NUAGES FLOTTANTS.
En lisant un article sur une exposition dernièrement consacrée à César,

je me suis souvenu avoir entendu celui-ci déclarer qu’
‘autant il détestait les extrêmes en politique autant il les trouvait souhaitables en matière d’art. L’assertion peut sembler des plus spécieuses car on ne voit pas pourquoi ce qui serait néfaste en politique devrait être bénéfique en art. Il ne semble pas qu’un type particulier d’activité fut visé par les mythes et fables des anciens qui voyaient un principe d’autodestruction

dans toute volonté d’atteindre les extrêmes.
Concernant Cesar, observons d’emblée que si la méconnaissance de la limite le porta vers le gigantisme, elle le mena aussi vers un principe tout autant contestable qui fut de méconnaître le cloisonnement des activités. Le travail d’un sculpteur ne rejoindra jamais celui d’un ferrailleur, abolir l’étancheité des parois séparant les deux activités, c’est assurer la prédominance du ferrailleur mais sûrement pas celle du sculpteur,

l’activité artistique étant de quête trop délicate pour résister à la rudesse des moyens mis en oeuvre par l’ouvrier de l’industrie, du bâtiment ou de la récupération.

Remarquons d’autre part que si l’ on admet généralement que sur un plan éthique les idées les plus extrêmes nous mènent au désastre, la chose sera moins reconnue sur le plan esthétique alors qu’il serait à cet égard tout de même permis de se demander si l’étrangeté, la bizarrerie voire l’extravagance d’une idée n’y perd pas en force poétique dès l’instant où elle connaît le moindre début de réalisation concrète. Un projet peut sembler d’autant plus beau qu’il est dément et d’autant plus dément que personne ne le réalisera.
Les incroyables machines imaginées par certains “fous littéraires”

me paraissent plus captivantes dans leur fantaisie hallucinante que certaines descendances plus ou moins lointaines


Sur ce point, il semblerait que le littéraire autorise des excès que ne permettent pas les arts tombant sous les sens. Montrer un triangle carré est chose visuellement impossible alors que l’on pourrait fort bien concevoir un récit fantastique ayant pour thème la découverte d’un triangle carré. On n’ a encore jamais vu de statues qui bougent (Il s’agirait en ce cas d’automates) ou de portraits qui parlent, le générique de l’émission “d’art d’art” (’”De l’art? MMMH! J’adore!”) en dit assez long sur la stupide laideur d’une telle éventualité. On verra pourtant plus bas que ce qui est impossible au plasticien ne l’est pas pour l’illustrateur et l’écrivain.

Si l’on accorde à Henri Michaux que la réalisation littéraire d’une idée poétique est déjà une amorce de son altération, il faut alors en déduire que sa concrétisation matérielle achèvera de la gâter. Tout ce qui concrètement se réalise déçoit parce que tout ce qui s’incarne déchoit. Il y a déjà forte dégradation dans la possession visuelle et qui vire à l’écoeurement dans la possession physique. Dès lors, la littérature devient l’art supérieur par excellence parce que tuant la chair pour s’affirmer, elle bloque à temps un tel principe d’entropie. On comprendra ainsi d’autant mieux ce qualificatif de “poète” que Balzac mît dans la bouche de Poussin à propos d’un Frenhoffer incapable d’aboutissement pour être trop épris de puissance.
La conclusion logique est qu’il faudrait ne rien faire afin que la moindre idée, le moindre projet nous replace dans cette immensité de nos premières années.

La paresse pourrait alors s’auréoler de la quête d’un passé perdu dont le futur ne serait que caricature et amoindrissement.
Mais outre que la connotation paienne de pareille conception me rebute, force est d’admettre que la stérilité est autant aveu d’impuissance que l’accumulation est forme de faiblesse. Un troisième terme pourrait alors s’esquisser si nous gardons présent à l’esprit que obnubilé par l’acte au point de le confondre avec la puissance, nous en oublions la retenue ascétique que devrait entraîner une juste compréhension de celle-ci.
Il a déjà été vu que l’art de l’icône dépassa cette brutale ambivalence entre la chair et l’esprit, nous pourrions en conséquence, à notre modeste niveau, proposer ce très pâle avatar de l’icône qu’est l’informatique, laquelle après tout contient elle aussi irradiation et lumières (voire aussi des icônes quoique de façon fort dégradée!!!), l’ensemble enveloppant des choses non présentes dans leur indéniable présence.

Installés donc sur un nuage flottant, nous partons ainsi en quête d’autres nuages flottants pour en revenir à ce fort discutable passage de la puissance à l’acte dont nous voudrions donner un autre exemple en rappelant que par ses pouces ou ses mains géantes, César n’avait en fait rien inventé, les altérations de proportion, de décuplement ou d’involution, n’étant que vieux fantasmes. Si notre époque a parfois pu relancer le thème de façon fort convaincante, revu par césar , il n’est plus que faible avorton de certains voyages.

que l’on ne saurait trop conseiller de relire car d’une part les images qui les illustrent ne suivent pas l’inspiration qui les conçut, ce qui permettrait d’autre part de voir combien auprès de Brobdingnag, les pouces de Cesar dépassent à peine le niveau du parc d’attraction. Du gigantisme, on conserve encore maintes traces

qui nous font comprendre que la démesure est souvent là pour pallier la carence d’un imaginaire beaucoup plus proche de l’essoufflement et du déclin que de la vigueur et de l’élan.
Nous est alors donné un autre aspect de la vraie puissance d’autant plus forte qu’elle est contenue dans de stricte limites d’espace et de temps, tout ce qui s’étend au travers de ces deux dimensions, dans la plupart des cas n’empruntant qu’une voie de déliquescence.
Rappelons par ailleurs que le pouce géant de César fut déjà imaginé au XIXème siècle par le dessinateur Jean-Isidore Grandville, dans son ouvrage fantastique “Un autre monde” .

Se vérifie, pensons nous, cette idée que de la poésie visionnaire au gigantisme décadent , il n’y a qu’un pas.
Un peintre, avons-nous dit, ne pourrait pas concevoir un portrait doté d’une voix sans tomber dans le ridicule, la force d’une peinture étant justement de remplacer la voix. Pourtant, Grandville a pu réaliser cet extrême pour n’être pas sorti du plan idéal. Dans la partie de l’ouvrage consacrée à de nouvelles formes d’art, il concevait ainsi les inventions les plus délirantes comme des tableaux dotés de bras armés menaçant les visiteurs. Confinée au simple niveau de l’imaginaire, la chose relevait d’un merveilleux digne de Swift, elle devenait franchement douteuse lorsque l’artiste italien Michelangelo Salamida s’en inspira en concevant sa fameuse réalisation intitulée “la connaissance du bien et du mal”:

(Michelangelo Salamida: bas-relief en latex fixé sur plaque d’émail, présenté à la foire de Bâle de 2002)
Reproduction en trois dimensions d’un postérieur de femme qui vibrait et frétillait avec la même élasticité, lâchant de méphitiques flatulences sur le visiteur s’approchant d’un peu trop près pour observer, cette réalisation se trouvait reliée à un tuyau lui même connecté à une machine complexe fabriquant des gaz constitués des mêmes éléments chimiques que ceux produits par nos intestins. Une cellule photosensible inseréé dans le trou anale commandait l’échappée des gaz. Dans l’esprit de Salamida, ce “faux cul”, réminiscence fort vague d’un tableau de Courbet

devait reproduire le mythe de la tentation et du péché originel ainsi que le processus par lequel se pérennise le drame de la chute et la nostalgie du paradis perdu.
Salamidà était d’ailleurs plutôt récidiviste en la matière puisqu’il avait déjà quelque temps auparavant conçu “vomica” la “dégobilleuse”. Machine programmée pour vomir les aliments que l’on versait dedans, cette réalisation devait selon Salamidà exprimer l’aliénation de l’homme moderne au travers de l’illusion de sa prétendue liberté.
De cette folle invention qui fût déjà évoquée à l’occasion d’un article précédent, la plupart pensèrent qu’il s’agissait d’un canular forgé par moi, la chose étant trop absurde pour pouvoir être vraie. Mais c’était précisément parce que la chose était d’une stupidité totale que s’il elle ne méritait pas d’être créée, elle méritait néanmoins d’être écrite. De même, la machine à manger inventée par Chaplin dans les temps moderne

présentait toutes les raisons d’être filmée parce qu’elle n’avait aucune raison d’exister. Ce ne fut pourtant pas ce genre de considération qui arrêta Michelangelo Salamidà lequel s’inspirant de Chaplin voulut pousser encore plus loin l’absurdité en créant sa machine à dégueuler.

(Michelangelo Salamidà: “Vomica” ou la machine à dégueulis, maquette de la première version de 1990, dîte à “point d’impact sidéral”, fonte, plastique et oeil electronique)
Une fois encore, on ne peut que constater le caractère spécieux d’une démarche qui à vouloir une réalisation matérielle des idées les plus absurdes, les prive des lors, de tout impact poétique car l’ on conviendra sans peine que c’est un abime qui sépare Charlie Chaplin de Salamida.
On pourrait de tout cela déduire que le droit à l’existence de nos idées les plus idiotes serait proportionnel à nos dons littéraires. Les idées puériles d’un plasticien resteront toujours puériles alors que seule la littérature semble pouvoir sauver un auteur de son infantilisme. Lewis Carroll était certainement infantile, il n’a pourtant pas réaliser d’oeuvre infantile, je n’en dirais cependant pas autant de Miro ou de Niki de Saint Phalle.

Ou même encore d’un Murakami

Nous continuerons à vérifier l’exactitude de l’assertion en décrivant cette autre machine présentée par l’allemand Wolfgang Preiss à la dernière foire de Milan.

(Wolgang Preiss: “I want to know”, 2006)
Le principe d’ “I want to know” est assez simple. Vous glissez à l’intérieur de la machine une photo de vous récente tout en ayant au préalable pris soin de déposer sur l’image un peu de votre salive, puis, suivant le chiffre que vous aurez composé à l’aide d’un clavier, 10, 20, 30 ou 40, la machine vous restitue votre photo accompagnée d’une autre image vous présentant votre visage vieilli de 10, 20, 30 ou 40 ans. J’ai voulu tenter l’expérience en introduisant une photo de moi prise l’année dernière

puis, après avoir composé le 25 j’ai pu obtenir en quelques secondes l’image de ma figure vieillie de 25 ans.

(Wolgang Preiss: instantané issu de “I want to know”, Milan , Octobre 2008)
Il faut préciser que ladite machine semble fonctionner de façon très fiable. Conçue en collaboration avec des savants, ingénieurs, médecins, anatomistes et informaticiens, c’est à partir de vos traits présents et du code génétique contenu dans votre salive que ce bizarre appareil est capable d’extrapolations par lesquelles un programme informatique déduira de quelle manière doit évoluer l’altération de votre physionomie.
Ce qu’une telle machine peut recéler d’intéressant est qu’elle montre à quel point l’infantilisme peut aller se nicher jusque dans les conceptions les plus ingénieuses. Vouloir voyager dans l’avenir n’est ce pas un rêve d’enfant ? Encore une fois, Herbert Georges Wells fît un rêve puéril

mais qui eût pour résultat quelque chose qui ne l’est pas.
Wolfgang Preiss est non seulement puéril mais il a de plus fabriqué une oeuvre puérile car l’on serait bien en droit de se demander où est l’intérêt de vouloir vieillir de 25 ans en quelques secondes. Preiss s’est contenté de hausser les épaules, façon de me dire que je posais des questions stupides et qu’en tout état de cause, il n’appartenait qu’à moi de trouver la réponse.

Le scientifique pourra voir dans cette invention un exemple de déterminisme de type laplacien. Le philosophe pourra plutôt penser à tel aphorisme de Cioran selon qui la vieillesse n’est que punition d’avoir vécu ou tel autre de Nietzsche observant qu’une imagination assez forte pour nous rendre capable de nous représenter un visage vieilli de 40 ans nous permettrait de traverser la vie sereinement.
Il s’agirait autrement dit d’une machine propre à donner la sagesse, la plupart des machines nous frappant de décervelage et d’addiction, la création de Weiss constituerait ainsi une première.
Quelle fardeau de sagesse était-je donc capable de supporter? C’était au fond la seule question essentielle que je me posais tout en ne pouvant détacher mes yeux médusés de cette image de mon futur.

J’avais beau me dire que tout cela ne dépassait pas le niveau d’un divertissement de fête foraine, ce fut avec un surcroît de nausée qu’après avoir composé le 30 , je découvris ma tête à l’age de 80 ans.

Bien sûr, je restai quelque peu incrédule mais d’une certaine manière la machine me démontrait que j’étais loin d’être un sage car c’est assurément un manque de sagesse que de refuser d’accepter l’inéluctable laideur et déchéance physique que nous réserve l’avenir.
Et puis, me rappelant que c’était la meilleure forme de sagesse que de se dire que l’on était tout sauf un sage, j’eus comme une illumination qui dissipa toute peur de l’avenir, durant certes un très bref laps de temps mais tout de même suffisant pour m’inciter à taper le 40.
M’apprêtant donc à connaître l’état de mon visage à 87 ans, vous jugerez de mon désappointement lorsque la machine me renvoya cette image.

Preiss fut incapable de me donner une explication. La machine présentait parfois de ces défaillances qui donnaient ce genre de résultat. Peut-être existait-il un blocage au niveau de l’encrage ? Ou encore, l’ordinateur ne parvenait-il plus à pronostiquer l’évolution de mes traits au delà d’une certain temps ? Le monochrome pouvait fort bien signifier la couleur de l’absence.
A ma question de savoir si l’absence dont il parlait signifiait “trépas”, il répondit “Peut-être”.
A mon autre question de savoir pourquoi ce trépas était de couleur bleu ciel, l’usage voulant que pour la représentation de la mort un chromatisme triste ou sombre fut plus approprié, il ne trouva rien d’autre à dire que

n’être plus de ce monde n’était au fond pas si dramatique.
Il me suggéra de retenter l’expérience mais sentant aussitôt l’arnaque car plus ont souhaitait voir loin dans le temps plus il fallait payer cher, j’allais voir ce que l’on exposait au stand voisin où je découvris que pour beaucoup d’autres, l’outre tombe présentait également la couleur de l’azur puisque l’on proposait les mêmes monochromes.
On m’informa alors que je n’y étais pas du tout. Ces autres monochromes, quoique de même couleur n’étaient pourtant point de création mécanique mais bel et bien faits de main humaine, ayant pour auteur un peintre espagnol du nom de Luis Zamora.
Une première huile sur toile décrivait ainsi le ciel après le passage d’un oiseau

La seconde toile voulait évoquer la pensée de Yves Klein sautant dans le vide

La troisième se proposait d’ illustrer la couverture d’ un roman de Georges Bataille

La Quatrième peinture ne voulait pas être une oeuvre d’art mais rien d’autre qu’une couleur bleue étalée sur une surface plane.

Commentaire du catalogue accompagnant l’exposition : “Le tour de force de Luis Zamora est de nous montrer que quatre objets absolument identiques, en l’occurrence une surface recouverte d’une couleur bleue ciel peut se révéler être différente suivant l’intention qui préside à sa création, ainsi les trois premiers tableaux présentent-ils un travail artistique ( Un paysage, un portait psychologique et l’illustration d’un roman) alors que le 4eme ne l’est point puisqu’il n’est rien d’autre qu’une couleur bleu ciel étalée sur une toile.”
Loin de moi l’idée de me gausser de ce travail qu’il serait d’ailleurs injuste de qualifier d’inintéressant car il nous interpelle tout de même quelque part mais il eût alors mérité mieux qu’un tel commentaire ayant de façon plutôt fort médiocre pillé Arthur Danto. Je renvois donc au remarquable livre du philosophe américain

si plein lui aussi de ces fantaisies délicieusement délirantes pourvu qu’elles demeurent sur le papier.
C’est du moins le conseil que l’on aurait pu donner à John Freiman s’échinant à reproduire l’oeuvre de Fra Angelico et dont les travaux ont également été présentés à la dernière foire de Milan.
Cattelan qui avait transporté une fameuse et fort quelconque enseigne de Californie en Sicile,
s’était en fait platement inspiré du projet infiniment plus fou de Freiman qui depuis le début des années 80 a entrepris de construire à l’identique l’une des plus célèbres constructions de Florence, le couvent de San Marco, quelque part sur les plus hauts sommets du grand Canyon, la prestation ayant été sponsorisée par la firme Monsanto

(John Freiman, “Le couvent de San Marco”, actuellement en cours de réalisation, les travaux ayant débuté en 1983. Desert de l’Arizona, grand canyon, à noter que le gazon est d’origine transgénique )
Et de reproduire fidèlement les fresques de Fra Angelico à l’intérieur de chaque cellule, lesquelles sont également reconstruites à l’identique
Sur le plan technique la prouesse de Freiman force l’admiration car sans la précision ajoutée en Italique, on ne saurait distinguer l’original de la copie.

(Fra Angelico :”Crucifixion, Florence vers 1450)

(John freiman : “Crucifixion”, Arizona, grand Canyon 1995)

(Fra Angelico : “La Cène”, Florence vers 1450)

(John Freiman : “La cène”, Arizona, Grand Canyon, 1997)
Pourtant, là encore, il eût fallu tout le talent d’un Borges pour rendre compte de cette idée que les deux oeuvres quoique identiques sont cependant fort dissemblables. C’est un manque d’acuité intellectuelle qui nous porterait à croire que le travail de Freiman n’est qu’une simple copie de Fra Angelico. Celui-ci conçut pour des religieux au coeur de l’Europe chrétienne une oeuvre finançée par l’Eglise catholique, tandis que Freiman forge à des fins purement conceptuelles au coeur du désert de l’Arizona, une oeuvre finançée par une multinationale
Une oeuvre créée par un moine italien du XV ème siècle sera nécessairement différente de celle d’un peintre américain du XXIème, homosexuel, libertin et athée, quand bien même la deuxième oeuvre serait la réplique exacte de la première. De catéchisme et d’édification chez Fra Angelico, l’oeuvre devient alors polémique, spéculative et philosophique chez Freiman.
Autrement dit si l’on pousse jusqu’au bout la thèse de Borges reprise par Danto
L’oeuvre de Fra Angelico serait plutôt d’approche grossière, philosophiquement conformiste ainsi qu’imprègnée de naïve religiosité populaire

(Fra Angelico: “Entrée du Christ à Jérusalem, Florence 1450)
Tandis que celle de Freiman est audacieuse et de très subtile approche en ce qu’elle allie à la fois la complexité d’une démarche philosophique et la quête du passé artistique, poétique au plus point en ce qu’elle tente de sceller l’union entre deux mondes antagonistes,

les décors du quattrocento et les paysages du far-west, la fresque italienne et le western, l’univers d’Alberti et celui de John Wayne

(Freiman: “Entrée du Christ à Jérusalem, Arizona , Grand Canyon , 1999)
Mais si Danto ne présente certes pas le talent narratif d’un Borges, c’est tout de même avec une certaine saveur qu’il nous commente le Pierre Ménard et son Quichotte, saveur qui hélas ne se retrouve pas dans la présentation des travaux de Freiman.
La problématique de la mimesis devrait pourtant donner lieu à des analyses plus rigoureuses car de toute évidence elle ne cesse de captiver les plasticiens. Nous avons ainsi retrouvé à cette foire Jean Paul Walras, auquel nous avions déjà consacré un billet. Il n’a eu droit lui aussi qu’à un médiocre texte aux arguments éculés dont nous avions déjà retranscrit l’essentiel. Bien dommage car si Walras poursuit son travail dans la veine qui l’a fait connaître, la Foire de Milan fut pour lui l’occasion de renouveler une vieille technique comme l’art de la fresque par une vaste composition murale réalisée il y a tout juste un an, au titre étrangement prophétique

( Jean Paul Walras: ” Prémonition de la crise de 2008″ , fresque, peinture murale , juin 2007)

Walras n’hésite d’ailleurs pas à laisser tomber ses pinceaux en travaillant la matière informatique par des installations reliées aux grandes places financières intenationales

( Jean-Paul Walras: ” En direct avec Wall Street”, installation informatique, 2008)
N’oubliant pas en effet la condition fortunée de ses acheteurs toujours en quête d’un placement, Walras leur permet du même coup un suivi en direct de l’évolution du dow jones ou du CAC 40.
Encore ce dernier avait-il pu s’appuyer sur un semblant de critique, ce qui ne fut pas le cas de tous les autres vus à cette foire, trop inconnus pour bénéficier d’un rudiment d’appui littéraire.
Mes faibles talents pour écrire ne peuvent hélas suppléer à cette carence, aussi ne pourra t-on évoquer qu’en vitesse quelque unes des nombreuses autres curiosités présentées lors de cette manifestation.
Depuis 1999 le brésilien Joao Paulo Antunès propose des oeuvres connectées à des caméra de vidéo-surveillance. L’oeuvre consiste à présenter un écran sur lequel le spectateur se voit de dos en train de regarder ce même écran qui, curieusement, a disparu du mur sur lequel il est pourtant accroché.

Les écrans peuvent d’ailleurs présenter une autre configuration par laquelle les spectateurs regardant l’oeuvre auront disparu

tandis que l’oeuvre est bien fixée au mur et qu’elle montre les spectateur qui cette fois-ci sont présents mais en train de regarder un mur nu d’où l’oeuvre a de nouveau disparu.
L’un des principaux tenants de l’actuel avant-garde russe, Oleg Bondartchouk se distingue par cette particularité de ne jamais exposer ses oeuvres à l’intérieur du bâtiment qui l’accueille mais juste à l’entrée où il déverse le contenu de sa poubelle.

(Oleg Bondartchouk: poubelle renversée, Milan FAC, 2008)
Le roumain Emil Atanasiù a quant à lui fondé tout son travail sur un seul thème: la progression de sa calvitie qu’il ne cesse de scruter année après année, jour après jour, cheveux après cheveux, en une angoisse obsessionnelle

( Emil Atanasiu: “alopecia progression, 7 steps” 2008″)
qui nous paraîtrait futile si elle ne nous apparaissait pas comme un écho de cette sourde peur de notre déchéance évoquée par la machine de Preiss
Le suédois Jorg Bjornson, transforme l’espace qui lui est imparti en véritable étalage de supermarché où les visiteurs peuvent faire leurs courses aussi naturellement que dans un magasin Carrefour.

( Jorg Bjornson, étalage de tomates et de piments, installation, FIAC Paris 2007)

(Bjornson; “étalage de pots de confiture, présenté en 2006 palais de Tokyo)
Oeuvres d’un réalisme voire d’un naturalisme très cru renouvelant le thème de la nature morte ainsi que l’étude de moeurs

(Bjornson , installation, biennale de Venise : 2006)
Précisons que pour pouvoir pleinement apprécier le travail de Bjornson, il est nécessaire d’être muni d’un panier ou d’un caddie et de consommer.

( Bjornson: étalage, FAC de Milan, septembre 2008)
Des caisses à l’entrée de l’exposition vous permettant de régler vos achats.
Nous sous sommes plus particulièrement attardés à examiner le travail du français Alain Rocher dont les oeuvres sont à la fois de minutieuses recherches d’organisation plastique mais qui se veulent par ailleurs de valeur didactique et pédagogique car toutes axées sur les principales et diverses étapes de l’histoire de l’art.

(Alain Rocher: “principaux artistes baroques”, , acrylique sur toile, 2004)
Beaucoup d’autres étaient présents que nous ne pouvons malheureusement évoquer dans cet article déjà trop long.
Nous n’irons pas plus loin dans ces quelques exemples où sont appliqués à de pauvres petites prestations plastiques, les principes de la grande bibliothèque borgienne. Sachant qu’en matière d”art contemporain on ne fera jamais mieux que tout ce qui fut conçu sur une certaine ile flottante,

nous voudrions conclure en soulignant une fois de plus que s’il est nécessaire d’extérioriser sa bêtise, alors la littérature devient vitale en ce qu’elle sauve le monde parce qu’elle rend toute chose plus légère qu’une ombre.
Falcophil
29 commentaires to “NUAGES FLOTTANTS.”
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novembre 7th, 2008 at 11:08
y a pas à dire , t’as vraiment beaucoup d’imagination mais t’es quand même un vrai barjos.
(PS) as tu reçu mon mail?
novembre 7th, 2008 at 12:44
Quoiqu’il ya ait dans cet article pas mal d’idées ambigües et passablement délirantes (Comme toujours on ne sait jamais trop si t’es sérieux ou si tu déconnes) quelque-choses m’interpelle tout de même quelque part. Pourrait-on être un grand créateur du seul fait que la conception que l’on aurait de l’art serait si sublime que lui donner forme serait impossible?
novembre 7th, 2008 at 1:52
Proust le pensait en écrivant à Félicien Marboeuf qu’il était le plus grand écrivain de son temps du fait qu’il n’avait rien écrit et que l’immensité de son oeuvre respirait au travers de son silence.
novembre 7th, 2008 at 5:09
Mais par quel critère peux tu démarquer la stérilité qui relève de l’impuissance de celle qui pourrait relever de la plus grande force?
novembre 7th, 2008 at 5:42
Pense à ce que tu voulais faire et compare avec ce que tu as fait, le critère tu l’as en toi même, tu étais grand au début , à cause de tout ce que tu n’avais pas fait, tu es petit maintenant à cause du peu que tu as fait.
novembre 7th, 2008 at 6:39
C’est donc bien que tu préconises la stérilité car si le logos échoue inévitablement dans la forme, la forme littéraire ne le maintient pas plus intact que la forme plastique.
novembre 7th, 2008 at 7:18
Oui mais tu noteras que “Logos” signifie à la fois la pensée et la parole, il y certes antinomie entre les deux, l’une est sans forme et sans limite l’autre est limitée dans une forme mais les deux n’en sont pas moins fortement unies et dans leur différence désignent une seule et même réalité, notre raison d’être qui est l’être sous notre raison consiste à maintenir conjoint ce qui est inconciliable
novembre 8th, 2008 at 6:17
Je note en ce cas une contradiction car tu écris:
“Le travail d’un sculpteur ne rejoindra jamais celui d’un ferrailleur, faire sauter l’étancheité des parois séparant les deux activités, c’est assurer la prédominance du ferrailleur mais sûrement pas celle du sculpteur”
Pourquoi?
Si la raison d’être d’un artiste est de surmonter les contradictions, pourquoi la délicatesse d’un travail de poète ne pourrait-elle pas se concilier avec la rudesse d’un travail de ferrailleur?
novembre 10th, 2008 at 11:51
Les contraires ne sont certainement pas conciliables sur un plan matériel du fait d’évidentes contraintes d’ordre physique. Le feu ne fusionnera jamais avec la neige, soit il la fera fondre soit il sera étouffé par celle-ci. Les contraires se réconcilient en tendant vers l’infini lequel n’est pas atteint au niveau phénoménal mais au niveau de l’esprit, d’où la force croissante de l’oeuvre à mesure que croît sa dématérialisation.
novembre 10th, 2008 at 2:25
Infini?
Bigre!
Il me semble que c’est plutôt toi qui te rends coupable de ce pêché d’orgueil que tu fustigeais au début de ton article.
César avait-il une telle prétention? (je parle bien sûr du sculpteur pas de l’empereur)
novembre 12th, 2008 at 8:28
Tu confonds l’orgueil qui est la vaine estime de son personnage avec l’intériorité qui est la juste estime de soi, si le premier te mène souvent à l’impatience du “pécheur”, la seconde te donne au contraire la grande patience du “pêcheur”.
novembre 12th, 2008 at 5:27
Dire que l’activité artistique est une ” quête trop délicate pour résister à la rudesse des moyens mis en oeuvre par l’ouvrier de l’industrie, du bâtiment ou de la récupération.”
relève d’une affirmation partielle et partiale. il n’entrait sûrement pas dans l’intention de César de faire dans la délicatesse pas plus que cela n’entre dans l’intention d’un fauve ou d’un expressionniste. La sculpture de César pourrait au contraire s’apparenter à l’art brut car elle se donne justement pour objectif d’exprimer la beauté sauvage et rebelle de tout ce qui se situe en dehors de cette inoffensive délicatesse dont tu sembles incapable de te dégager. César exprime au contraire une certaine violence du monde moderne qui passe par la décharge et le rebut. On ne peut s’empêcher, en voyant ses sculpture de penser à la brutalité d’accidents mortels ou à la rudesse d’un système qui saccage son environnement.Trouver encore de la beauté dans l’inhumaine convulsion du fer et de l’acier fruit d’un monde obsédé par la vitesse et l’accumulation
, c’est cela qui fait la grandeur de César.
Mais tu es sans doute trop délicat pour le comprendre.
novembre 13th, 2008 at 11:43
La difficulté du travail artistique serait plutôt d’exposer la pesanteur tout en restant délicat et léger. C’est une façon comme une autre de concilier les contraires
Je ne pense pas que César réponde à cette exigence.
Dans un article précédent,
http://falcophil.info/blog/au-fond-dune-poubelle/
j’écrivais à cet égard,
“Le classique ne se détourne pas nécessairement des cruelles réalités du monde, bien au contraire , il les affrontera souvent mais avec une assise d’autant plus solide qu’il se refuse à ce que son époque le pollue”
novembre 16th, 2008 at 11:54
Je ne peux m’empêcher de penser au gâchis qu’aura été ta vie.
Ce n’était pourtant ni l’intelligence ni le talent qui te manquaient
Il te manquait simplement le courage.
Parce que tu n’as pas le cran de réaliser tes idées les plus folles, tu invoques cette excusqes qu’eles doivent rester à l’état d’idée et tu te réfugies dans la canular en tirant prétexte de la supériorité du virtuel et des rêves de jeunesse pour masquer ta profonde incapacité à t’investir pour de vrai dans la vie.
La grande force de l’idiotie tu la connais. Non pas l’idiotie quotidienne de 99% de nos semblables mais de cette idiotie qui est stratégie de l’intelligence pour éviter le piège de la sotte prétention.
Tu connais cela mais hélas , il te manque le “cran” .
Tu inventes l’histoire d’n type qui renverse sa poubelle devant un musée parce que t’as pas toi même le cran de déverser ta propre poubelle devant ce ministère à la con où tu croupis avec d’autres cloportes tout aussi lamentables que toi.
Le vituel est une aubaine pour les minables dans ton genre qui se cachent derrière un écran lumineux pour échapper aux regards des autres.
novembre 17th, 2008 at 8:13
Je crois que ce n’est pas seulement une question de cran mais aussi d’humilité.
Au fond la question substantielle qui ressort de cet article est de dire “J’ai une idée tellement grandiose de l’art que mes réalisations concrètes ne seront jamais à la hauteur de l’infini qui est dans mon esprit”. Autrement dit, il est lui même comme Icare , Il vole, il vole si haut dans le ciel de son idéalisme qu’il se brule les ailes aux rayons d’un soleil factice, produit de son esprit surchauffé.
novembre 17th, 2008 at 4:00
J’ai visité hier les installations de Jeff Koons à versailles.
je dois reconnaître avoir été franchement emballée par cette confrontation des genres entre le grand style de louis XIV et le style cool et kitsch de Koons. Rabbit en acier sous les plafonds de Lebrun, c’est bien un exercice digne d’un artiste si, à en croire l’auteur de ce blog, l’art est effectivement jeu de contraste. Et il y a en effet une contradiction à vouloir toujours mettre en avant la nécessité d’affronter les antinomies tout en aboyant après ceux qui tentent de surprenantes juxtapositions de mondes contraires. En ce sens, oui, Falcophil serait bien un pauvre petit être frileux, effrayé dès lors qu’avec un peu d’humour ou de violence, on effleure un peu trop sa petite peau délicate
novembre 17th, 2008 at 6:00
Une petite précision Erato, le plafond sous lequel Jeff Koons a installé son gros tas de merde brillante n’est pas de Charles Le Brun mais de François Lemoyne. Il représentre l’apothéose d’Hercule
Après ses 12 travaux , Hercule est conduit vers l’Olympe où il est appelé à prendre place parmi les immortels.
François Lemoyne, peintre baroque plutôt médiocre n’en reste pas moins d’une noble grandeur comparé à cette sous-merdre nommée Jeff Koons.
Entre les références mythologiques des anciens, leur rêve de surhumanité et d’immortalité et les joujous d’un Koons, reflets de notre univers de pacotille et de consommation supervisé par les milliardaires futiles à la Pinault , je suis d’accord pour dire que la confrontation est intéressante.
mais la comparaison ne tourne sûrement pas à l’avantage de notre époque encore moins à celui de la France qui tend de plus en plus à n’être qu’une carte postale pour touriste et un trou de chiotte pour les déjections américaines.
novembre 18th, 2008 at 7:19
Peu importe que l’auteur du plafond soit Le brun ou Lemoyne, pas besoin de nous faire a chaque fois un étalage pédantesque de votre savoir, on le sait que vous êtes un homme de “grande culture”, on se demande d’ailleurs à quoi vous sert cette culture quand on vous voit si buté et si fermé à tout ce qui relève d’un univers différent de votre ancrage européen. ma photo me semblait intéressante parce qu’elle retrace très bien l’esprit de cette exposition basée sur une confrontation de deux univers différent. J’aime le plafond de Lemoyne mais j’adore aussi le lapin de Koons quoique d’esprit totalement différent les deux oeuvres relèvent d’une même volonté d’absolu. il est stupide de ramener le rabbitt métallique à un pur produit de consommation. la brillance rosée de son acier dénote bien à mon sens une quête de plénitude laquelle pour s’exprimer, ne doit pas nécessairement évoquer les dieux de l’Olympe ou les prophètes de la Bible.
novembre 21st, 2008 at 11:29
Plénitude?
De quoi parles tu au juste?
Parce que quelque chose étincelle et brille , tu t’imagines que cette chose répond à tes aspirations spirituelles sans te rendre compte que tu ne fais que jouir par l’effet de tes sens agréablement chatouillés.
Tu me fais penser à ces populations primitives persuadées que la camelotte que leur vendaient les blancs était de haute valeur parce qu’elle était de forte brillance.
novembre 22nd, 2008 at 8:37
J’ai hier visité l’expo Koons à Versailles (En compagnie de Thierry) Je ne reviens pas sur ce qui effectivement est interessant au niveau d’une confronation de deux démarches très dissemblables.
Je me suis entre autre rappelée du propos d’Erato sur la plénitude exprimée par une simple surface brillante et m’approchant du lapin métallique, je me suis dit qu’en effet, une autre façon de figurer l’absolu, peut-être même la meilleure façon serait d’utiliser quelque chose de dissemblable, dans le sens où celà ne présenterait justement aucun rapport théologique ou religieux avec l’absolu, non un christ ou une madone mais une simple surface d’acier reflettant le monde.
En ce sens parler d’art profane n’a aucun sens car l’objet le plus futile réveille en nous par son éclat et sa mystérieuse présence, sans l’intermédiaire du fatras théologique ou dogmatique, le plus profond des mystères.
Quand que tu écris que
“Tout ce qui concrètement se réalise déçoit parce que tout ce qui s’incarne déchoit. Il y a déjà forte dégradation dans la possession visuelle et qui vire à l’écoeurement dans la possession physique”
ce qui te permettrait ainsi de justifier la supériorité du littéraire (On se demande en ce cas pourquoi tu continues à réaliser des images!)
ce n’est là qu’une haine théologique du visible, un iconoclasme qui rejoint la haine et la peur de la vie. Tu craches sur l’ile de Laputa parce que ton rêve secret serait d’aller vivre sur elle, de cette vie de spectre à laquelle tu aspires.
novembre 22nd, 2008 at 10:18
Oui, j’avoue que je n’ai pas bien compris à quoi il veut en venir car s’il estime qu’il y a inévitablement échec du visuel en ce cas qu’il délaisse la forme plastique pour s’adonner à la littérature.
novembre 22nd, 2008 at 11:32
C’est pourtant assez simple à comprendre. La philosophie qui inspire ce texte est finalement assez lamentable. Elle est justification de la peur d’oser et complaisance morbide dans l’echec.
C’est un dégoût de tout ce qui relève de la présence charnelle. Il s’agit d’ un pathologique refus de la condition humaine laquelle pourtant relève tout autant du corps voire de l’animalité que de l’esprit. Il veut tuer l’animal pour mieux vivre l’esprit et résultat, il nest pas plus esprit qu’animal mais rien qu’une présence spectrale, un fantôme qui traverse un couloir sombre en se coupant des autres parce qu’il rêve à des choses impossibles . Le pire est qu’il reproche à César cet extrême au sein duquel, c’est lui au contraire qui se complaît. Il prétend se sauver par l’esprit sans passer par la matière, ce qui d’ailleurs est foncièrement anti chrétien puisque négation du dogme selon lequel l’esprit est racheté par l’incarnation.
novembre 23rd, 2008 at 12:04
étaient de bienmeilleure expression au niveau du signifié spirituel parce que sollicitant nos secrètes aspirations au mystère sans avoir pour autant la prétention de le cerner de façon dogmatique.
Même si je suis la première à être toujours rebutée par les idées exprimées sur ce site, grosses en effet de peurs et refoulements pour tout ce qui concerne le sensuel et le charnel et de complaisances masos pour l’auto flagellation (Une psychanalyse de l’auteur serait à cet égard fort passionnante, piquant d’ailleurs de voir de quelle façon il prend plaisir à se défigurer le visage ! ) il faut du moins reconnaître à ce blog , le mérite (En général plutôt rare pour la plupart des blogs) de susciter des réflexions qui nous emportent très loin.
novembre 24th, 2008 at 3:44
Le coucher de soleil et les “détails” accompagnant la prise de cette photo et que les lecteurs de ce blog n’ont effectivement pas besoin de connaître car Cristina et moi ne les connaissons que trop
n’avaient pour but que de rebondir sur le précédent propos.
Je regarde la photo de ce coucher de soleil et je me pose cette question, s’agit -il d’exprimer l’aspiration à une plénitude spirituelle ou ne fais-je que caresser mon imagination (Et autre chose par la même occasion?) en évoquant certains souvenirs de certains soirs?
Profonde ambiguité de l’image où l’on ne sait trop ce qui relève du profane ou du sacré.
novembre 26th, 2008 at 9:54
les théologiens orthodoxes avertissaient déjà de ce danger de prendre la matière comme prétexte à des élans spirituels alors qu’il ne s’agirait que d’inavouables idolâtries de cette même matière et ses effets sensibles sur le corps.
L’approche des sirupeuses et nauséeuses fêtes de Noël pourrait, dès lors, vous offrir suffisamment de productions artistiques pour satisfaire votre quête spirituelle.
novembre 27th, 2008 at 8:17
il me semble que tu avais déjà traité cette question
http://falcophil.info/blog/quod-ergo-deus-coniunxit/
et que je t’avais répondu.
http://falcophil.info/blog/quod-ergo-deus-coniunxit/#comment-759
Où commence l’idolâtrie où finit l’icône ? En admirant l’image du Christ tu chatouilles probablement tout autant tes sens qu’une autre personne admirant la baie de Rio en carte postale.! C’est toute l’ambiguité du christianisme et l’on comprend que les juifs et les musulmans la trouvent insupportable!
novembre 27th, 2008 at 6:21
Réponse tout à fait pertinente! Quelle part de plaisir sensible peut -on trouver dans le plaisir éprouvé à écouter une messe et quelle part d’aspiration spirituelle trouvera t’on dans un orgasme? Sans doute que chacun y joue un rôle, la sensuelle sûrement même plus que la spirituelle..
. La nature humaine est trop ambivalente pour affirmer que telle joie est absolument spirituelle et telle autre absolument charnelle. De là sans doute le strict rigorisme de certains comme les iconoclastes byzantins, Saint Bernard, Zwingli ou Calvin qui proscrivirent absolument l’art et les images parce qu’impies dans la mesure où ils se trouvaient inévitablement entachés de plaisir, concernant avant tout l’être matériel et détournaient l’homme de la contemplation intérieure, censée être sa vraie vocation..
novembre 28th, 2008 at 11:07
” Saint Bernard, Zwingli ou Calvin qui proscrivirent absolument l’art et les images parce qu’impies dans la mesure où ils se trouvaient inévitablement entachés de plaisir, concernant avant tout l’être matériel et détournaient l’homme de la contemplation intérieure, censée être sa vraie vocation.”
Concernant Saint Bernard, si vous pensez au fondateur de l’ordre cistercien, votre jugement appelle infiniment plus de nuances.
Pour Zwingli et Calvin, c’est certes vrai mais on ne peut leur donner entièrement tort.
novembre 29th, 2008 at 3:03
Si c’est ce que tu penses laisse alors tomber la photo et arrête une fois pour toute de t’interesser à l’art!