LEBENSWELT
Alors que je poursuivais ma réflexion sur le concept de Renaissance , la discussion devait la fois dernière dériver sur la question du suicide.
Une approche superficielle me ferait observer qu’il y a là un hors sujet. La preuve que nous sommes bien encore dans notre sujet, je la tiendrais de mon ami Paul ORCIAN, passionné par la Renaissance et obsédé lui aussi par l’idée de mettre fin à ses jours. Je n’ai aucune crainte pour lui, il ne le fera jamais parce qu’il en parle tout le temps.
En fait non, à vrai dire ORCIAN ne parle pas, il picole et quand il n’est pas occupé à se cuiter, il dessine et c’est par un dessin qu’il a voulu réagir à nos propos tenus dernièrement

Passionné donc de Renaissance, ORCIAN cherche à comprendre la cassure intervenue à ce moment là chez l’homme occidental. Cette cassure , il pense en déceler l’approche lucide dans cette fameuse gravure de Dürer

que depuis 20 ans il ne cesse de recommencer.
Tout son oeuvre n’est donc qu’une variation sur un seul et même thème

De sorte qu’il explique l’énigme d’une œuvre par l’énigme de ses propres travaux
Jusqu’à son dernier dessin, le plus étrange de tous et qui m’a décidé à mettre à exécution mon vieux projet d’aller le voir.
C’était la première fois que je me rendais chez lui.
Il habite un immeuble lézardé qui achève de se déglinguer dans l’un des coins les plus pourris de la banlieue . L’immeuble surplombe un terrain vague sur lequel une pelle-mécanique ne cesse d’aller et venir
D’emblée, comme je pénètre dans sa pièce, je suis sidéré car la scène que j’ai sous les yeux m’apparaît comme un quasi duplicata du dessin qu’il m’a envoyé.
ORCIAN est lui aussi allongé sur un grabat empestant la punaise écrasée.
Il ne tient pas de flingue dans sa main mais une bouteille qu’il vient de vider. Je lui dis bonjour mais il ne répond pas, beaucoup trop soûl pour me reconnaître. Il s’agit bien de la même gueule grande ouverte d’où ne s’échappe aucun cri mais rien que quelques renvois ramenant des relents de vinasse.

Je m’approche de la fenêtre qui donne sur le terrain vague dans un coin duquel la pelle-mécanique est maintenant immobilisée.

Sur le plancher poussièreux , on trouve la même boite à godasse marquée du même symbole

sauf que celle-ci n’est pas vide mais contient une matière sombre m’ indiquant que quelques rongeurs sont probablement venus se soulager dedans.
L’oeil d’ORCIAN fixe et grand ouvert semble regarder devant lui comme perdu dans le vide mais je comprends qu’en fait il observe quelque chose qui doit se trouver derrière moi.
Me retournant, je suis d’abord très étonné de découvrir , accroché au mur, un tableau d’Erato.
J’ignorais que tous deux se connaissaient. A première vue, il semblerait pourtant que rien ne puisse les rapprocher, les démarches sont antinomiques. Chez Orcian, sauf quelques rares concessions au modernisme, le dessin veut se maintenir dans les limites d’un réalisme confinant à l’impersonnalité
Erato rejette au contraire toute référence, au présent comme au passé, ne s’interessant qu’à ses déformations personnelles, soucieuse, en apparence, de saisir une inspiration vierge de tout impact culturel.
J’avise ensuite, épinglées au mur, plusieurs gravures représentant des figures géométriques.



Comme je m’absorbe dans une réflexion où j’essaie de comprendre le rapport entre Erato, Orcian et ces gravures, je sursaute soudain au son d’une voix.
- Quel gâchis d’avoir détruit un si bel ouvrage !
Quelqu’un est maintenant debout près de moi
L’ombre qui vient de prononcer ces mots se dirige alors vers le mur et entreprend de décrocher les gravures qu’elle fourre dans sa besace. Je lui demande qui elle est et ce qu’elle fait là et pour toute réponse, l’ombre me dit qu’elle tente de sauver ce qui peut encore être sauvé. Elle ramasse ensuite un livre qui traîne sur le sol et en se désolant à haute voix de le retrouver en si piteux état, elle le jette dans la boite

.
Ce livre, “de divina proportionne”, écrit par un mathématicien italien du XVIème siècle, est affreusement mutilé, la moitié des pages a été arrachée, celles qui demeurent sont déchirées, seul susbsiste à peu près intact le portrait de son auteur, Fra Luca Paccioli.

L’ombre déclare , comme si elle se parlait à elle même, qu’elle comprend très bien que l’on puisse haïr un ouvrage prônant une telle désincarnation suspendue à des fils aussi légers

désincarnation car il s’agit bien là de reléguer la terre le plus loin possible au moyen de ces fameux “corps platoniciens”, le feu devenant tétraède, l’air, octaèdre, la terre, cube, l’eau, isocaèdre et le doécaèdre, la quintessence par laquelle le théologique n’est plus que déclinaison du mathématique
Je réponds que cette désincarnation pourrait tout aussi bien se comprendre comme un simulacre d’incarnation où ce n’est plus le verbe qui vit dans un corps mais l’idée qui se fige dans un solide
Me désignant du doigt le tableau accroché au dessus du lit d’ORCIAN,

l’ombre me fait remarquer que plutôt que d’intituler ce tableau “ACEDIA” , terme de théologie mystique désignant la nostalgie du tout autre, mieux vaudrait parler de “Lebenswelt”, terme de phénoménologie désignant la nostalgie de la terre, de cette terre maintenant hors d’atteinte de par le voile des représentations.
C’est alors que je me souviens que “LEBENSWELT” était le titre d’une exposition récente qui s’était tenue dans ma ville et consacrée à un artiste allemand du nom de Kieffer, une sorte de néo-conceptualiste parlant d’une nécessité de retrouver un nouvel art de l’icône .
Comme si elle avait deviné ma pensée l’ombre me confirme alors qu’elle se nomme bien Kieffer puis elle va se planter devant le tableau d’Erato
et me demande si à mon avis , il s’agit vraiment là d’une solution pour retrouver cette “LEBENSWELT” évoquée par Husserl, langage antérieur à tout langage, prédisposition anté-prédicative, passive et synthétique où se forgent les concepts, terre natale où le sol ne sera jamais appauvri par les engrais des entités rationnelles parce que l’humus et la sève y sont inépuisables.
C ‘est alors que je remarque un rat d’égoût traversant la pièce. Je tente de lui décocher un coup de pied mais le rat pourtant assez gros parvient à disparaître dans un tout petit trou.
Entretemps, Kieffer a quitté la pièce. Un moment, j’hésite entre rester et le suivre puis voyant Orcian ronfler la bouche grande ouverte , je me précipite à mon tour hors de la pièce et arrivant sur le palier au moment où Kieffer se trouve déjà 4 étages plus bas, celui-ci me crie de laisser ce poivrot d’Orcian cuver son pinard et m’invite à le rejoindre afin qu’il m’explique plus amplement le sens de sa démarche.
A SUIVRE………
47 commentaires to “LEBENSWELT” »
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mai 6th, 2008 at 12:49
J’ai rien compris…
Histoire inventée pour se moquer encore de la dernière de mes toiles? Exprimez vous avec plus de clarté, on pourra discuter ensuite….
(En tout cas les dessins sont très beaux. j’aime beaucoup. C’est de vous? Pourquoi ne pas le dire franchement?)
mai 6th, 2008 at 2:20
Tout simplement parce que Orcian existe réellement et qu’il est réellement l’auteur de ces dessins.
Cela fait longtemps que je veux l’interviewer pour lui consacrer un billet mais il ne dessoûle que très rarement, alors, faut bien que j’invente un peu….
mai 6th, 2008 at 3:22
Moi aussi j’ai rien compris. ça veut dire quoi? T’es trop chiant avec tes textes abscons et ton verbiage philosophique….
mai 6th, 2008 at 5:25
Quelques photos que je viens de recevoir des vacances de Thierry
Pour te changer un peu tes idées morbides d’intello névrosé
mai 6th, 2008 at 5:57
Ce pauvre Thierry!
En ce moment, il doit ressembler à ça
Ce qui explique pourquoi il bascule dans la carte postale
Quand on a toujours ça
dans la tête, la qualité artistique n’est malheureusement plus au rendez-vous
mai 6th, 2008 at 6:18
Mieux vaut avoir ça dans la tête
que ça
mai 6th, 2008 at 6:32
C’est ce que tu te prépares pour ton dîner?
Bon appétit alors….
mai 7th, 2008 at 11:37
Serait-il en somme possible de connaître la suite de votre passionnante histoire? Le suspens est tel que je suis impatiente de savoir comment elle se termine…
mai 7th, 2008 at 1:06
Cette histoire n’a pas vraiment de fin parce que le problème qu’elle pose est à mes yeux insoluble, du moins, en l’état actuel des choses.
, Ayant descendu l’escalier j’ai donc rejoint Kieffer. C’ est un artiste particulier, il n’a pas fréquenté les beaux arts, encore moins une école d’art, d’ailleurs il estime que l’art est périmé, ce qui pour lui compte avant tout étant l’idée que l’on veut réaliser et l’idée de Kieffer est de n’utiliser ni couleur , ni pinceau ni burin mais d’autres outils, ceux que voici
Plutôt que d’appendre à peindre ou a sculpter, Kieffer a en effet préféré apprendre à conduire une pelle-mécanique ou un bulldozer.
La démarche de Kieffer se présente tout d’abord sous forme d’une critique d’inspiration marxiste. Kieffer rappelle en effet comment par la ruine de l’artisanat , la bourgeoisie capitaliste a pu s’approprier des moyens de production en poussant ceux-ci vers un machinisme de plus en plus sophistiqué qui dépossède l’homme de la maîtrise de son travail. En enlevant à l’homme, la maîtrise des moyens de production, le capitalisme impose ainsi une organisation du travail dont le rythme et l’intensité paraissent obéir à des évidences (Travailler plus pour gagner plus!) alors qu’il n’y a là qu’instrument de domination destiné à formater nos vies pour des logiques purement commerciales et financières dans le seul intérêt du grand capital. Kieffer veut ainsi donner l’exemple d’une démarche réelle d’avant-garde par laquelle, il entend démontrer que si le capitalisme asservit l’homme par la rationnalité de la machine, il est possible de se libérer de cette logique au moyen de cette même machine.
En quoi consiste concrètement cette démarche ? A rouler sur un terrain vague en conduisant un bulldozer ou une pelle mécanique, à rouler en d’interminables tours et détours, sans but, sans aucun objectif mais comme ça, dans la seule intention de retourner contre le système une machine créée par lui pour de strictes et uniques visées utilitaires et qui sera ici utilisée à de pures fins non-utilitaires.
Kieffer retourne ainsi l’expérience en son contraire. Les outils de l’ennemi, d’ordinaire au service de la seule préoccupation utilitariste, il les met ici au service du non-sens, de l’absurde et du non rendement. Juché sur sa pelle-mécanique, Kieffer roule et tourne inlassablement sur le terrain vague et cette pelleteuse que j’avais vu tout à l’heure, allant et venant, ce n’était que Kieffer en plein travail créateur.
Car il s’agit bien ici de travail créateur, c’est une création parce que c’est absurde et c’est l’absurde qui permet la vraie création en nous dégageant des déterminismes matériels et sociaux car ce que crée Kieffer ce sont des traces, des traces certes éphémères mais traces tout de même, traces de pneus qu’il m’invite alors à photographier comme nous entrons dans l’un des espaces que lui a prêté la ville.
Des traces de pneus laissées par Kieffer, il y en a ainsi de toutes sortes suivant les différents types de pelleteuses et différentes marques de pneus,
(Michelin est sa préférée parce qu’elle autorise une incomparable beauté graphique) permettant d’imprimer sur le sable les motifs les plus divers, selon que les différentes traces de pneus s’entrecroisent ou se juxtaposent.
Qu’on en juge :
Kieffer est donc moitié dessinateur , moitié sculpteur. Il pratique un nouveau genre de bas relief et se double d’un philosophe en mesure de réconcilier Marx et Heidegger. C’est ce qu’il appelle la “Lebenswelt” processus consistant selon lui a enrayer ce que Heidegger nomme la fatalité de l’étant en sa continuelle extrapolation dont la technique présente l’exemple le plus magistral et le plus carcéral.
Précisons que d’éphémères traces de pneus sur le sable ne peuvent se vendre, rapidement apparues, très vite effacées, c’est là l’autre intérêt du travail de Kieffer que d’échapper à la logique marchande en exécutant des créations artistiques in susceptibles d’appropriation matérielle et financière et donc non susceptibles d’être accaparées par la puissance capitaliste qui cherche toujours par ce biais un moyen supplémentaire pour consolider son assise. N’oublions pas en effet que seuls les grands patrons comme François Pinault peuvent acheter de l’art, du moins l’art qui compte. Kieffer dénonce ainsi les grands noms de la création contemporaine comme étant ni plus ni moins au service du grand capital .
mai 7th, 2008 at 2:24
En somme c’est de l’art conceptuel ?
mais s’il ne vend rien et ne veut rien vendre, de quoi vit-il ?
mai 7th, 2008 at 2:30
” En somme c’est de l’art conceptuel ? ”
Oui sauf que c’est un art conceptuel qui n’est pas incompatible avec l’effet esthétique
” mais s’il ne vend rien et ne veut rien vendre, de quoi vit-il ? ”
Essentiellement de sponsors. les interventions de Kieffer interessent au plus haut point des entreprises comme CaterPillar ou Bouygues.
http://france.cat.com/cda/layout?m=64440&x=11
Il leur fait de la pub, leur marque figure en grosses lettres sur tous les terrains où il opère, c’est pourquoi elles sont les premières interessées par son travail.
mai 7th, 2008 at 3:42
Oui enfin, autrement dit, il est récupéré par le capital
mai 7th, 2008 at 3:58
c’est là qu’est tout le problème. On peut aborder la question sous l’angle d’une double analyse
D’abord dans l’optique d’Herbert Marcuse, (L’homme unidimensionnel) constat pessimiste sur la toute puissance du capital qui finit par tout absorber y compris son antithèse dont il tire encore du profit
ce qui pourrait toutefois déboucher sur la plus stricte orthodoxie marxiste constatant qu’un capitalisme qui vit de contradictions périra par ses contradictions. La démarche nihiliste de Kieffer finançée par les puissances financières est peut être l’exemple frappant d’un système qui est en train de scier la branche sur laquelle il est assis. Comme disait Lenine la cupidité du capitaliste est telle qu’il est prêt à vendre la corde qui servira à le pendre. Kieffer est d’ailleurs un pseudo tiré du “Que faire ? ” de Lenine, sorte de “discours de la méthode ” du révolutionnaire.
mai 13th, 2008 at 3:38
Une petite précision, Philippe, j’ai pris ces photos uniquement pour Clio qui voulait quelques vues des plages de Normandie, elles n’avaient aucune autres prétentions.
mais toi même, ne serais-tu pas à court d’inspiration? Le coup des traces de pneus, tu nous l’avais déjà sorti, il ya quelques temps..
http://falcophil.info/blog/clash-ou-le-doigt-qui-se-retire/#comment-755
mai 13th, 2008 at 4:20
Je ne vois pas où est le problème.
Au mois d’octobre dernier, le dénommé Kroack s’est échappé de l’UMD de Villejuif (Proche de ma ville). Au terme d’un vagabondage d’une journée , il est arrivé sur l’un des terrains où Kieffer était intervenu.
S’étant cassé la gueule sur le sable, Kroack est tout simplement tombé sur une oeuvre que Kieffer venait d’achever et qu’il n’a pas hésité à prendre en photos.
En fait, les oeuvres de Kieffer appartiennent à tout le monde. Elles ne sont pas à vendre puisque tracées sur le sable. Chacun peut les photographier et même les faire passer pour ses oeuvres personnelles, Kieffer n’en a que foutre, il n’exerce aucun droit d’auteur.
mai 13th, 2008 at 11:35
La démarche de Kieffer est pourtant contradictoire, il estime que l’art est périmé et pourtant il recherche tout de même l’effet esthétique. Peut-on réellement le qualifier de conceptualiste ?
mai 14th, 2008 at 10:58
Ce qui pour Kieffer est périmé est l’art entendu comme unique recherche de l’effet plastico-esthétique. Il cherche un au delà de l’art tout comme un au delà du conceptualisme en une sorte de synergie des différents aspects de l’esprit. En ce sens oui, il n’est pas conceptualiste pas plus qu’il n’est artiste…
mai 14th, 2008 at 12:32
Photographier des traces de pneus est une bonne idée et les résultats sont convaincants. mais pourquoi avoir inventé toute cette histoire? Ne peux tu pas te contenter de faire de la photo? Moi quand je photographie une allumette , je photographie une allumette , point barre
Je ne vois pas l’intérêt de balancer du Kant ou du heidegger pour expliquer pourquoi j’ai photographié une allumette comme dirait Clio, le reste est verbiage.
mai 14th, 2008 at 2:17
Comment peux tu dire que j’invente ?!?!?!
Tu es toi même intervenu en octobre dernier pour déclarer que tu avais vu le travail que Kieffer avait réalisé dans notre ville !!!
http://falcophil.info/blog/quod-ergo-deus-coniunxit/#comment-757
mai 14th, 2008 at 4:10
Tu sais mieux que moi qu’il s’agissait d’un vaste travail photographique sur la vie dans les chantiers (en l’occurence le port de choisy) pas de cette bouffonnerie que tu nous présentes.
mai 14th, 2008 at 4:38
” Je ne vois pas l’intérêt de balancer du Kant ou du heidegger pour expliquer pourquoi j’ai photographié une allumette ”
La photographie de ton allumette, Zardoz, vaut à elle seule toutes les philosophies du monde. Elle parle de l’humble grandeur des choses simples.
ça me rappelle cette phrase de Tchekov
“Quand je parle d’un voleur, je ne dis pas qu’il est mal de voler, c’est l’affaire du juge, mon affaire à moi est seulement de parler d’un voleur”
On pourrait appliquer cet aphorisme à ta démarche
“Quand je photographie une allumette, je ne demande pas pourquoi il y a cette allumette plutôt que rien, c’est l’affaire du philosophe, mon affaire à moi est seulement de photographier une allumette”.
mai 14th, 2008 at 6:01
le retour à ce dire silencieux de la chose en tant qu’elle se présente comme non chose ou comme autre chose, c’est ce qui me permet d’autant mieux , à moi aussi, de photographier l’extrême simplicité d’une chose
Tout acte implique un à priori philosophique et cet acte sera d’autant mieux dirigé que sera lucide la connaissance de cet à priori
mai 15th, 2008 at 6:01
Je ne suis pas d’accord.
Il ne s’agit pas d’à priori philosophique mais de mouvements qui viennent du tréfonds de la personne
Si quant à moi j’aime photographier des murs qui se délabrent
c’est que j’y suis poussé par le lieu le plus intime de mon être. Qu’est ce que la philosophie peut comprendre à celà si ce n’est le traduire en concepts froids et impersonnels ? Seule la forme artistique est en mesure de rendre visible notre monde invisible.
mai 15th, 2008 at 11:56
je suis un peu frappée de constater une chose, l’un photographie des traces de pneu sur le sable, l’autre une allumette, un autre encore, une bouteille, Zardoz quant à lui photographie des murs décrépis, mais il y en a t’il un seul d’entre vous qui photographie des personnes? Aucun ne semble être attiré par un visage, les photographes auraient-ils donc perdu tout sens de l’humain ? N’y aurait-il donc plus de Doisneau ou de Ronis ?
mai 16th, 2008 at 5:16
Il y a de ces photographes comme Doisneau qui tout au plus m’inspirent ce genre de réactions
Quant à photographier des gens, pour ma part au début je ne faisais que ça
http://www.photobis.com/TXT/ALPHALISTE/EXPOS/FALCONE.html
Mais la photo m’a très tôt dévoilé le caractère irréel de la vie
pour me faire découvrir qu’elle était aussi le meilleur moyen pour donner vie à l’irréel.
mai 21st, 2008 at 12:35
Je note ce propos de Zardoz qui me laisse très perplexe
” Si quant à moi j’aime photographier des murs qui se délabrent c’est que j’y suis poussé par le lieu le plus intime de mon être. ”
Comment le lieu le plus intime de l’ être peut-il aboutir à ce genre d’images qui sont au fond plutôt impersonnelles ? car ce mur de Zardoz aurait fort bien pu être photographié par un autre, tout comme Thierry aurait lui même fort bien pu être l’auteur de cette autre image intitulée justement “Décrépitude”.
http://falcophil.info/ifotos/?dir=CLASH&pic=Decrepitude203
mai 21st, 2008 at 2:30
C’est qu’il faut sans doute en passer par l’impersonnalité pour que la personnalité soit portée à sa quintessence
mai 21st, 2008 at 4:57
Je ne vois cependant pas comment résoudre cette antinomie. Le fait que des auteurs soient interchangeables et que réciproquement l’un aurait tout aussi bien pu être l’auteur de l’image de l’autre démontre que leurs travaux qui les dépossèdent de leur personnalité ne sont que des contrefaçons d’expression artistique en ce qu’ils sont imprégnés d’éléments complètement étrangers à leur moi véritable. Je ne vois pas l’intérêt pour un auteur d’échaffauder des oeuvres qui ne le concernent pas du fait qu’il n’y a rien mis qui provienne vraiment de lui-même.
mai 21st, 2008 at 6:00
Je te réponds par une simple question.
On ne peut nier que certaines de tes toiles proviennent entièrement de toi-même.
Soutiendras tu néanmoins qu’elles atteignent l’universel?
mai 21st, 2008 at 6:20
Probablement que non mais je m’en fiche éperdument.
Je n’ai que faire de l’universel si cet universel est une froide généralité qui doit se construire sur la négation de ma personnalité authentique et faire de moi un être aseptisé de seconde main.
mai 21st, 2008 at 7:21
Tu confonds universel et académisme.
Vermeer est universel, Bouguerau est académique.
A mon tour de te faire remarquer que je ne vois pas où est l’intérêt de créer si celà doit toujours te laisser embourbée dans ton Moi.
L’ universel quand il n’est pas académique, c’est précisément ce qui te permet de te hisser au delà de ton “Moi”.
mai 22nd, 2008 at 11:09
ll est assez risible de vous entendre parler d’universel, vous dont les réalisations sont si grossièrement rétiniennes et qui pastichez si ridiculement la démarche conceptuelle à laquelle vous ne comprenez et ne connaissez rien par incapacité de vous dégager des filets de l’objet sensible.
Un conseil, apprenez donc un peu à vous taire, vous réussirez un peu mieux à faire passer pour des lanternes les grossières véssies de vos travaux plastiques.
(Kevin Caillaux; “Performatif”, acrylique sur toile, 2003)
mai 23rd, 2008 at 11:40
Relisez donc M. Caillaux ce que j’ai écrit plus haut
“Ce qui pour Kieffer est périmé est l’art entendu comme unique recherche de l’effet plastico-esthétique. Il cherche un au delà de l’art tout comme un au delà du conceptualisme en une sorte de synergie des différents aspects de l’esprit. En ce sens oui, il n’est pas conceptualiste pas plus qu’il n’est artiste…”
Avant de conseiller aux autres d’apprendre à se taire, apprenez donc vous même à lire.
Je connais suffisamment l’art conceptuel pour avoir dans mes archives quelques exemplaires de vos travaux et pour savoir que ce ne sont pas les contradictions (ni les fautes d’orthographe) qui vous gênent….
(Kevin Caillaux: “définition” Acrylique sur toile, 2003)
mai 23rd, 2008 at 4:13
Puisque vous prétendez si bien connaître mon travail, vous devriez savoir que ce tableau fait suite à ce tableau précédent.
Ce qui explique le pluriel d’ “indépendants”. qui a probablement dû choquer(?) la petitesse de votre esprit.
On chausse les lunettes du grammairien quand on ne peut porter celles du visionnaire.
mai 27th, 2008 at 6:15
quand on est incapable de concevoir un travail artistique, on prend une formule de philosophie et on en fait un tableau avec pour résultat que l’on ne réalise qu’un pauvre embryon de philosophie accompagné d’un fantôme de tableau.
Cela dit, les lettres de vos tableaux sont finement exécutées. Vous auriez dû être peintre en bâtiment, vous auriez ainsi évité d’être à la fois un artiste et un philosophe raté.
juin 5th, 2008 at 4:48
Je n’ai pas compris au juste ce que tu voulais dire quand tu parlais de cette ” “Lebenswelt”, terme de phénoménologie désignant la nostalgie de la terre, de cette terre maintenant hors d’atteinte de par le voile des représentations”, disons que je crois maintenant mieux le comprendre après ces quelques échantillons d’ ” art conceptuel” . On comprend mieux en effet la nécessité du retour à la pureté de la chose, à son secret non corrompu et non dégradé par les élucubrations d’une raison qui à vouloir être trop intelligente perd tout contact avec le monde.
C’est effectivement l’occasion donnée par la photographie que de retrouver le sens de ce vrai contact.
juin 6th, 2008 at 9:45
On peut effectivement se poser la question. Une fois supprimé l’objet et l’oeuvre réduite à la seule réflexion, séparée donc de tout contenu sensible ou émotif, que reste t-il de l’homme? En escamotant l’objet , on escamote aussi son créateur.
La solution d’une saisie objective des choses ne me semble pas relever d’une meilleure option pour une approche réelle et directe du monde. On retombre dans cette idée d’universalité, dévitalisante et tout aussi coupée du monde.
Retrouver la réalité à la base du monde, c’est à dire son energie primordiale me semblerait une quête plus juste de nos “racines”.
juin 6th, 2008 at 12:08
” Retrouver la réalité à la base du monde, c’est à dire son energie primordiale me semblerait une quête plus juste de nos “racines”.”
Beaucoup ont opté pour cette voie. j’ai moi même mis la main à la pâte en réalisant cette série de travaux
http://falcophil.info/ifotos/?dir=Irradiation
Je ne peux qu’être déçu par le résultat. La disparition de l’homme déplorée par toi y semble encore plus forte qu’ailleurs.
juin 6th, 2008 at 2:50
Pourquoi dîtes vous celà ? Je vous trouve trop sévère. il s’agit au contraire de compositions qui tentent de saisir l’énergie primordiale et l’on sent bien que derrière, se trouve la présence d’un homme et de son émotion face à l’infini.
juin 6th, 2008 at 4:07
Pourquoi attachez vous tant d’importance à l’émotion d’un homme qui se tient derrière ?
Si en dernière analyse il n’y a que de l’énergie, seule donc doit compter l’énergie et il n’y a aucune émotion dans l’énergie.
juin 6th, 2008 at 6:27
Mais l’émotion n’est elle pas un aspect de l’energie voire son plus bel aspect?
juin 10th, 2008 at 12:26
Et alors Falcophil? Vous ne répondez rien?
Où est donc passée votre faconde?
juin 11th, 2008 at 4:23
Je crains qu’avec lui, il n’y ait jamais la même longueur d’onde. Nous sommes des baroques qui aimons le flux et le plein élan de l’énergie vitale,
c’est un classique épris
d’ascèse distante et d’austérité rationnelle.
juin 12th, 2008 at 4:47
Pour l’austérité rationnelle, Thierry, on y repassera. A voir de quelle façon bouffonne il prétend ridiculiser l’art conceptuel (ou la peinture de Peter Stampfli !), démarche à laquelle , il ne comprend visiblement pas grand chose, on peut avoir des doutes sur certains aspects de sa rigueur intellectuelle.
Faut-il te préciser, a toi et à Erato, que l’art conceptuel est avant tout un moyen pour étudier de façon nouvelle la question artistique? Moyen par lequel l’oeuvre n’est plus fin en soi mais outil heuristique pour mieux comprendre le phénomène artistique. Je vous invite tous deux à mieux vous informer sur l’art conceptuel afin de mieux comprendre de quelle manière les artistes conceptuels ont avant tout en vue des champs expérimentaux d’acquisitions de connaissances qui se présentent comme autant d’étapes à dépasser.
juin 12th, 2008 at 5:22
” Faut-il te préciser, a toi et à Erato, que l’art conceptuel est avant tout un moyen pour étudier de façon nouvelle la question artistique? Moyen par lequel l’oeuvre n’est plus fin en soi mais outil heuristique pour mieux comprendre le phénomène artistique. ”
N’est ce pas ce que je me propose de faire au travers de ce blog?
” les artistes conceptuels ont avant tout en vue des champs expérimentaux d’acquisitions de connaissances qui se présentent comme autant d’étapes à dépasser. ”
Moi aussi et précisément dans le cadre du présent blog.
Ne vous en déplaise, je fais moi aussi, à ma façon, de l’art conceptuel.
juin 13th, 2008 at 11:48
Vous confondez manifestement art conceptuel avec échange d’idées consistant à mettre en oeuvre des dialogues où l’on débat de ce que doit être l’art. Je vous rappelle que la mise en oeuvre de raisonnements sous forme de dialogues remonte à Platon , lequel, vous en conviendrez, pratiquait la chose de façon certainement plus efficace que vous.
Il faut entendre autre chose par art Conceptuel, c’est la mise en oeuvre d’une idée au travers d’une installation concrète d’objets non-esthétiques mais qui n’en sont pas moin gorgés de sollicitations intellectuelles. L’art conceptuel, est essentiellement l’art de provoquer la réflexion au moyen des objets les plus dérisoires.
juin 13th, 2008 at 5:10
” L’art conceptuel , est essentiellement l’art de provoquer la réflexion au moyen des objets les plus dérisoires”
Il me semble que je m’étais déjà exprimé sur ce genre de point de vue
http://falcophil.info/blog/cosmos-galaxies-et-papier-cul/#comment-483