton esprit ramolli d’esthète.

  23. Falcophil says:

    Tu m’emmerdes, si tu veux exposer le produit de tes insanités, tu n’as qu’à te créer ton site, mon blog n’est pas la poubelle des ratés dans ton genre.

  24. Falcophil says:

    Mais je vais quand même exaucer son souhait pour que l’on se rende un peu compte.

    Voilà, résultat d’une “intervention” réalisée en mars dernier au “MAC” du val de Marne, où il a “bousillé” 12 de ses toiles, ce qui lui a valu, paraît-il quelques articles élogieux dans la presse…

  25. Thierry says:

    La démarche de Clash elle n’est finalement pas si male, personnellement elle m’interpelle. Dans la fin du goût de la cerise, la mort du protagoniste (Moi je crois qu’effectivement il meurt dans son trou) nous fait basculer dans un autre monde qui est celui de la vie à l’état pure, d’où la raison pour laquelle on passe du 35 mm (Le cinéma pro, le cinéma de l’art ) a l’image vidéo, l’image du cinéma amateur et donc cinéma du non-art et en celà véritable libération. Se débarasser une fois pour toute de ces notions de beau, de valeur et saisir la vie sans autre prétention que d’aimer la vie, telle serait en effet la leçon que nous donne ce splendide chef d’oeuvre du cinéma contemporain.

  26. Falcophil says:

    Je rectifierais ton propos, l’outre monde en tant que plénitude ne serait en effet que la vie se suffisant à elle même , il nen demeurre pas moins que si nous avons ici bas besoin de l’art c’est que la vie ne peut se suffire à elle-même précisément parce qu’elle n’est pas l’outre-monde.

    Quoiqu’il en soit, ce qui me fait rire c’est que tu sembles comparer Clash à Kiarostami. C’est comme si tu comparais un peu de pisse dans un pot de chambre à la totalité des océans.

  27. Clash says:

    Tu n’es qu’un sale petit cafard puant comme tous les bourgeois minables de ton espèce. Tu es content de tes petites photos parce que tu crois avoir fait quelque chose de valeur, incapable de voir que c’est bien cette notion de valeur esthétique qu’il faut abolir. Moi je n’ai pas honte et je suis fier de dire que ce que je fais ne vaut rien

    et je le fais justement parce que ça ne vaut rien, mieux à même ainsi de me délivrer de toute l’emprise mercantile, financière et de la vaine ambition du paraître qui agite la pauvre petite humanité dont tu fais partie. Je suis fier de n’être qu’un peu de pisse parce que j’emmerde l’Océan et j’emmerde l’océan parce que l’océan n’est pas tellement plus qu’une flaque de pisse au regard du cosmos. Je vis avec moi même parce que j’ai aboli la manie des comparaisons qui tourmente les médiocres dont tu fais partie. Tu n’auras jamais le courage d’être toi même parce que tu sseras toujours culpabilisé par la peur d’être moins au regard d’un plus sensé devoir être approuvé par une majorité de gens tout aussi crétins que toi, un plus qui pourtant ne veut rien dire au regard de la seule vraie liberté qui n’est que d’en faire suivant ses caprices. Effectivement, tu ne seras jamais qu’un ectoplasme,un rat, une merde spectrale, un cadavre ambulant qui sera toujours condamné à croupir dans son cimetierre empestant la fleurs décomposée…

    Le samouraï de Melville, je me souviens très bien du film.
    Un homme qui vit seul dans un taudis aux murs lépreux avec pour seul compagnon un oiseau qui sautille enfermé dans une cage, enfin bref, l’histoire d’un pauvre schizophrène obligé de marcher vers son suicide parce qu’il n’y a rien d’autre dans sa vie que des flics et des truands qui veulent sa peau, pas étonnant que tu aimes ce genre de personnage puisqu’ils ne sont que le reflet du pauvre type que tu es.

  28. Falcophil says:

    ” Un homme qui vit seul dans un taudis aux murs lépreux avec pour seul compagnon un oiseau qui sautille enfermé dans une cage,”

    Oui mais la pauvreté du décors n’affecte absolument pas l’élégance et la dignité du personnage.

    C’est une qualité que tu ne peux saisir parce que tu en es dépourvu, cela s’appelle tout simplement avoir de la “classe”.

  29. Bernad Mauffrat says:

    Je constate que tu as pourtant laissé ma question sans réponse alors qu’elle aurait certainement dût t’interpeller davantage que les propos insensés d’un Clash.

  30. Falcophil says:

    C’est justement parce qu’elle m’interpelle que je n’y réponds pas, dire en quoi l’esprit du classicisme est inclination vers le fantomatique est une question fort profonde qui comme toute question profonde doit rester sans réponse.

  31. Mauffrat says:

    L’idée qu’il faut créer un peu comme on se mettrait sans sa propre tombe, je la trouve fort séduisante, resterait à la formaliser davantage. Tu devrais tout de même essayer.

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