CLICHE
Je voudrais ici rebondir sur la dernière remarque d ‘ICHTHUS qui la fois précédente avançait que: « …. la peinture se voyant impuissante face à la concurrence livrée par la photo dans la reproduction du réel, l’art devait fatalement déchoir dans les outrances les plus

( L’un des premiers appareils photo, utilisé par Niepce vers 1825 )
extravagantes et les plus farfelues pour en arriver à l’auto-dérision des dadaistes et de leurs actuels avatars, désastreuse apothéose à laquelle devait contribuer les manigances de la CIA pour imposer le soi-disant art américain comme le seul authentique qui soit « .
Expliquer la prédominance des artistes américains par un complot de la CIA est trop ridicule pour être commenté. En revanche, cette idée qu’en raison de la concurrence apportée par la photographie, l’art se serait de plus en plus détaché du réalisme au profit d ‘un imaginaire ou d’une extravagance toujours davantage exacerbé, relève d’un poncif ayant la vie tellement dure que la chose mérite que l’on s’y arrête un peu car ce genre d’assertion superficielle constitue le type même de l’explication paresseuse faussant du tout au tout notre compréhension de l’homme contemporain.
Au XIXème siècle, la grande majorité des peintres aurait donc été ébranlée par l’invention de Nicéphore Niepce en 1820,

(Niepce, première photo de l’histoire, prise vers 1820)
commercialisée vers 1835 par le procédé du daguerréotype et perfectionnée à la même époque par l’anglais Henry Fox Talbot qui invente le négatif. Beaucoup de peintres , conscients de ce qu’ils ne pouvaient rivaliser avec la photographie sur le terrain du réalisme, se seraient alors engagés dans une surenchère d’outrances et de déformations plastiques dont l’extrême conséquence devait être l’implosion déclenchée par l’abstraction d’un Kandinsky ainsi que la mise à mort opérée par Marcel Duchamp qui dès 1914 avait définitivement abandonné la peinture pour le ready-made, préparant de la sorte l’ avènement de Dada.
Il convient certes de noter que vers la fin du XIXème siècle et le début du XXème, bien des photographes du mouvement « pictorialiste » , par un redoublement d’ingéniosités dans les manipulations chimiques, obtenaient des résultats tellement saisissants, imitant par exemple le fusain par la technique de la gomme bichromatée

(Robert Demachy vers 1896)
ou le pastel par le procédé de l’ autochrome

(Autochrome des frères Lumières 1908)
que plus d’un peintre pouvait en effet se sentir découragé par une invention capable de reproduire les résultats de son savoir-faire. Ce type de photographie ne faisait cependant que singer la peinture. Ainsi, exemple significatif, l’un des chefs de file du mouvement pictorialiste, Robert Demachy, frustré par la précision de l’image photographique ne permettant pas alors de reproduire vibration et vitesse, essayera t-il vainement par ses efforts en laboratoire de forger des photos

(Robert DEMACHY , vitesse 1904)
qui n’étaient que d ‘assez pauvres pastiches de ce que réalisaient déjà les pré-impressionnistes plus d’un demi siècle auparavant…

( Turner, « Pluie , vapeur, vitesse » )
On remarquera souvent d’ailleurs qu’une invention technique connaît une phase initiale par laquelle on croit nécessaire de l’utiliser pour proposer une mauvaise copie d’un genre traditionnel. Dans sa production générale, la photographie fut d’abord une mauvaise copie de peinture comme ultérieurement, l’aube du cinéma, une mauvaise copie de théâtre, tout comme peut-être aujourd’hui l’écriture sur le net une mauvaise copie d’écriture sur papier, jusqu’au moment où l’on découvre qu ‘une technique possède son langage et l’inspiration qui lui sont propres.
On aura donc peine à croire que des peintres de haute envergure comme Delacroix, Corot, Daumier, Manet ou Renoir aient pu se sentir menacés par une activité qu’ils devaient probablement percevoir comme une curiosité technique, voire comme un simulacre de création picturale . Rappelons d’ailleurs que la photographie fut d’abord pratiquée par des peintres sans talent

(Peinture de Daguerre)
Henry Fox Talbot, inventeur du calotype, ancêtre du négatif

(Henry Fox Talbot, calotype de 1850)
ne vit pas d’autres solutions que de recourir à la chambre noire pour pallier son incapacité de représenter correctement une perspective ce qui lui permettait ainsi d’échapper à l’insatisfaction de ne pouvoir dessiner les paysages d’Italie qu’il aimait tant. Un autre pionnier de la photo, Maxime Ducamp, grand ami de Flaubert, ironisait sur ces « barbouilleurs » qui laissaient tomber leurs pinceaux pour se consacrer aux sels d’argent et de l’ aveu même de Nadar, autre peintre manqué, la photo attirait alors tout ce que la peinture pouvait comporter de pseudo artistes dépourvus d’ inspiration.
Si un peintre de piètre envergure comme Paul Delaroche pouvait à la rigueur s’inquiéter de l’ émergence de la photo, il est difficile, en revanche, d’admettre qu’un Delacroix prisant déjà l’ « impression » contre la précision de l’approche réaliste se soit senti déstabilisé par une invention appréciée par des peintres médiocres reconvertis dans la chimie.

On ne voit pas très bien en effet pour quelle raison la photo aurait dû mettre en danger son art de faire chanter les couleurs et il y a donc tout à parier qu’un tel artiste aussi sûr de son oeil et de sa main possédait suffisamment la fierté et l’intelligence de son style pour qu’il pût considérer avec quelque condescendance cette reproduction d’images dénotant beaucoup plus les prouesses du l’esprit scientifique que l’inspiration du génie artistique.
Rappelons, d’autre part, que la photo fut longue à pouvoir s’imposer comme un art. Carjat eu beau tirer de Baudelaire l’une des plus belles réussites artistique du portrait photographique,

le poète n’en méprisait pas moins la photographie qu’il considérait comme tout juste bonne à satisfaire l’esprit positiviste de la médiocrité bourgeoise. Si la photo put encourager certains des artistes parmi les plus décisifs à se détacher toujours plus de la mimesis, ce n’est pas qu’elle leur faisait une rude concurrence mais plutôt qu’elle les dégoûtait de ce matérialisme scientiste et industriel dont elle était trop souvent porteuse. Gageons alors que les impressionniste dans les années 1870, les Gauguin, Van Gogh ou Cézanne dans la période suivante voire les cubistes peu après, ne devaient pas nourrir à l’égard de l’activité photographique un jugement sensiblement différent. Brassaï rapportera plus tard que le dédain dans lequel Picasso tenait la photographie avait souvent perturbé l’amitié liant les deux hommes. S’il pût y avoir initialement collaboration entre peinture et photographie, c’est que la première voyait tout au plus dans la seconde, une simple pourvoyeuse de documents.
Au regard des recherches d’un Monet soucieux de capter plus de vie, plus de sensations et plus de vibration

le hiératisme froid de l’image photographique

Edouard Baldus 1855
ne supportait nulle comparaison avec les surprenantes audaces qu’autorisait la palette de l’impressionniste
Même quand un grand pionnier de la photo tel Gustave le Gray était capable d ‘élever sa discipline au niveau d’un art
on comprend mal, là encore, en quoi il pouvait intimider un peintre soucieux avant tout de capter sur le motif les plus délicates subtilités de l’impermanence atmosphérique.

(Eugène Boudin)
On notera d’autre part, que ce n’est nullement la photo qui poussa Monet ou Renoir à s’orienter vers l’approche impressionniste mais plutôt Turner dont les audaces confinaient parfois presqu’à l’abstraction, alors même que la photographie n ‘en était qu’à ses premiers balbutiements.
Difficile ainsi de soutenir qu’ une reproduction de la réalité confinée au lourd et lent travail de laboratoire ou au mimétisme mécanique

(Docteur Gachet, photo anonyme)
pouvait décourager l’inspiration d’un Van Gogh qui tendait spontanément vers la fébrilité de l’instabilité vitale.

(Docteur Gachet par Van Gogh)
Au demeurant, dans les cas plutôt particuliers comme celui du mouvement surréaliste où la photo était appréciée pour ses possibilités d’expression artistique, on ne voit pas davantage que la peinture ait pu pâtir de la reconnaissance donnée à cette nouvelle discipline, ni Raoul Ubac, ni Man Ray ne découragèrent une certaine figuration réaliste que d’aucuns surent donner à l’onirisme pictural prisé par ce mouvement
Les peintres qui se sentirent désorientés par l’invention de la photo ne furent en fait que les médiocres, ceux qui n’ayant ni les capacités d’édifier un réalisme dépassant le simple mimétisme ni celles d’ orienter leur discipline vers des voies nouvelles, se contentaient de reproduire platement le réel pour satisfaire leur clientèle bourgeoise.
Certains ruinés en effet par l’invention de Niepce, se virent dès lors contraints pour survivre de se reconvertir au procédé photographique. D’autres, après n’avoir été que des peintres ratés, devinrent des photographes tout aussi ratés parce qu’ils eurent la stupidité de penser qu’afin que la photo fût artistique, il lui fallait nécessairement contrefaire l’art pictural, en épouser les inventions, en reprendre les trouvailles et les effets. Ainsi naquît cette détestable mode du pictorialisme, laborieuse reprise des flous d’Eugène Carrière ou des vapeurs de l’impressionnisme.
Ce ne furent donc pas les peintres qui vécurent un malaise mais bien au contraire ce type de photographes qui nourrirent un complexe d’infériorité à l’égard d’une peinture dont ils étaient à la remorque, jusqu’à ce que certains d’entre eux tel Alfred Stieglitz au début du XXème siècle, aient la lucidité de comprendre que la photographie ne serait artistique que si elle renonçait à reproduire les effets de la peinture pour réfléchir aux images inédites pouvant découler de sa pratique spécifique. Et de fait, si la photo devint un nouveau langage ce fut avant tout dans les domaines qui n’ intéressaient pas la peinture parce que traditionnellement jugés non artistique, tels que le terrain scientifique avec les étude sur la décomposition du mouvement menées par Muybridge ou Marey

Le domaine de la captation brute et instantanée du reportage journalistique avec Timothy O’Sullivan
Le domaine du document ethnologique et sociologique avec august Sander

Le domaine de l’image en tant que déchet retraité avec Raoul Haussman

Le pur travail mené sur la lumière au moyen de la technique spécifique du photogramme

(Man-Ray)
Voire la stricte captation formelle du seul et simple objet avec Edward Weston

Il ne s’agit pas de nier que la photographie n’eut aucun effet sur l’évolution de la peinture mais en accordant même qu’elle pût accélérer l’avènement du cubisme ou de l’abstraction, l’essentiel n’est pas là car elle ne fît qu’encourager des tendances qui bien avant son invention se trouvaient déjà à l’oeuvre. L’abstraction aurait probablement émergé tôt ou tard, avec ou sans la photo. Nous avons évoqué Delacroix, Turner, Corot, Monet, Van Gogh, ils sont tous dissemblables mais, ainsi que l’avait noté Wölfflin, un point les rassemble, ils sont issus de la dynamique baroque caractérisée par une primauté de la couleur sur le dessin, que devait ultérieurement prolonger le Romantisme qui vint y ajouter un certain attrait rousseauiste pour la pureté primitive et sauvage.
En fait, depuis fort longtemps reproduire le réalité le plus fidèlement possible, n’intéressait plus maints des meilleurs éléments de la création picturale. Le pré-expressionnisme d’un Goya élaboré bien avant l’invention de la photographie fut lui même précédé d’un demi siècle par la touche violente et nerveuse d’un Magnasco.

Dès le XVIème siècle, l’idée d’une réalité objective et universelle tendait à se dissiper, la montée de l’individualisme favorisant la seule interprétation personnelle aussi bien dans le domaine religieux avec le protestantisme que dans le domaine artistique avec la peinture vénitienne. Sous l’égide de Titien, du Tintoret, de Giorgione ou de Véronèse s’amorçait en effet la remise en cause de la solidité plastique des créations antérieures pour un espace plus chromatique et plus fluide où le sacré devenait prétexte au déploiement des caprices de la fantaisie, s’agissant moins de capter l’être que de se délecter au scintillement de l’or, au chatoiement des étoffes, à l’inconstance de la matière sous la variable lumineuse.
Ce fut dans ce contexte liquide que l’on inaugura cette prééminence de l’ homme non plus saisi dans son éternité mais capté dans les nuées du subjectivisme et le cadre mouvant des sensations,

(Fragonard)
mouvement qui passant par la sensualité du XVIIIème devait , à la fin du même siècle, aboutir au style pré-impressionniste d’ un Francesco Guardi

chez qui la forme relâchée déjà tendait vers le frémissement de la tache étincellante, le tremblement quelque peu fiévreux du contour annonçant les disloquations futures et prenant pour l’instant le pas sur le statisme et la précision d’un Canaletto, son prédécesseur immédiat.

Il suffit d’ailleurs de rappeler qu’un ouvrage paru au début du XXème

et qui présentait Delacroix, héritier de Rubens et des vénitiens comme le principal initiateur de la peinture moderne tant par le triomphe de la couleur que par l’exaltation de la lumière, eut un impact énorme sur des artistes aussi différents que les fauves, Matisse, Picasso, Braque, Delaunaye, Metzinger, Lhote, Kandinsky, les expressionnistes allemands et les futuristes italiens.
On ne voit pas du reste que la photographie ait dissuadé la pratique d’une excellente peinture réaliste, depuis la période bleue de Picasso, en passant par son « retour à l’ordre » des années 20, ainsi que par la nouvelle objectivité allemande, le muralisme latino américain voire le nouveau réalisme d’un Jacques Monory, d’un David Hockney

ou d’un Eric Fischl

(Eric Fischl)
Insistons sur ce point, ce n’est pas la photo qui pourra décourager un peintre d’ être réaliste mais c’est avant tout le manque de talent qui l’empêchera de pratiquer une peinture réaliste originale et convaincante. Jamais la photo n ‘entrava la démarche d’ un Edward Hopper et s’il ya peu de peintures modernes et réalistes aussi remarquables que le fameux « nigthhawks », c’est simplement que le coup de génie est chose toujours fort peu répandue.
L’ éclatement de la forme vers laquelle tendait une certaine évolution de la pratique artistique depuis la révolution plastique opérée par le Baroque, s ‘inscrivait en fait au sein d’un processus de dénégation du monde de l’essence, amorçé depuis le nominalisme médiéval, accentué par l’humanisme du cinquecento et triomphant par une révendication héraclitéenne des philosophies de l’existence, ce qui d’ailleurs allait de paire avec une exacerbation opposée des tendances à l’abstraction désincarnée. Le difficile équilibre antérieurement mis en place par l’aristotélisme thomiste étant rompu, devaient alors s’affirmer une antinomie croissante entre nature et liberté ainsi qu’une disjonction entre les dimensions sensibles et logiques de l’esprit où finissait par triompher, soit cet espace aseptisé, fruit d’une artificielle reconstruction mentale dont il fut déjà question, soit, à l’autre extrême, la seule valeur de mon choix subjectif déniant toute prétention à une nature qui ne serait pas reconstruite et remodelée au gré de l’absolutisme et de la « causa sui » de ma propre existence,

(Edvard Munch)
de sorte que le monde ramené dans un premier temps à une matière instable continuellement renouvelée par les contingences extérieures devait rapidement laisser place à mon seul choix autonome et légiférant.
Si les outrances et la dégradation de certaines pratiques contemporaines qui se disent « artistiques » sont certaines, elles sont par ailleurs révélatrices d’une dérive plus vaste et par ailleurs trop grave pour que l’on se contente d’explications aussi légères que ce cliché que nous venons d’évoquer car derrière des considérations que d’aucuns qualifieront encore d’esthétisme oiseux se trouvent impliqués l’idée que nous nous faisons de l’homme ainsi que le sens que nous entendons donner à nos vies.
.
49 commentaires to “CLICHE” »
Flux RSS des commentaires de cet article.





Galeries
Photoblog
Photobis
décembre 7th, 2010 at 4:04
Dommage que tu doives toujours déraper vers des considérations de philo plutôt absconses, sans quoi, je serais plutôt de ton avis, la thèse d’une peinture figurative déstabilisée à cause de l’invention de la photo ne tient pas. Il suffirait d’ajouter à tes développements l’exemple de Kurt Schwitters
qui pratiquait simultanément un art d’ « avant garde » et une peinture figurative néo-réaliste, allant de l’une à l’autre avec la même maestria.
on pourrait de même aujourd’hui trouver un autre exemple en la personne de Gérard Richter qui passe aisément de l’abstraction au figuratif et vice versa.
Sur un autre registre mais toujours sur le même sujet, je recommanderai la visite de l’actuelle expo William Klein
http://www.arte.tv/fr/Echappees-culturelles/hors-ecran/3516898.html
lequel combine la photo avec des coups de pinceau d’une nervosité abstraite et lyrique
La peinture et la photo furent jadis des soeurs rivales mais tout ça n’est désormais plus de mode, les deux soeurs devraient maintenant s’unir comme deux lesbiennes capables de faire le plus beau des enfants..
décembre 7th, 2010 at 4:48
Arrête un peu avec tes comparaisons grivoises, par ta faute, certains vont encore me reprocher d’être vulgaire
décembre 7th, 2010 at 5:02
depuis quand as tu le souci du qu’en dira t-on ?
décembre 7th, 2010 at 5:11
Je plaisantais
décembre 8th, 2010 at 1:14
Moi je trouve au contraire que la thèse se défend tout à fait. La peinture réaliste et figurative de Schwitters est franchement moins convaincante que ses compositions abstraites. Lui même n’accordait d’ailleurs qu’une importance relative à ses toiles figuratives, ce n’était à ses yeux qu’un simple intérêt de délassement, ce n’était sûrement pas là l’essentiel de son oeuvre. Et quant à Richter, autant ses compositions abstraites peuvent me parler., autant se peinture figurative n’est franchement qu’une mauvaise reproduction . de photographie. Je n’ai pas l’impression qu’une peinture puisse être mimétique sans régresser. Je me souviens d’une phrase de Francis Bacon dans une interview donné je crois à David Sylvester et disant (Je cite de mémoire) : « Avec les procédés mécaniques de reproduction de l’image, la peinture doit désormais s’enfoncer dans quelque chose de plus fondamental… »
décembre 8th, 2010 at 1:26
le tout étant de savoir ce que l’on entend par « fondamental ». La philo est sans doute quelque peu rebutante mais elle permet du moins de ne pas utiliser les mots n’importe comment.
décembre 14th, 2010 at 11:57
puisque nous en sommes aux citations de peintres, rappelons tout de même celle de Paul Delaroche qui en 1830 face à la déferlante de l’invention photographique, devait s’écrier: « Désormais la peinture est morte. » Vous minimisez beaucoup trop facilement cet impact traumatique de la photo sur les peintres d’alors. Vous dîtes que Paul Delaroche était un peintre de piètre envergure
sans préciser pourtant sur quels critères vous pouvez vous fonder pour vous permettre d’exposer des jugements aussi péremptoires et aussi méprisants sur un artiste qui alliait le métier le plus solide au coup de pinceau le plus sûr. Je pense d’ailleurs qu’il serait temps d’en finir avec ce conformisme persistant qui s’ obstine à dédaigner tout un pan de la créativité picturale du XIXème siècle. Cessons un peu de toujours porter aux nues l’impressionnisme dont Gauguin lui même disait qu’il ne s’agissait que d’une peinture pour femmelette, complètement dépourvue d’âm e. Non, il n’y a pas que les impressionnistes et leurs sensations légères et plutôt futile plaquées sur leur thématique gentillette du plus bel effet sur les couvercles des boites de petits fours. Il y avait parallèlement, des natures plus vigoureuses, plus viriles, puisant leur inspiration dans un solide contact avec la terre, le terroir, les hommes, leur labeur et leur souffrance au quotidien, autre chose que cet impressionnisme qui sous prétexte de réalisme se laissait aller au superficiel papillotement des chatouillements rétiniens.
A cet égard puisque vous voulez quitter le domaine de la pugnacité pour celui plus tortueux de la philosophie, je me permettrais de vous faire remarquer que sur ce plan,’ vos analyses me laissent un peu sceptique et c’est peu dire. Vous affirmez que l’évolution des comportements se caractériserait par une progressive perte de contact avec l ‘essence, le concept, l’idée, le platonisme, et tout cela au profit d’une victoire de la pure sensation charnelle sur les puissances d’abstraction. Moi il me semble qu ‘il s’est justement ^produit l’inverse et que cela constituerait bien l’une des tares principales du monde moderne. Vous parlez certes à juste titre de la perte de cet équilibre harmonieux entre esprit et matière, réalisé par la pensée catholique qui avait su récupérer le Stagirite en le complétant par l’Aquinate. Je pense que c’est bien depuis ce temps là , c’est à dire de la rupture de cette interpénétration par laquelle on tentait de maintenir un homme d’un seul tenant, reliant corps et âme, esprit et matière, que nous sommes devenus malade du concept, de la fantaisie mentale, de la reconstruction imaginaire, du travail excessif de la raison géométrique et mathématique ou pour le dire autrement, de la masturbation intellectuelle qui reconstruit le monde pour échafauder des assemblages de plus en plus artificiels, des artefacts désincarnés qui sont autant de dérapages d ‘un esprit coupé du concret et de la réalité véritablement tellurique et charnelle des femmes et des hommes. Ce que montre par exemple l’histoire de la monarchie française, jusqu’ à la veille de la Révolution, c’ est le processus par lequel un pouvoir ne cesse de se renforcer en bureaucratie , chose que ne fera qu ‘aggraver l’ étatisme jacobin pour aboutir à cet espace anonyme et impersonnel ne vivant que par le prurit réglementaire et la tumeur de la prolifération législative. Qu’est ce que l’Etat français ? Un artifice idéologique contre nature, et qu’est ce que son exact opposé ? Encore une reconstruction imaginaire, la spéculation financière, autre échafaudage mentale et jeux de l’esprit où l ‘on s’enferme dans autant de »bulles » qui éclatent et qui ravagent des milliers de vies d ‘un petit peuple qui n’y comprend rien de ce qui lui arrive parce qu’il ne fait que subir des cataclysmes non commandés par les lois de la nature mais par les artifices cérébraux des pseudo-élites qui les ont conçus. Et combien pourrions nous ainsi multiplier les exemples où la spontanéité naturelle issue des besoins et nécessités immédiate des hommes est remplacée par des idées, des abstractions juridiques de technocrates pour qui les humains ne sont que des chiffres et des statistiques analysées au sein des administrations centrales à mille lieux fdes réalités provinciales. Au sens concret du service, on substitue le plan abstrait de carrière, à l’homme d’expérience et de terrain, la bête à concours de l’Ena, à la réalité de la communauté du village, du bourg ou de la Province, l’entité abstraite de la nation coiffée par la réglementation aseptisée de la prétendue union européenne, à la réalité micro-économique du pays, les a priori doctrinaires, idéologiques et macro-économiques du FMI. Telle est la réalité ou plutôt, telle est l’irréalité de ce qui n’est qu’une déconnexion mentale séparée du réel sensible et sur lequel vous auriez dû insister davantage, étant donné que vous vous piquez de philosophie car la chose apporterait alors une explication beaucoup plus convaincante que celle du vitalisme baroque pour expliquer ce caractère précisément anti-vie de bien de ces caprices mentaux et de ces lubies intellectuelles propres à cette île de Laputa que l’on appelle » art contemporain ».
décembre 14th, 2010 at 12:12
Merci pour cette intervention, sûrement un peu plus consistante que votre remarque de la fois dernière.
Pourriez-vous néanmoins la compléter en m’envoyant quelques exemples de ces artistes du XIXème siècle que vous opposez à l’impressionnisme et que vous considérez comme des » natures plus vigoureuses, plus viriles, puisant leur inspiration dans un solide contact avec la terre… » ?
décembre 14th, 2010 at 5:55
(Léon Lhermitte)
(jules Bastien Lepage)
(Léon Lhermitte)
décembre 16th, 2010 at 5:18
Il est certes toujours intéressant de connaître les goûts artistiques d’un extrémiste de droite mais je ne pense pas que ton site se grandisse en publiant ce genre d’illustrations que certains auraient la prétention d’opposer à l’impressionnisme!
décembre 16th, 2010 at 5:59
Nous avons déjà discuté à plusieurs reprises de cet argument lassant et futile consistant à vouloir faire absolument se recouper opinions politiques et goûts artistiques.
http://falcophil.info/blog/libres-propos-dun-fasciste-sur-lart-degenere/
les goûts d’Ichthus n’engagent par ailleurs que lui et je pense que si quelqu’un fait ici preuve d’extrémisme ce serait plutôt toi qui m’invite à bannir de mon site un certain type de peinture au motif que cela ne correspond pas à ce que toi tu considères comme de la vraie peinture.
Je me borne simplement à constater qu’Ichthus prise un genre pictural qui se veut proche du petit peuple et de son dur labeur quotidien, ce qui n’était franchement pas le cas de l’impressionnisme.
décembre 16th, 2010 at 6:17
On a déjà eu un bel échantillon des opinions d’ Ichthus sur la démocratie, au point même que ça en frise la caricature !
http://falcophil.info/blog/sur-mon-tatamaran-par-cristina/#comment-3292
tu me permettras donc d’avoir quelques doutes sur son empathie à l’égard des souffrances du peuple et de son dur labeur quotidien ! Il s’agit bien de ce type d’individu, catho hypocrite, n’aimant le peuple que lorsque cela permet de se donner bonne conscience en faisant l’aumône au mendiant qui attend à la sortie de la Messe !
et quand toi même tu donnes la parole a un tel individu , je subodore non sans frémir une certaine complaisance qui me porte à cette question que je n’ai jamais pu vraiment éclaircir à propos de l’endroit de l’échiquier politique où tu te situes !
décembre 16th, 2010 at 6:38
Nulle part, je ne suis pas un pion que l’on déplace sur un échiquier…
décembre 17th, 2010 at 1:38
Sauf , hélas, dans ta vie professionnelle !
décembre 17th, 2010 at 5:48
et c’est pour cela que ma vie professionnelle reste la partie la moins essentielle de ma vie, je n’y suis qu’un rouage irréel parmi d’autres rouages tout aussi irréels et cela fait d’ailleurs suffisamment longtemps que je suis agent de l’Etat pour reconnaître qu ‘ICHTHUS n’a pas tout à fait tort quand il parle de lieu artificiel, aseptisé et coupé de la vie. Que l’Etat jacobin créé par la Révolution française mais aussi par la décadence de la Monarchie ne soit qu’une substitution mentale ayant détruit les réalités vitales, organiques, corporatistes et concrètes des sociétés traditionnelles, je l’avais déjà développé dans un précédent billet
http://falcophil.info/blog/extinction-des-feux/
auquel j’ai d’ailleurs renvoyé dans le présent article. C’est d’ailleurs tout l’ordre mondial qui vise au déracinement des hommes par leur insertion dans l’universalisme de la marchandisation planétaire sans aucun rapport avec les réalités vernaculaires et les héritages culturels propres à chaque groupe humain. La mondialisation financière avec les diktats de son volapuk mercantile constitue l’exemple typique de ce travail de pure reconstruction doctrinale par lequel les hommes se trouvent brutalement arrachés à leurs traditions séculaires lesquelles ne sont qu’un résultat naturel du travail normal de la lente sédimentation historique. Sur ce plan là, le libéralisme comme le socialisme ont la même ambition de déracinement par les re-créations de l’esprit, non insérées dans la nature concrète des choses et des êtres, parce que découlant d’à priori dogmatique, pour les uns c’est en effet la spéculation financière pour les autres la bureaucratie, pour les autres encore les mêmes saloperie sous cellophane que l’on ingurgite de Paris à Pékin et ce mouvement d’expatriation et d’exil hors des lieux concrets de vie et des communautés réelles culminent avec le virtuel où les internet et autres facebook s ‘évertuent à projeter sur le réel l’écran de notre cinéma mental et de notre imaginaire fantasmatique, complètement coupé de la réalité de ce qui est et qui n’en subsiste pas moins hors du mauvais film de notre pauvre petite subjectivité.
La chose au demeurant n’est pas contradictoire avec ce que j’ai écrit lorsque je parle d’une « disjonction entre les dimensions sensibles et logiques de l’esprit » ou encore lorsque j’évoque le fait de dénier toute prétention d’une nature qui ne serait pas reconstruite par les seuls choix autonomes de ma « volonté de puissance ». A quelles conséquence peut on aboutir lorsque ne subsiste plus aucun étalon objectif de valeur et que seul demeure comme absolu référence l’arrachement comme impératif d ‘une existence auto-créatrice de sa propre essence ? A la mort des archétypes humains et donc de toute possibilité d’émergence d’une véritable élite. Tout modèle qui veut hisser l’humain hors de lui-même tend à disparaître parce que seul désormais compte mon petit chatouillement personnel ainsi que le défoulement pulsionnel de ma misérable entité circonscrite, c’est notamment ce que j’avais tenté de dire dans ce billet
http://falcophil.info/blog/sur-le-rire-et-sur-le-reste/
dont le thème était à vrai dire moins le rire que la question de savoir s’il était encore possible de faire émerger un véritable type humain plutôt que ce machin-truc au service du ventre que l’on appelle « homo économicus » , tout juste bon à faire carrière pour assurer ses arrières afin de n’avoir pas à porter le regard loin devant et le tout, lié d’une part à l’incessant mouvement extérieur mais aussi et surtout, à l’agitation sans repos de l’esprit se traduisant par le travail infatigable de l’imaginaire et du mental qui construit, reconstruit, malaxe et finit par extérioriser sur le réel les résultats de sa cogitation schizophrénique et d’avoir la satisfaction de voir se concrétiser le produit ectoplasmique de ce moulin à gamberger qu’est désormais devenu notre esprit.
décembre 21st, 2010 at 4:55
J’ai moi aussi les cheveux qui se hérissent quand j’entends des propos hostiles à la Révolution française au nom de la réalité traditionnelle, provinciale, catholique, organique et corporative. Vous avez beau dire très cher Monsieur Falcone que vous n’êtes nulle part sur l’échiquier politique, moi je trouve au contraire que vos idées empestent à plein nez le Maréchal, le Duce et le salazarisme et que vous êtes finalement un personnage d’une désagréable ambiguïté. Je vous l’ai déjà dit, s’il y a ici un schizophrène, c’est bien vous qui vivez de plus en plus replié sur vous même à ruminer des idées malsaines d’une vénéneuse nostalgie.
Cela dit, il y a effectivement une part de vérité dans ce que soutient Ichthus (Mister Hyde ?) à propos de votre insuffisance d’interprétation consistant à vouloir tout ramener à un baroquisme de l’existence. Outre qu’il eut tout de même été bon de préciser à quoi vous faîtes exactement allusion en parlant de « certains excès! », vous semblez par ailleurs oublier que tout un pan de l’art moderne ainsi que de l’ art contemporain ne se caractérisent sûrement pas par la sensualité ou par les excès de l’imaginaire, soit que l’on y trouve un certain refus de dégradation du concept vers le rétinien, soit une contraction vers l’amont, je pense plus particulièrement à une certaine abstraction anti-lyrique se situant aux antipodes de la théâtralité baroque et qui viserait plutôt à une litote où la discipline picturale serait ramenée à l’ essence propre de son strict cadre ontologique.
décembre 21st, 2010 at 6:44
Vous feriez mieux de lire ce qui est écrit plutôt que de vous en tenir à vos affirmations à l’emporte pièce car ainsi que je le rappelle plus haut, jamais je n’ai prétendu tout ramener à un « baroquisme de l’existence » et puis,
ce serait plutôt à mon tour maintenant de vous demander de préciser ce que vous voulez dire en évoquant » une litote où la discipline picturale serait ramenée à l’ essence propre de son strict cadre ontologique. »
s’agirait-il des thèses de Clément Greenberg ?
décembre 22nd, 2010 at 4:12
entre autre
décembre 23rd, 2010 at 11:35
Mais encore ?
décembre 28th, 2010 at 5:48
Eh bien Cristina, dormez-vous chère amie ?
décembre 30th, 2010 at 4:27
Qu’il est difficile de bâtir une réflexion à partir de l’interactivité !
décembre 30th, 2010 at 6:35
Tu ferais mieux de t’inscrire sur facebook afin d’y ouvrir un blog où tu pourrais montrer des photos de ton beau corps nu et musclé, agrémenté d’images de tes dragouilles éventuelles. Tu recevrais certainement plus de visites et d’éloges qu’en dissertant sur les rapports entre l’existence et l’essence et leur incidence sur le monde contemporain et l’évolution de l’art.
décembre 30th, 2010 at 6:54
Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ. Toute la Gaule est occupée par les romains… Toute ? Non…. etc, etc,etc,
janvier 2nd, 2011 at 10:49
Pour essayer de répondre à la place de Cristina, je serais tentée de dire qu’à mon avis, elle voulait relancer positivement les propos négatifs d’Ichthus en notant qu’une certaine approche artistique moderne n’est pas du tout ancrée dans le devenir concret ou charnel ou encore, dans l’excitation sensorielle. C’est en particulier le cas de Marcel Duchamp dont toute la démarche, à partir du ready-made, fut de lutter contre la délectation naïvement rétinienne procurée par l’œuvre d’art, celle-ci devant avant tout et même uniquement être conçue comme un signe ténu de « Cosa mentale ». Toute la démarche conceptuelle ultérieure reprendra cette idée selon laquelle seule devrait primer l’activité de l’esprit qui, à la limite, peut fort bien se passer de la présence matérielle des œuvres, se déroulant sur le seul plan de la logique intrinsèque de ses reconstructions mentales. Mais à l’encontre d’Ichthus, il ne faudrait pas y voir le symptôme d’une déconnexion à l’égard du réel mais plutôt un réel auquel on redonne sa dignité par l’absence de pesanteur car dans cette optique, à l’épaisseur matérielle propre à un monde qui ne peut se dégager de la lourdeur du productivisme, on oppose la fragilité ainsi que l ‘apparente superficialité d’une légère trace comme manifestation par excellence de la force spirituelle.
janvier 3rd, 2011 at 6:16
Je serais quelque peu réservé sur ce que tu dis mais ce n’est effectivement pas sans rapport avec ce qui fut déjà exprimé dans un précédent billet
http://falcophil.info/blog/tour-divoire/
et plus particulièrement illustré par cette peinture…
janvier 6th, 2011 at 3:53
La référence à Duchamp appelle tout de même les remarques suivantes.
En premier lieu, la phase initiale de sa démarche constituerait une bonne illustration de la thèse voulant que la concurrence mimétique apportée par la photo a en mené plus d’un vers des aberrations plastiques. On sait qu’une élucubration visuelle comme le « nu descendant les escaliers »
était particulièrement inspiré des photos cinétiques de Muybridge évoquées plus haut et qu ‘il y avait donc un désir manifeste de surpasser la photo qui avait rendu possible l’étude scientifique du mouvement, chose que ne pouvait saisir qu’imparfaitement le réalisme pictural. Il s’agissait donc bien là d’une logique de surenchère où la recherche de l’effet le plus innovateur aboutissait fatalement au dérapage et à la divagation.
Ce qui d’ailleurs n’est absolument pas contradictoire avec certains points évoqués par le billet dont je veux bien admettre que je les ai jugés avec une sévérité trop hâtive.Les premières œuvres de Duchamp que l’on rattache à tort au mouvement cubiste sont en fait moins liées à une exigence de rigueur constructiviste qu’à un hommage baroque à l’énergie et au mouvement où l’on peut déceler une influence du futurisme italien. Dans cette optique , il ne saurait effectivement être question de pérennité de l’être ainsi que d’intuition d’une essence immuable puisque tout découle d’une continuelle instabilité, du « passage »d’un état à l’autre où la forme devient méconnaissable car toujours remodelée ou reconstruite par l’ énergie qui sous tend toute chose. Il n’est même plus de repère mathématique puisque le mètre étalon devient lui même chose tordue suivant les aléas du mouvement et de la chute
(Stoppage-étalon: 1914/15)
dépossédant l’esprit logique ou rationnel de toute maîtrise sur les choses ou de toute prétention à découvrir le moindre élément intangible dans l’incessant remodelage opéré par les tensions physique.
Cette conception faisant prévaloir la seule antériorité d’une existence qui sans cesse doit affirmer un principe qui n’en est pas vraiment un, en tant que réalité toujours instable, peut en toute logique aboutir à la condamnation du rétinien pictural, celui-ci voulant réduire à une superficielle délectation visuelle ce qui est foncièrement insaisissable puisque pure énergie dans une pure existence. La peinture finira par emmerder Duchamp car dans sa fixité elle trahie l’existence. Après l’une de ses dernières production, justement intitulée « tu m’en…., » il ne fait quasiment plus rien et se contente plutôt d’exister sans rien produire, ce qui peut parfaitement se comprendre si l’on admet que produire est encore limiter l’existence. Il résulte donc de ceci qu’ une conception du monde axée sur la pure existence aboutit soit à la fuite en avant toujours plus outrée, nulle essence n ‘étant là pour imposer une limite, autrement dit au chaos voire à la démesure laquelle n’est d’ailleurs qu’une forme de chaos, soit dans le cas de la seconde phase de la démarche duchampesque, à la stérilité puisqu’il n’est plus aucun principe, par définition non existentiel, qui pourrait orienter l’existence à se stabiliser dans une forme fixe et rigoureuse.
janvier 11th, 2011 at 12:29
Concernant Marcel Duchamp, l’énigmatique complexité du personnage doit rendre l’approche un peu plus poussée.
D’abord, il est inexact de dire qu’après « tu m’en…. », il ne fait plus rien.
D’une part, il joue aux échecs, devenant l’un des meilleurs joueurs de son temps. Ce qui veut dire que son faire ne s’incarne pas dans une fabrication d’objets mais se manifeste par un déplacement d’objets.
qui se réalise en fonction d’un travail mental voulant rester distant de la matière en ce qu’il ne souhaite ni s’imprégner d’elle ni l’imprégner de lui-même.
. Nous avons peut-être ici cette dissociation entre la dimension intellectuelle de l’esprit et sa dimension sensible que nous évoquions plus haut car il s’agit en l’occurrence d’une pure énergie intellectuelle en fonction de laquelle des pièces d’échecs sont déplacées, obéissant à des lois de combinaisons logico-stratégiques, tout comme des objets triviaux sont eux même déplacés, passant du supermarché au musée, obéissant ici à des interrogations plus philosophiques par lesquelles on se pose la question de la distinction entre art et non-art.
Notons qu’il découle implicitement du Ready made qu’il ne saurait y avoir de chose en soi. Pas plus qu’il n’y a d’œuvre d’art en soi, il ne saurait y avoir d’objet utilitaire en soi mais rien que changement de contexte ou d’atmosphère redéfinissant le statut de l’objet. Dans une salle de bain l’urinoir est utilitaire, il est œuvre d’art dans une salle d’exposition laquelle perdra son statut de musée si je m’avise de me soulager dans le même urinoir. L’essence d’une chose n’est qu’un résultat éphémère du mouvement qui la déplace ou qui vient la heurter.
ensuite, le grand verre pourrait fort bien illustrer l’impossible conjonction entre méandres intellectuelles et plaisir charnel,
tant au niveau de la pauvreté visuelle d’une œuvre dont la partie supérieure est comme une réduction distante et à minima des premières compositions de Duchamp qu’au niveau de sa structure même, le monde de l’imagination voluptueuse et sensuelle symbolisé par le nuage vaginal séparé du monde du pur logos avec ses moules « mâlics » paralysés dans leur contexte mécanique, condamnés à cette gamberge masturbatoire que représente la broyeuse de chocolat.
janvier 22nd, 2011 at 2:15
Pourtant quelque chose ne colle pas entre ton idée d’un discours qui ne peut plus reprendre contact avec la terre et ta comparaison avec le grand verre car si, suivant ton interprétation, le principe femelle est une métaphore de la terre, ( On ne voit pas pourquoi d’ailleurs car en vertu de quelle nécessité l’essence de la femme serait-elle terrestre ?) pourquoi cette terre a t-elle la forme d’un nuage et surtout, pourquoi flotte t-elle en l’air, dans la partie supérieure de la composition ?
janvier 24th, 2011 at 6:24
La femme est la terre parce qu’elle est avant tout sensibilité, c’est de la femme que vient la germination tout comme la graine se développe du coeur de la terre alors que la rationalité calculatrice, abtraite et coupée du vivant, viendrait davantage du principe mâle. Le monde de la science construit une mécanique déconnectée de la terre, on pourrait citer, à titre d’exemple,, l’univers de la physique (essentiellement composé d’hommes ) qui forge un univers peuplé de quarks, d’électrons et autres entité mathématiques immatérielles, séparé du principe femelle lequel peut renvoyer à la présence vivante, nourricière et régénératrice de la terre.
janvier 27th, 2011 at 11:53
D’accord mais pourquoi cette terre est-elle en l’air ?
janvier 28th, 2011 at 2:56
Probablement parce qu’elle est devenue inaccessible et que, de la sorte, elle symbolise l’impossible réconciliation. Intéressant d ‘observer que dans une certaine mesure, Duchamp en revient au rétinien à la fin de sa vie par sa dernière composition, « Etant donné », retour à l’ »origine du monde » laquelle se confond précisément avec la terre, mais une terre tellement lointaine qu’elle ne peut être perçue que par le voyeur (en principe impuissant) au travers d’un trou de serrure.
février 4th, 2011 at 3:01
il me semble justement que cette disjonction corps/esprit est bien surmontée chez Duchamp ainsi que plus généralement chez tous ceux qui pourraient plus ou moins reprendre la démarche du ready-made car en comprenant la manifestation de l’esprit dans son sens le plus aigüe comme intuition de l’unique arrachant à l’indifférence du répétitif, nous avons bien là un magistral exemple de dépassement des contraires, en l’occurrence art-ou non-art, cette manifestation sensible de l’unique,n’étant autre qu’une auto-référentialité soustraite à tout type de définition.
février 5th, 2011 at 2:15
Ce que je lis ci-dessus ne fait que confirmer ma thèse sur un monde qui décroche du réel pour se perdre dans les vapeurs d’abstractions absconses qui ne veulent rien dire.
Revenir au réel , c’est revenir au bon sens et revenir au bon sens c’est mettre tout simplement les choses au clair par cette remarque somme toute banale et dérisoire qu’un urinoir est toujours un urinoir quel que soit le décors où il est placé.
Que l’on prenne une poubelle sur le trottoir
Je ne vois pas en quoi elle devient une « auto-référentialité soustraite à tout type de définition » du simple fait de la placer dans une galerie d’art !!!!!
Je ne vois rien d’autre là qu’une poubelle qui a été changée de lieu, point final. Arrêtons donc un peu de délirer et de dériver dans l’espace comme un vaisseau spatial détraqué. Revenons plutôt atterrir sur la bonne vieille réalité du plancher des vaches !
février 6th, 2011 at 11:38
L’ennui est que votre réalité n’est pas très attirante. Vous confondez la terre avec le terre à terre, celui de l’esprit le plus obtus qui ne voit pas plus loin que son nez bouché d’un éternel gros rhum qui le fait toujours pleurer en lui embuant les yeux! L’urinoir est un urinoir, point final !. Plutôt lamentable !
Il est vrai que c’est là tout ce qu’on peut attendre venant de quelqu’un qui prétend voir dans l’art moderne un complot de la CIA !
février 15th, 2011 at 8:25
Quant à l’implication de la CIA dans l’art contemporain, je ne veux pas revenir là dessus, cela a déjà été longuement exposé dans cet excellent livre dont j’avais déjà , il y a un an recommandé la lecture
l’auteur y explique fort bien comment des institutions tel que le Moma n’ont été en fait que des paravents de la CIA, comment celle-ci intrigua pour promouvoir l’expressionnisme abstrait d’un pollock ou d’un De Kooning comme image du vitalisme de la culture américaine. je ne vois pas pourquoi vous devez d’un revers de main balayer cette thèse. Il est trop facile de juger qu’un chose est d’emblée ridicule pour se dispenser de la commenter, cela ne sied pas en tout cas à l’ esprit de rigueur et d’analyse dont M. Falcone avait déjà donné certain exemple dans un précédent article où il était me semble t-il beaucoup mieux inspiré et beaucoup plus pugnace
http://falcophil.info/blog/libres-propos-dun-fasciste-sur-lart-degenere/
et dans lequel il avait très bien expliqué la collusion entre les stars de la médiocrité artistique et le monde de la finance internationale. Sachant que la CIA est elle-même l’alliée de cette haute finance et qu’elle sert en premier lieu ses intérêts, je ne vois pas en quoi il serait absurde et malséant d’établir pour finir l’hypothèse d’une collusion entre l’art dégénéré , la CIA, et la grande finance anglo saxonne.
février 15th, 2011 at 2:42
Mais ta finance, ne serait-elle pas un peu « youpine » ? Car au fond les financiers qui sont-ils ? de grands requins tels que Rothschild, les Soros et autres Cohen, appuyés par les autres penseurs juifs de l’ultra-libéralisme que sont les friedrich Von Hayek, les Milton Friedman, ou les Jacques Attali, et n’ayons pas peur de dire que tout ce petit monde lui-même allié à la franc-maçonnerie mobilise tous ses efforts pour démolir l’ Europe, je parle de la véritable Europe, la vieille Europe aux valeurs catholique et non cette parodie qu’est l’Europe de Mastriicht, cheval de Troie de l’américanisme financier apatride et enjuivé soutenu par les Bernard Henry Levy et autres Alain Minc
Comme tu vois, ton discours on le connaît pas cœur, ça fait depuis les années 30 que les rats puants comme toi nous le bassinent, alors puisque ce cher Philippe est visiblement trop faible pour te le dire, moi je te le dis, dégage d’ici gros facho de merde, tu commences vraiment à nous casser les burnes !
février 15th, 2011 at 10:08
Je n’ai jamais parlé de « youpins » ou de francs-maçons, c’est vous qui employez ces termes. Une fois encore , dsiscuter avec vous autres est impossible sans que cela tourne aussitôt au proçès d’intention.
février 22nd, 2011 at 8:21
Comme dirait Thierry, Philippe discrédite tout simplement son site en autorisant son accès à un individu tel que vous.
février 23rd, 2011 at 6:41
Vous ne faîtes simplement que donner un aspect supplémentaire de votre esprit sectaire. Au risque de me répéter, je rappellerai que dès lors qu’ aucun propos raciste n’est proféré , je ne vois pas en quoi je discrédite mon site en autorisant son accès à quelqu’un qui préfère Léon Lhermitte à Claude Monet !
février 28th, 2011 at 8:15
T’es d’une terrible mauvaise foi. Tu sais mieux que moi que cracher sur Monet et défendre Meissonnier n’est pas anodin et que derrière des considérations de goûts et de couleurs se dissimulent des réalités bien plus inquiétantes. Il est tout simplement inadmissible que tu tolères des insultes à la démocratie, telles que celles-ci
http://falcophil.info/blog/sur-mon-tatamaran-par-cristina/#comment-3292
Surtout à l’heure où cette démocratie, bien des arabes risquent leur peau pour l’obtenir tandis que des nantis comme toi dissertent sur le beau et le bon, bien planqués dans le confort de leurs savates.
Ne t’étonnes donc pas si beaucoup ont déserté ton blog et ne veulent plus venir. Tu fricotes avec des gens et des idées peu recommandables et l’ambiguïté de ton attitude ne peut qu’entretenir le malaise.
mars 1st, 2011 at 8:30
D’abord, les propos que tu cites n’engagent que leur auteur, je ne suis pas censé les partager, ce n’est pas non plus ici l’endroit bien lisse, sans aspérités et bien ronronnant du politiquement correct où chacun doit faire entendre sa petite partition insipide au sein du grand orchestre de la banalité soporifique. Ensuite, il faut replacer ces propos dans un contexte qui me semble davantage être d’ordre esthétique que d’ordre politique. J’ai le sentiment qu’il s’agissait là de considérations portant essentiellement sur le grand style hautain et solitaire, opposé au kitsch clinquant qui hélas, ne plaît que trop à la foule, considérations d’inspiration nietszchéenne dont un exemple tiré de l’histoire politique présentait avant tout valeur de métaphore.
mars 2nd, 2011 at 1:54
sachant que Nietzsche haïssait la démocratie, c’est plus que de la métaphore et je serais assez d’accord avec Thierry pour dire que l’esthétique va ici de pair avec le politique
mars 2nd, 2011 at 8:28
La démocratie, vous ilustrez bien l’image qu’elle prend tous les jours, non pas l ‘approche subtile de la compléxité du réel mais l’étiquetage de l’adversaire que l’on refuse d’écouter et que l’on enferme dans la caricature du « beauf » ou du « facho ».
mars 2nd, 2011 at 10:57
Je ne pense pas que ton ami Ichthus soit bien placé pour se vanter de sa capacité d’écoute ainsi que d’une approche subtile de la compléxité des chose, c’était contre mon intervention qu’il opposait un schématisme rudimentaire entre beau et laid alors que je tentais justement d’expliquer que les choses n’étaient pas si simples.
mars 3rd, 2011 at 11:27
Ta remarque sur quoi? Sur Duchamp ? Il m’a semblé que le post d’ICHTHUS faisait intervenir le plus élémentaire bon sens, maintenant, si tu pouvais toi aussi expliciter un peu ta pensée, peut-être que nous pourrions repartir du bon pied. Que voulais-tu dire au juste en parlant du ready made comme » manifestation de l’esprit dans son sens le plus aigüe comme intuition de l’unique arrachant à l’indifférence du répétitif..auto-référentialité soustraite à tout type de définition. » ????
mars 6th, 2011 at 10:43
Je voulais dire que l’urinoir arraché à son essence d’rinoir qui est la standardisation devient par le geste magique de Duchamp son propre absolu dans la perte de toute essence qui le détermine comme urinoir
mars 6th, 2011 at 1:47
Autrement dit, l’urinoir comme image de mon Moi, legislateur unique sans autre référence que lui-même ? C’est ce que tu veux dire ?
mars 8th, 2011 at 7:55
En quelque sorte , oui
mars 8th, 2011 at 9:30
Alors, tu me permettras ma réserve. D’abord, il est faux d’affirmer que l’urinoir échappe à toute essence puisque lui est imposée une nécessité qui est celle de devenir une objet de musée par « le geste magique ». Il subit donc un déterminisme, fût-ce le déterminisme d’un choix arbitraire, à supposer même que ce choix soit arbitraire. Ensuite, l’urinoir n’a rien d’unique, fût-il arraché par un artiste à sa banalité utilitaire, il reste un objet standardisé parmi d’autres, simplement situé dans un autre cadre. Ce n’est qu’un diktat mental qui tente de m’imposer cet urinoir comme unique. La laitière de Vermeer est unique car elle ne ressemblait à rien de ce qui était conçu à l’époque où le peintre la forgea. Certes, l’acte par lequel on a changé l’urinoir de contexte est sans doute unique et c’est pour cela que l’on peut très bien se passer de l’objet en tant que tel (qui d’ailleurs n’est lui même qu’une reproduction l’ « original » ayant été détruit ))pour ne retenir que le souvenir de l’acte. Je ne vois donc pas en conséquence comment est ici surmontée la disjonction corps/esprit.Je constate simplement que l’acte ne présente qu’un très faible impact sur le matériau, il n’est que manifestation d’un esprit qui reste distant du monde et qui refuse de s’y incarner, en affirmant qu’il suffit de désigner du doigt tel un tel objet afin qu’il devienne unique.
J’attends autre chose d’une démarche qui voulant magnifier et le corporel et l’esprit donne sa vraie grandeur à l’esprit en le faisant s’incarner dans le corps ainsi que toute sa beauté au corporel en le vivifiant par l’esprit. L’esprit est certes en quête de l’unique mais son imperfection ne peut le porter à cette quête hors d’un véritable tissus d ‘étroites relations avec le sensible.