HORS-PISTE.
Une revue d’art parue le mois dernier

illustre une fois de plus, la paresse intellectuelle des diffuseurs de culture grand public plus soucieux de ne prendre aucun risque en parlant de ce qui est déjà connu que d’approfondir nos connaissances en cherchant des génies méconnus voire en relevant les fausses évidences et la tenacité de certaines idées reçues.
On notera donc les habituels lieux communs que reprend la revue en question. Elle espère tout d’abord accrocher par ce mot racoleur de “Renaissance” dont la résonnance magique présente certes l’avantage d’attirer plus facilement le “Client” mais recele l’inconvénient de ne correspondre à rien de vraiment concret pour peu que l’on veuille approfondir ce terme. De même, nous rebat-on les oreilles avec des noms archi-connus comme Dûrer ou Holbein lesquels, là encore, feront vendre à coup sûr alors que les bénéfices seraient plus incertains pour un Maître Bertram, un Conrad de Soest ou un Conrad Witz.
On aura également remarqué que traitant de la peinture allemande du XVIème, notre revue saisit l’occasion pour évoquer l’un des grands évènements artistiques actuels

l’incontournable retable d’Issenheim étant bien sûr l’une des “tartes à la crème” des histoires de l’art
Certes, il s’agit bien là d’une oeuvre majeure mais l’histoire de l’art étant aussi effort pour déceler de nouveaux trésors tout autant fascinants que ceux dont un enseignement officiel nous dit qu’ils sont les plus beaux et qu’il n’y a rien d’autre à voir, je voudrais quant à moi me vanter d’avoir découvert l’un de ces chefs d’oeuvres inconnus.
Cette découverte, je l’ai faite ce week-end dernier en fouinant chez un antiquaire où je suis tombé sur un dépliant rédigé en allemand et concernant un retable conservé dans un musée de Vienne, le kuntsthistorisch museum.
Ne connaissant pas l’idiome de Goethe, j’ai néanmoins pu comprendre que ce musée abritait une oeuvre monumentale, un retable réalisé par un artiste allemand du XVI ème. Ce retable désigné sous le nom de “Mönpelgarder Altar” est composé de plus de 150 panneaux dont chacun représente une scène de l’Evangile
On peut regarder avec attention ces oeuvres mises en ligne car je suis à peu près sûr qu’elles ne figurent dans aucune histoire de l’art, du moins dans celles je connais et j’en connais tout de même un certain nombre

Chaque panneau est illustré d’un passage écrit de l’Evangile dans la traduction allemande de Luther.

J’ai aussi cru comprendre que la paternité de cet ensemble était attribuée à Dürer mais cette réalisation ne figure pas dans le catalogue complet des oeuvres du maître de Nuremberg

Cette paternité devrait à mon sens être rejetée car on ne trouvera pas dans ces tableaux

ce souci de la précisison réaliste propre aux grands allemands du XVI ème mais plutôt une certaine naiveté allant pourtant de paire avec une maîtrise de l’espace ,

et un sens de la répartition entre les pleins et les vides que n’avait peut-être pas Dürer dont les compositions ne sont pas toujours exemptes de lourdeurs
J’avais toujours pensé qu’après Stéfan Lochner, cette fraîcheur d’inspiration et cette délicatesse d’exécution caractérisant le maître de Cologne ne se retrouvaient plus dans la peinture allemande. Je m’étais trompé car je ne connaissais pas le retable du kuntsthistorisch museum de Vienne.
Si je devais évoquer l’artiste auquel me fait penser cet immense travail, je dirais qu’un tel savoir faire exquis dans l’organisation de la profondeur et la répartition des volumes me rappelle Jean Fouquet.
Maintenant je me rends compte qu’en retravaillant ces reproductions au logiciel de retouche, j’ai peut-être trop accentué la saturation des couleurs, altérant le raffinement de l’atmosphère. Je suis un homme de mon époque et je n’échappe peut-être pas moi non plus à certaines de ses tares comme entre autre l’agressivité chromatique mais il est trop tard pour corriger, je n’ai plus le temps.

Ce retable aurait été exécuté vers la fin de la première moitié du XVIème mais à bien des égards l’auteur reste “médiéval” pour cette sensibilité discrète et cette douceur évoquant l’art des miniatures.
Oeuvres par ailleurs qui nous en disent beaucoup sur les moeurs, la topographie rurale et l’urbanisme allemand de l’époque

Il doit être impossible de rendre compte tant par les mots que par les photos de l’impression dégagée par le retable complet pleinement déployé et mon scanner n’était pas assez grand pour reproduire un simple ensemble d’une quarantaine de panneaux sur les plus de 150 que compte la totalité .

On notera que par cette interessante composition à base de “bulles”, l’artiste pourrait être considéré comme un précurseur de la bande dessinée, l’ensemble du retable fait d’ailleurs penser à une vaste BD religieuse.
On souhaiterait donc que nos revues d’art se penchent davantage sur ces joyaux inconnus du grand public car ce retable qui m’a tout l’air d’être l’un des plus beaux évangiles illustrés au monde, il faut se résigner à ce que son auteur demeure anonyme. Quelle importance du reste, il y a tant d’artiste de génie restés anonyme, nous avions le Maître de l’annonciation d’Aix ou le Maître de Moulins, eh bien je propose que nous ayons maintenant le Maître du Momperlgarder Altar.

Les grands artistes d’antan, en particulier ceux du Moyen-Age, signaient très rarement leurs oeuvres, souvent peu soucieux de laisser un “nom”, réalisant leur tâche avec une certaine humilité.Il est assez révélateur que la toute première auto-biographie d’artiste fût écrite lors de la seconde moitié du XVIème par une sorte de fanfaron , affabulateur et narcissique

Avant tout soucieux de son image égotiste, peut-être parce qu’il savait au fond de lui-même qu’il ne serait jamais qu’un artiste de seconde zone.
Des artistes qui donnaient tout mais dont on ne sait rien, nous sommes aujourd’hui passés à ceux dont on sait tout mais qui ne donnent rien telle cette Sophie Calle dont il fût déjà question.
Dans l’éventualité où certains lisant ces lignes en sauraient davantage sur le Mompelgarder Altar, c’est avec joie que j’accueillerai leur complèment d’information.
C’est aussi le but de ce site que de parler de ce et de ceux dont on ne sait rien et qui n’interessent personne
Je peux me permettre cela pour la seule et unique raison qu’avec ce blog, je n’ai rien à vendre et donc absolument rien à gagner…….
Falcophil.
27 commentaires to “HORS-PISTE.”
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février 4th, 2008 at 5:52
Merci pour cette information sur cette oeuvre qui m’a effectivement l’air assez stupéfiante.
Je susi étonnée toutefois que vous n’ayez pas songé à vous informer davanataqge sur le net où l’on donne quelques informations supplémentaires
http://www.britannica.fr/TESTevangile4.html
L’auteur serait un certain Heinriche Fullmaurer, peintre souabe du XVIème.
L’intégrale de l’oeuvre aurait été publiée par l’encyclopédie britannica.
Une oeuvre donc largement inconnue et qui effectivement mériterait un peu plus de notoriété.
Vous m’avez l’air d’être le seul sur le net à en montrer autant d’exemplaires.
février 4th, 2008 at 6:16
La totalité du retable a en effet été publiée par Franco Maria Ricci.
Qu’il soit au passage rendu hommage à cet éditeur italien de livre d’art qui sût souvent prendre des risques en publiant justement des oeuvres peu connues.
février 4th, 2008 at 6:59
Bof! a vue de nez , il ne s’agirait que d’un médiocre petit maître allemand. Rien apparemment de comparable avec Dürer ou Cranach. Pas de quoi fouetter un chat. Si tu as cru trouver un second Grünewald, c’est pas encore pour cette fois-ci.
J’aurais en revanche trouvé plus interessant que tu m’expliques cette phrase :
“ce mot racoleur de “Renaissance” dont la résonnance magique présente certes l’avantage d’attirer plus facilement le “Client” mais recele l’inconvénient de ne correspondre à rien de vraiment concret pour peu que l’on veuille approfondir ce terme”
Oui eh bien justement j’aimerais t’entendre approfondir la question. En quoi la “Renaissance” ne correspondrait-elle à rien de concret ?
février 4th, 2008 at 7:22
Lascia perdere
“Vien dietro a me e lascia dire le genti”
Dante
Purgatorio canto XXVI
février 6th, 2008 at 5:32
Si une période précise de l’histoire, grosso modo, la fin du XVème et le début du XVIème est désignée par le terme de “Renaissance”, cela doit donc implicitement signifier que la période précédente se trouvait plongée dans la stérilité comateuse .
L’exemple de la peinture allemande est précisément là pour illustrer l’absurdité de cette conception qui pour l’essentiel relève d’un a priori dogmatique.
Dürer et Holbein représenteraient donc une “Renaissance”, ce qui voudrait signifier qu’avant eux l’Allemagne n’avait connu aucune vie artistique ou que du moins l’art s’était embourbé dans un état de sclérose.
Absurde quand on sait que Dürer avait pour immédiat prédécesseur un Martin Schongauer
ou un Conrad Witz
lequel comme on peut en juger avait, dès le début de la première moitié du XVème, acquis une remarquable maîtrise de l’espace
ou encore un Michaël Pacher dont le stupéfiant réalisme ne sacrifiait pourtant pas au sens du surnaturel
Artistes qui avaient eux même un Stefan Lochner pour ancêtre immédiat
Lui même précédé de Conrad de Soest
qui dans toute l’Allemagne avait acquis la même réputation d’un Dürer un siècle plus tard
Lequel Conrad de Soest fût immédiatement précédé de Maître Franck
Lequel faisait suite à Maître Bertram
Lequel fût probablement influencé par le praguois Maître Théodoric
Lequel fût influencé par la peinture siennoise, laquelle était toujours sous l’influence de l’art byzantin etc
Cette rapide chronologie à rebours montre ainsi qu’il est spécieux de parler de “Renaissance” au XVIème dès lors que l’histoire présente une suite d’artistes voire de penseurs ou de savants dont le précédent influence le suivant lequel à son tour influence celui qui lui succède. Dürer fut un point d’aboutissement et un point de départ, tout comme Maître Bertram fut lui même en son temps un autre point d’aboutissement et de départ.
On répondra que le XVème siècle est une période bancale, une zone de transition mais à ce stade , c’est alors chaque période qui est transitoire. Pourquoi même ne pas faire débuter la Renaissance avec Charlemagne qui, soucieux de reconstituer l’empire romain, favorisait la diffusion de l’art antique, ou encore au XIIème siècle où Saint Bernard s’inquiétait de voir les lettrés se passionner davantage pour Juvenal ou Virgile que pour les épîtres pauliniennes ? Pourquoi, plutôt que de situer une “Renaissance” au XVI ème ne pas parler d’une récurrence de renaissances, celle du XVIème n’étant qu’un moment de cette récurrence ?
On pourrait certes ne voir là que de simples commodités de langage servant des fins de pure pédagogie. Mais les périodisations de l’histoire vont bien au delà de la simple pédagogie et l’on sait que de Saint Augustin à Marx en passant par Hegel, elles sont avant tout formulées pour servir les besoins d’une pensée. Je m’étonne par exemple de ce qu’avant le XIXème siècle on ne trouve pas de traces du mot “Renaissance”. Certains prétendent que les humanistes du XVIème parlaient déjà de renaissance mais pour ma part, je n’ai trouvé le terme que dans un passage des “Vite” de Vasari lequel parle de “Rinascimento dell’arte”, jugement resté toutefois isolé alors que la plupart des contemporains parlait plutôt d’art “classique”, pour l’opposer à l’art “allemand” des transalpins (Le terme “gothique” daterait en fait du XVIIIème). Quand on sait que l’utilisation systématique du mot date en fait d’ auteurs anti-cléricaux come Michelet, ou protestants comme Jacob Burckardth (Tout comme ce fut un même historien protestant , Cellarius, qui au XVIIème siècle inventa le terme “Moyen Age”), on commence alors à voir où se situe réellement la raison de ce qu’il faut bien désigner comme une vastre entreprise de désinformation. On sent poindre en effet l’arrière pensée d’un dogmatisme tissé de préjugés et de malhonnêtetés intellectuelles car si le Moyen-Age est pour un protestant comme Cellarius la période intermédiaire, celle où les hommes ne purent pleinement se développer, c’est bien sûr parce que cette époque se trouve être sous l’emprise du déspotisme; et quel autre despotisme un protestant aura t’il en tête si ce n’est celui de l’Eglise Catholique qui brise les élans, entrave la créativité, maintient les esprits dans un état de sclérose? A partir de là, nourri d’ailleurs de ces bréviaires de haine échaffaudés au XVIIIème par les Voltaire et consorts, un anticlérical comme Michelet ainsi qu’un autre protestant comme Burckarth enchaîneront en vous soutenant qu’il y eut Renaissance parce que les energies individuelles, celle d’un Luther ou d’un Michel-Ange manifesterent le courage de se révolter contre le tyrannie de la papauté. Désormais que l’on aura créé cette légende d’une Eglise qui aurait gêné l’intelligence et la créativité au cours d’un “Moyen Age” sombre et noir, ne restera plus qu’à forger un mythe. La génération romantique le trouvera en la personne de Benvenuto Cellini dont les mémoires rocambolesques sont republiés en 1820. Qu’importe que nous soyons ici en présence d’un escroc doublé d’un menteur et d’un bandit ainsi qu’ artistiquement, d’un Michel-Ange de pacotille, nous avons désormais notre mythe, il marquera Stendhal, Berlioz ou Burckardth. Le mythe de l’artiste révolté en lutte contre l’ “establishment”. C’est par lui que toute une génération qui est sans doute encore la notre plaquera son propre idéal sur une période de l’histoire, au prix de distorsions et de contre-vérités qui hélas ont la vie dure.
février 7th, 2008 at 12:05
Je te signale que la discussion se poursuit sur le billet d’avant
http://falcophil.info/blog/exercices-pratiques/#comment-1169
février 7th, 2008 at 3:46
Libre à toi d’affirmer ces énormités suivant lesquelles, il n’y aurait pas eu de rupture entre les conceptions plastiques d’un Alberti ou d’un Ghiberti et celles d’un Maître Bertram.
Libre à toi de penser que la perspective inventée à la même époque et qui marque le triomphe de la Raison n’a été qu’un évènement négligeable
, libre à toi de penser que l’architecture sous François 1er n’est pas en rupture avec le période précédente,
libre à toi de croire que les découvertes de Copernic ou de Galilée n’apportent aucune révolution dans la manière de concevoir la place de l’homme dans le Cosmos
mais prétendre que l’oppression que l’Eglise Catholique faisait peser sur les esprits relève de la légende est une de ces aberrations dont tu as le secret et que je ne peux laisser passer au moment même où j’ai sous les yeux la minute du procès en inquisition intenté contre Véronèse en 1573
Que reprochait l’inquisition à Véronèse ?
D”‘avoir peint un tableau représentant la Cène
La manière peu ordinaire avec lequel Véronèse a traité le thème de la Cène amène donc l’Inquisition a soupçonner une déviance hérétique. Elle convoque alors le peintre
pour qu’il s’explique.
Son interrogatoire c’est du Kafka avant la lettre. En voici un extrait :
L’ inquisiteur: Pourquoi avez vous peint un perroquet?
Veronèse : Eh bien comme ça, pour décorer
L’inquisiteur: Et là pourquoi avez vous peint des gens en train de danser?
Veronèse : Eh bien mais il m’a semblé que ces figures donnaient une certaine vie au tableau
L’inquisiteur: On vous a demandé de peindre ici Marie Magdélena et vous avez peint un chien. Pourquoi avez vous insisté pour peindre un chien?
Veronèse: Parce qu’à tel endroit du tableau la figure d’un chien me semblait plus appropriée que celle d’une femme
L’inquisiteur: On vous demande de peindre une femme et vous peignez un chien , qu’est ce que cela cache?
Véronèse : Rien , ce n’était qu’une simple question d’équlibre esthétique
L’inquisition: Pourquoi un chien ?
Véronèse: simple question esthétique
L’inquisition: Avouez donc!
Véronèse: Mais avouez quoi?
L’inquisition: Qu’un chien cela cache autre chose.
Véronèse. Que voulez vous que cela cache? Un chien est un chien
L’inquisition: Si vous peignez un chien c’est qu’il n’y a pas qu’un chien…….
Véronèse: Mais je vous assure qu’il n’y a rien d’autre qu’un chien
L’inquisition: Vous bafouez notre Sainte Mère l’Eglise
Véronèse : Pourquoi? Pour avoir peint un chien?
L’Inquisition: Un chien et un perroquet et des gens qui dansent et d’autres qui boivent
Et il y en des lignes et des lignes comme ça… Diras-tu après qu’aucune contrainte ne s’exerçait sur les artistes et que ceux -ci étaient libres de faire travailler comme ils voulaient leur imagination?
Peu importe que Benvenuto Cellini n’ait été qu’un mythe, on ne demande pas aux mythes d’incarner une vérité historique , on leur demande d’être l’incarnation d’un idéal humain et en tant qu’incarnation de l’idéal de liberté de l’artiste face à toutes les tentatives de censure et de prise en main par la collectivité, Benvenuto Cellini incarne la vérité. La Renaissance c’est avant tout cela, le triomphe de l’individualisme non au sens péjoratif actuel mais au sens de la pleine expression de toutes les potentialités humaines. Et c’est en cela que je pense qu’il y a bien rupture par rapport à la phase précédente.
février 7th, 2008 at 4:50
D’abord, je serais curieux de connaître d’un peu plus près la version de l’ interrogatoire dont tu disposes car ayant moi même lu ce compte rendu dans son intégralité et en italien, je me demande si la traduction que tu nous présentes n’aurait pas été quelque peu déformée par une influence de Jarry ou de Ionesco. Je n’ai pas souvenir , en effet, d’y avoir trouvé de tels passages bouffons. Je ferais plusieurs réponeses à tes objections:
1.- Il ne faut pas juger de choses qui se sont produites il y a plusieurs siècles avec notre mentalité d’homme d’aujourd’hui. Aux hommes du XXIème siècle l’inquisition paraît intolérable, elle ne l’était pas pour les hommes d’il y a 4 ou 5 siècles. Les sociétés d’alors étant de structure holiste, on craignait les hérésies qui étaient perçues comme des menaces pour la cohésion du groupe lequel devait prédominer sur les caprices ou les interprétations personnelles de l’individu.
Les artistes devaient ainsi mettre leur savoir faire au service de vérités religieuses et Véronèse incarne effectivement une rupture en ce qu’il fut l’un des premiers à vouloir mettre la religion au service de son art. On lui avait demandé de peindre telle figure de sainte et lui avait peint un chien parce que tel était le bon plaisir de son imagination. Cela nous paraît normal aujourd’hui, c’était inadmissible pour l’époque. Encore une fois, remettons nous dans le contexte de l’époque avant de condamner hâtivement. Combien de choses qui aujourd’hui nous paraissent normales seront regardées comme aberrantes en 2400 ou en 2500 ?
2.- Je n’ai jamais dit qu’il n’y avait pas de rupture dans certains cas, j’ai simplement contesté le terme de “Renaissance” lequel implique un progrès par rapport à l’époque précédente. J’ai toujours en tête l’une des réponses de Véronèse (non inventée celle-ci) « Noi artisti pigliamo licenza che si pigliano i matti ». La nouveauté est certes de taille, l’artiste est désormais un peu comme un fou qui a le droit de dire ou de faire tout ce qui lui passe par la tête. Breton a sans doute omis de mettre Véronèse dans son panthéon personnel. Resterait maintenant à se demander en quoi cette liberté absolue de l’ imagination revendiquée par Véronèse serait un progrès. En quoi est-ce un progrès de pouvoir imposer tous les caprices de l’imaginaire? Le style est aussi, et avant tout, affaire de contrainte et de retenue. Il y a eu un grand style comme le roman ou le gothique, grand style que l’on n’a sans doute plus jamais retrouvé parce que l’on acceptait alors la retenue et que l’on savait faire taire les exigences de l’individu au profit d’une vérité plus haute qui le dépassait. La “Renaissance” eut également son style moins grandiose, certes mais qui avait toujours sa classe, le baroque était aussi un style , certes que je n’aime pas mais qui du moins avait le mérite d’être encore un style. Architecturalement, le XIX ème siècle n’eut aucun style si ce n’est des patchwork de classicisme ou de gothique ou de prétentieux tas de ferraille comme la Tour Eiffel. Aujourd’hui, cette absence de style qui fait souvent si cruellement défaut aux oeuvres (Comme aux gens d’ailleurs) vient de ce manque de sens de la retenue essentiellement dû au fait que prédominent les exigences d’un petit ego infantile et minable, manque de retenue qui fatalement bascule dans le désordre ou dans l’excès inverse consistant à tuer la vie par incapacité de la faire mieux jaillir par compression.
Cessons donc d’appeler “Renaissance”, ce qui à bien des égards pourrait au contraire être assimilé à une régression, disant cela je pense , entre autre à cet « humanisme » du XVI, si souvent loué mais dont la louange relève d’un autre lieu commun qu’il serait également bon de retirer de son piédestal.
février 8th, 2008 at 2:38
Effectivement libre à toi de penser que Montaigne, Rabelais ou Erasme doivent être descendus de leur piédestal.
Pour ma part, je ne suis absolument pas d’accord
février 8th, 2008 at 6:25
Sans oublier Leon Battista Alberti
février 8th, 2008 at 7:12
Comme tout ce qui tient de cethumanisme anthropocentrique du XVIème (Hors Rabelais et ainsi que quelques pages d’Erasme), cela manque de cet ébranlement que donne le vertige de l’inhumain.
Santa Maria Novella?
Beau, gracieux, certes, sublime sans doute aussi mais ce défaut d’un tantinet de déraison rendait à mon sens nécessaire un petit vent de cataclysme.
février 12th, 2008 at 9:33
. Comment arrivez vous à gérer de tels effets de lumière ?
février 12th, 2008 at 12:40
“gérer” Oh! le vilain mot! Je ne “gère” pas mon cher Flash, j’essaie tout au plus d’ “arranger”. Quant à la façon dont je m’y prends , je ne saurais dire. Vivre en décalage complet par rapport à ce monde où l’on parle toujours de “Gérer” est certainement la condition première pour mener à bien mes travaux.
février 12th, 2008 at 4:56
Il n’y a pas que par rapport au monde que t’es en décalage, tu l’es aussi me semble t’il par rapport à toi même. Dans un précédent billet
http://falcophil.info/blog/532/
tu déplorais une certaine pulsion morbide inscrite au coeur du baroque et voilà que maintenant tu te vantes d’épouser le travail du chaos et de l’érosion contre une solidification statique que pourtant tu défendais plus haut.
Encore une de tes incohérences.
février 12th, 2008 at 4:58
La similitude des démarches ets d’ailleurs frappante.
février 12th, 2008 at 5:42
Il y a pourtant une différence, Zummo, annonçant d’ailleurs Piranèse était un classique cherchant le baroque au travers de la ruine. Moi je serais plutôt un baroque cherchant le classicisme au travers du vide
février 12th, 2008 at 7:22
Ta “métaphysique des ruines” est en effet très discutable car expliquer Hubert Robert ou Piranèse par une prétendue volonté subconsciente et thanatogène cachée au coeur du baroque est un peu tiré par les cheveux. Surtout à propos de Piranèse où tu passes à côté de la question de la fantaisie visionnaire. Le thème de la ruine n’est que l’image de l’infini pouvoir créateur de l’homme qui inlassablement modèle et remodèle et relance ainsi toujours la création. Paradoxalement , la ruine exprime la profusion de la vie au travers de la végétation qui prolifère sur les débris ainsi que de l’action créatrice du temps qui toujours reformule les schèmes du passé. Le vestige offre donc l’image de l’élan qui reconduit la forme et se trouve de la sorte plus proche de la pulsion vitale que de l’instinct de mort.
février 14th, 2008 at 5:08
La pulsion mortifère inscrite au coeur du baroque me semble non moins évidente si l’on retient cet axiome que la vie est mortelle dès lors que l’on ne sait pas la maîtriser. La tumeur est mortelle parce qu’elle est prolifération de vie. Il n’est que de voir par exemple cette curiseuse fresque peinte dans un château allemand au début du XVIIIème siècle.
On pourra constater la façon dont la colonne torsadée de par un dynamisme mal contenu, sans doute inévitable dès lors que l’on tourmente la forme, aboutit à sa dislocation générale pour entraîner à son tour l’éffondrement du plafond
A près d’un siècle d’intervalle, cela pourrait rejoindre ce tableau de Monsù Désidério déjà évoqué.
Concernant Piranèse, que son oeuvre puisse refléter un esprit baroque me semble non moins certain
L’être n’a plus de rapport avec la fixité accomplie de ce qui est victoire sur l’informe mais il accompagne au contraire la force sourde, inconsciente et impersonnelle des intempéries du chronologique et de l’expansion du végétal.
je crois être autorisé à parler de l’arrière pensée qui pourrait sous-tendre ce genre de démarche pour m’en être moi même souvent inspiré
http://falcophil.info/ifotos/?dir=Cataclysmes
Sous couvert de reconstruire pour faire vision , on ne fait que prendre acte de l’impuissance humaine et il est curieux de t’entendre parler du “pouvoir créateur de l’homme” en présence de ce qui à mon sens ne fait qu’épouser la force brute et brutale de la matière et de ses éléments.
février 14th, 2008 at 6:39
C’est la raison pour laquelle vous avez réorienté l’image précédente vers une dimension plus mystique?
février 14th, 2008 at 6:58
“Mystique ” n’est pas le mot, j’ai seulement voulu pousser jusqu’au bout l’idée que la ruine travaille au dévoilement de l’être.
février 14th, 2008 at 7:11
Mais l’être a t’il une réalité? A considérer ce monde complètement virtuel où tu t’enfermes , coupé de la vie et des vivants , on peut en douter. Ta vison du monde est celle d’un schizo muré dans son isolement et incapable d’en sortir. J’ai vu un jour une expo d’oeuvres de fous, l’un d’entre eux imaginait des mondes irréels un peu semblables aux tiens.
février 14th, 2008 at 7:32
Ah oui? Mais c’est que ça m’interesse!
Si tu as des reproductions de ces oeuvres, tu peux me les envoyer, c’est avec un grand plaisir que je les présenterai sur ce site.
A propos, je viens de recevoir le dernier tableau d’Erato
comme dit le proverbe : “Plus on est de fous….”
février 15th, 2008 at 4:58
a propos de ce tableau de Monsu Désiderio, tu te donnes bien du mal pour échaffauder des thèses bancales alors que l’explication me paraît ici plus simple. L’Eglise qui s’écroule fait tout bonnement référence à un catholicisme qui chancèle. Nous sommes au XVIIème siècle et le monde qu’enfermait les certitudes de l’ “Ecole” craque de tous les côtés sous les coups de bouttoir de Galilée, de Copernic ou de Descartes. Qu’on brûle Giordano Bruno n’empêche pas la diffusion de plus en plus ample d’une libre critique individuelle qui s’est développée 1 siècle plus tôt avec le libre examen des écritures revendiquué par Luther. Cette eglise qui s’effondre , c’est tout simplement les temps modernes qui commencent. Que tout cela soit en rapport avec le baroque me paraît évident si l’on met l’homme baroque en rapport avec l’affirmation de l’individu dans sa liberté d’affronter la vie par ses propres forces sans se reposer sur le fatras théologique d’une caste sacerdotale.
Le message de Monsù Desiderio me paraît claire, L’Eglise s’effondre parce qu’elle est désormais inutile et elle est désormais inutile parce que l’homme commence enfin à devenir adulte.
(Félicitation Clio pour ton nouveau tableau, ton travail illustre bien notre époque où la fluidité remplace le solide, comme l’éphémère ou le transitoire remplace le durable. C’est une chose que s’obstinera toujours à ne pas comprendre un mec comme Falcone, car lui, au contraire, quand il chie sa merde se transforme aussitôt en bloc de glace).
février 15th, 2008 at 6:24
Transformer de la merde en bloc de glace est une chose dont on peut se vanter car cela signifie que l’on est capable de hisser l’ordure au niveau de la pureté diaphane et cristalline.
Toi au contraire quand tu chies ta merde n’est rien que de la merde parce que tu ne sais rien produire d’autre.
Je n’ai pas par ailleurs l’impression que cette Eglise qui s’effondre symbolise une libération, il me semble davantage que ce sont les petites figurines qui se trouvent sur le point d’être écrasées par cet effondrement et il est plus que probable que l’on retrouvera leur cadavre sous les décombres.
Quant à cet homme qui deviendrait adulte, je ne sais trop de qui tu parles au juste car si c’est à toi que tu fais allusion, il suffit de rappeler le genre de pratiques auquel tu t’adonnes avec ta femme pour que l’on nourrise de sérieux doutes sur ton état de maturité.
http://falcophil.info/blog/cosmos-galaxies-et-papier-cul/#comment-487
février 17th, 2008 at 8:28
ici ses toi q’es la seul merde pauvre en culer
février 18th, 2008 at 6:40
, Song serait un adepte d’Henri Focillon, la loi autonome et quasi biologique de l’évolution formelle voulant qu’après la plénitude de la forme classique (dont tu serait l’image) on aboutisse inéluctablement à la phase de déliquescence du baroque
février 18th, 2008 at 7:02
Si Song a lu Henri Focillon, ce dont je doute fort vu l’extrême pauvreté de son vocabulaire, alors il l’a très mal compris, Focillon, pas plus que les autres tenants de l’école formaliste n’ayant considéré le baroque comme une phase de déliquescence.
je suis pour ma part convaincu que nous vivons au milieu des ruines, les cultures d’autrefois continuant néanmoins d’avoir leur dignité même dans la mort,ce qui, au vu de ce cliché d’anticipation, ne semble pas être notre cas…..