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	<title>*******SOLUS SOLI******* &#187; Photographie contemporaine</title>
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	<description>Philippe Falcone&#039;s blog</description>
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		<title>MONT TESTACCIO.</title>
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		<comments>http://falcophil.info/blog/tour-divoire/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 19 May 2009 09:40:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Art baroque]]></category>
		<category><![CDATA[Art chinois]]></category>
		<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Philosophie esthétique]]></category>
		<category><![CDATA[Photographie contemporaine]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie]]></category>
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		<category><![CDATA[muique]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8220;Restez donc dans vos nuages à l&#8217;écart des réalités , pauvre petit poète&#8230;. Pour que vous fassiez preuve d&#8217;une telle manque de réalisme votre gîte doit probablement être bien boueux!&#8230;.&#8221;
C&#8217;est ainsi que la conversation précédente se terminait par cette remarque de compère Ichthus, psychanalyste en herbe. Je vivrais donc dans les nuages à force de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&#8220;Restez donc dans vos nuages à l&#8217;écart des réalités , pauvre petit poète&#8230;. Pour que vous fassiez preuve d&#8217;une telle manque de réalisme votre gîte doit probablement être bien boueux!&#8230;.&#8221;</p>
<p>C&#8217;est ainsi que la conversation précédente se terminait par cette remarque de compère Ichthus, psychanalyste en herbe. Je vivrais donc dans les nuages à force de loger dans une bauge.</p>
<p>Il ya certes à cela une bonne part de vérité.<br />
Concernant d&#8217;abord la question de la bauge, je commencerai en relatant la suivante anecdote.</p>
<p>Une personne sur le point de partir pour Rome demande s&#8217;il est vrai que l&#8217;on peut jouir d&#8217;une magnifique vue de la ville, de la place Navone, juché sur le bord de la fontaine des quatre fleuves.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1660" title="fontaine-bernin" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/fontaine-bernin.jpg" alt="" width="380" height="273" /></p>
<p>Eberlué, je demande qui a bien pu lui raconter cette sottise car c&#8217;est comme si l&#8217;on prétendait avoir une belle vue de Paris , en se perchant sur le bord de la fontaine de la place Saint Michel.<br />
La personne me répond qu&#8217;elle l&#8217;a lu dans&#8230;.</p>
<p><span id="more-1641"></span></p>
<p>&#8230;.ce roman :</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1649" title="brown" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/brown.jpg" alt="" width="400" height="674" /></p>
<p>Quelques instants je reste sceptique tant j&#8217;ai du mal à croire que l&#8217;on puisse écrire un livre ayant pour cadre des lieux dont on ne prend même pas soin de vérifier la topographie. Voyant mon air incrédule , mon interlocuteur se dit prêt à m&#8217;apporter le livre mais je l&#8217;arrête aussitôt. En fait, je le crois sans peine, ayant lu le &#8220;da Vinci code&#8221;, je ne connais que trop l&#8217;amas de bêtises et d&#8217; erreurs que peut comporter ce genre de littérature.</p>
<p>Je suis à vrai dire effrayé par ce pouvoir sans précédent de la confrérie de l&#8217; insignifiance et de l&#8217;insanité. Tandis que le vrai talent se sert de moyens légers pour un message fort, la médiocrité pallie la faiblesse du message par des moyens lourds.</p>
<p>L&#8217;image est effectivement d&#8217;autant plus artistique qu&#8217;elle parle d&#8217;une voix basse qui nous élève</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1665" title="img961" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img961.jpg" alt="" width="600" height="637" /></p>
<p>tandis qu&#8217;elle dégénère en propagande lorsqu&#8217;elle parle d&#8217;une voix haute qui nous abaisse</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1684" title="unclesam" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/unclesam.jpg" alt="" width="554" height="610" /></p>
<p>C&#8217;est ainsi qu&#8217;une pauvre chose comme le da Vinci code bénéficiera de toute la brutalité de la propagande publicitaire et de la machinerie hollywoodienne, enrôlant le fracas de 1000 tonnes au service de son inconsistance, le véritable génie littéraire, quant à lui, ne s&#8217;appuyant que sur la seule force d&#8217;une plume, d&#8217;impact immédiat inévitablement limité dans un monde où l&#8217;on sacrifie au Dieu du commerce ou de l&#8217;évènement, ce qui est synonyme.<br />
Quelques lignes suffisent à Borges pour dire beaucoup, alors que des centaines de pages semblent ne pas suffire à Brown pour ne rien dire.</p>
<p>Convenons d&#8217;abord que saisir les choses délicates requiert la fatigue de nous hisser sur la pointe de l&#8217;esprit alors que se montrer sensible aux choses pesantes comme le tapage médiatique ne demande aucun effort de sorte que la différence entre délicatesse et pesanteur recoupera ce qui sépare la propreté de la saleté. Laver son corps ainsi que son logis demande en effet un effort toujours renouvelé tandis que la paresse constitue la meilleure pente vers la crasse et l&#8217;auge à cochon. Nous en arrivons ainsi à la question de la bauge car de tout cela nous en déduirons sans peine que par la Grand-Messe autour de Dan Brown, de Tom Hanks ou du journal de 20 heures faisant la publicité des deux premiers, l&#8217;homogénéité du groupe se soude autour de la porcherie et c &#8216;est alors que nous allons peut-être enfin trouver ce que nous cherchions la fois dernière, cet infini au sein duquel on pourrait réconcilier les humains.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1653" title="porch" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/porch.jpg" alt="" width="551" height="642" /></p>
<p>Nous aurions donc ici le possible Messie des temps modernes, tant par le virus qui pourrait tuer le corps que par le microbe qui peut anéantir l&#8217;esprit.</p>
<p>Quoiqu&#8217;il en soit, il eut tout de même fallu suggérer à Dan Brown d&#8217;autres endroits que la fontaine du Bernin pour avoir une belle vue sur Rome. Par exemple le Mont Testaccio, ancienne décharge où les romains venaient jeter leurs amphores cassées. L&#8217;accumulation des déchets devait finir par former une colline de 30 mètres de hauteur. On raconte que Nicolas Poussin montait souvent sur son sommet pour dessiner des vues de Rome.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1655" title="poussin-dessin" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/poussin-dessin.jpg" alt="" width="655" height="440" /></p>
<p>La parabole est savoureuse. Un artiste montant sur un amas d&#8217;ordure pour créer. Amas de détritus produits par ses semblables, dont il s&#8217;asseoit sur le faîte, son regard portant d&#8217;autant plus loin que serait élevée la décharge qu&#8217; aurait bâti son détachement.</p>
<p>Inutile donc d&#8217;en dire plus sur Dan Brown ainsi que sur le dernier probable navet tiré de ses inepties. J&#8217;en fais aussitôt une amphore cassée, jetée parmi tant d&#8217;autres sur mon propre Mont Testaccio. En ce sens , tout ce qui fait &#8220;évènement&#8221; et passe donc au journal de 20, heures m&#8217;apporte autant de matériaux pour alimenter ma décharge, Il n&#8217;y a pas d&#8217;émotion sans évènement et pas d&#8217;évènement sans émotion de sorte que les deux relèvent du déchet que doit fouler du pied quiconque aspire à quelques cîmes. Pendant que l&#8217;on discute ou s&#8217;affole au sujet de n&#8217;importe quoi, éventuelle pandémie, crise financière, exposition Truc ou dernier film de Machin, je rêve à l&#8217;homme juché sur une montagne de vases brisés au travers de l&#8217; artiste obsédé par des travaux n&#8217;ayant rien à voir avec les goûts et préoccupations du jour. Nous en arrivons alors au deuxième point de la remarque d&#8217;Ichthus, mon désir de rester dans les nuages.</p>
<p>Dans le Gai Savoir, Nietzsche recommande de vivre &#8220;ignorant de ce qui paraît le plus important à ton époque&#8221; et de mettre &#8220;l&#8217;épaisseur d&#8217;au moins trois siècles entre elle et toi&#8221;</p>
<p>Trois siècles ?</p>
<p>C&#8217;est encore trop peu ; entre mon époque et moi c&#8217;est au moins mille ans que je voudrais placer.</p>
<p>Il m&#8217;arrive souvent de forger tel esprit ayant vécu il y a fort longtemps</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1647" title="img958-copy" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img958-copy.jpg" alt="" width="580" height="706" /></p>
<p>tellement hors de son temps qu&#8217;il pouvait s&#8217;arracher aux formes contemporaines pour se les représenter ainsi :</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1648" title="img959" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img959.jpg" alt="" width="580" height="787" /></p>
<p>Si, selon cette juste remarque de Diderot, un monument devient plus intéressant quand il est ruiné, c&#8217;est que la ruine en tant qu&#8217;oeuvre d&#8217;un polissage érodant est expression d&#8217;une quintescence analogue à ce qu&#8217;opère en nous la nostalgie née du souvenir.</p>
<p>Il n&#8217;est pas de meilleure poésie que le souvenir, chacun est le poète de sa vie, au moyen de la décantation qu&#8217;opère la mémoire. A l&#8217; immédiateté de l&#8217;évènement faisant appel à l&#8217;émotion s&#8217;oppose le lointain du souvenir qui réduit l&#8217;évènement au flottement d&#8217;un duvet parce qu&#8217;il efface notre superficielle subsjectivité qui s&#8217;y rattache. L&#8217;art est alors moyen d&#8217;accélérer le processus mnémonique par lequel on extraie un peu du noyau invisible de sa gangue de matière et d&#8217;instabilité passionnelle.</p>
<p>D&#8217;une scène présente, Atget tire aussitôt un souvenir de plusieurs siècles.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1113" title="img788" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/08/img788.jpg" alt="" width="660" height="522" /></p>
<p>Et d&#8217;un souvenir de plusieurs siècles, je m&#8217;efforce quant à moi d&#8217;ajouter d&#8217;autres siècles</p>
<p><a  href="http://falcophil.info/ifotos/?dir=Cataclysmes&#038;pic=Errance2">http://falcophil.info/ifotos/?dir=Cataclysmes&amp;pic=Errance2</a></p>
<p>pour atteindre l&#8217; impassibilité du glacier, du désert et de la lune.</p>
<p>Serais-je donc à ce point dénué d&#8217; humanité?</p>
<p>Je répondrai sans hésiter que oui.</p>
<p>Dans les moments où je tente de créer , je suis une véritable montagne d&#8217;indifférence,</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1698" title="ret" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/06/ret.jpg" alt="" width="470" height="313" /></p>
<p>tout ce qui vit m&#8217; importune</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/06/jabaral2a.jpg" alt="" title="jabaral2a" width="470" height="739" class="alignnone size-full wp-image-1716" /></a></p>
<p>Crise, guerre ou pandémie, peu m&#8217;en chaut de tout ce qui peut arriver,</p>
<p>tenter d&#8217; être artiste, c&#8217;est avant tout aspirer à ne plus se sentir concerné par ce qui intéresse les humains</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1709" title="jabaralan" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/06/jabaralan.jpg" alt="" width="470" height="719" /></p>
<p>parce que l&#8217;on est uniquement préoccupé de ce qui pourrait les racheter.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1700" title="jaba-6" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/06/jaba-6.jpg" alt="" width="470" height="273" /></p>
<p>Je songe à ce philosophe de l&#8217;ancienne Chine du nom de Lu Yu qui s&#8217;était retiré dans la montagne pour vivre en ermite. Il eut pour maître un certain Chang Li, autre sage de renom vivant lui aussi en reclus pour s&#8217;abîmer dans le vol d&#8217;une mouche, ainsi que Wang Pei qui à l&#8217;age de 20 ans abandonna une prometteuse carrière de fonctionnaire pour passer le restant de sa vie à regarder un petit caillou posé sur le bord d&#8217; un ruisseau.<br />
A l&#8217;instar de ses maîtres, Lu Yu ne proférait ni parole contre le monde et les hommes , ni jugement sur les évènements et l&#8217;histoire. En fait, il ne parlait pas. Sa seule occupation consistait à boire du thé, là était toute l&#8217;essence de son enseignement, le thé. On lui rendait visite uniquement pour le regarder boire son thé et l&#8217;on repartait, quelque temps soulagé de sa peine, car l&#8217;on devinait à cette manière si unique et si apaisante avec laquelle Lu Yu préparait son thé, le servait puis le buvait en silence, qu&#8217;il avait érigé cette pauvre activité au rang d&#8217;une sagesse et d&#8217;un art.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1677" title="img9641" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img9641.jpg" alt="" width="630" height="637" /></p>
<p>J&#8217;ai en bonne partie forgé cette histoire mais elle rend très bien compte de ce dont j&#8217;entends parler. Il ne s&#8217;agit pas d&#8217;être &#8220;obsédé&#8221; au sens d&#8217;être mis hors du monde par une idée fixe vous enchaînant à quelques fragments retranchés mais de cette transubstantiation en vertu de laquelle la chose la plus humble, mouche, thé ou caillou, devient comme un soleil irradiant le rythme et l&#8217;équilibre fondamental d&#8217;une densité qui satellise les idées, les faits et les gestes et vous place alors de plein pied dans une sorte de terre commune.</p>
<p>Voltaire écrivant son poème sur le désastre de Lisbonne, s&#8217;exclame, se lamente et s&#8217;indigne sur la mort de milliers d&#8217;innocents. Ce faisant, il est certes humain mais il n&#8217;est pas poète car Voltaire a beau être humain, il n&#8217;en demeure pas moins que son poème est un très mauvais poème pour ne pas dire un poème franchement raté. Une véritable réussite artistique eut sans doute exigé moins de mouvements d&#8217;indignations et plus de froideur détachée. Nous l&#8217;avions déjà quelque peu évoqué lors d&#8217;un précédent billet</p>
<p><a  href="http://falcophil.info/blog/aaaaa/">http://falcophil.info/blog/aaaaa/<br />
</a></p>
<p>adhérer à l&#8217;événement est la meilleure façon pour rater un travail artistique. L&#8217;art est recherche patiente et tâtonnante, quête de longue haleine qui nécessite recul et distance et ne peut donc que trouver moins de terreau fertile à son éclosion face à ces continuelles sollicitations du monde moderne et de ses médias, toute chose, aujourd&#8217;hui amplifiée par internet, exigeant d&#8217;être immédiatement &#8220;informé&#8221; et de réagir aussitôt à n&#8217;importe quoi.</p>
<p>Mais le poète ne réagit pas, il rumine et son inhumanité est celle de l&#8217; immobile balancement d&#8217;une vache regardant passer l&#8217;humanité prétendue d&#8217;un train qui file, tandis que de sa rumination sortira peut-être un éclat de cet arcane similaire au silence inscrit au coeur du minéral où la pauvre vapeur de ma vie sent qu&#8217;elle peut déceler quelques indices de ses racines.</p>
<p>Le travail artistique présenterait en effet quelque chose de ce &#8220;mystère infiniment plus grave et plus vaste et plus lent que le destin de notre espèce passagère &#8221; évoqué par Roger Caillois dans ses &#8220;Pierres&#8221;. Si nous avons souvent l&#8217;impression que la ruine rejoint le minéral, c&#8217;est que la mystérieuse destinée qui la déforme et l&#8217;in forme semble l&#8217;orienter vers ce même undgrund, sorte d&#8217;échos muet du fond des âges se trouvant comme scellé par l&#8217; enrobé gourd de la plus humble caillasse et qui affleure dans ce travail du poète que Baudelaire qualifiait de &#8220;rêve de pierre&#8221;.</p>
<p><img id="image332" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/05/img426.jpg" alt="img426.jpg" width="370" height="500" /></p>
<p>Kafka comparait son état d&#8217;écrivain à celui d&#8217;une &#8220;statue qui regarde au loin et reste accrochée à son socle&#8221; et retrouvait, quelque temps plus tard avec plaisir, une remarque voisine dans la correspondance de Flaubert parlant de son roman comme d&#8217;un rocher.</p>
<p>Feuilletant le journal de Kafka, je suis en effet émerveillé de constater que le 2 aout 1914, il écrit:</p>
<p>&#8220;L&#8217; Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. L&#8217;après-midi, piscine&#8221;.</p>
<p>Il n&#8217;a rien de plus à dire en ce jour où change le cours de l&#8217;histoire. Le monde bascule mais Franz se rend à la piscine ! Aussi étranger que Meurseault allant voir un film comique le jour où l&#8217;on enterre sa mère !</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1662" title="franz-kafka-v" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/franz-kafka-v.jpg" alt="" width="319" height="410" /></p>
<p>La guerre ne viendra pas infléchir ce ton global d&#8217; indifférence à l&#8217;histoire qu&#8217;il donne à son journal depuis 1910, année où il l&#8217;a commencé. Pendant toute la période du premier conflit mondial, alors qu&#8217;autour de lui s&#8217; effondre un empire, il ne formulera que quelques rares remarques sur les évènements militaires, perdues au milieu des fables , des paraboles et relations de rêves, d&#8217;états intérieurs ou d&#8217;évènements anodins. Un cheval tombé dans la rue lui semble plus important qu&#8217;une armée vaincue, le chapeau d&#8217;un passant lui donne plus à penser que la disparition d&#8217;un monde. Le journal s&#8217;interrompt en 1917 pour reprendre en 1919, pas un mot durant l&#8217;année 1918 où est pourtant proclamée l&#8217;indépendance de la Tchécoslovaquie. Je ne peux m&#8217;empêcher de mettre cela en rapport avec Louis XVI écrivant &#8220;Rien&#8221; dans son journal, au soir du 14 juillet 1789. L&#8217;historien rectifiera en rappelant qu&#8217;il ne s&#8217;agissait que d&#8217;un carnet de chasse où était notée la prise du gibier mais il me plait tout de même d&#8217;inventer un Louis XVI doté d&#8217;une âme d&#8217;esthète lorsqu&#8217;il plaquait le mot &#8220;Rien&#8221; sur le 14 juillet.</p>
<p>L &#8216;homme moderne obsédé par l&#8217;information sera peu réceptif à ce genre de remarque. Le monde contemporain est, entre autre annoncé par Hegel qui veut remplacer la prière du matin par la lecture du journal. Nous l&#8217;avons dit, le journal de 20 heures pourrait désormais assurer la communion du groupe autour de l&#8217;évènement contingent, parodie de la messe qui veut assurer l&#8217;union des croyants autour de l&#8217; évènement sacré.</p>
<p>Pourtant l&#8217;évènement politique répugne foncièrement à l&#8217;artiste. Verra-t&#8217;on un Michel-Ange condescendre au bas étage de la circonstance historique? Sauf quand il peint sur commande les faits d&#8217;arme du prince ou du roi, la spontaneité de l&#8217;artiste le porte davantage sur l&#8217;intemporel, s&#8217;il est italien ou, s&#8217;il est flamand,</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1624" title="epoux-arnolfini" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/epoux-arnolfini.jpg" alt="" width="590" height="809" /><br />
(Van Eyck : les époux Arnolfini)</p>
<p>vers l&#8217; insignifiance du détail, le terre à terre du quotidien, la mesquinerie de l&#8217;usuel,</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1683" title="vaneyxmin" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/vaneyxmin.jpg" alt="" width="645" height="417" /></p>
<p>la futilité de l&#8217;ustensile et le dérisoire du bibelot. C&#8217;est alors un regard de myope qui porte à voir le plus loin possible, l&#8217;essentiel est atteint par l&#8217; inessentiel du décors, le plus important vous regarde au sein du miroir de votre vanité</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1685" title="img967" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img967.jpg" alt="" width="645" height="801" /></p>
<p>et le presque rien est une reflet du tout comme la flaque d&#8217;eau peut comprendre une partie du ciel, chose impossible pour tout un océan.</p>
<p>Le hollandais nous fascine quant à lui par son art de tirer l&#8217;anecdote vers l&#8217;anti-anecdotique et d&#8217;imprimer l&#8217;universel sur le vernaculaire. Vermeer regarde son époque pour mieux regarder ailleurs.<br />
Il n&#8217;en demeure pas moins que demander à l&#8217;artiste d&#8217;être fidèle témoin de son temps c&#8217;est exiger de lui qu&#8217;il prostitue son art pour satisfaire la curiosité historique des générations futures.</p>
<p>Curiosité fort légitime , la question n&#8217;est pas là, mais si nous voulons des détails sur la vie parisienne au XIX ème , adressons nous à la nullité artistique de certaines toiles de Jean Béraud, nous serons comblés par l&#8217;inventaire méticuleux d&#8217;un oeil d&#8217;ethnologue</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1679" title="jeanberaud" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/jeanberaud.jpg" alt="" width="500" height="346" /></p>
<p>mais nous le serons tout de même beaucoup moins avec Renoir</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1680" title="canotiers" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/canotiers.jpg" alt="" width="600" height="476" /></p>
<p>Et plus du tout avec Monet</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1681" title="monet" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/monet.gif" alt="" width="600" height="416" /></p>
<p>Preuve qu&#8217;à mesure que l&#8217;on se rapproche du génie artistique, on assiste au spectacle de l&#8217;homme qui entame son temps, l&#8217;évapore en fumée lumineuse, le dévêt de son adventice ou le casse en autant de débris d&#8217;accessoires, nécessaire pour construire sa colline, dans la subtile alchimie de son art.</p>
<p>Certes, il est des exceptions mais elles confirment la règle</p>
<p>La guerre de 30 ans eut pour témoin direct un Jacques Callot qui nous en narre le déroulement tragique par des gravures de toute beauté ,</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1546" title="jacques-callot" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/01/jacques-callot.jpg" alt="" width="639" height="292" /></p>
<p>En revanche un Georges de la Tour, lui aussi exact contemporain de l&#8217;évènement, de surcroît vivant en Lorraine et donc au coeur de la tourmente, préfère se désintéresser des malheurs du temps pour s&#8217;enfermer dans la pénombre de ses intérieurs.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1666" title="georgesdelatour" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/georgesdelatour.jpg" alt="" width="540" height="738" /></p>
<p>Mais que l&#8217;on juge alors qui de la Tour ou de Jacques Callot atteint au plus essentiel et qui, 4 siècles plus tard est encore capable de nous &#8220;parler&#8221; de chose qui nous touchent</p>
<p>A notre connaissance, le premier grand tableau du génie de l&#8217;art se voulant témoin de l&#8217;évènement contemporain, entendons par là, non plus l&#8217;évènement ayant pour centre le Prince ou le Roi mais l&#8217;homme ordinaire, fut &#8220;Très de Mayos&#8221; de Goya.</p>
<p><img id="image877" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/02/goya.jpg" alt="goya.jpg" width="630" height="488" /></p>
<p>On sait que Goya suivait de très près les événements politiques de l&#8217;Espagne. Révolté par l&#8217;oppression qu&#8217;imposaient les troupes de Napoléon, il peint alors ce tableau en 1814, à propos de faits sanguinaires survenus quelques jours plus tôt.</p>
<p>La même année, peut-être à la même époque, Gaspar David Friedrich peignit cette oeuvre.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1644" title="caspardavidfriedrich" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/caspardavidfriedrich.jpg" alt="" width="500" height="648" /></p>
<p>Posons nous une fois encore la question de savoir lequel de l&#8217;espagnol ou de l&#8217;allemand va le plus au fond des choses.</p>
<p>De même, en 1830 , année où Delacroix peindra son oeuvre la plus célèbre</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1668" title="delacroixliberte" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/delacroixliberte.jpg" alt="" width="630" height="510" /></p>
<p>, Friedrich, toujours lui, réalisera cette composition.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1669" title="friedrich" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/friedrich.jpg" alt="" width="630" height="470" /></p>
<p>Ce qu&#8217;il faut penser de cette ineptie de l&#8217;esprit universel montant un cheval, nous le demanderons à cette autre peinture chinoise de la fin de notre XIIIème siècle. L&#8217;auteur est anonyme mais je m&#8217; efforce de l&#8217;imaginer contemporain de cette période de troubles et de chaos où sombre la fin de la dynastie des Song sous les assauts des mongols. Là encore, l&#8217;historien aimerait des images témoignant de façon plus délectables que de médiocres illustrations</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1645" title="img956" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img956.jpg" alt="" width="630" height="436" /></p>
<p>Mais une fois de plus, les vrais artistes du temps avaient sans doute autre chose à faire . Donc, notre créateur anonyme enrôlé dans l&#8217;armée impériale participe aux combats contre les hordes de Gengis Khan.<br />
Ecoeuré , il déserte et s&#8217;en va au loin, ignorant tout de sa destination.</p>
<p>Sur un chemin de montagne il rencontre Chang Li, maître de Lu Yu dont il fut question plus haut.<br />
Il demande à Chang Li de lui indiquer quelques lointaine retraite.<br />
Chang Li absorbé dans le vol d&#8217;une mouche ne répond pas. Un disciple présent avise l&#8217;anonyme qu&#8217;il doit pisser sur le Maître pour obtenir une réponse.<br />
L&#8217;anonyme s&#8217;exécute mais l&#8217;urine glisse sur Chang Li comme sur les plumes d&#8217;un canard.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1694" title="img968" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img968.jpg" alt="" width="550" height="593" /></p>
<p>Sans perdre de vue le vol de la mouche, Chang Li soudain lève le bras et indique à l&#8217;anonyme une direction quelque part vers quelques pics.</p>
<p>L&#8217;anonyme se rend alors la-bas et n&#8217;en repartira plus. A l&#8217;écart de la malédiction de l&#8217;histoire, tenté par la philosophie, il préfère devenir un sage et renonçant aux phrases, il devient artiste.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1646" title="img957" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img957.jpg" alt="" width="630" height="632" /></p>
<p>S&#8217;il y a une imposture de l&#8217;histoire, elle résiderait dans cette parodie d&#8217;ontologie que l&#8217;idéalisme allemand a cru pouvoir imposer au travers d&#8217;un devenir auquel on ne saurait conférer valeur de synthèse entre un être et un néant puisqu&#8217;en son instable écoulement où toute chose périt, ce devenir ne peut guère se différencier du néant. Kafka, pour en revenir à son journal, écrit, quelques jours après l&#8217;entrée en guerre des empires centraux, qu&#8217; hors de sa vie intérieure , tout le reste n&#8217;est qu&#8217;accessoire. Différencier l&#8217;événementiel du non évènementiel reviendrait alors à séparer l&#8217;accessoire de l&#8217;essentiel. Qu&#8217;est-ce en ce cas que l&#8217;essentiel et que l&#8217;accessoire ?</p>
<p><a  href="http://falcophil.info/blog/photos-et-thanatos/">Une ébauche de réponse fut déjà tentée </a></p>
<p>L&#8217;importance de la question est certes à la mesure de la déception apportée par les mots mais c&#8217;est sans doute que les mots eux mêmes ne sont pas essentiels. On tentera de répondre alors par les images, par exemple en comparant deux types de réalisations photographiques</p>
<p>L&#8217;une, un triptyque, pris en en Ulster, en 1972, par Don Mac cullin</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1659" title="imgdonmaccullinirlande" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/imgdonmaccullinirlande.jpg" alt="" width="400" height="805" /></p>
<p>Et l&#8217;autre, la même année par André kertesz</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1657" title="kertezs-martinique" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/kertezs-martinique.jpg" alt="" width="530" height="410" /></p>
<p>Et de nouveau la question réitérée:laquelle des deux va au plus essentiel ?</p>
<p>N&#8217;importe quelle guerre est tragique mais la guerre concerne t&#8217; elle l&#8217;essentiel ? Les hommes se querellent parce ce qu&#8217;il sont incapables de comprendre l&#8217;essentiel. L&#8217;accessoire aussi difficile et dangereuse soit souvent son approche, reste pente et loi de pesanteur.</p>
<p>Notons toutefois qu&#8217;être au milieu des circonstances et en tirer quelque chose s&#8217;approchant d&#8217;une essence &#8220;divine&#8221;, reste la plus difficile des démarches en ce qu&#8217;elle nécessite une certaine dose d&#8217;indifférence à l&#8217;évènement qui vous tire pourtant à lui par tous vos sens. Il n&#8217;est pas sûr en effet que Robert Capa juché sur son tertre pour prendre sa photo la plus célèbre,</p>
<p><img id="image674" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/10/capa_espagne.jpg" alt="capa_espagne.jpg" width="500" height="375" /></p>
<p>fut réellement impliqué dans l&#8217;évènement. Toutes sortes d&#8217; impératifs de composition, d&#8217;éclairage et de cadrage devaient exiger mise à distance et retrait du conflit au sein duquel le photographe demeurait pourtant physiquement présent. &#8220;Si ta photo est mauvaise, c&#8217;est que tu ne t&#8217;es pas assez approché du danger&#8221; avait-il coutume de dire. Le plus extraordinaire aurait été qu&#8217;au coeur même d&#8217;un chaos où il pouvait mourir à chaque instant, Capa fut aussi retiré au coeur de lui même qu&#8217;un Georges de la Tour réfugié au plus loin vers la bougie de son intérieur nocturne. D&#8217;où cette conclusion que rien ne pourrait rien contre vous puisque même la chose qui peut vous tuer porte en elle comme un reflet de votre propre essence inaltérable.</p>
<p>Doit -on en ce cas atteindre la plus extrême indifférence qui ferait de moi un phénomène d&#8217;égoisme? On pourrait alors suggérer qu&#8217;être perturbé par l&#8217;évènement serait une façon de penser à notre personne, entendons, notre pauvre petit personnage de chaire et d&#8217;os, tant celui-ci se trouve affecté par le contexte.</p>
<p>Au moment où j&#8217;écris cela, quelques personnes m&#8221;expriment leur crainte d&#8217;une éventuelle pandémie de grippe.</p>
<p>Si je me dis en effet que le virus H1N1 peut me tuer, je tremble pour ma personne. Mais si je le regarde au microscope et m&#8217;extasie sur la beauté de son apparence que je trouve digne des plus belles peintures d&#8217;un Wols</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1642" title="h_4_ill_1187317_897c_virus" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/h_4_ill_1187317_897c_virus.jpg" alt="" width="385" height="484" /></p>
<p>je tremble déjà moins pour ma carcasse.</p>
<p>Je rêve à l&#8217;artiste (Me le dire s&#8217;il existe et il doit sûrement exister) continuant de créer en se servant des représentations du danger viral ou microbien dont il sait qu&#8217;il lui sera fatal. Un célèbre humoriste</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1661" title="desproges" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/desproges.jpg" alt="" width="500" height="510" /></p>
<p>avait dit-on le courage de plaisanter sur ce qui le tuait à petit feu, là s&#8217;instaure l&#8217;authentique volonté de puissance, quand la présence de la menace létale d&#8217;une force naturelle devient la matière même de mon rêve ou de mon rire.</p>
<p>Matière, cela s&#8217;entend, constituée de fragments brisés car quand de la peur j&#8217;extrais la beauté</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1688" title="poste" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/poste.jpg" alt="" width="645" height="395" /></p>
<p>je fais d&#8217;une potentialité mortelle, une amphore brisée</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1689" title="10" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/10.jpg" alt="" width="645" height="444" /></p>
<p>et avec d&#8217;autres tessons de vases, j&#8217;édifie peu à peu le mont du haut duquel</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1690" title="8" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/8.jpg" alt="" width="645" height="445" /></p>
<p>je verrai peut-être un petit pan de la ville éternelle.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1712" title="h1n1-32" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/06/h1n1-32.jpeg" alt="" width="660" height="439" /></p>
<p>et alors je ne tremblerai plus du tout pour ma vie, du moins l&#8217;espace de quelques instants car être pour de bon délivré de la peur, demanderait d &#8216;être pour toujours délivré du besoin de faire des phrases et des images.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>SAUTE D&#8217;HUMEUR</title>
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		<pubDate>Thu, 08 Nov 2007 10:40:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Art contemporain]]></category>
		<category><![CDATA[Art moderne]]></category>
		<category><![CDATA[Photographie contemporaine]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8220;le fait que vous ne compreniez rien à une grande artiste comme Sophie calle ainsi qu’à maints autres aspects de l’Art contemporain doit à mon sens être mis en relation avec le fait que vous n’avez pas davantage compris l’art de Caravage &#8221;
Le billet précédent s&#8217;est donc terminé sur cette magistrale intervention d&#8217;une nouvelle venue. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&#8220;le fait que vous ne compreniez rien à une grande artiste comme Sophie calle ainsi qu’à maints autres aspects de l’Art contemporain doit à mon sens être mis en relation avec le fait que vous n’avez pas davantage compris l’art de Caravage &#8221;</p>
<p>Le billet précédent s&#8217;est donc terminé sur cette magistrale intervention d&#8217;une nouvelle venue. </p>
<p>Je devrais en ce moment être en train de rédiger un rapport pour empêcher le licenciement d&#8217;un pauvre bougre mais tant pis, je ferais ça chez moi, il y a parfois de ces conneries qui vous énervent tant que l&#8217;on ne peut s&#8217;empêcher de répondre sur le champ et l&#8217;exaspération est telle que je rédige immédiatement ce billet. </p>
<p>On peut à vrai dire se demander si celà vaut la peine d&#8217;écrire sur Sophie Calle. Si vous aimez la photo, je vous conseillerais  plutôt d&#8217;aller voir l&#8217;expo du jeu de paume consacrée à ce grand ancêtre que fût Edward Steichen    </p>
<p><img id="image700" height=403 width=400 alt=brooklynbridge46.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/11/brooklynbridge46.jpg" /></p>
<p><span id="more-701"></span></p>
<p>Mais enfin, paraît-il que Sophie Calle est aussi une grande photographe. </p>
<p>Non pas tant pour la qualité de ses photos qui  n&#8217;ont pas plus d&#8217;intérêt qu&#8217;un cliché  pris par le premier amateur venu, non, la qualité de Sophie Calle est ailleurs. Elle réside dans cette subtile alchimie par laquelle des photos nulles à chier, commentées par des textes tout aussi nuls à chier aboutissent cependant à des résultats lui valant d&#8217;être l&#8217;un des rares artistes français reconnu sur la scène internationale.</p>
<p>Qu&#8217;on en juge par ce cliché. </p>
<p><img id="image407" height=300 width=460 alt=calle_breath.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/07/calle_breath.jpg" /></p>
<p>Vous pouvez constater que Sophie Calle a photographié un divan. La photo, c&#8217;est de la merde, on est d&#8217;accord mais attendez, il ne faut pas juger suivant les critères traditionnels. D&#8217;abord Sophie Calle n&#8217;a pas photographié n&#8217;importe quel divan. C&#8217;est le divan du psychanalyste chez qui elle s&#8217;est rendue. Vous voyez déjà que ça commence à devenir interessant. Voyons donc la suite.<br />
Pourquoi s&#8217;est-elle rendue chez un psychanalyste ?  Un texte accompagnant la photo nous l&#8217;explique. Un jour son papa lui a dit qu&#8217;elle puait de la gueule et lui a conseillé alors de voir un psychanalyste. Pourquoi un psychanalyste ? On ne sait pas au juste mais quoiqu&#8217;il en soit le psychanalyste lui a donné à son tour le conseil de ne pas croire à tout ce que racontait son papa. Voilà , c&#8217;est fini, le texte qui accompagne la photo n&#8217;en dit pas plus, passionnant  comme vous voyez.</p>
<p>Le cas de Sophie Calle est à lui seul symptomatique de certaines caractéristiques de l&#8217;art contemporain, plus particulièrement, la mentalité infantile des artistes ainsi que la prétentieuse vacuité de la critique</p>
<p>Concernant l&#8217;infantilisme de l&#8217;artiste, Sophie Calle présente la circonstance aggravante de teinter celà d&#8217;un narcissisme lequel n&#8217;est à vrai dire qu&#8217;un effet de sa puérilité. On peut en juger par le fait qu&#8217;une bonne partie de son travail tourne autour des reliques et des minables aspects de sa pauvre petite histoire personnelle </p>
<p>Par exemple, chaque année,  à l&#8217;occasion de son anniversaire, elle photographie  les cadeaux apportés par ses amis.</p>
<p><img id="image411" height=431 width=284 alt=annif.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/07/annif.jpg" /></p>
<p>Ou encore elle se photographie la poitrine découverte en expliquant qu&#8217;elle est heureuse d&#8217;avoir de gros nibards parce qu&#8217;adolescente elle était complexée à cause de ses petits seins. Super interessant!!!! (Désolé Song, je n&#8217;ai pas de photos, dommage faut avouer qu&#8217;elle est pas mal roulée, ça aurait pu te servir pour tes branlettes) </p>
<p>Ou encore, elle embauche un detective privée qui la prend en filature. Là , elle fait fort, elle ne prend même pas de photos, c&#8217;est le détective privé qui prend les clichés. Il la photographie à tel endroit  puis  accompagne la photo d&#8217;un texte mentionnant le lieu où l&#8217; &#8220;artiste&#8221; se trouvait de telle heure à telle heure. </p>
<p><img id="image412" height=400 width=400 alt=louvre.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/07/louvre.jpg" /></p>
<p>Certains diront qu&#8217;ils n&#8217;ont que foutre de ce que le 29 juin 1979 a 10h30 , Sophie Calle est entré dans une cabine de WC pour en sortir  une demie-heure plus tard , je leur répondrais qu&#8217;ils sont à côté de la question car du moment que celà interesse l&#8217;artiste celà doit interesser tout le monde.</p>
<p>Ou encore elle livre au public la photo du  peignoir de son premier amant ou encore le billet d&#8217;adieu de son dernier amant ou bien encore un simple bout de papier trouvé dans une chambre d&#8217;hotel,</p>
<p><img id="image704" height=600 width=476 alt=calle_rencontre.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/11/calle_rencontre.jpg" /></p>
<p> ou bien même encore la robe de mariée qu&#8217;elle a enfilé juste avant de se faire elle-même enfiler pour la première fois.</p>
<p>A sa manière Sophie Calle est un précurseur de Loft-Story. C&#8217;est dans les années 70 qu&#8217;elle a commençé son odyssée de la nullité en photographiant des gens qu&#8217;elle invitait à venir dormir dans son lit. </p>
<p><img id="image703" height=863 width=600 alt=exp-sophiecalle.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/11/exp-sophiecalle.jpg" /></p>
<p>Elle avait eu en celà un glorieux précurseur en la personne d&#8217;Andy Wharol lequel avait filmé pendant 8 heures un type en train de dormir.</p>
<p>Andy Warhol: celui là même qui annonçait la minute de célébrité pour chacun, autrement dit la médiocrité sans fioriture érigée en valeur de spectacle, on établira aussitôt le rapport avec Sophie Calle et la télé-réalité.</p>
<p>Ce ne sont là que quelques exemples, les &#8220;travaux&#8221; de Sophie Calle sont nombreux mais tous illustrent cet infantilisme de l &#8216;adulte d&#8217; aujourd&#8217;hui lequel,  en art comme en d&#8217;autres choses, veut laisser croire qu&#8217; il est sérieux alors qu&#8217; il ne fait que jouer comme un enfant. A l&#8217;instar de l&#8217;enfant, on est en effet si imbibé de son ego qu&#8217;il  faut absolument focaliser les regards sur son Moi, au prix de faire le pitre pour devenir le point de mire de toute la classe.  </p>
<p>On me dira que je suis simpliste et que le travail de Sophie Calle va bien au delà de son égo puisqu&#8217;elle s&#8217;interesse beaucoup aux autres. La preuve en est qu&#8217;après avoir été filée par un détective privé, elle s&#8217;est mise elle même à filer les autres. Elle rencontre ainsi un inconnu dans une rue de n&#8217;importe quelle ville par exemple, à Venise et elle le suit partout et le prend en photo. </p>
<p><img id="image702" height=501 width=227 alt=filature.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/11/filature.jpg" /></p>
<p>Ce n&#8217;est plus l&#8217;instant décisif de Cartier-Bresson, c&#8217;est la nullité de chaque instant d&#8217;une paumée désoeuvrée qui ne sait pas quoi faire de ses journées. Et quant à son &#8220;voyeurisme&#8221; qui traduirait selon certains son intérêt pour les autres, je ne pense pas pour ma part que le voyeurisme exprime un réel intérêt pour autrui. Le désir de surprendre l&#8217;autre dans son intimité n&#8217;est qu&#8217;un désir de le dominer ou de le posséder. Si le voyeur s&#8217;interesse à l&#8217;autre, c&#8217;est toujours pour mieux jouir de lui-même, le voyeur ne s&#8217;interesse à l&#8217;autre que parce qu&#8217;il ne s&#8217;interesse qu&#8217;à lui-même. </p>
<p> Mais peut-être que j&#8217;en reste toujours à un niveau superficiel en oubliant qu&#8217;en plus d&#8217;être photographe, Sophie Calle est écrivain, enfin du moins est-elle présentée comme tel du fait qu&#8217;elle rédige toujours un texte pour compléter ses clichés.  Mais celà suffit-il à faire de vous un écrivain? C&#8217;est ce que prétend la critique qui la rattache à Georges Perec ou au nouveau roman  pour ses côtés puzzle et labyrinthe. Accordons à Sophie Calle que sa démarche de constat d&#8217;huissier n&#8217;est pas sans rappeler certains aspects d&#8217;  d&#8217;Alain Robbe-Grillet. Mais alors , ce serait du sous-sous-sous-sous-sous-sous-sous Robbe-Grillet  et encore , je suis généreux. Je citerais à l&#8217;appui, son travail sur les chambres d&#8217;hotel. Avec le culot le plus déluré et sans même se poser le moindre problème de déontologie, elle se déguise en  femme de chambre et s&#8217;introduit dans les chambres d&#8217;hôtel laissées par leurs occupants qui sont dehors à se promener. Une fois dans la chambre, elle fouille partout, ouvre les tiroirs, les armoires, les sacs , les valises et photographie toutes vos affaires personnelles, n&#8217;importe quoi, votre slip, vos capotes, vos chaussettes, vos boites de pillules, votre brosse à dent, votre lubrifiant, le contenu de votre poubelle . Parfois , ça peut rappeler Gary Grant dans une scène de &#8220;La mort aux trousse&#8221; mais ça reste bien sûr du sous sous sous sous sous sous sous sous sous sous&#8230;Hitchcock</p>
<p>on pourra en juger au résultat: </p>
<p><img id="image410" height=614 width=313 alt=effetsperso.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/07/effetsperso.jpg" /></p>
<p>Quand au texte qui commente l&#8217;image, voilà ce que celà donne</p>
<p>&#8220;J&#8217;entre au 24, la chambre est rose, les lits sont jumeaux sont  défaits,<br />
il y a deux pyjammas, un rouge, un jaune, une paire de chaussure de sport<br />
 de marque Adidas. Je trouve trois valises&#8221;</p>
<p>Ce n&#8217;est  plus le &#8220;foyer de résistance optique&#8221; caractérisant les descriptions de Robbe-Grillet, c&#8217;est l&#8217;errance dans l&#8217;optique de l&#8217;inconsistance sacralisée par une critique tout aussi inconsistante mais qui parvient tout de même à donner le change.  Vous constaterez vous même en lisant n&#8217;importe quel article sur Internet consacré à Sophie Calle, l&#8217;avalanche  de propos creux,  ronflants, encombrés de pédanteries  pseudo philosophiques  ainsi que de pitoyables formules éculées tel le fait de &#8220;brouiller nos repères &#8221; ou le &#8220;Je est un autre&#8221;, destinées à masquer les platitudes les plus insipides doublées d&#8217; un conformisme de feuille morte qui tourne au gré  du vent.</p>
<p>Je ne donnerais qu&#8217;un seul exemple tiré d&#8217;un numéro spécial de juin 2007 de la revue &#8220;Art Press&#8221; où un critique, &#8220;spécialiste&#8221; du travail de Sophie Calle  écrit notamment que &#8220;l&#8217;autorité de l&#8217;artiste fonctionne au gré des déplacements subjectifs à ce point chargés de significations potentielles qu&#8217;ils permettent pratiquement à n&#8217;importe quelle version, fortuite ou non, d&#8217;avoir l&#8217;air d&#8217;être la bonne&#8221;. Tout ce charabia pour dire quoi? Ce que l&#8217;on peut déjà apprendre dans un cours de français pour classe de Troisième, à savoir que chacun interprète  une oeuvre en fonction de ce qu&#8217;il sent à titre personnel. </p>
<p>Mais je préfère m&#8217;arrêter là car le billet commence à être un peu long, déjà mon irritation est retombée, écrire celà m&#8217;a fait du bien, je vais  pouvoir de nouveau réfléchir à des arguments destinés à empêcher le licenciement d&#8217;un salarié , c&#8217;est certainement plus important que de se pencher sur le cas de cette nullité de Sophie Calle. </p>
<p><img id="image705" height=500 width=386 alt=aveugle.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/11/aveugle.jpg" /></p>
<p>Mais  n&#8217;oubliez pas tout de même qu&#8217;un jour un grand critique et grand collectionneur de photos nommé Lamache-Vadel  décida que sophie calle était une grande artiste, alors&#8230;Je vous conseille de vous incliner parce que sans celà vous passerez pour un pauvre plouc ringard, attendez un peu de voir ce que ce billet va encore me valoir comme déluge d&#8217;insultes de la part des Harry et des Clash et vous verrez que mieux vaut ne pas toucher à Sophie Calle si vous ne voulez pas être réduit à rien dans l&#8217;estime de l&#8217;intelligensia. </p>
<p> Mais enfin, bon, moi ce que j&#8217;en dis, Cristina a laissé sous entendre que mieux comprendre Sophie Calle me permettrait de mieux comprendre Caravage tout comme Clash avait souligné que celà me donnerait aussi la possibilité de saisir en quoi le fait de pisser dans la bouche de sa femme était un acte artistique. </p>
<p>Je suis donc condamné à ne jamais rien comprendre à Caravage tout comme à ne jamais voir ce qui peu différencier l&#8217;Art d&#8217;un vulgaire gang-band de scatos débiles.</p>
<p>Falcophil.</p>
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		<title>THANATOGRAPHIE</title>
		<link>http://falcophil.info/blog/photos-et-thanatos/</link>
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		<pubDate>Fri, 04 May 2007 15:33:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Photographie contemporaine]]></category>

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		<description><![CDATA[Il m&#8217;a été dit dernièrement que mon désir de poésie n&#8217;était qu&#8217;un désir morbide et qu&#8217;une pulsion de mort se trouvait à l&#8217;oeuvre dans toutes mes images à base de jouets et de poupées inanimées.

Il est exact que pour moi la photographie a partie liée avec la mort et  j&#8217;irais même jusqu&#8217;à soutenir que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il m&#8217;a été dit dernièrement que mon désir de poésie n&#8217;était qu&#8217;un désir morbide et qu&#8217;une pulsion de mort se trouvait à l&#8217;oeuvre dans toutes mes images à base de jouets et de poupées inanimées.</p>
<p><img id="image352" height=500 width=380 alt=ret41.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/05/ret41.jpg" /></p>
<p>Il est exact que pour moi la photographie a partie liée avec la mort et  j&#8217;irais même jusqu&#8217;à soutenir que photographie et philosophie sont proches parentes en ce qu&#8217;elles contituent toutes deux une préparation à la mort. </p>
<p><img id="image353" height=300 width=430 alt=resistance.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/06/resistance.jpg" /></p>
<p><span id="more-307"></span></p>
<p>L&#8217;un des  premiers photographes, Hippolyte Bayard, réalise en 1840 son &#8220;autoportrait en noyé&#8221; </p>
<p><img id="image319" height=400 width=400 alt=bay.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/05/bay.jpg" /></p>
<p>à propos duquel il déclare avoir voulu mettre en scène sa propre mort comme si ce pionnier de la photo avait immédiatement pressenti que l&#8217;acte de se photographier impliquait le fait de contempler son propre cadavre. A cette idée répond comme un écho, près d&#8217;un siècle plus tard, cet autoportrait de Duane Michals</p>
<p><img id="image320" height=400 width= 580 alt=img331.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/05/img331.jpg" /></p>
<p>où là encore la confrontation du photographe avec lui-même rejoint la confrontation avec sa propre dépouille mortelle.</p>
<p>Dans la préface d&#8217;un ouvrage consacré à cartier-Bresson, Jean Clair observe que le fameux liseret noir dont le photographe français a fait sa marque de fabrique pourrait être comparé à une sorte de faire-part de deuil par lequel on indique  que ce n&#8217;est pas tant le présent qui est photographié que la mort inscrite au coeur même du présent.</p>
<p>C&#8217;est peut-être la même idée que l&#8217;on retrouve dans ce film </p>
<p><img id="image321" height=400 width=300 alt=217875.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/05/217875.jpg" /></p>
<p>Un photographe veut capter les  ébats d&#8217;un couple dans un jardin public.  De retour dans son laboratoire, le photographe agrandit l&#8217;un des clichés du couple amoureux et découvre alors sur l&#8217;image, en arrière plan, sortant d&#8217;un buisson, le canon d&#8217;une arme braquée sur le couple puis, à moitié dissimulé par le même buisson, le cadavre d&#8217;un homme. Le couple ne s&#8217;est bien sûr jamais douté de la présence d&#8217;un tueur et d&#8217;un cadavre à quelques mêtres de son badinage, seul le photographe a pu voir la chose.</p>
<p>&#8221; La mort viendra et elle aura tes propres yeux&#8221; écrit Cesare Pavese.<br />
 Il aurait pu ajouter qu&#8217;elle aurait de manière plus particulière les yeux du photographe</p>
<p> Et c&#8217;est probablement avec les yeux de la mort que Brassai photographie son &#8221; Paris de nuit&#8221; ,</p>
<p><img id="image325" height=500 width=380 alt=brassai_prostitute.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/05/brassai_prostitute.jpg" /> </p>
<p> lui qui affirmera que la photographie exerce une fonction létale en ce que, tout comme la sculpture , elle est capable de donner aux choses cette grandiose immobilité que donne la mort.</p>
<p><img id="image332" height=500 width=370 alt=img426.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/05/img426.jpg" /></p>
<p>La photo va cependant plus loin que la sculpture dans son opération funèbre.</p>
<p>Le peintre ou le sculpteur retravaillent le monde par le biais de la matière car huile ou marbre, c&#8217;est toujours dans la densité du solide et du tactile que se retrouvent leurs images du monde.<br />
Rien de tel pour le photographe qui au moyen de la lumière insère d&#8217;emblée le monde au sein même de l&#8217;immatériel. A l&#8217;instar de la mort la photo pourrait donc nous délivrer de cette couche  de matière qui nous empêche de discerner la buée de notre existence.</p>
<p><img id="image327" height=400 width=280 alt=bresson03.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/05/bresson03.jpg" /></p>
<p>La photographie, telle qu&#8217;elle est du moins pratiquée dans la majeure partie des cas, tente moins de reconstruire le réel que de sauver quelque chose d&#8217;un présent dont on sent l&#8217;imminente destruction. Avoir conscience du présent c&#8217;est  savoir  que ce présent fait partie du passé par le simple fait d&#8217;en prendre conscience. Je ne suis jamais dans le présent, je suis sans cesse dans la seconde d&#8217;après d&#8217;un présent qui toujours m&#8217;échappe. La photo est l&#8217;art de capter cette seconde d&#8217;après pour en faire la seconde sans fin.<br />
L&#8217;instantané de la photographie n&#8217;est que l&#8217;immédiateté du  souvenir, le présent de la photographie n&#8217;étant que l&#8217;impact de l&#8217;eternelle fumée de la présence ou que le sillage spectral que laisse derrière lui l&#8217;écoulement du monde.</p>
<p>En 1865, lors de la prise de cette photo,</p>
<p><img id="image328" height=300 width=200 alt=charles_baudelaire.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/05/charles_baudelaire.jpg" /></p>
<p>Baudelaire n&#8217;a plus que 2 ans à vivre.</p>
<p> Mais ce n&#8217;est déjà plus le présent de Baudelaire, le photographe Nadar vient d&#8217;anticiper ce présent car il nous donne d&#8217;emblée l&#8217;image d&#8217;un futur où l&#8217;on continuera de voir cette  image alors que depuis longtemps le corps du poète aura disparu. Les 2 ans qu&#8217;il reste de vie à Baudelaire ne sont rien au regard des siècles où l&#8217;on continuera de regarder la trace fantomatique des quelques secondes de sa présence.</p>
<p>Image desespérée que cette idée d&#8217;un présent inexistant puisque déjà mort depuis toujours?</p>
<p><img id="image324" height=500 width=350 alt=maffioli.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/05/maffioli.jpg" /></p>
<p>Que non pas.</p>
<p> Mais à la seule condition  que la photo nous rende plus évident le processus propre à l&#8217;art.</p>
<p>La peinture disait Francis Bacon, autre obsédé de la décomposition, (Lequel d&#8217;ailleurs travaillait beaucoup à partir de photos), la peinture est la sténo de la réalité.</p>
<p>La sténo, c&#8217;est à dire la simplification, l&#8217;épuration. La photo illustre de manière frappante ce travail de simplification. De la lourdeur du présent elle donne aussitôt la légèreté du lointain, c&#8217;est à dire que mieux que tout autre activité, elle nous fait discerner le fondamental et l&#8217;essentiel. </p>
<p>Dans le mot &#8220;&#8221;essentiel&#8221; il y a le terme &#8220;Essence&#8221; et l&#8217;essence est ce que permet justement de voir la destruction, une fois opéré le travail de sape  qui supprime l&#8217;accident et l&#8217;accessoir.</p>
<p>En ce sens , l&#8217;art pourrait rejoindre le mouvement même du temps qui dans son travail d&#8217;érosion passe de la surcharge</p>
<p><img id="image339" height=300 width=570 alt=img427.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/05/img427.jpg" /></p>
<p>à l&#8217;allégement résultant de la ruine</p>
<p><img id="image341" height=500 width=340 alt=1sert.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/05/1sert.jpg" /></p>
<p>C&#8217;est de la vision d&#8217;une charogne que Baudelaire, toujours lui, tire sa contemplation de la Forme et de &#8220;l&#8217;essence divine&#8221;</p>
<p>Si l&#8217;art collabore avec la mort, c&#8217;est que l&#8217;art et la mort s&#8217;unissent pour approcher l&#8217;essence au travers de la forme.</p>
<p>Et qu&#8217;est ce que la forme?</p>
<p>Il n&#8217;y a pas de meilleure réponse que ce pélican mort photographié par Edward Weston</p>
<p><img id="image329" height=300 width=350 alt=img425.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/05/img425.jpg" /></p>
<p>Au-delà de la mort nécessaire qui flotte sur l&#8217;étang, abstraction et figuration s&#8217;unissent pour affirmer la persistance de ce qui malgré tout demeure après la destruction. Persistance de la forme qui nous fait mieux sentir l&#8217;essence, laquelle ne saurait se révéler à nous sans une subtile simplification de l&#8217;existence, condition impérative pour l&#8217;apparition de cette forme.</p>
<p>On pourrait conclure alors que la forme est le logos qui doit tuer le monde pour mieux faire sentir l&#8217;unité de l&#8217;essence.</p>
<p>Merci à toi Clio de m&#8217;avoir donné ainsi l&#8217;occasion de comprendre pourquoi ce travail avec la mort permet d&#8217;atteindre l&#8217;essence même du travail artistique, nul autre qu&#8217;Arnold Böcklin ne l&#8217;a peut-être exprimé de manière aussi magistrale, lui qui ne pouvait peindre sans écouter la mort jouer du violon.</p>
<p><img id="image330" height=500 width=400 alt=bocklinautoportrait.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/05/bocklinautoportrait.jpg" /></p>
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