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	<title>*******SOLUS SOLI******* &#187; Philosophie esthétique</title>
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	<description>Philippe Falcone&#039;s blog</description>
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		<title>MONT TESTACCIO.</title>
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		<comments>http://falcophil.info/blog/tour-divoire/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 19 May 2009 09:40:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Art baroque]]></category>
		<category><![CDATA[Art chinois]]></category>
		<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Philosophie esthétique]]></category>
		<category><![CDATA[Photographie contemporaine]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie]]></category>
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		<category><![CDATA[muique]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8220;Restez donc dans vos nuages à l&#8217;écart des réalités , pauvre petit poète&#8230;. Pour que vous fassiez preuve d&#8217;une telle manque de réalisme votre gîte doit probablement être bien boueux!&#8230;.&#8221;
C&#8217;est ainsi que la conversation précédente se terminait par cette remarque de compère Ichthus, psychanalyste en herbe. Je vivrais donc dans les nuages à force de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&#8220;Restez donc dans vos nuages à l&#8217;écart des réalités , pauvre petit poète&#8230;. Pour que vous fassiez preuve d&#8217;une telle manque de réalisme votre gîte doit probablement être bien boueux!&#8230;.&#8221;</p>
<p>C&#8217;est ainsi que la conversation précédente se terminait par cette remarque de compère Ichthus, psychanalyste en herbe. Je vivrais donc dans les nuages à force de loger dans une bauge.</p>
<p>Il ya certes à cela une bonne part de vérité.<br />
Concernant d&#8217;abord la question de la bauge, je commencerai en relatant la suivante anecdote.</p>
<p>Une personne sur le point de partir pour Rome demande s&#8217;il est vrai que l&#8217;on peut jouir d&#8217;une magnifique vue de la ville, de la place Navone, juché sur le bord de la fontaine des quatre fleuves.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1660" title="fontaine-bernin" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/fontaine-bernin.jpg" alt="" width="380" height="273" /></p>
<p>Eberlué, je demande qui a bien pu lui raconter cette sottise car c&#8217;est comme si l&#8217;on prétendait avoir une belle vue de Paris , en se perchant sur le bord de la fontaine de la place Saint Michel.<br />
La personne me répond qu&#8217;elle l&#8217;a lu dans&#8230;.</p>
<p><span id="more-1641"></span></p>
<p>&#8230;.ce roman :</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1649" title="brown" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/brown.jpg" alt="" width="400" height="674" /></p>
<p>Quelques instants je reste sceptique tant j&#8217;ai du mal à croire que l&#8217;on puisse écrire un livre ayant pour cadre des lieux dont on ne prend même pas soin de vérifier la topographie. Voyant mon air incrédule , mon interlocuteur se dit prêt à m&#8217;apporter le livre mais je l&#8217;arrête aussitôt. En fait, je le crois sans peine, ayant lu le &#8220;da Vinci code&#8221;, je ne connais que trop l&#8217;amas de bêtises et d&#8217; erreurs que peut comporter ce genre de littérature.</p>
<p>Je suis à vrai dire effrayé par ce pouvoir sans précédent de la confrérie de l&#8217; insignifiance et de l&#8217;insanité. Tandis que le vrai talent se sert de moyens légers pour un message fort, la médiocrité pallie la faiblesse du message par des moyens lourds.</p>
<p>L&#8217;image est effectivement d&#8217;autant plus artistique qu&#8217;elle parle d&#8217;une voix basse qui nous élève</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1665" title="img961" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img961.jpg" alt="" width="600" height="637" /></p>
<p>tandis qu&#8217;elle dégénère en propagande lorsqu&#8217;elle parle d&#8217;une voix haute qui nous abaisse</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1684" title="unclesam" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/unclesam.jpg" alt="" width="554" height="610" /></p>
<p>C&#8217;est ainsi qu&#8217;une pauvre chose comme le da Vinci code bénéficiera de toute la brutalité de la propagande publicitaire et de la machinerie hollywoodienne, enrôlant le fracas de 1000 tonnes au service de son inconsistance, le véritable génie littéraire, quant à lui, ne s&#8217;appuyant que sur la seule force d&#8217;une plume, d&#8217;impact immédiat inévitablement limité dans un monde où l&#8217;on sacrifie au Dieu du commerce ou de l&#8217;évènement, ce qui est synonyme.<br />
Quelques lignes suffisent à Borges pour dire beaucoup, alors que des centaines de pages semblent ne pas suffire à Brown pour ne rien dire.</p>
<p>Convenons d&#8217;abord que saisir les choses délicates requiert la fatigue de nous hisser sur la pointe de l&#8217;esprit alors que se montrer sensible aux choses pesantes comme le tapage médiatique ne demande aucun effort de sorte que la différence entre délicatesse et pesanteur recoupera ce qui sépare la propreté de la saleté. Laver son corps ainsi que son logis demande en effet un effort toujours renouvelé tandis que la paresse constitue la meilleure pente vers la crasse et l&#8217;auge à cochon. Nous en arrivons ainsi à la question de la bauge car de tout cela nous en déduirons sans peine que par la Grand-Messe autour de Dan Brown, de Tom Hanks ou du journal de 20 heures faisant la publicité des deux premiers, l&#8217;homogénéité du groupe se soude autour de la porcherie et c &#8216;est alors que nous allons peut-être enfin trouver ce que nous cherchions la fois dernière, cet infini au sein duquel on pourrait réconcilier les humains.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1653" title="porch" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/porch.jpg" alt="" width="551" height="642" /></p>
<p>Nous aurions donc ici le possible Messie des temps modernes, tant par le virus qui pourrait tuer le corps que par le microbe qui peut anéantir l&#8217;esprit.</p>
<p>Quoiqu&#8217;il en soit, il eut tout de même fallu suggérer à Dan Brown d&#8217;autres endroits que la fontaine du Bernin pour avoir une belle vue sur Rome. Par exemple le Mont Testaccio, ancienne décharge où les romains venaient jeter leurs amphores cassées. L&#8217;accumulation des déchets devait finir par former une colline de 30 mètres de hauteur. On raconte que Nicolas Poussin montait souvent sur son sommet pour dessiner des vues de Rome.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1655" title="poussin-dessin" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/poussin-dessin.jpg" alt="" width="655" height="440" /></p>
<p>La parabole est savoureuse. Un artiste montant sur un amas d&#8217;ordure pour créer. Amas de détritus produits par ses semblables, dont il s&#8217;asseoit sur le faîte, son regard portant d&#8217;autant plus loin que serait élevée la décharge qu&#8217; aurait bâti son détachement.</p>
<p>Inutile donc d&#8217;en dire plus sur Dan Brown ainsi que sur le dernier probable navet tiré de ses inepties. J&#8217;en fais aussitôt une amphore cassée, jetée parmi tant d&#8217;autres sur mon propre Mont Testaccio. En ce sens , tout ce qui fait &#8220;évènement&#8221; et passe donc au journal de 20, heures m&#8217;apporte autant de matériaux pour alimenter ma décharge, Il n&#8217;y a pas d&#8217;émotion sans évènement et pas d&#8217;évènement sans émotion de sorte que les deux relèvent du déchet que doit fouler du pied quiconque aspire à quelques cîmes. Pendant que l&#8217;on discute ou s&#8217;affole au sujet de n&#8217;importe quoi, éventuelle pandémie, crise financière, exposition Truc ou dernier film de Machin, je rêve à l&#8217;homme juché sur une montagne de vases brisés au travers de l&#8217; artiste obsédé par des travaux n&#8217;ayant rien à voir avec les goûts et préoccupations du jour. Nous en arrivons alors au deuxième point de la remarque d&#8217;Ichthus, mon désir de rester dans les nuages.</p>
<p>Dans le Gai Savoir, Nietzsche recommande de vivre &#8220;ignorant de ce qui paraît le plus important à ton époque&#8221; et de mettre &#8220;l&#8217;épaisseur d&#8217;au moins trois siècles entre elle et toi&#8221;</p>
<p>Trois siècles ?</p>
<p>C&#8217;est encore trop peu ; entre mon époque et moi c&#8217;est au moins mille ans que je voudrais placer.</p>
<p>Il m&#8217;arrive souvent de forger tel esprit ayant vécu il y a fort longtemps</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1647" title="img958-copy" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img958-copy.jpg" alt="" width="580" height="706" /></p>
<p>tellement hors de son temps qu&#8217;il pouvait s&#8217;arracher aux formes contemporaines pour se les représenter ainsi :</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1648" title="img959" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img959.jpg" alt="" width="580" height="787" /></p>
<p>Si, selon cette juste remarque de Diderot, un monument devient plus intéressant quand il est ruiné, c&#8217;est que la ruine en tant qu&#8217;oeuvre d&#8217;un polissage érodant est expression d&#8217;une quintescence analogue à ce qu&#8217;opère en nous la nostalgie née du souvenir.</p>
<p>Il n&#8217;est pas de meilleure poésie que le souvenir, chacun est le poète de sa vie, au moyen de la décantation qu&#8217;opère la mémoire. A l&#8217; immédiateté de l&#8217;évènement faisant appel à l&#8217;émotion s&#8217;oppose le lointain du souvenir qui réduit l&#8217;évènement au flottement d&#8217;un duvet parce qu&#8217;il efface notre superficielle subsjectivité qui s&#8217;y rattache. L&#8217;art est alors moyen d&#8217;accélérer le processus mnémonique par lequel on extraie un peu du noyau invisible de sa gangue de matière et d&#8217;instabilité passionnelle.</p>
<p>D&#8217;une scène présente, Atget tire aussitôt un souvenir de plusieurs siècles.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1113" title="img788" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/08/img788.jpg" alt="" width="660" height="522" /></p>
<p>Et d&#8217;un souvenir de plusieurs siècles, je m&#8217;efforce quant à moi d&#8217;ajouter d&#8217;autres siècles</p>
<p><a  href="http://falcophil.info/ifotos/?dir=Cataclysmes&#038;pic=Errance2">http://falcophil.info/ifotos/?dir=Cataclysmes&amp;pic=Errance2</a></p>
<p>pour atteindre l&#8217; impassibilité du glacier, du désert et de la lune.</p>
<p>Serais-je donc à ce point dénué d&#8217; humanité?</p>
<p>Je répondrai sans hésiter que oui.</p>
<p>Dans les moments où je tente de créer , je suis une véritable montagne d&#8217;indifférence,</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1698" title="ret" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/06/ret.jpg" alt="" width="470" height="313" /></p>
<p>tout ce qui vit m&#8217; importune</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/06/jabaral2a.jpg" alt="" title="jabaral2a" width="470" height="739" class="alignnone size-full wp-image-1716" /></a></p>
<p>Crise, guerre ou pandémie, peu m&#8217;en chaut de tout ce qui peut arriver,</p>
<p>tenter d&#8217; être artiste, c&#8217;est avant tout aspirer à ne plus se sentir concerné par ce qui intéresse les humains</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1709" title="jabaralan" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/06/jabaralan.jpg" alt="" width="470" height="719" /></p>
<p>parce que l&#8217;on est uniquement préoccupé de ce qui pourrait les racheter.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1700" title="jaba-6" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/06/jaba-6.jpg" alt="" width="470" height="273" /></p>
<p>Je songe à ce philosophe de l&#8217;ancienne Chine du nom de Lu Yu qui s&#8217;était retiré dans la montagne pour vivre en ermite. Il eut pour maître un certain Chang Li, autre sage de renom vivant lui aussi en reclus pour s&#8217;abîmer dans le vol d&#8217;une mouche, ainsi que Wang Pei qui à l&#8217;age de 20 ans abandonna une prometteuse carrière de fonctionnaire pour passer le restant de sa vie à regarder un petit caillou posé sur le bord d&#8217; un ruisseau.<br />
A l&#8217;instar de ses maîtres, Lu Yu ne proférait ni parole contre le monde et les hommes , ni jugement sur les évènements et l&#8217;histoire. En fait, il ne parlait pas. Sa seule occupation consistait à boire du thé, là était toute l&#8217;essence de son enseignement, le thé. On lui rendait visite uniquement pour le regarder boire son thé et l&#8217;on repartait, quelque temps soulagé de sa peine, car l&#8217;on devinait à cette manière si unique et si apaisante avec laquelle Lu Yu préparait son thé, le servait puis le buvait en silence, qu&#8217;il avait érigé cette pauvre activité au rang d&#8217;une sagesse et d&#8217;un art.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1677" title="img9641" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img9641.jpg" alt="" width="630" height="637" /></p>
<p>J&#8217;ai en bonne partie forgé cette histoire mais elle rend très bien compte de ce dont j&#8217;entends parler. Il ne s&#8217;agit pas d&#8217;être &#8220;obsédé&#8221; au sens d&#8217;être mis hors du monde par une idée fixe vous enchaînant à quelques fragments retranchés mais de cette transubstantiation en vertu de laquelle la chose la plus humble, mouche, thé ou caillou, devient comme un soleil irradiant le rythme et l&#8217;équilibre fondamental d&#8217;une densité qui satellise les idées, les faits et les gestes et vous place alors de plein pied dans une sorte de terre commune.</p>
<p>Voltaire écrivant son poème sur le désastre de Lisbonne, s&#8217;exclame, se lamente et s&#8217;indigne sur la mort de milliers d&#8217;innocents. Ce faisant, il est certes humain mais il n&#8217;est pas poète car Voltaire a beau être humain, il n&#8217;en demeure pas moins que son poème est un très mauvais poème pour ne pas dire un poème franchement raté. Une véritable réussite artistique eut sans doute exigé moins de mouvements d&#8217;indignations et plus de froideur détachée. Nous l&#8217;avions déjà quelque peu évoqué lors d&#8217;un précédent billet</p>
<p><a  href="http://falcophil.info/blog/aaaaa/">http://falcophil.info/blog/aaaaa/<br />
</a></p>
<p>adhérer à l&#8217;événement est la meilleure façon pour rater un travail artistique. L&#8217;art est recherche patiente et tâtonnante, quête de longue haleine qui nécessite recul et distance et ne peut donc que trouver moins de terreau fertile à son éclosion face à ces continuelles sollicitations du monde moderne et de ses médias, toute chose, aujourd&#8217;hui amplifiée par internet, exigeant d&#8217;être immédiatement &#8220;informé&#8221; et de réagir aussitôt à n&#8217;importe quoi.</p>
<p>Mais le poète ne réagit pas, il rumine et son inhumanité est celle de l&#8217; immobile balancement d&#8217;une vache regardant passer l&#8217;humanité prétendue d&#8217;un train qui file, tandis que de sa rumination sortira peut-être un éclat de cet arcane similaire au silence inscrit au coeur du minéral où la pauvre vapeur de ma vie sent qu&#8217;elle peut déceler quelques indices de ses racines.</p>
<p>Le travail artistique présenterait en effet quelque chose de ce &#8220;mystère infiniment plus grave et plus vaste et plus lent que le destin de notre espèce passagère &#8221; évoqué par Roger Caillois dans ses &#8220;Pierres&#8221;. Si nous avons souvent l&#8217;impression que la ruine rejoint le minéral, c&#8217;est que la mystérieuse destinée qui la déforme et l&#8217;in forme semble l&#8217;orienter vers ce même undgrund, sorte d&#8217;échos muet du fond des âges se trouvant comme scellé par l&#8217; enrobé gourd de la plus humble caillasse et qui affleure dans ce travail du poète que Baudelaire qualifiait de &#8220;rêve de pierre&#8221;.</p>
<p><img id="image332" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/05/img426.jpg" alt="img426.jpg" width="370" height="500" /></p>
<p>Kafka comparait son état d&#8217;écrivain à celui d&#8217;une &#8220;statue qui regarde au loin et reste accrochée à son socle&#8221; et retrouvait, quelque temps plus tard avec plaisir, une remarque voisine dans la correspondance de Flaubert parlant de son roman comme d&#8217;un rocher.</p>
<p>Feuilletant le journal de Kafka, je suis en effet émerveillé de constater que le 2 aout 1914, il écrit:</p>
<p>&#8220;L&#8217; Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. L&#8217;après-midi, piscine&#8221;.</p>
<p>Il n&#8217;a rien de plus à dire en ce jour où change le cours de l&#8217;histoire. Le monde bascule mais Franz se rend à la piscine ! Aussi étranger que Meurseault allant voir un film comique le jour où l&#8217;on enterre sa mère !</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1662" title="franz-kafka-v" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/franz-kafka-v.jpg" alt="" width="319" height="410" /></p>
<p>La guerre ne viendra pas infléchir ce ton global d&#8217; indifférence à l&#8217;histoire qu&#8217;il donne à son journal depuis 1910, année où il l&#8217;a commencé. Pendant toute la période du premier conflit mondial, alors qu&#8217;autour de lui s&#8217; effondre un empire, il ne formulera que quelques rares remarques sur les évènements militaires, perdues au milieu des fables , des paraboles et relations de rêves, d&#8217;états intérieurs ou d&#8217;évènements anodins. Un cheval tombé dans la rue lui semble plus important qu&#8217;une armée vaincue, le chapeau d&#8217;un passant lui donne plus à penser que la disparition d&#8217;un monde. Le journal s&#8217;interrompt en 1917 pour reprendre en 1919, pas un mot durant l&#8217;année 1918 où est pourtant proclamée l&#8217;indépendance de la Tchécoslovaquie. Je ne peux m&#8217;empêcher de mettre cela en rapport avec Louis XVI écrivant &#8220;Rien&#8221; dans son journal, au soir du 14 juillet 1789. L&#8217;historien rectifiera en rappelant qu&#8217;il ne s&#8217;agissait que d&#8217;un carnet de chasse où était notée la prise du gibier mais il me plait tout de même d&#8217;inventer un Louis XVI doté d&#8217;une âme d&#8217;esthète lorsqu&#8217;il plaquait le mot &#8220;Rien&#8221; sur le 14 juillet.</p>
<p>L &#8216;homme moderne obsédé par l&#8217;information sera peu réceptif à ce genre de remarque. Le monde contemporain est, entre autre annoncé par Hegel qui veut remplacer la prière du matin par la lecture du journal. Nous l&#8217;avons dit, le journal de 20 heures pourrait désormais assurer la communion du groupe autour de l&#8217;évènement contingent, parodie de la messe qui veut assurer l&#8217;union des croyants autour de l&#8217; évènement sacré.</p>
<p>Pourtant l&#8217;évènement politique répugne foncièrement à l&#8217;artiste. Verra-t&#8217;on un Michel-Ange condescendre au bas étage de la circonstance historique? Sauf quand il peint sur commande les faits d&#8217;arme du prince ou du roi, la spontaneité de l&#8217;artiste le porte davantage sur l&#8217;intemporel, s&#8217;il est italien ou, s&#8217;il est flamand,</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1624" title="epoux-arnolfini" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/epoux-arnolfini.jpg" alt="" width="590" height="809" /><br />
(Van Eyck : les époux Arnolfini)</p>
<p>vers l&#8217; insignifiance du détail, le terre à terre du quotidien, la mesquinerie de l&#8217;usuel,</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1683" title="vaneyxmin" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/vaneyxmin.jpg" alt="" width="645" height="417" /></p>
<p>la futilité de l&#8217;ustensile et le dérisoire du bibelot. C&#8217;est alors un regard de myope qui porte à voir le plus loin possible, l&#8217;essentiel est atteint par l&#8217; inessentiel du décors, le plus important vous regarde au sein du miroir de votre vanité</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1685" title="img967" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img967.jpg" alt="" width="645" height="801" /></p>
<p>et le presque rien est une reflet du tout comme la flaque d&#8217;eau peut comprendre une partie du ciel, chose impossible pour tout un océan.</p>
<p>Le hollandais nous fascine quant à lui par son art de tirer l&#8217;anecdote vers l&#8217;anti-anecdotique et d&#8217;imprimer l&#8217;universel sur le vernaculaire. Vermeer regarde son époque pour mieux regarder ailleurs.<br />
Il n&#8217;en demeure pas moins que demander à l&#8217;artiste d&#8217;être fidèle témoin de son temps c&#8217;est exiger de lui qu&#8217;il prostitue son art pour satisfaire la curiosité historique des générations futures.</p>
<p>Curiosité fort légitime , la question n&#8217;est pas là, mais si nous voulons des détails sur la vie parisienne au XIX ème , adressons nous à la nullité artistique de certaines toiles de Jean Béraud, nous serons comblés par l&#8217;inventaire méticuleux d&#8217;un oeil d&#8217;ethnologue</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1679" title="jeanberaud" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/jeanberaud.jpg" alt="" width="500" height="346" /></p>
<p>mais nous le serons tout de même beaucoup moins avec Renoir</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1680" title="canotiers" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/canotiers.jpg" alt="" width="600" height="476" /></p>
<p>Et plus du tout avec Monet</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1681" title="monet" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/monet.gif" alt="" width="600" height="416" /></p>
<p>Preuve qu&#8217;à mesure que l&#8217;on se rapproche du génie artistique, on assiste au spectacle de l&#8217;homme qui entame son temps, l&#8217;évapore en fumée lumineuse, le dévêt de son adventice ou le casse en autant de débris d&#8217;accessoires, nécessaire pour construire sa colline, dans la subtile alchimie de son art.</p>
<p>Certes, il est des exceptions mais elles confirment la règle</p>
<p>La guerre de 30 ans eut pour témoin direct un Jacques Callot qui nous en narre le déroulement tragique par des gravures de toute beauté ,</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1546" title="jacques-callot" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/01/jacques-callot.jpg" alt="" width="639" height="292" /></p>
<p>En revanche un Georges de la Tour, lui aussi exact contemporain de l&#8217;évènement, de surcroît vivant en Lorraine et donc au coeur de la tourmente, préfère se désintéresser des malheurs du temps pour s&#8217;enfermer dans la pénombre de ses intérieurs.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1666" title="georgesdelatour" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/georgesdelatour.jpg" alt="" width="540" height="738" /></p>
<p>Mais que l&#8217;on juge alors qui de la Tour ou de Jacques Callot atteint au plus essentiel et qui, 4 siècles plus tard est encore capable de nous &#8220;parler&#8221; de chose qui nous touchent</p>
<p>A notre connaissance, le premier grand tableau du génie de l&#8217;art se voulant témoin de l&#8217;évènement contemporain, entendons par là, non plus l&#8217;évènement ayant pour centre le Prince ou le Roi mais l&#8217;homme ordinaire, fut &#8220;Très de Mayos&#8221; de Goya.</p>
<p><img id="image877" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/02/goya.jpg" alt="goya.jpg" width="630" height="488" /></p>
<p>On sait que Goya suivait de très près les événements politiques de l&#8217;Espagne. Révolté par l&#8217;oppression qu&#8217;imposaient les troupes de Napoléon, il peint alors ce tableau en 1814, à propos de faits sanguinaires survenus quelques jours plus tôt.</p>
<p>La même année, peut-être à la même époque, Gaspar David Friedrich peignit cette oeuvre.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1644" title="caspardavidfriedrich" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/caspardavidfriedrich.jpg" alt="" width="500" height="648" /></p>
<p>Posons nous une fois encore la question de savoir lequel de l&#8217;espagnol ou de l&#8217;allemand va le plus au fond des choses.</p>
<p>De même, en 1830 , année où Delacroix peindra son oeuvre la plus célèbre</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1668" title="delacroixliberte" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/delacroixliberte.jpg" alt="" width="630" height="510" /></p>
<p>, Friedrich, toujours lui, réalisera cette composition.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1669" title="friedrich" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/friedrich.jpg" alt="" width="630" height="470" /></p>
<p>Ce qu&#8217;il faut penser de cette ineptie de l&#8217;esprit universel montant un cheval, nous le demanderons à cette autre peinture chinoise de la fin de notre XIIIème siècle. L&#8217;auteur est anonyme mais je m&#8217; efforce de l&#8217;imaginer contemporain de cette période de troubles et de chaos où sombre la fin de la dynastie des Song sous les assauts des mongols. Là encore, l&#8217;historien aimerait des images témoignant de façon plus délectables que de médiocres illustrations</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1645" title="img956" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img956.jpg" alt="" width="630" height="436" /></p>
<p>Mais une fois de plus, les vrais artistes du temps avaient sans doute autre chose à faire . Donc, notre créateur anonyme enrôlé dans l&#8217;armée impériale participe aux combats contre les hordes de Gengis Khan.<br />
Ecoeuré , il déserte et s&#8217;en va au loin, ignorant tout de sa destination.</p>
<p>Sur un chemin de montagne il rencontre Chang Li, maître de Lu Yu dont il fut question plus haut.<br />
Il demande à Chang Li de lui indiquer quelques lointaine retraite.<br />
Chang Li absorbé dans le vol d&#8217;une mouche ne répond pas. Un disciple présent avise l&#8217;anonyme qu&#8217;il doit pisser sur le Maître pour obtenir une réponse.<br />
L&#8217;anonyme s&#8217;exécute mais l&#8217;urine glisse sur Chang Li comme sur les plumes d&#8217;un canard.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1694" title="img968" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img968.jpg" alt="" width="550" height="593" /></p>
<p>Sans perdre de vue le vol de la mouche, Chang Li soudain lève le bras et indique à l&#8217;anonyme une direction quelque part vers quelques pics.</p>
<p>L&#8217;anonyme se rend alors la-bas et n&#8217;en repartira plus. A l&#8217;écart de la malédiction de l&#8217;histoire, tenté par la philosophie, il préfère devenir un sage et renonçant aux phrases, il devient artiste.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1646" title="img957" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img957.jpg" alt="" width="630" height="632" /></p>
<p>S&#8217;il y a une imposture de l&#8217;histoire, elle résiderait dans cette parodie d&#8217;ontologie que l&#8217;idéalisme allemand a cru pouvoir imposer au travers d&#8217;un devenir auquel on ne saurait conférer valeur de synthèse entre un être et un néant puisqu&#8217;en son instable écoulement où toute chose périt, ce devenir ne peut guère se différencier du néant. Kafka, pour en revenir à son journal, écrit, quelques jours après l&#8217;entrée en guerre des empires centraux, qu&#8217; hors de sa vie intérieure , tout le reste n&#8217;est qu&#8217;accessoire. Différencier l&#8217;événementiel du non évènementiel reviendrait alors à séparer l&#8217;accessoire de l&#8217;essentiel. Qu&#8217;est-ce en ce cas que l&#8217;essentiel et que l&#8217;accessoire ?</p>
<p><a  href="http://falcophil.info/blog/photos-et-thanatos/">Une ébauche de réponse fut déjà tentée </a></p>
<p>L&#8217;importance de la question est certes à la mesure de la déception apportée par les mots mais c&#8217;est sans doute que les mots eux mêmes ne sont pas essentiels. On tentera de répondre alors par les images, par exemple en comparant deux types de réalisations photographiques</p>
<p>L&#8217;une, un triptyque, pris en en Ulster, en 1972, par Don Mac cullin</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1659" title="imgdonmaccullinirlande" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/imgdonmaccullinirlande.jpg" alt="" width="400" height="805" /></p>
<p>Et l&#8217;autre, la même année par André kertesz</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1657" title="kertezs-martinique" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/kertezs-martinique.jpg" alt="" width="530" height="410" /></p>
<p>Et de nouveau la question réitérée:laquelle des deux va au plus essentiel ?</p>
<p>N&#8217;importe quelle guerre est tragique mais la guerre concerne t&#8217; elle l&#8217;essentiel ? Les hommes se querellent parce ce qu&#8217;il sont incapables de comprendre l&#8217;essentiel. L&#8217;accessoire aussi difficile et dangereuse soit souvent son approche, reste pente et loi de pesanteur.</p>
<p>Notons toutefois qu&#8217;être au milieu des circonstances et en tirer quelque chose s&#8217;approchant d&#8217;une essence &#8220;divine&#8221;, reste la plus difficile des démarches en ce qu&#8217;elle nécessite une certaine dose d&#8217;indifférence à l&#8217;évènement qui vous tire pourtant à lui par tous vos sens. Il n&#8217;est pas sûr en effet que Robert Capa juché sur son tertre pour prendre sa photo la plus célèbre,</p>
<p><img id="image674" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/10/capa_espagne.jpg" alt="capa_espagne.jpg" width="500" height="375" /></p>
<p>fut réellement impliqué dans l&#8217;évènement. Toutes sortes d&#8217; impératifs de composition, d&#8217;éclairage et de cadrage devaient exiger mise à distance et retrait du conflit au sein duquel le photographe demeurait pourtant physiquement présent. &#8220;Si ta photo est mauvaise, c&#8217;est que tu ne t&#8217;es pas assez approché du danger&#8221; avait-il coutume de dire. Le plus extraordinaire aurait été qu&#8217;au coeur même d&#8217;un chaos où il pouvait mourir à chaque instant, Capa fut aussi retiré au coeur de lui même qu&#8217;un Georges de la Tour réfugié au plus loin vers la bougie de son intérieur nocturne. D&#8217;où cette conclusion que rien ne pourrait rien contre vous puisque même la chose qui peut vous tuer porte en elle comme un reflet de votre propre essence inaltérable.</p>
<p>Doit -on en ce cas atteindre la plus extrême indifférence qui ferait de moi un phénomène d&#8217;égoisme? On pourrait alors suggérer qu&#8217;être perturbé par l&#8217;évènement serait une façon de penser à notre personne, entendons, notre pauvre petit personnage de chaire et d&#8217;os, tant celui-ci se trouve affecté par le contexte.</p>
<p>Au moment où j&#8217;écris cela, quelques personnes m&#8221;expriment leur crainte d&#8217;une éventuelle pandémie de grippe.</p>
<p>Si je me dis en effet que le virus H1N1 peut me tuer, je tremble pour ma personne. Mais si je le regarde au microscope et m&#8217;extasie sur la beauté de son apparence que je trouve digne des plus belles peintures d&#8217;un Wols</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1642" title="h_4_ill_1187317_897c_virus" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/h_4_ill_1187317_897c_virus.jpg" alt="" width="385" height="484" /></p>
<p>je tremble déjà moins pour ma carcasse.</p>
<p>Je rêve à l&#8217;artiste (Me le dire s&#8217;il existe et il doit sûrement exister) continuant de créer en se servant des représentations du danger viral ou microbien dont il sait qu&#8217;il lui sera fatal. Un célèbre humoriste</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1661" title="desproges" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/desproges.jpg" alt="" width="500" height="510" /></p>
<p>avait dit-on le courage de plaisanter sur ce qui le tuait à petit feu, là s&#8217;instaure l&#8217;authentique volonté de puissance, quand la présence de la menace létale d&#8217;une force naturelle devient la matière même de mon rêve ou de mon rire.</p>
<p>Matière, cela s&#8217;entend, constituée de fragments brisés car quand de la peur j&#8217;extrais la beauté</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1688" title="poste" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/poste.jpg" alt="" width="645" height="395" /></p>
<p>je fais d&#8217;une potentialité mortelle, une amphore brisée</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1689" title="10" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/10.jpg" alt="" width="645" height="444" /></p>
<p>et avec d&#8217;autres tessons de vases, j&#8217;édifie peu à peu le mont du haut duquel</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1690" title="8" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/8.jpg" alt="" width="645" height="445" /></p>
<p>je verrai peut-être un petit pan de la ville éternelle.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1712" title="h1n1-32" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/06/h1n1-32.jpeg" alt="" width="660" height="439" /></p>
<p>et alors je ne tremblerai plus du tout pour ma vie, du moins l&#8217;espace de quelques instants car être pour de bon délivré de la peur, demanderait d &#8216;être pour toujours délivré du besoin de faire des phrases et des images.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>NUAGES FLOTTANTS.</title>
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		<pubDate>Thu, 06 Nov 2008 21:30:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Art contemporain]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature]]></category>
		<category><![CDATA[Philosophie esthétique]]></category>
		<category><![CDATA[a]]></category>
		<category><![CDATA[Ajouter un tag]]></category>
		<category><![CDATA[étapes de l'hitoire de l'art]]></category>
		<category><![CDATA[tentatvi]]></category>

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		<description><![CDATA[En lisant un article sur une exposition dernièrement consacrée à César,

je me suis souvenu avoir entendu celui-ci déclarer qu&#8217;

&#8216;autant il détestait les extrêmes en politique autant il les trouvait souhaitables en matière d&#8217;art. L&#8217;assertion peut sembler des plus spécieuses car on ne voit pas pourquoi ce qui serait néfaste en politique devrait être bénéfique en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En lisant un article sur une exposition dernièrement consacrée à César,</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/11/1.jpg" alt="" title="1" width="250" height="339" class="alignnone size-full wp-image-1376" /></a></p>
<p>je me suis souvenu avoir entendu celui-ci déclarer qu&#8217;</p>
<p><span id="more-1304"></span><br />
&#8216;autant il détestait les extrêmes en politique autant il les trouvait souhaitables en matière d&#8217;art. L&#8217;assertion peut sembler des plus spécieuses car on ne voit pas pourquoi ce qui serait néfaste en politique devrait être bénéfique en art. Il ne semble pas qu&#8217;un type particulier d&#8217;activité fut visé par les mythes et fables des anciens qui voyaient un principe d&#8217;autodestruction</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1371" title="chutical" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/11/chutical.jpg" alt="" width="410" height="227" /></p>
<p>dans toute volonté d&#8217;atteindre les extrêmes.</p>
<p>Concernant Cesar, observons d&#8217;emblée que si la méconnaissance de la limite le porta vers le gigantisme, elle le mena aussi vers un principe tout autant contestable qui fut de méconnaître le cloisonnement des activités. Le travail d&#8217;un sculpteur ne rejoindra jamais celui d&#8217;un ferrailleur, abolir l&#8217;étancheité des parois séparant les deux activités, c&#8217;est assurer la prédominance du ferrailleur mais sûrement pas celle du sculpteur,</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1337" title="img863" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/img863.jpg" alt="" width="450" height="686" /></p>
<p>l&#8217;activité artistique étant de quête trop délicate pour résister à la rudesse des moyens mis en oeuvre par l&#8217;ouvrier de l&#8217;industrie, du bâtiment ou de la récupération.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1372" title="cesar-ferrailles" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/11/cesar-ferrailles.jpg" alt="" width="600" height="592" /></p>
<p>Remarquons d&#8217;autre part que si l&#8217; on admet généralement que sur un plan éthique les idées les plus extrêmes nous mènent au désastre, la chose sera moins reconnue sur le plan esthétique alors qu&#8217;il serait à cet égard tout de même permis de se demander si l&#8217;étrangeté, la bizarrerie voire l&#8217;extravagance d&#8217;une idée n&#8217;y perd pas en force poétique dès l&#8217;instant où elle connaît le moindre début de réalisation concrète. Un projet peut sembler d&#8217;autant plus beau qu&#8217;il est dément et d&#8217;autant plus dément que personne ne le réalisera.</p>
<p>Les incroyables machines imaginées par certains &#8220;fous littéraires&#8221;</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1318" title="img855" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/img855.jpg" alt="" width="400" height="662" /></p>
<p>me paraissent plus captivantes dans leur fantaisie hallucinante que certaines descendances plus ou moins lointaines</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1329" title="grand-verre" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/grand-verre.jpg" alt="" width="500" height="600" /></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1338" title="chaos9" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/chaos9.jpg" alt="" width="430" height="404" /></p>
<p>Sur ce point, il semblerait que le littéraire autorise des excès que ne permettent pas les arts tombant sous les sens. Montrer un triangle carré est chose visuellement impossible alors que l&#8217;on pourrait fort bien concevoir un récit fantastique ayant pour thème la découverte d&#8217;un triangle carré. On n&#8217; a encore jamais vu de statues qui bougent  (Il s&#8217;agirait en ce cas d&#8217;automates) ou de portraits qui parlent, le générique de l&#8217;émission &#8220;d&#8217;art d&#8217;art&#8221;  (&#8217;&#8221;De l&#8217;art? MMMH! J&#8217;adore!&#8221;) en dit assez long sur la stupide laideur d&#8217;une telle éventualité. On verra pourtant plus bas que ce qui est impossible au plasticien ne l&#8217;est pas pour l&#8217;illustrateur et l&#8217;écrivain.</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/12/merimee.jpg" alt="" title="merimee" width="315" height="482" class="alignnone size-full wp-image-1400" /></a></p>
<p>Si l&#8217;on accorde à Henri Michaux que la réalisation littéraire d&#8217;une idée poétique est déjà une amorce de son altération, il faut alors en déduire que sa concrétisation matérielle achèvera de la gâter. Tout ce qui concrètement se réalise déçoit parce que tout ce qui s&#8217;incarne déchoit. Il y a déjà forte dégradation dans la possession visuelle et qui vire à l&#8217;écoeurement dans la possession physique. Dès lors, la littérature devient l&#8217;art supérieur par excellence parce que tuant la chair pour s&#8217;affirmer, elle bloque à temps un tel principe d&#8217;entropie. On comprendra ainsi d&#8217;autant mieux ce qualificatif de &#8220;poète&#8221; que Balzac mît dans la bouche de Poussin à propos d&#8217;un Frenhoffer incapable d&#8217;aboutissement pour être trop épris de puissance.</p>
<p>La conclusion logique est qu&#8217;il faudrait ne rien faire afin que la moindre idée, le moindre projet nous replace dans cette immensité de nos premières années.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1292" title="karl_k_hnle_4" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/09/karl_k_hnle_4.jpg" alt="" width="500" height="428" /></p>
<p>La paresse pourrait alors s&#8217;auréoler de la quête d&#8217;un passé perdu dont le futur ne serait que caricature et amoindrissement.</p>
<p>Mais outre que la connotation paienne de pareille conception me rebute, force est d&#8217;admettre que la stérilité est autant aveu d&#8217;impuissance que l&#8217;accumulation est forme de faiblesse. Un troisième terme pourrait alors s&#8217;esquisser si nous gardons présent à l&#8217;esprit que obnubilé par l&#8217;acte au point de le confondre avec la puissance, nous en oublions la retenue ascétique que devrait entraîner une juste compréhension de celle-ci.</p>
<p><a  href="http://falcophil.info/blog/quod-ergo-deus-coniunxit/">Il a déjà  été vu que l&#8217;art de l&#8217;icône dépassa cette brutale ambivalence entre la chair et l&#8217;esprit</a>, nous pourrions en conséquence, à notre modeste niveau, proposer ce très pâle avatar de l&#8217;icône qu&#8217;est l&#8217;informatique, laquelle après tout contient elle aussi irradiation et lumières (voire aussi des icônes quoique de façon fort dégradée!!!), l&#8217;ensemble enveloppant des choses non présentes dans leur indéniable présence. </p>
<p><img id="image148" height=300 width=350 alt=p1010149.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/02/p1010149.jpg" /></p>
<p>Installés donc sur un nuage flottant, nous partons ainsi en quête d&#8217;autres nuages flottants pour en revenir à ce fort discutable passage de la puissance à l&#8217;acte dont nous voudrions donner un autre exemple en rappelant que par ses pouces ou ses mains géantes, César n&#8217;avait en fait rien inventé, les altérations de proportion, de décuplement ou d&#8217;involution, n&#8217;étant que vieux fantasmes. Si notre époque a  parfois pu relancer le thème de façon fort convaincante, revu par césar , il n&#8217;est plus que faible avorton de certains voyages.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1316" title="img854" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/img854.jpg" alt="" width="600" height="587" /></p>
<p>que l&#8217;on ne saurait trop conseiller de relire car d&#8217;une part les images qui les illustrent ne suivent pas l&#8217;inspiration qui les conçut, ce qui permettrait d&#8217;autre part de voir combien auprès de Brobdingnag, les pouces de Cesar dépassent à peine le niveau du parc d&#8217;attraction. Du gigantisme, on conserve encore maintes traces</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1320" title="img858" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/img858.jpg" alt="" width="630" height="425" /></p>
<p>qui nous font comprendre que la démesure est souvent là pour pallier la carence d&#8217;un imaginaire beaucoup plus proche de l&#8217;essoufflement et du déclin que de la vigueur et de l&#8217;élan.</p>
<p>Nous est alors donné un autre aspect de la vraie puissance d&#8217;autant plus forte qu&#8217;elle est contenue dans de stricte limites d&#8217;espace et de temps, tout ce qui s&#8217;étend au travers de ces deux dimensions, dans la plupart des cas n&#8217;empruntant qu&#8217;une voie de déliquescence.</p>
<p>Rappelons par ailleurs que le pouce géant de César fut déjà imaginé au XIXème siècle par le dessinateur Jean-Isidore Grandville, dans son ouvrage fantastique &#8220;Un autre monde&#8221; .</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1319" title="img857" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/img857.jpg" alt="" width="620" height="595" /></p>
<p>Se vérifie, pensons nous, cette idée que de la poésie visionnaire au gigantisme décadent , il n&#8217;y a qu&#8217;un pas.</p>
<p>Un peintre, avons-nous dit, ne pourrait pas concevoir un portrait doté d&#8217;une voix sans tomber dans le ridicule, la force d&#8217;une peinture étant justement de remplacer la voix. Pourtant, Grandville a pu réaliser cet extrême pour n&#8217;être pas sorti du plan idéal. Dans la partie de l&#8217;ouvrage consacrée à de nouvelles formes d&#8217;art, il concevait ainsi les inventions les plus délirantes comme des tableaux dotés de bras armés menaçant les visiteurs. Confinée au simple niveau de l&#8217;imaginaire, la chose relevait d&#8217;un merveilleux digne de Swift, elle devenait franchement douteuse lorsque l&#8217;artiste italien Michelangelo Salamida s&#8217;en inspira en concevant sa fameuse réalisation intitulée &#8220;la connaissance du bien et du mal&#8221;:</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/cul1.jpg" alt="" title="cul1" width="398" height="306" class="alignnone size-full wp-image-1306" /></a><br />
<em>(Michelangelo Salamida: bas-relief en latex fixé sur plaque d&#8217;émail, présenté à la foire de Bâle de 2002) </em></p>
<p>Reproduction en trois dimensions d&#8217;un postérieur de femme qui vibrait et frétillait avec la même élasticité, lâchant de méphitiques flatulences sur le visiteur s&#8217;approchant d&#8217;un peu trop près pour observer, cette réalisation se trouvait reliée à un tuyau lui même connecté à une machine complexe fabriquant des gaz constitués des mêmes éléments chimiques que ceux produits par nos intestins. Une cellule photosensible inseréé dans le trou anale commandait l&#8217;échappée des gaz. Dans l&#8217;esprit de Salamida, ce &#8220;faux cul&#8221;, réminiscence fort vague d&#8217;un tableau de Courbet</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1330" title="courbetorig" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/courbetorig.jpeg" alt="" width="300" height="247" /></p>
<p>devait reproduire le mythe de la tentation et du péché originel ainsi que le processus par lequel se pérennise le drame de la chute et la nostalgie du paradis perdu.</p>
<p>Salamidà était d&#8217;ailleurs plutôt récidiviste en la matière puisqu&#8217;il avait déjà quelque temps auparavant conçu &#8220;vomica&#8221; la &#8220;dégobilleuse&#8221;.  Machine programmée pour vomir les aliments que l&#8217;on versait dedans, cette réalisation devait selon Salamidà  exprimer l&#8217;aliénation de l&#8217;homme moderne au travers de l&#8217;illusion de sa prétendue liberté.</p>
<p><a  href="http://falcophil.info/blog/propos-oiseux-desthete/#comment-185">De cette folle invention qui fût déjà évoquée à l&#8217;occasion d&#8217;un article précédent,</a> la plupart pensèrent qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un canular forgé par moi, la chose étant trop absurde pour pouvoir être vraie. Mais c&#8217;était précisément parce que la chose était d&#8217;une stupidité totale que s&#8217;il elle ne méritait pas d&#8217;être créée, elle méritait néanmoins d&#8217;être écrite. De même, la machine à manger inventée par Chaplin dans les temps moderne</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1309" title="temps-modernes" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/temps-modernes.jpg" alt="" width="500" height="453" /></p>
<p>présentait toutes les raisons d&#8217;être filmée parce qu&#8217;elle n&#8217;avait aucune raison d&#8217;exister. Ce ne fut pourtant pas ce genre de considération qui arrêta Michelangelo Salamidà lequel s&#8217;inspirant de Chaplin voulut pousser encore plus loin l&#8217;absurdité en créant sa machine à dégueuler. </p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/11/vomica3.jpg" alt="" title="vomica3" width="335" height="409" class="alignnone size-full wp-image-1382" /></a><br />
<em>(Michelangelo Salamidà: &#8220;Vomica&#8221; ou la machine à dégueulis, maquette de la première version de 1990, dîte à &#8220;point d&#8217;impact sidéral&#8221;, fonte, plastique et oeil electronique)</em></p>
<p>Une fois encore, on ne peut que constater le caractère spécieux d&#8217;une démarche qui à vouloir une réalisation matérielle des idées les plus absurdes, les prive des lors, de tout impact poétique car l&#8217; on conviendra sans peine que c&#8217;est un abime qui sépare Charlie Chaplin de Salamida.</p>
<p>On pourrait de tout cela déduire que le droit à l&#8217;existence de nos idées les plus idiotes serait proportionnel à nos dons littéraires. Les idées puériles d&#8217;un plasticien resteront toujours puériles alors que seule la littérature semble pouvoir sauver un auteur de son infantilisme. Lewis Carroll était certainement infantile, il n&#8217;a pourtant pas réaliser d&#8217;oeuvre infantile, je n&#8217;en dirais cependant pas autant de Miro ou de Niki de Saint Phalle.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1339" title="img864" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/img864.jpg" alt="" width="500" height="849" /></p>
<p>Ou même encore d&#8217;un Murakami</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/11/murakami1.jpg" alt="" title="murakami1" width="300" height="300" class="alignnone size-full wp-image-1379" /></a></p>
<p>Nous continuerons à vérifier l&#8217;exactitude de l&#8217;assertion en décrivant cette autre machine présentée par l&#8217;allemand Wolfgang Preiss à la dernière foire de Milan.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1342" title="wolfgang-preiss" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/wolfgang-preiss.jpg" alt="" width="237" height="304" /><br />
<em>(Wolgang Preiss: &#8220;I want to know&#8221;, 2006) </em></p>
<p>Le principe d&#8217; &#8220;I want to know&#8221; est assez simple. Vous glissez à l&#8217;intérieur de la machine une photo de vous récente tout en ayant au préalable pris soin de déposer sur l&#8217;image un peu de votre salive, puis, suivant le chiffre que vous aurez composé à l&#8217;aide d&#8217;un clavier, 10, 20, 30 ou 40, la machine vous restitue votre photo accompagnée d&#8217;une autre image vous présentant votre visage vieilli de 10, 20, 30 ou 40 ans. J&#8217;ai voulu tenter l&#8217;expérience en introduisant une photo de moi prise l&#8217;année dernière</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1343" title="pentax06" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/pentax06.jpeg" alt="" width="500" height="692" /></p>
<p>puis, après avoir composé le 25 j&#8217;ai pu obtenir en quelques secondes l&#8217;image de ma figure vieillie de 25 ans.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1349" title="preiss" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/preiss.jpeg" alt="" width="500" height="701" /><br />
<em>(Wolgang Preiss: instantané issu de &#8220;I want to know&#8221;, Milan , Octobre 2008) </em></p>
<p>Il faut préciser que ladite machine semble fonctionner de façon très fiable. Conçue en collaboration avec des savants, ingénieurs, médecins, anatomistes et informaticiens, c&#8217;est à partir de vos traits présents et du code génétique contenu dans votre salive que ce bizarre appareil est capable d&#8217;extrapolations par lesquelles un programme informatique déduira de quelle manière doit évoluer l&#8217;altération de votre physionomie.</p>
<p>Ce qu&#8217;une telle machine peut recéler d&#8217;intéressant est qu&#8217;elle montre à quel point l&#8217;infantilisme peut aller se nicher jusque dans les conceptions les plus ingénieuses. Vouloir voyager dans l&#8217;avenir n&#8217;est ce pas un rêve d&#8217;enfant ? Encore une fois, Herbert Georges Wells fît un rêve puéril</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1341" title="wells" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/wells.jpg" alt="" width="200" height="332" /></p>
<p>mais qui eût pour résultat quelque chose qui ne l&#8217;est pas.</p>
<p>Wolfgang Preiss est non seulement puéril mais il a de plus fabriqué une oeuvre puérile car l&#8217;on serait bien en droit de se demander où est l&#8217;intérêt de vouloir vieillir de 25 ans en quelques secondes. Preiss s&#8217;est contenté de hausser les épaules, façon de me dire que je posais des questions stupides et qu&#8217;en tout état de cause, il n&#8217;appartenait qu&#8217;à moi de trouver la réponse.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1342" title="wolfgang-preiss" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/wolfgang-preiss.jpg" alt="" width="237" height="304" /></p>
<p>Le scientifique pourra voir dans cette invention un exemple de déterminisme de type laplacien. Le philosophe pourra plutôt penser à tel aphorisme de Cioran selon qui la vieillesse n&#8217;est que punition d&#8217;avoir vécu ou tel autre de Nietzsche observant qu&#8217;une imagination assez forte pour nous rendre capable de nous représenter un visage vieilli de 40 ans nous permettrait de traverser la vie sereinement.</p>
<p>Il s&#8217;agirait autrement dit d&#8217;une machine propre à donner la sagesse, la plupart des machines nous frappant de décervelage et d&#8217;addiction, la création de Weiss constituerait ainsi une première.</p>
<p>Quelle fardeau de sagesse était-je donc capable de supporter? C&#8217;était au fond la seule question essentielle que je me posais tout en ne pouvant détacher mes yeux médusés de cette image de mon futur.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1349" title="preiss" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/preiss.jpeg" alt="" width="500" height="701" /></p>
<p>J&#8217;avais beau me dire que tout cela ne dépassait pas le niveau d&#8217;un divertissement de fête foraine, ce fut avec un surcroît de nausée qu&#8217;après avoir composé le 30 , je découvris ma tête à l&#8217;age de 80 ans.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1350" title="preiss2" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/preiss2.jpeg" alt="" width="500" height="701" /></p>
<p>Bien sûr, je restai quelque peu incrédule mais d&#8217;une certaine manière la machine me démontrait que j&#8217;étais loin d&#8217;être un sage car c&#8217;est assurément un manque de sagesse que de refuser d&#8217;accepter l&#8217;inéluctable laideur et déchéance physique que nous réserve l&#8217;avenir.</p>
<p>Et puis, me rappelant que c&#8217;était la meilleure forme de sagesse que de se dire que l&#8217;on était tout sauf un sage, j&#8217;eus comme une illumination qui dissipa toute peur de l&#8217;avenir, durant certes un très bref laps de temps mais tout de même suffisant pour m&#8217;inciter à taper le 40.</p>
<p>M&#8217;apprêtant donc à connaître l&#8217;état de mon visage à 87 ans, vous jugerez de mon désappointement lorsque la machine me renvoya cette image.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1307" title="john-derrick-blue-sky" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/john-derrick-blue-sky.jpg" alt="" width="440" height="660" /></p>
<p>Preiss fut incapable de me donner une explication. La machine présentait parfois de ces défaillances qui donnaient ce genre de résultat. Peut-être existait-il un blocage au niveau de l&#8217;encrage ? Ou encore, l&#8217;ordinateur ne parvenait-il plus à pronostiquer l&#8217;évolution de mes traits au delà d&#8217;une certain temps ? Le monochrome pouvait fort bien signifier la couleur de l&#8217;absence.<br />
A ma question de savoir si l&#8217;absence dont il parlait signifiait &#8220;trépas&#8221;, il répondit &#8220;Peut-être&#8221;.<br />
A mon autre question de savoir pourquoi ce trépas était de couleur bleu ciel, l&#8217;usage voulant que pour la représentation de la mort un chromatisme triste ou sombre fut plus approprié, il ne trouva rien d&#8217;autre à dire que</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1307" title="john-derrick-blue-sky" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/john-derrick-blue-sky.jpg" alt="" width="440" height="660" /></p>
<p>n&#8217;être plus de ce monde n&#8217;était au fond pas si dramatique.</p>
<p>Il me suggéra de retenter l&#8217;expérience mais sentant aussitôt l&#8217;arnaque car plus ont souhaitait voir loin dans le temps plus il fallait payer cher, j&#8217;allais voir ce que l&#8217;on exposait au stand voisin où je découvris que pour beaucoup d&#8217;autres, l&#8217;outre tombe présentait également la couleur de l&#8217;azur puisque l&#8217;on proposait les mêmes monochromes.</p>
<p>On m&#8217;informa alors que je n&#8217;y étais pas du tout. Ces autres monochromes, quoique de même couleur n&#8217;étaient pourtant point de création mécanique mais bel et bien faits de main humaine, ayant pour auteur un peintre espagnol du nom de Luis Zamora.</p>
<p>Une première huile sur toile décrivait ainsi le ciel après le passage d&#8217;un oiseau</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1313" title="cadre-empire-grand-format-2" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/cadre-empire-grand-format-2.jpg" alt="" width="491" height="573" /></p>
<p>La seconde toile voulait évoquer la pensée de Yves Klein sautant dans le vide</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1313" title="cadre-empire-grand-format-2" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/cadre-empire-grand-format-2.jpg" alt="" width="491" height="573" /></p>
<p>La troisième se proposait d&#8217; illustrer la couverture d&#8217; un roman de Georges Bataille</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1313" title="cadre-empire-grand-format-2" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/cadre-empire-grand-format-2.jpg" alt="" width="491" height="573" /></p>
<p>La Quatrième peinture ne voulait pas être une oeuvre d&#8217;art mais rien d&#8217;autre qu&#8217;une couleur bleue étalée sur une surface plane.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1307" title="john-derrick-blue-sky" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/john-derrick-blue-sky.jpg" alt="" width="660" height="440" /></p>
<p>Commentaire du catalogue accompagnant l&#8217;exposition : <em>&#8220;Le tour de force de Luis Zamora est de nous montrer que quatre objets absolument identiques, en l&#8217;occurrence une surface recouverte d&#8217;une couleur bleue ciel peut se révéler être différente suivant l&#8217;intention qui préside à sa création, ainsi les trois premiers tableaux présentent-ils un travail artistique ( Un paysage, un portait psychologique et l&#8217;illustration d&#8217;un roman) alors que le 4eme ne l&#8217;est point puisqu&#8217;il n&#8217;est rien d&#8217;autre qu&#8217;une couleur bleu ciel étalée sur une toile.&#8221; </em><br />
Loin de moi l&#8217;idée de me gausser de ce travail qu&#8217;il serait d&#8217;ailleurs injuste de qualifier d&#8217;inintéressant car il nous interpelle tout de même quelque part mais il eût alors mérité mieux qu&#8217;un tel commentaire ayant de façon plutôt fort médiocre pillé Arthur Danto. Je renvois donc au remarquable livre du philosophe américain</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1334" title="img861" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/img861.jpg" alt="" width="526" height="780" /></p>
<p>si plein lui aussi de ces fantaisies délicieusement délirantes pourvu qu&#8217;elles demeurent sur le papier.<br />
C&#8217;est du moins le conseil que l&#8217;on aurait pu donner à John Freiman s&#8217;échinant à reproduire l&#8217;oeuvre de Fra Angelico et dont les travaux ont également été présentés à la dernière foire de Milan.</p>
<p>Cattelan qui avait transporté une fameuse et fort quelconque enseigne de Californie en Sicile,</p>
<p>s&#8217;était en fait platement inspiré du projet infiniment plus fou de Freiman qui depuis le début des années 80 a entrepris de construire à l&#8217;identique l&#8217;une des plus célèbres constructions de Florence, le couvent de San Marco, quelque part sur les plus hauts sommets du grand Canyon, la prestation ayant été sponsorisée par la firme Monsanto</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/11/freiman3.jpg" alt="" title="freiman3" width="630" height="361" class="alignnone size-full wp-image-1378" /></a><br />
<em>(John Freiman, &#8220;Le couvent de San Marco&#8221;, actuellement en cours de réalisation, les travaux ayant débuté en 1983. Desert de l&#8217;Arizona, grand canyon, à noter que le gazon est d&#8217;origine transgénique )</em></p>
<p>Et de reproduire fidèlement les fresques de Fra Angelico à l&#8217;intérieur de chaque cellule, lesquelles sont également reconstruites à l&#8217;identique</p>
<p>Sur le plan technique la prouesse de Freiman force l&#8217;admiration car sans la précision ajoutée en Italique, on ne saurait distinguer l&#8217;original de la copie.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1323" title="img860a" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/img860a.jpg" alt="" width="630" height="446" /><br />
<em>(Fra Angelico :&#8221;Crucifixion, Florence vers 1450)</em></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1323" title="img860a" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/img860a.jpg" alt="" width="630" height="446" /><br />
<em>(John freiman : &#8220;Crucifixion&#8221;, Arizona, grand Canyon 1995)<br />
</em></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1324" title="img860b" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/img860b.jpg" alt="" width="562" height="642" /><br />
<em>(Fra Angelico : &#8220;La Cène&#8221;, Florence vers 1450)</em></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1324" title="img860b" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/img860b.jpg" alt="" width="562" height="642" /><br />
<em>(John Freiman : &#8220;La cène&#8221;, Arizona, Grand Canyon, 1997)</em></p>
<p>Pourtant, là encore, il eût fallu tout le talent d&#8217;un Borges pour rendre compte de cette idée que les deux oeuvres quoique identiques sont cependant fort dissemblables. C&#8217;est un manque d&#8217;acuité intellectuelle qui nous porterait à croire que le travail de Freiman n&#8217;est qu&#8217;une simple copie de Fra Angelico. Celui-ci conçut pour des religieux au coeur de l&#8217;Europe chrétienne une oeuvre finançée par l&#8217;Eglise catholique, tandis que Freiman forge à des fins purement conceptuelles au coeur du désert de l&#8217;Arizona, une oeuvre finançée par une multinationale<br />
Une oeuvre créée par un moine italien du XV ème siècle sera nécessairement différente de celle d&#8217;un peintre américain du XXIème, homosexuel, libertin et athée, quand bien même la deuxième oeuvre serait la réplique exacte de la première. De catéchisme et d&#8217;édification chez Fra Angelico, l&#8217;oeuvre devient alors polémique, spéculative et philosophique chez Freiman.</p>
<p>Autrement dit si l&#8217;on pousse jusqu&#8217;au bout la thèse de Borges reprise par Danto</p>
<p>L&#8217;oeuvre de Fra Angelico serait plutôt d&#8217;approche grossière, philosophiquement conformiste   ainsi qu&#8217;imprègnée de naïve religiosité populaire</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1328" title="img860c" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/img860c.jpg" alt="" width="610" height="747" /><br />
<em><br />
(Fra Angelico: &#8220;Entrée du Christ à Jérusalem, Florence 1450)</em></p>
<p>Tandis que celle de Freiman est audacieuse et de très subtile approche en ce qu&#8217;elle allie à la fois la complexité d&#8217;une démarche philosophique et la quête du passé artistique, poétique au plus point en ce qu&#8217;elle tente de sceller l&#8217;union entre deux mondes antagonistes, </p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/11/freiman3.jpg" alt="" title="freiman3" width="630" height="361" class="alignnone size-full wp-image-1378" /></p>
<p>les décors du quattrocento et les paysages du far-west, la fresque italienne et le western, l&#8217;univers d&#8217;Alberti et celui de John Wayne</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1328" title="img860c" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/img860c.jpg" alt="" width="610" height="747" /><br />
<em><br />
(Freiman: &#8220;Entrée du Christ à Jérusalem, Arizona , Grand Canyon , 1999)</em></p>
<p>Mais si Danto ne présente certes pas le talent narratif d&#8217;un Borges, c&#8217;est tout de même avec une certaine saveur qu&#8217;il nous commente le Pierre Ménard et son Quichotte, saveur qui hélas ne se retrouve pas dans la présentation des travaux de Freiman.</p>
<p>La problématique de la mimesis devrait pourtant donner lieu à des analyses plus rigoureuses car de toute évidence elle ne cesse de captiver les plasticiens. Nous avons ainsi retrouvé à cette foire Jean Paul Walras, auquel nous avions déjà consacré un billet. Il n&#8217;a eu droit lui aussi qu&#8217;à un médiocre texte aux arguments éculés <a  href="http://falcophil.info/blog/walras-entre-mondrian-et-la-lcr/">dont nous avions déjà retranscrit l&#8217;essentiel</a>. Bien dommage car si Walras poursuit son travail dans la veine qui l&#8217;a fait connaître, la Foire de Milan fut pour lui l&#8217;occasion de renouveler une vieille technique comme l&#8217;art de la fresque par une vaste composition murale réalisée il y a tout juste un an, au titre étrangement prophétique</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1344" title="spread" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/spread.jpg" alt="" width="483" height="417" /><br />
<em>( Jean Paul Walras: &#8221; Prémonition de la crise de 2008&#8243; , fresque, peinture murale , juin 2007) </em></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1370" title="walras-fresque2" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/11/walras-fresque2.jpeg" alt="" width="630" height="370" /></p>
<p>Walras n&#8217;hésite d&#8217;ailleurs pas à laisser tomber ses pinceaux en travaillant la matière informatique par des installations reliées aux grandes places financières intenationales</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1345" title="walras" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/walras.jpg" alt="" width="180" height="140" /><br />
<em>( Jean-Paul Walras: &#8221; En direct avec Wall Street&#8221;, installation informatique, 2008)</em></p>
<p>N&#8217;oubliant pas en effet la condition fortunée de ses acheteurs toujours en quête d&#8217;un placement, Walras leur permet du même coup un suivi en direct de l&#8217;évolution du dow jones ou du CAC 40.</p>
<p>Encore ce dernier avait-il pu s&#8217;appuyer sur un semblant de critique, ce qui ne fut pas le cas de tous les autres vus à cette foire, trop inconnus pour bénéficier d&#8217;un rudiment d&#8217;appui littéraire.</p>
<p>Mes faibles talents pour écrire ne peuvent hélas suppléer à cette carence, aussi ne pourra t-on évoquer qu&#8217;en vitesse quelque unes des nombreuses autres curiosités présentées lors de cette manifestation.</p>
<p>Depuis 1999 le brésilien Joao Paulo Antunès propose des oeuvres connectées à des caméra de vidéo-surveillance. L&#8217;oeuvre consiste à présenter un écran sur lequel le spectateur se voit de dos en train de regarder ce même écran qui, curieusement, a disparu du mur sur lequel il est pourtant accroché.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1346" title="salle-ui" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/salle-ui.jpg" alt="" width="461" height="536" /></p>
<p>Les écrans peuvent d&#8217;ailleurs présenter une autre configuration par laquelle les spectateurs regardant l&#8217;oeuvre auront disparu</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1348" title="antunes" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/antunes.jpg" alt="" width="461" height="537" /></p>
<p>tandis que l&#8217;oeuvre est bien fixée au mur et qu&#8217;elle montre les spectateur qui cette fois-ci sont présents mais en train de regarder un mur nu d&#8217;où l&#8217;oeuvre a de nouveau disparu.</p>
<p>L&#8217;un des principaux tenants de l&#8217;actuel avant-garde russe, Oleg Bondartchouk se distingue par cette particularité de ne jamais exposer ses oeuvres à l&#8217;intérieur du bâtiment qui l&#8217;accueille mais juste à l&#8217;entrée où il déverse le contenu de sa poubelle.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1374" title="p1030500b" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/11/p1030500b.jpg" alt="" width="620" height="415" /><br />
<em>(Oleg Bondartchouk: poubelle renversée, Milan FAC, 2008)</em></p>
<p>Le roumain Emil Atanasiù a  quant à lui fondé tout son travail sur un seul thème: la progression de sa calvitie qu&#8217;il ne cesse de scruter année après année, jour après jour, cheveux après cheveux, en une angoisse obsessionnelle</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1358" title="milan6" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/11/milan6.jpg" alt="" width="630" height="444" /></p>
<p><em>( Emil Atanasiu: &#8220;alopecia progression, 7 steps&#8221; 2008&#8243;)</em></p>
<p>qui nous paraîtrait futile si elle ne nous apparaissait pas comme un écho de cette sourde peur de notre déchéance évoquée par la machine de Preiss</p>
<p>Le suédois Jorg Bjornson, transforme l&#8217;espace qui lui est imparti en véritable étalage de supermarché où les visiteurs peuvent faire leurs courses aussi naturellement que dans un magasin Carrefour.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1359" title="milan-6" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/11/milan-6.jpg" alt="" width="347" height="451" /><br />
<em>( Jorg Bjornson, étalage de tomates et de piments, installation, FIAC Paris 2007) </em></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1364" title="milan-8" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/11/milan-8.jpg" alt="" width="400" height="266" /><br />
<em>(Bjornson; &#8220;étalage de pots de confiture, présenté en 2006 palais de Tokyo)<br />
</em></p>
<p>Oeuvres d&#8217;un réalisme voire d&#8217;un naturalisme très cru renouvelant le thème de la nature morte ainsi que l&#8217;étude de moeurs</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1360" title="milan-7" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/11/milan-7.jpg" alt="" width="505" height="330" /><br />
<em>(Bjornson , installation, biennale de Venise : 2006)</em></p>
<p>Précisons que pour pouvoir pleinement apprécier le travail de Bjornson, il est nécessaire d&#8217;être muni d&#8217;un panier ou d&#8217;un caddie et de consommer.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1362" title="img8661" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/11/img8661.jpg" alt="" width="630" height="306" /></p>
<p><em>( Bjornson: étalage, FAC de Milan, septembre 2008)<br />
</em></p>
<p>Des caisses à l&#8217;entrée de l&#8217;exposition vous permettant de régler vos achats.</p>
<p>Nous sous sommes plus particulièrement attardés à examiner le travail du français Alain Rocher dont les oeuvres sont à la fois de minutieuses recherches d&#8217;organisation plastique mais qui se veulent par ailleurs de valeur didactique et pédagogique car toutes axées sur les principales et diverses étapes de l&#8217;histoire de l&#8217;art.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1363" title="img869" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/11/img869.jpg" alt="" width="630" height="934" /><br />
<em>(Alain Rocher: &#8220;principaux artistes baroques&#8221;, , acrylique sur toile, 2004)<br />
</em></p>
<p>Beaucoup d&#8217;autres étaient présents que nous ne pouvons malheureusement évoquer dans cet article déjà trop long.</p>
<p>Nous n&#8217;irons pas plus loin dans ces quelques exemples où sont appliqués à de pauvres petites prestations plastiques, les principes de la grande bibliothèque borgienne. Sachant qu&#8217;en matière d&#8221;art contemporain on ne fera jamais mieux que tout ce qui fut conçu sur une certaine ile flottante,</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1347" title="laputa" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/10/laputa.jpg" alt="" width="422" height="600" /></p>
<p>nous voudrions conclure en soulignant une fois de plus que s&#8217;il est nécessaire d&#8217;extérioriser sa bêtise, alors la littérature devient vitale en ce qu&#8217;elle sauve le monde parce qu&#8217;elle rend toute chose plus légère qu&#8217;une ombre.</p>
<p>Falcophil</p>
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		<item>
		<title>COSMOS et PAPIER-CUL.</title>
		<link>http://falcophil.info/blog/cosmos-galaxies-et-papier-cul/</link>
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		<pubDate>Mon, 11 Jun 2007 20:36:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Philosophie esthétique]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;autre jour, au supermarché, j&#8217;ai demandé du papier-cul de couleur vert pistache et bleu outremer mais il me fût répondu qu&#8217;il n&#8217;y en avait pas. Le vendeur voyant mon air déçu me demande alors si la couleur est vraiment importante et comme je lui réponds que c&#8217;est pour faire des photos , je devine tout [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;autre jour, au supermarché, j&#8217;ai demandé du papier-cul de couleur vert pistache et bleu outremer mais il me fût répondu qu&#8217;il n&#8217;y en avait pas. Le vendeur voyant mon air déçu me demande alors si la couleur est vraiment importante et comme je lui réponds que c&#8217;est pour faire des photos , je devine tout de suite qu&#8217;il ne me croît pas tout à fait normal. Bien sûr, pour la plupart des gens le  papier-cul rime  avec leur trou de balle, ce qui est compréhensible étant donné que la majeure partie de leur pensée est connectée à leur ventre.</p>
<p>C&#8217;est qu&#8217;on peut pourtant voyager avec du papier-cul, aller même bien plus loin que Marrakech ou New-Yorck, cette photo par exemple  </p>
<p><img id="image359" height=300 width=400 alt=img430.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/06/img430.jpg" /></p>
<p>a été réalisée avec, entre-autre, un petit bout de papier -cul </p>
<p>Oui, je sais , on va dire que je rabâche mais c&#8217;est que je tiens à rester fidèle à ma réputation de photographe des chiottes et d&#8217;obsédé fécal. J&#8217;avais déjà parlé de l&#8217;art de photographier dans les chiottes, ici, je voudrais simplement parler de quelque chose d&#8217;encore plus ardu.</p>
<p><span id="more-355"></span></p>
<p>Ceux qui la dernière fois m&#8217;ont vanté les mérites d&#8217;une certaine Sophie Calle s&#8217;abstiendront de lire ces lignes, elles ne sont pas pour eux car quand on aime une photographe qui réunit la nullité des images et la nullité littéraire,</p>
<p><img id="image365" height=400 width400 alt=louvre.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/06/louvre.jpg" /></p>
<p> je ne pense pas que l&#8217;on s&#8217;interesse vraiment au seul art qui vaille, celui consistant à doser le cosmos et le papier-cul.</p>
<p>Depuis &#8221; La naissance de la tragédie&#8221;, on a souvent droit à ce poncif suivant lequel l&#8217;art est  équilibre précaire entre l&#8217;apollinien et le dionysiaque, il faut je pense aller plus loin et soutenir qu&#8217;à un niveau plus profond, l&#8217;art est avant tout équilibre entre le cosmos et le papier cul.<br />
Expliquer celà permettra d&#8217;abord de comprendre pourquoi cette photo est un echec.</p>
<p><img id="image359" height=400 width=520 alt=img430.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/06/img430.jpg" /></p>
<p>Car c&#8217;est un fait, j&#8217;ai échoué.<br />
Dans ce travail, il y a trop de cosmos et pas assez de papier cul ou du moins, la présence du papier-cul n&#8217;y est pas assez forte, peut-être qu&#8217;un peu de merde sur le papier-cul m&#8217;aurait facilité une plus grande réussite esthétique mais avant de me  reprocher d&#8217;être sordide, attendez du moins que je m&#8217;explique.  </p>
<p>Il faudrait toujours s&#8217;efforcer d&#8217;appliquer ce principe qui veut qu&#8217;au plus loin que l&#8217;on aille, on ne doit jamais oublier d&#8217;emporter<br />
 un peu de papier cul avec soi et celà afin que les contrées les plus lointaines ne deviennent pas d&#8217;impact moyen pour être justement trop lointaines.<br />
Là est à mes yeux le défaut de certains visionnaires </p>
<p><img id="image377" height=532 width=450 alt=indefinite_divisibility.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/06/indefinite_divisibility.jpg" /></p>
<p>à mon sens  trop dépourvus de papier-cul </p>
<p>Il m&#8217;est à moi aussi arrivé plus d&#8217;une fois de m&#8217;égarer dans quelques lointains cosmiques,</p>
<p><img id="image389" height=433 width=600 alt=img4411.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/06/img4411.jpg" /></p>
<p> en ces endroits sans point d&#8217;appui parce que privés  de papier-cul. </p>
<p>Revenu donc de ces no man&#8217;s land, afin de les rendre un peu plus parlants, c&#8217;est avec du papier-cul que j&#8217;ai dû y retourner.</p>
<p><img id="image371" height=426 width=600 alt=lmonde.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/06/lmonde.jpg" /></p>
<p>Que l&#8217;on prenne à cet égard un objet tel que l&#8217;automobile. </p>
<p>Il semblerait à priori qu&#8217;un tel ustensile soit synonyme de papier-cul car il est très rare qu&#8217;il nous fasse décoller  et nous laisse plutôt à ras de terre.</p>
<p><img id="image376" height=400 width=500 alt=800px-peugeot_407_hdi.jpeg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/06/800px-peugeot_407_hdi.jpeg" /></p>
<p>Il faut reconnaître qu&#8217;en dépit de leurs  voitures, les  hommes, sauf rares exceptions, ne sont guère plus que des rats fonctionnant à l&#8217;essence<br />
mais celà pour la simple raison que les plupart ne veulent mener qu&#8217;une existence de rampant,  incapables de voir autre chose que le papier cul enveloppant leur vie.<br />
Mais ce que le papier cul peut envelopper qui pourra le voir.?<br />
Au coeur du papier-cul, il est pourtant possible de déceler des choses étranges</p>
<p><img id="image375" height=375 width=500 alt=oip1010766.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/06/oip1010766.jpg" /></p>
<p>Peut-être pas très éloignées du cosmos</p>
<p><img id="image397" height=667 width=500 alt=pr010768.jpeg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/07/pr010768.jpeg" /></p>
<p>Mais l&#8217;erreur est,  là encore,  de nous faire oublier la merde dont le papier cul est le réceptacle</p>
<p>Tout est affaire de dosage et le dosage, la majorité semble ne plus savoir ce que c&#8217;est. J&#8217;ai cité plus haut Tanguy<br />
comme exemple d&#8217;erreur ou l&#8217;on est trop cosmique et pas assez papier-cul mais les artistes d&#8217;aujourd&#8217;hui seraient<br />
à l&#8217;inverse beaucoup trop papier-cul oubliant  le cosmique, je ne donnerais pas de nom, la liste serait trop longue mais disons<br />
que certains évènements artistiques présentent une postérité importante :</p>
<p><img id="image151" height=300 width=300 alt=fontaine.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/02/fontaine.jpg" /></p>
<p>Vous remarquerez que je suis tout aussi sévère avec mes propres travaux, par exemple cette photo</p>
<p><img id="image384" height=400 width=520 alt=girafe-1.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/06/girafe-1.jpg" /> </p>
<p>serait encore un echec parce que trop cosmique et pas du tout  papier-cul</p>
<p>alors que celle-ci est, à l&#8217;inverse, avant tout papier-cul et pas du tout cosmique</p>
<p><img id="image385" height=400 width=520 alt=galerie-membregirafegirafe.jpeg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/06/galerie-membregirafegirafe.jpeg" /></p>
<p>On trouvera de moins en moins aujourd&#8217;hui cet équilibre qui tient du miracle entre le cosmos et le papier-cul</p>
<p><img id="image379" height=475 width=374 alt=vermeer_-_the_milkmaid.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/06/vermeer_-_the_milkmaid.jpg" /></p>
<p> Et si le point de jonction entre ces deux extrêmes nous fait défaut, c&#8217;est peut-être parce que nous ne sommes<br />
 plus en mesure de rejoindre l&#8217;état où peuvent s&#8217;unir les antinomies.</p>
<p>Les anciens le désignaient par le mot &#8220;âme&#8221; mais parait-il que nous autres qui sommes plus intelligents avons découvert que celà<br />
n&#8217;existait pas et qu&#8217;à part la matière, il n&#8217;y avait rien.</p>
<p> Autrement dit, nous sommes condamnés au papier-cul.</p>
<p>S&#8217;il en est ainsi, je préfère encore me perdre dans mes propres échecs.</p>
<p><img id="image387" height=400 with=500 alt=v7-0jh.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/06/v7-0jh.jpg" /></p>
<p>avec cette maigre consolation que je ne suis que le pauvre résulat d&#8217;une lente involution commencée bien avant moi.</p>
<p><a href="http://falcophil.info/blog/quod-ergo-deus-coniunxit/#more-651"></p>
<p>http://falcophil.info/blog/quod-ergo-deus-coniunxit/#more-651&#8243;></p>
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		</item>
		<item>
		<title>L&#8217;ART DE PHOTOGRAPHIER DANS LES CHIOTTES</title>
		<link>http://falcophil.info/blog/linvitation-au-voyage-ou-lart-de-photographier-dans-les-chiottes/</link>
		<comments>http://falcophil.info/blog/linvitation-au-voyage-ou-lart-de-photographier-dans-les-chiottes/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 02 Mar 2007 12:30:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Philosophie esthétique]]></category>

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		<description><![CDATA[ou ma philosophie du voyage
J&#8217;ai eu la dernière fois l&#8217;honneur d&#8217;être gratifié par M.Song du titre de &#8220;photographe des chiottes&#8221; simplement pour avoir voulu plaisanter en insérant dans mon billet une photo prise à l&#8217;intérieur des lieux d&#8217;aisances.


L&#8217;ami Song voulait sans doute exprimer par là son mépris pour quelqu&#8217;un qui ne voyage jamais et qui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em><strong>ou ma philosophie du voyage</strong></em></p>
<p>J&#8217;ai eu la dernière fois l&#8217;honneur d&#8217;être gratifié par M.Song du titre de &#8220;photographe des chiottes&#8221; simplement pour avoir voulu plaisanter en insérant dans mon billet une photo prise à l&#8217;intérieur des lieux d&#8217;aisances.</p>
<p><img id="image187" height="360" alt="blog1.jpg" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/02/blog1.jpg" width="420" /></p>
<p><span id="more-197"></span></p>
<p>L&#8217;ami Song voulait sans doute exprimer par là son mépris pour quelqu&#8217;un qui ne voyage jamais et qui &#8220;n&#8217;est même pas fouttu de dépassé le ridau de sa cuisine (sic)&#8221;.</p>
<p>Rappelons tout d&#8217;abord qu&#8217;en ce moment notre ami Song est à Rome. Pas besoin de beaucoup d&#8217;efforts pour imaginer les photos qu&#8217;il ramenera:</p>
<p><img id="image212" height="360" alt="img373.jpg" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/03/img373.jpg" width="460" /></p>
<p><img id="image211" height="460" alt="img372.jpg" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/03/img372.jpg" width="330" /></p>
<p><img id="image213" height="360" alt="img374.jpg" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/03/img374.jpg" width="460" /></p>
<p>Ces images ont été réalisées il y 10 ans par l&#8217;une de mes connaissances qui s&#8217;était déjà rendue dans la ville eternelle.<br />
Je gage que les images de Song ne seront pas différentes car toutes les photos de touriste se ressemblent. Le touriste est une machine à photomatons, quel que soit l&#8217;appareil, les photos sont toujours les mêmes, des photos qui sont faites avec l&#8217;art de vous donner une sale gueule même quand vous avez un beau visage.</p>
<p>C&#8217;est sans doute l&#8217;une des raisons pour lesquelles je préfère rester chez moi. C&#8217;est un fait, je ne dépasse jamais le rideau de ma cuisine, je n&#8217;ai qu&#8217;à me consoler en photographiant ce même rideau.</p>
<p><img id="image221" height="500" alt="imgp3207vn.jpg" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/03/imgp3207vn.jpg" width="380" /></p>
<p>Je voudrais simplement exposer ici, en termes très clairs, comment je comprends la photographie.</p>
<p>La photo est un art, personne ne le conteste.</p>
<p>Le seul problème porte sur la façon de concevoir cet art.</p>
<p>Je le dis sans ambages, pour moi, l&#8217;art de la photo c&#8217;est avant tout l&#8217;art de s&#8217;enfermer dans les chiottes.<br />
Voilà pourquoi lorsque Song m&#8217;appelle &#8220;photographe des chiottes&#8221; cette marque de dédain je la reçois comme la récompense de plusieurs années d&#8217;efforts.</p>
<p>Il y a en effet longtemps que je pratique l&#8217;art de vivre enfermé dans les chiottes.<br />
Simon le stylite eut sa colonne, moi c&#8217;est les chiottes. Chaque époque a son ascète</p>
<p>Qu&#8217;est ce donc que l&#8217;art de vivre enfermé dans les chiottes ?</p>
<p>C&#8217;est un art que l&#8217;on ne peut définir que par son contraire qui est l&#8217;art d&#8217; être un touriste.</p>
<p>L&#8217;art d&#8217;être un touriste, c&#8217;est l&#8217;art de photographier le plein pour n&#8217;en tirer que du vide.</p>
<p><img id="image218" height="300" alt="img375.jpg" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/03/img375.jpg" width="420" /></p>
<p>L&#8217;art de s&#8217;enfermer dans les chiottes , c&#8217;est l&#8217;art de photographier le vide pour que le plein puisse en sortir.</p>
<p>Art très difficile voire quasiment impossible auquel je m&#8217;exerce pourtant sans relâche</p>
<p>Qu&#8217;on en juge à partir de ces clichés. Il ne s&#8217;agit là que d&#8217;un simple porte-manteau sur une porte, la porte des chiottes, les chiottes de mon lieu de travail.</p>
<p><img id="image224" height="500" alt="chiottes-1.jpg" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/03/chiottes-1.jpg" width="380" /></p>
<p><img id="image225" height="460" alt="chiottes-2.jpg" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/03/chiottes-2.jpg" width="350" /></p>
<p>Je ne prétends pas présenter ici des chefs-d&#8217;oeuvre, ce ne sont que de simples exercices pratiques destinés à montrer qu&#8217;il n&#8217;est pas nécessaire de parcourir des milliers de kilomètres pour entendre murmurer certaines choses secrètes.</p>
<p>Le touriste prend l&#8217;avion mais voit-il quelque-chose?</p>
<p><img id="image219" height="390" alt="img376.jpg" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/03/img376.jpg" width="500" /></p>
<p>C&#8217;est fort peu probable.<br />
Le touriste voyage beaucoup, il va de ville en ville mais il ne va nulle part parce qu&#8217;il ne voit rien.<br />
Le touriste c&#8217;est n&#8217;importe qui<br />
Et quand n&#8217;importe qui photographie un coucher de soleil, c&#8217;est, dans le meilleur des cas, pour le transformer en dépliant touristique</p>
<p><img id="image191" height="300" alt="img365.jpg" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/02/img365.jpg" width="380" /></p>
<p>Moi, quand je photographie une porte de chiottes&#8230;</p>
<p><img id="image223" height="400" alt="chiottes-4.jpg" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/03/chiottes-4.jpg" width="290" /></p>
<p>&#8230;j&#8217;essaie de la transformer en lever de soleil.</p>
<p>Le touriste transforme l&#8217;ailleurs en babiole.</p>
<p><img id="image208" height="300" alt="imgp4246.JPG" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/03/imgp4246.JPG" width="380" /></p>
<p>Avec le photographe des chiottes, l&#8217;ailleurs</p>
<p><img id="image222" height="500" alt="img3081.jpg" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/03/img3081.jpg" width="350" /></p>
<p>est inscrit au coeur même des babioles</p>
<p>On conviendra que mieux vaut rester chez soi pour réussir une photo plutôt que partir au loin pour les rater toutes.</p>
<p>Je sais très bien que l&#8217;on va m&#8217;objecter qu&#8217;un touriste n&#8217;a pas d&#8217;autres prétentions que de conserver des souvenirs.<br />
Mais que vaut l&#8217;argument? Les photos ramenées de nos voyages ne sont que les caricatures de nos souvenirs</p>
<p>J&#8217;en sais quelque-chose car je vous ne vous ai pas tout dit.</p>
<p>Ces mauvaises photos de Rome, c&#8217;est en fait moi qui les ai prises et je suis en conséquence bien placé pour dire qu&#8217;elles n&#8217;ont rien à voir avec mes souvenirs.</p>
<p>Le souvenir est une création poétique.<br />
Jetez donc ces photos que vous ramenez de vos voyages</p>
<p>Elles sont une insulte à votre création personnelle opérée par le biais du souvenir</p>
<p>Au reste , le souvenir, est-ce vraiment si important? Quel intérêt, toute cette buée, ce monde labile et confus ?</p>
<p><img id="image216" height="400" alt="img3721.jpg" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/03/img3721.jpg" width="380" /></p>
<p>Caresse futile que le souvenir, monde évanescant et perte de susbstance comme cette imagination dont nous avions déjà parlé.</p>
<p>Qu&#8217;on me comprenne bien. Je ne suis pas en train de dire que chacun devrait rester chez soi, je voulais également justifier ici une certaine conception du voyage,</p>
<p>&#8220;Voir toujours un nouvel aspect d&#8217;une même chose&#8221;</p>
<p>Cette conception du philosophe Alain, je la prends pour point de départ d&#8217;un pari que je m&#8217;engage à tenir<br />
vous présenter, d&#8217;ici un mois, 30 photos, chacune étant prise dans la même cabine de chiottes, les chiottes de mon lieu de travail.</p>
<p>Si j&#8217;échoue et je pense que j&#8217;échouerai, eh bien, je me donnerai un délai supplémentaire de deux mois. Et si j&#8217;échoue à vous donner dans deux mois 30 photos convenables de la même cabine de chiottes, le délai sera porté à trois, quatre , un an. Je m&#8217;engage même a y passer plusieurs années de ma vie s&#8217;il le faut voire à ne pas demander ma mutation quand j&#8217;aurais épuisé l&#8217;intérêt pour le poste que j&#8217;occupe actuellement, tant qu&#8217;au moins 30 variations sur le thème d&#8217;une même cabine de chiotte n&#8217;auront pas été produites par moi.</p>
<p> C&#8217;est là qu&#8217;est mon labeur acharné, mon obstination inflexible par laquelle je  dois tenter de me rendre digne de ce titre qui me fait honneur, celui de photographe des chiottes.</p>
<p>Falcophil</p>
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