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	<title>*******SOLUS SOLI******* &#187; Cinéma</title>
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	<description>Philippe Falcone&#039;s blog</description>
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		<title>MONT TESTACCIO.</title>
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		<comments>http://falcophil.info/blog/tour-divoire/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 19 May 2009 09:40:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Art baroque]]></category>
		<category><![CDATA[Art chinois]]></category>
		<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Philosophie esthétique]]></category>
		<category><![CDATA[Photographie contemporaine]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie]]></category>
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		<category><![CDATA[muique]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8220;Restez donc dans vos nuages à l&#8217;écart des réalités , pauvre petit poète&#8230;. Pour que vous fassiez preuve d&#8217;une telle manque de réalisme votre gîte doit probablement être bien boueux!&#8230;.&#8221;
C&#8217;est ainsi que la conversation précédente se terminait par cette remarque de compère Ichthus, psychanalyste en herbe. Je vivrais donc dans les nuages à force de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&#8220;Restez donc dans vos nuages à l&#8217;écart des réalités , pauvre petit poète&#8230;. Pour que vous fassiez preuve d&#8217;une telle manque de réalisme votre gîte doit probablement être bien boueux!&#8230;.&#8221;</p>
<p>C&#8217;est ainsi que la conversation précédente se terminait par cette remarque de compère Ichthus, psychanalyste en herbe. Je vivrais donc dans les nuages à force de loger dans une bauge.</p>
<p>Il ya certes à cela une bonne part de vérité.<br />
Concernant d&#8217;abord la question de la bauge, je commencerai en relatant la suivante anecdote.</p>
<p>Une personne sur le point de partir pour Rome demande s&#8217;il est vrai que l&#8217;on peut jouir d&#8217;une magnifique vue de la ville, de la place Navone, juché sur le bord de la fontaine des quatre fleuves.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1660" title="fontaine-bernin" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/fontaine-bernin.jpg" alt="" width="380" height="273" /></p>
<p>Eberlué, je demande qui a bien pu lui raconter cette sottise car c&#8217;est comme si l&#8217;on prétendait avoir une belle vue de Paris , en se perchant sur le bord de la fontaine de la place Saint Michel.<br />
La personne me répond qu&#8217;elle l&#8217;a lu dans&#8230;.</p>
<p><span id="more-1641"></span></p>
<p>&#8230;.ce roman :</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1649" title="brown" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/brown.jpg" alt="" width="400" height="674" /></p>
<p>Quelques instants je reste sceptique tant j&#8217;ai du mal à croire que l&#8217;on puisse écrire un livre ayant pour cadre des lieux dont on ne prend même pas soin de vérifier la topographie. Voyant mon air incrédule , mon interlocuteur se dit prêt à m&#8217;apporter le livre mais je l&#8217;arrête aussitôt. En fait, je le crois sans peine, ayant lu le &#8220;da Vinci code&#8221;, je ne connais que trop l&#8217;amas de bêtises et d&#8217; erreurs que peut comporter ce genre de littérature.</p>
<p>Je suis à vrai dire effrayé par ce pouvoir sans précédent de la confrérie de l&#8217; insignifiance et de l&#8217;insanité. Tandis que le vrai talent se sert de moyens légers pour un message fort, la médiocrité pallie la faiblesse du message par des moyens lourds.</p>
<p>L&#8217;image est effectivement d&#8217;autant plus artistique qu&#8217;elle parle d&#8217;une voix basse qui nous élève</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1665" title="img961" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img961.jpg" alt="" width="600" height="637" /></p>
<p>tandis qu&#8217;elle dégénère en propagande lorsqu&#8217;elle parle d&#8217;une voix haute qui nous abaisse</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1684" title="unclesam" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/unclesam.jpg" alt="" width="554" height="610" /></p>
<p>C&#8217;est ainsi qu&#8217;une pauvre chose comme le da Vinci code bénéficiera de toute la brutalité de la propagande publicitaire et de la machinerie hollywoodienne, enrôlant le fracas de 1000 tonnes au service de son inconsistance, le véritable génie littéraire, quant à lui, ne s&#8217;appuyant que sur la seule force d&#8217;une plume, d&#8217;impact immédiat inévitablement limité dans un monde où l&#8217;on sacrifie au Dieu du commerce ou de l&#8217;évènement, ce qui est synonyme.<br />
Quelques lignes suffisent à Borges pour dire beaucoup, alors que des centaines de pages semblent ne pas suffire à Brown pour ne rien dire.</p>
<p>Convenons d&#8217;abord que saisir les choses délicates requiert la fatigue de nous hisser sur la pointe de l&#8217;esprit alors que se montrer sensible aux choses pesantes comme le tapage médiatique ne demande aucun effort de sorte que la différence entre délicatesse et pesanteur recoupera ce qui sépare la propreté de la saleté. Laver son corps ainsi que son logis demande en effet un effort toujours renouvelé tandis que la paresse constitue la meilleure pente vers la crasse et l&#8217;auge à cochon. Nous en arrivons ainsi à la question de la bauge car de tout cela nous en déduirons sans peine que par la Grand-Messe autour de Dan Brown, de Tom Hanks ou du journal de 20 heures faisant la publicité des deux premiers, l&#8217;homogénéité du groupe se soude autour de la porcherie et c &#8216;est alors que nous allons peut-être enfin trouver ce que nous cherchions la fois dernière, cet infini au sein duquel on pourrait réconcilier les humains.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1653" title="porch" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/porch.jpg" alt="" width="551" height="642" /></p>
<p>Nous aurions donc ici le possible Messie des temps modernes, tant par le virus qui pourrait tuer le corps que par le microbe qui peut anéantir l&#8217;esprit.</p>
<p>Quoiqu&#8217;il en soit, il eut tout de même fallu suggérer à Dan Brown d&#8217;autres endroits que la fontaine du Bernin pour avoir une belle vue sur Rome. Par exemple le Mont Testaccio, ancienne décharge où les romains venaient jeter leurs amphores cassées. L&#8217;accumulation des déchets devait finir par former une colline de 30 mètres de hauteur. On raconte que Nicolas Poussin montait souvent sur son sommet pour dessiner des vues de Rome.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1655" title="poussin-dessin" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/poussin-dessin.jpg" alt="" width="655" height="440" /></p>
<p>La parabole est savoureuse. Un artiste montant sur un amas d&#8217;ordure pour créer. Amas de détritus produits par ses semblables, dont il s&#8217;asseoit sur le faîte, son regard portant d&#8217;autant plus loin que serait élevée la décharge qu&#8217; aurait bâti son détachement.</p>
<p>Inutile donc d&#8217;en dire plus sur Dan Brown ainsi que sur le dernier probable navet tiré de ses inepties. J&#8217;en fais aussitôt une amphore cassée, jetée parmi tant d&#8217;autres sur mon propre Mont Testaccio. En ce sens , tout ce qui fait &#8220;évènement&#8221; et passe donc au journal de 20, heures m&#8217;apporte autant de matériaux pour alimenter ma décharge, Il n&#8217;y a pas d&#8217;émotion sans évènement et pas d&#8217;évènement sans émotion de sorte que les deux relèvent du déchet que doit fouler du pied quiconque aspire à quelques cîmes. Pendant que l&#8217;on discute ou s&#8217;affole au sujet de n&#8217;importe quoi, éventuelle pandémie, crise financière, exposition Truc ou dernier film de Machin, je rêve à l&#8217;homme juché sur une montagne de vases brisés au travers de l&#8217; artiste obsédé par des travaux n&#8217;ayant rien à voir avec les goûts et préoccupations du jour. Nous en arrivons alors au deuxième point de la remarque d&#8217;Ichthus, mon désir de rester dans les nuages.</p>
<p>Dans le Gai Savoir, Nietzsche recommande de vivre &#8220;ignorant de ce qui paraît le plus important à ton époque&#8221; et de mettre &#8220;l&#8217;épaisseur d&#8217;au moins trois siècles entre elle et toi&#8221;</p>
<p>Trois siècles ?</p>
<p>C&#8217;est encore trop peu ; entre mon époque et moi c&#8217;est au moins mille ans que je voudrais placer.</p>
<p>Il m&#8217;arrive souvent de forger tel esprit ayant vécu il y a fort longtemps</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1647" title="img958-copy" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img958-copy.jpg" alt="" width="580" height="706" /></p>
<p>tellement hors de son temps qu&#8217;il pouvait s&#8217;arracher aux formes contemporaines pour se les représenter ainsi :</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1648" title="img959" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img959.jpg" alt="" width="580" height="787" /></p>
<p>Si, selon cette juste remarque de Diderot, un monument devient plus intéressant quand il est ruiné, c&#8217;est que la ruine en tant qu&#8217;oeuvre d&#8217;un polissage érodant est expression d&#8217;une quintescence analogue à ce qu&#8217;opère en nous la nostalgie née du souvenir.</p>
<p>Il n&#8217;est pas de meilleure poésie que le souvenir, chacun est le poète de sa vie, au moyen de la décantation qu&#8217;opère la mémoire. A l&#8217; immédiateté de l&#8217;évènement faisant appel à l&#8217;émotion s&#8217;oppose le lointain du souvenir qui réduit l&#8217;évènement au flottement d&#8217;un duvet parce qu&#8217;il efface notre superficielle subsjectivité qui s&#8217;y rattache. L&#8217;art est alors moyen d&#8217;accélérer le processus mnémonique par lequel on extraie un peu du noyau invisible de sa gangue de matière et d&#8217;instabilité passionnelle.</p>
<p>D&#8217;une scène présente, Atget tire aussitôt un souvenir de plusieurs siècles.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1113" title="img788" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/08/img788.jpg" alt="" width="660" height="522" /></p>
<p>Et d&#8217;un souvenir de plusieurs siècles, je m&#8217;efforce quant à moi d&#8217;ajouter d&#8217;autres siècles</p>
<p><a  href="http://falcophil.info/ifotos/?dir=Cataclysmes&#038;pic=Errance2">http://falcophil.info/ifotos/?dir=Cataclysmes&amp;pic=Errance2</a></p>
<p>pour atteindre l&#8217; impassibilité du glacier, du désert et de la lune.</p>
<p>Serais-je donc à ce point dénué d&#8217; humanité?</p>
<p>Je répondrai sans hésiter que oui.</p>
<p>Dans les moments où je tente de créer , je suis une véritable montagne d&#8217;indifférence,</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1698" title="ret" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/06/ret.jpg" alt="" width="470" height="313" /></p>
<p>tout ce qui vit m&#8217; importune</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/06/jabaral2a.jpg" alt="" title="jabaral2a" width="470" height="739" class="alignnone size-full wp-image-1716" /></a></p>
<p>Crise, guerre ou pandémie, peu m&#8217;en chaut de tout ce qui peut arriver,</p>
<p>tenter d&#8217; être artiste, c&#8217;est avant tout aspirer à ne plus se sentir concerné par ce qui intéresse les humains</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1709" title="jabaralan" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/06/jabaralan.jpg" alt="" width="470" height="719" /></p>
<p>parce que l&#8217;on est uniquement préoccupé de ce qui pourrait les racheter.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1700" title="jaba-6" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/06/jaba-6.jpg" alt="" width="470" height="273" /></p>
<p>Je songe à ce philosophe de l&#8217;ancienne Chine du nom de Lu Yu qui s&#8217;était retiré dans la montagne pour vivre en ermite. Il eut pour maître un certain Chang Li, autre sage de renom vivant lui aussi en reclus pour s&#8217;abîmer dans le vol d&#8217;une mouche, ainsi que Wang Pei qui à l&#8217;age de 20 ans abandonna une prometteuse carrière de fonctionnaire pour passer le restant de sa vie à regarder un petit caillou posé sur le bord d&#8217; un ruisseau.<br />
A l&#8217;instar de ses maîtres, Lu Yu ne proférait ni parole contre le monde et les hommes , ni jugement sur les évènements et l&#8217;histoire. En fait, il ne parlait pas. Sa seule occupation consistait à boire du thé, là était toute l&#8217;essence de son enseignement, le thé. On lui rendait visite uniquement pour le regarder boire son thé et l&#8217;on repartait, quelque temps soulagé de sa peine, car l&#8217;on devinait à cette manière si unique et si apaisante avec laquelle Lu Yu préparait son thé, le servait puis le buvait en silence, qu&#8217;il avait érigé cette pauvre activité au rang d&#8217;une sagesse et d&#8217;un art.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1677" title="img9641" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img9641.jpg" alt="" width="630" height="637" /></p>
<p>J&#8217;ai en bonne partie forgé cette histoire mais elle rend très bien compte de ce dont j&#8217;entends parler. Il ne s&#8217;agit pas d&#8217;être &#8220;obsédé&#8221; au sens d&#8217;être mis hors du monde par une idée fixe vous enchaînant à quelques fragments retranchés mais de cette transubstantiation en vertu de laquelle la chose la plus humble, mouche, thé ou caillou, devient comme un soleil irradiant le rythme et l&#8217;équilibre fondamental d&#8217;une densité qui satellise les idées, les faits et les gestes et vous place alors de plein pied dans une sorte de terre commune.</p>
<p>Voltaire écrivant son poème sur le désastre de Lisbonne, s&#8217;exclame, se lamente et s&#8217;indigne sur la mort de milliers d&#8217;innocents. Ce faisant, il est certes humain mais il n&#8217;est pas poète car Voltaire a beau être humain, il n&#8217;en demeure pas moins que son poème est un très mauvais poème pour ne pas dire un poème franchement raté. Une véritable réussite artistique eut sans doute exigé moins de mouvements d&#8217;indignations et plus de froideur détachée. Nous l&#8217;avions déjà quelque peu évoqué lors d&#8217;un précédent billet</p>
<p><a  href="http://falcophil.info/blog/aaaaa/">http://falcophil.info/blog/aaaaa/<br />
</a></p>
<p>adhérer à l&#8217;événement est la meilleure façon pour rater un travail artistique. L&#8217;art est recherche patiente et tâtonnante, quête de longue haleine qui nécessite recul et distance et ne peut donc que trouver moins de terreau fertile à son éclosion face à ces continuelles sollicitations du monde moderne et de ses médias, toute chose, aujourd&#8217;hui amplifiée par internet, exigeant d&#8217;être immédiatement &#8220;informé&#8221; et de réagir aussitôt à n&#8217;importe quoi.</p>
<p>Mais le poète ne réagit pas, il rumine et son inhumanité est celle de l&#8217; immobile balancement d&#8217;une vache regardant passer l&#8217;humanité prétendue d&#8217;un train qui file, tandis que de sa rumination sortira peut-être un éclat de cet arcane similaire au silence inscrit au coeur du minéral où la pauvre vapeur de ma vie sent qu&#8217;elle peut déceler quelques indices de ses racines.</p>
<p>Le travail artistique présenterait en effet quelque chose de ce &#8220;mystère infiniment plus grave et plus vaste et plus lent que le destin de notre espèce passagère &#8221; évoqué par Roger Caillois dans ses &#8220;Pierres&#8221;. Si nous avons souvent l&#8217;impression que la ruine rejoint le minéral, c&#8217;est que la mystérieuse destinée qui la déforme et l&#8217;in forme semble l&#8217;orienter vers ce même undgrund, sorte d&#8217;échos muet du fond des âges se trouvant comme scellé par l&#8217; enrobé gourd de la plus humble caillasse et qui affleure dans ce travail du poète que Baudelaire qualifiait de &#8220;rêve de pierre&#8221;.</p>
<p><img id="image332" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/05/img426.jpg" alt="img426.jpg" width="370" height="500" /></p>
<p>Kafka comparait son état d&#8217;écrivain à celui d&#8217;une &#8220;statue qui regarde au loin et reste accrochée à son socle&#8221; et retrouvait, quelque temps plus tard avec plaisir, une remarque voisine dans la correspondance de Flaubert parlant de son roman comme d&#8217;un rocher.</p>
<p>Feuilletant le journal de Kafka, je suis en effet émerveillé de constater que le 2 aout 1914, il écrit:</p>
<p>&#8220;L&#8217; Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. L&#8217;après-midi, piscine&#8221;.</p>
<p>Il n&#8217;a rien de plus à dire en ce jour où change le cours de l&#8217;histoire. Le monde bascule mais Franz se rend à la piscine ! Aussi étranger que Meurseault allant voir un film comique le jour où l&#8217;on enterre sa mère !</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1662" title="franz-kafka-v" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/franz-kafka-v.jpg" alt="" width="319" height="410" /></p>
<p>La guerre ne viendra pas infléchir ce ton global d&#8217; indifférence à l&#8217;histoire qu&#8217;il donne à son journal depuis 1910, année où il l&#8217;a commencé. Pendant toute la période du premier conflit mondial, alors qu&#8217;autour de lui s&#8217; effondre un empire, il ne formulera que quelques rares remarques sur les évènements militaires, perdues au milieu des fables , des paraboles et relations de rêves, d&#8217;états intérieurs ou d&#8217;évènements anodins. Un cheval tombé dans la rue lui semble plus important qu&#8217;une armée vaincue, le chapeau d&#8217;un passant lui donne plus à penser que la disparition d&#8217;un monde. Le journal s&#8217;interrompt en 1917 pour reprendre en 1919, pas un mot durant l&#8217;année 1918 où est pourtant proclamée l&#8217;indépendance de la Tchécoslovaquie. Je ne peux m&#8217;empêcher de mettre cela en rapport avec Louis XVI écrivant &#8220;Rien&#8221; dans son journal, au soir du 14 juillet 1789. L&#8217;historien rectifiera en rappelant qu&#8217;il ne s&#8217;agissait que d&#8217;un carnet de chasse où était notée la prise du gibier mais il me plait tout de même d&#8217;inventer un Louis XVI doté d&#8217;une âme d&#8217;esthète lorsqu&#8217;il plaquait le mot &#8220;Rien&#8221; sur le 14 juillet.</p>
<p>L &#8216;homme moderne obsédé par l&#8217;information sera peu réceptif à ce genre de remarque. Le monde contemporain est, entre autre annoncé par Hegel qui veut remplacer la prière du matin par la lecture du journal. Nous l&#8217;avons dit, le journal de 20 heures pourrait désormais assurer la communion du groupe autour de l&#8217;évènement contingent, parodie de la messe qui veut assurer l&#8217;union des croyants autour de l&#8217; évènement sacré.</p>
<p>Pourtant l&#8217;évènement politique répugne foncièrement à l&#8217;artiste. Verra-t&#8217;on un Michel-Ange condescendre au bas étage de la circonstance historique? Sauf quand il peint sur commande les faits d&#8217;arme du prince ou du roi, la spontaneité de l&#8217;artiste le porte davantage sur l&#8217;intemporel, s&#8217;il est italien ou, s&#8217;il est flamand,</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1624" title="epoux-arnolfini" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/epoux-arnolfini.jpg" alt="" width="590" height="809" /><br />
(Van Eyck : les époux Arnolfini)</p>
<p>vers l&#8217; insignifiance du détail, le terre à terre du quotidien, la mesquinerie de l&#8217;usuel,</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1683" title="vaneyxmin" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/vaneyxmin.jpg" alt="" width="645" height="417" /></p>
<p>la futilité de l&#8217;ustensile et le dérisoire du bibelot. C&#8217;est alors un regard de myope qui porte à voir le plus loin possible, l&#8217;essentiel est atteint par l&#8217; inessentiel du décors, le plus important vous regarde au sein du miroir de votre vanité</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1685" title="img967" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img967.jpg" alt="" width="645" height="801" /></p>
<p>et le presque rien est une reflet du tout comme la flaque d&#8217;eau peut comprendre une partie du ciel, chose impossible pour tout un océan.</p>
<p>Le hollandais nous fascine quant à lui par son art de tirer l&#8217;anecdote vers l&#8217;anti-anecdotique et d&#8217;imprimer l&#8217;universel sur le vernaculaire. Vermeer regarde son époque pour mieux regarder ailleurs.<br />
Il n&#8217;en demeure pas moins que demander à l&#8217;artiste d&#8217;être fidèle témoin de son temps c&#8217;est exiger de lui qu&#8217;il prostitue son art pour satisfaire la curiosité historique des générations futures.</p>
<p>Curiosité fort légitime , la question n&#8217;est pas là, mais si nous voulons des détails sur la vie parisienne au XIX ème , adressons nous à la nullité artistique de certaines toiles de Jean Béraud, nous serons comblés par l&#8217;inventaire méticuleux d&#8217;un oeil d&#8217;ethnologue</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1679" title="jeanberaud" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/jeanberaud.jpg" alt="" width="500" height="346" /></p>
<p>mais nous le serons tout de même beaucoup moins avec Renoir</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1680" title="canotiers" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/canotiers.jpg" alt="" width="600" height="476" /></p>
<p>Et plus du tout avec Monet</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1681" title="monet" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/monet.gif" alt="" width="600" height="416" /></p>
<p>Preuve qu&#8217;à mesure que l&#8217;on se rapproche du génie artistique, on assiste au spectacle de l&#8217;homme qui entame son temps, l&#8217;évapore en fumée lumineuse, le dévêt de son adventice ou le casse en autant de débris d&#8217;accessoires, nécessaire pour construire sa colline, dans la subtile alchimie de son art.</p>
<p>Certes, il est des exceptions mais elles confirment la règle</p>
<p>La guerre de 30 ans eut pour témoin direct un Jacques Callot qui nous en narre le déroulement tragique par des gravures de toute beauté ,</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1546" title="jacques-callot" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/01/jacques-callot.jpg" alt="" width="639" height="292" /></p>
<p>En revanche un Georges de la Tour, lui aussi exact contemporain de l&#8217;évènement, de surcroît vivant en Lorraine et donc au coeur de la tourmente, préfère se désintéresser des malheurs du temps pour s&#8217;enfermer dans la pénombre de ses intérieurs.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1666" title="georgesdelatour" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/georgesdelatour.jpg" alt="" width="540" height="738" /></p>
<p>Mais que l&#8217;on juge alors qui de la Tour ou de Jacques Callot atteint au plus essentiel et qui, 4 siècles plus tard est encore capable de nous &#8220;parler&#8221; de chose qui nous touchent</p>
<p>A notre connaissance, le premier grand tableau du génie de l&#8217;art se voulant témoin de l&#8217;évènement contemporain, entendons par là, non plus l&#8217;évènement ayant pour centre le Prince ou le Roi mais l&#8217;homme ordinaire, fut &#8220;Très de Mayos&#8221; de Goya.</p>
<p><img id="image877" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/02/goya.jpg" alt="goya.jpg" width="630" height="488" /></p>
<p>On sait que Goya suivait de très près les événements politiques de l&#8217;Espagne. Révolté par l&#8217;oppression qu&#8217;imposaient les troupes de Napoléon, il peint alors ce tableau en 1814, à propos de faits sanguinaires survenus quelques jours plus tôt.</p>
<p>La même année, peut-être à la même époque, Gaspar David Friedrich peignit cette oeuvre.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1644" title="caspardavidfriedrich" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/caspardavidfriedrich.jpg" alt="" width="500" height="648" /></p>
<p>Posons nous une fois encore la question de savoir lequel de l&#8217;espagnol ou de l&#8217;allemand va le plus au fond des choses.</p>
<p>De même, en 1830 , année où Delacroix peindra son oeuvre la plus célèbre</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1668" title="delacroixliberte" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/delacroixliberte.jpg" alt="" width="630" height="510" /></p>
<p>, Friedrich, toujours lui, réalisera cette composition.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1669" title="friedrich" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/friedrich.jpg" alt="" width="630" height="470" /></p>
<p>Ce qu&#8217;il faut penser de cette ineptie de l&#8217;esprit universel montant un cheval, nous le demanderons à cette autre peinture chinoise de la fin de notre XIIIème siècle. L&#8217;auteur est anonyme mais je m&#8217; efforce de l&#8217;imaginer contemporain de cette période de troubles et de chaos où sombre la fin de la dynastie des Song sous les assauts des mongols. Là encore, l&#8217;historien aimerait des images témoignant de façon plus délectables que de médiocres illustrations</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1645" title="img956" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img956.jpg" alt="" width="630" height="436" /></p>
<p>Mais une fois de plus, les vrais artistes du temps avaient sans doute autre chose à faire . Donc, notre créateur anonyme enrôlé dans l&#8217;armée impériale participe aux combats contre les hordes de Gengis Khan.<br />
Ecoeuré , il déserte et s&#8217;en va au loin, ignorant tout de sa destination.</p>
<p>Sur un chemin de montagne il rencontre Chang Li, maître de Lu Yu dont il fut question plus haut.<br />
Il demande à Chang Li de lui indiquer quelques lointaine retraite.<br />
Chang Li absorbé dans le vol d&#8217;une mouche ne répond pas. Un disciple présent avise l&#8217;anonyme qu&#8217;il doit pisser sur le Maître pour obtenir une réponse.<br />
L&#8217;anonyme s&#8217;exécute mais l&#8217;urine glisse sur Chang Li comme sur les plumes d&#8217;un canard.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1694" title="img968" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img968.jpg" alt="" width="550" height="593" /></p>
<p>Sans perdre de vue le vol de la mouche, Chang Li soudain lève le bras et indique à l&#8217;anonyme une direction quelque part vers quelques pics.</p>
<p>L&#8217;anonyme se rend alors la-bas et n&#8217;en repartira plus. A l&#8217;écart de la malédiction de l&#8217;histoire, tenté par la philosophie, il préfère devenir un sage et renonçant aux phrases, il devient artiste.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1646" title="img957" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/img957.jpg" alt="" width="630" height="632" /></p>
<p>S&#8217;il y a une imposture de l&#8217;histoire, elle résiderait dans cette parodie d&#8217;ontologie que l&#8217;idéalisme allemand a cru pouvoir imposer au travers d&#8217;un devenir auquel on ne saurait conférer valeur de synthèse entre un être et un néant puisqu&#8217;en son instable écoulement où toute chose périt, ce devenir ne peut guère se différencier du néant. Kafka, pour en revenir à son journal, écrit, quelques jours après l&#8217;entrée en guerre des empires centraux, qu&#8217; hors de sa vie intérieure , tout le reste n&#8217;est qu&#8217;accessoire. Différencier l&#8217;événementiel du non évènementiel reviendrait alors à séparer l&#8217;accessoire de l&#8217;essentiel. Qu&#8217;est-ce en ce cas que l&#8217;essentiel et que l&#8217;accessoire ?</p>
<p><a  href="http://falcophil.info/blog/photos-et-thanatos/">Une ébauche de réponse fut déjà tentée </a></p>
<p>L&#8217;importance de la question est certes à la mesure de la déception apportée par les mots mais c&#8217;est sans doute que les mots eux mêmes ne sont pas essentiels. On tentera de répondre alors par les images, par exemple en comparant deux types de réalisations photographiques</p>
<p>L&#8217;une, un triptyque, pris en en Ulster, en 1972, par Don Mac cullin</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1659" title="imgdonmaccullinirlande" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/imgdonmaccullinirlande.jpg" alt="" width="400" height="805" /></p>
<p>Et l&#8217;autre, la même année par André kertesz</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1657" title="kertezs-martinique" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/kertezs-martinique.jpg" alt="" width="530" height="410" /></p>
<p>Et de nouveau la question réitérée:laquelle des deux va au plus essentiel ?</p>
<p>N&#8217;importe quelle guerre est tragique mais la guerre concerne t&#8217; elle l&#8217;essentiel ? Les hommes se querellent parce ce qu&#8217;il sont incapables de comprendre l&#8217;essentiel. L&#8217;accessoire aussi difficile et dangereuse soit souvent son approche, reste pente et loi de pesanteur.</p>
<p>Notons toutefois qu&#8217;être au milieu des circonstances et en tirer quelque chose s&#8217;approchant d&#8217;une essence &#8220;divine&#8221;, reste la plus difficile des démarches en ce qu&#8217;elle nécessite une certaine dose d&#8217;indifférence à l&#8217;évènement qui vous tire pourtant à lui par tous vos sens. Il n&#8217;est pas sûr en effet que Robert Capa juché sur son tertre pour prendre sa photo la plus célèbre,</p>
<p><img id="image674" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/10/capa_espagne.jpg" alt="capa_espagne.jpg" width="500" height="375" /></p>
<p>fut réellement impliqué dans l&#8217;évènement. Toutes sortes d&#8217; impératifs de composition, d&#8217;éclairage et de cadrage devaient exiger mise à distance et retrait du conflit au sein duquel le photographe demeurait pourtant physiquement présent. &#8220;Si ta photo est mauvaise, c&#8217;est que tu ne t&#8217;es pas assez approché du danger&#8221; avait-il coutume de dire. Le plus extraordinaire aurait été qu&#8217;au coeur même d&#8217;un chaos où il pouvait mourir à chaque instant, Capa fut aussi retiré au coeur de lui même qu&#8217;un Georges de la Tour réfugié au plus loin vers la bougie de son intérieur nocturne. D&#8217;où cette conclusion que rien ne pourrait rien contre vous puisque même la chose qui peut vous tuer porte en elle comme un reflet de votre propre essence inaltérable.</p>
<p>Doit -on en ce cas atteindre la plus extrême indifférence qui ferait de moi un phénomène d&#8217;égoisme? On pourrait alors suggérer qu&#8217;être perturbé par l&#8217;évènement serait une façon de penser à notre personne, entendons, notre pauvre petit personnage de chaire et d&#8217;os, tant celui-ci se trouve affecté par le contexte.</p>
<p>Au moment où j&#8217;écris cela, quelques personnes m&#8221;expriment leur crainte d&#8217;une éventuelle pandémie de grippe.</p>
<p>Si je me dis en effet que le virus H1N1 peut me tuer, je tremble pour ma personne. Mais si je le regarde au microscope et m&#8217;extasie sur la beauté de son apparence que je trouve digne des plus belles peintures d&#8217;un Wols</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1642" title="h_4_ill_1187317_897c_virus" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/h_4_ill_1187317_897c_virus.jpg" alt="" width="385" height="484" /></p>
<p>je tremble déjà moins pour ma carcasse.</p>
<p>Je rêve à l&#8217;artiste (Me le dire s&#8217;il existe et il doit sûrement exister) continuant de créer en se servant des représentations du danger viral ou microbien dont il sait qu&#8217;il lui sera fatal. Un célèbre humoriste</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1661" title="desproges" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/desproges.jpg" alt="" width="500" height="510" /></p>
<p>avait dit-on le courage de plaisanter sur ce qui le tuait à petit feu, là s&#8217;instaure l&#8217;authentique volonté de puissance, quand la présence de la menace létale d&#8217;une force naturelle devient la matière même de mon rêve ou de mon rire.</p>
<p>Matière, cela s&#8217;entend, constituée de fragments brisés car quand de la peur j&#8217;extrais la beauté</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1688" title="poste" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/poste.jpg" alt="" width="645" height="395" /></p>
<p>je fais d&#8217;une potentialité mortelle, une amphore brisée</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1689" title="10" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/10.jpg" alt="" width="645" height="444" /></p>
<p>et avec d&#8217;autres tessons de vases, j&#8217;édifie peu à peu le mont du haut duquel</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1690" title="8" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/05/8.jpg" alt="" width="645" height="445" /></p>
<p>je verrai peut-être un petit pan de la ville éternelle.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1712" title="h1n1-32" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/06/h1n1-32.jpeg" alt="" width="660" height="439" /></p>
<p>et alors je ne tremblerai plus du tout pour ma vie, du moins l&#8217;espace de quelques instants car être pour de bon délivré de la peur, demanderait d &#8216;être pour toujours délivré du besoin de faire des phrases et des images.</p>
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		<title>VOYELLES</title>
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		<pubDate>Sun, 22 Mar 2009 18:00:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Il a donc été vu la fois dernière comment l&#8217;unité pouvait rapidement se muer en totalitarisme dès lors que de contemplation elle prenait forme politique. Plus radicalement, tout ce qui est destinée historique est négation de chaque destinée qui la constitue et si chaque destinée relève avant tout d&#8217;un secret , c&#8217;est dans le plus invisible des secrets que doit se trouver l&#8217;unité qui les sous-tend, secret dont la subtilité doit être à la mesure de l&#8217;écart séparant les êtres et les choses.</p>
<p>Ayant ainsi passé ce dimanche de grisaille dans <a  href="http://falcophil.info/ifotos/?dir=Cataclysmes&#038;pic=Le+desagreable+calme+des+vents">le désagréable calme des vents</a></p>
<p>, vagabondant ça et là entre choses sans rapport, cinéma des USA ou textes médiévaux, par exemple tel film américain des années 70</p>
<p><a  href="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/aeasy-rider.jpg" class="thickbox no_icon" rel="gallery-1580" title="aeasy-rider"><img class="alignnone size-full wp-image-1587" title="aeasy-rider" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/aeasy-rider.jpg" alt="" width="380" height="545" /></a></p>
<p>et tel manuscrit</p>
<p><span id="more-1580"></span></p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1589" title="img936" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/img936.jpg" alt="" width="500" height="815" /></p>
<p>hébreux réalisé au XV ème siècle en Italie,</p>
<p>est soudain venue l&#8217;idée d&#8217;écrire ce texte en comprenant que la réflexion ne s&#8217;exerce vraiment qu&#8217;en présence de choses sans rapports. Intelligence vient d&#8217; &#8220;inter-legere &#8221; mettre un lien entre, sachant que le terme &#8220;entre&#8221; doit être situé au milieu de forces d&#8217;autant plus contraignantes et centrifuges qu&#8217;elles permettront d&#8217;apprécier la force du lien. C&#8217;est alors que la force deviendra par delà les apparences, mystère autorisant l&#8217;intuition de la secrète union des singularités contraires parce qu&#8217;elle sera saut hors du monde vers l&#8217;absolue singularité.</p>
<p>La miscellanea (Mélange) de Rothschild exposée à l&#8217;Israël museum est un ensemble de textes juifs, d&#8217;ordre religieux, historiques, philosophiques, scientifiques, fabuleux ou littéraires, illustrés par un artiste identifié comme un enlumineur de l&#8217;école lombarde , probablement issu de l&#8217;atelier de Cristoforo de Predis, le Jean Fouquet italien.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1612" title="img9371" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/img9371.jpg" alt="" width="570" height="824" /></p>
<p>Il était fréquent à l&#8217;époque, en Italie plus particulièrement, que des juifs fissent appel à des chrétiens pour décorer leurs manuscrits.</p>
<p>La miscellanea de Rothschild présente ainsi ce curieux voisinage qui voit des commentaires rabbiniques ou des textes kabbalistiques cotoyer des illustrations issues de mains chrétiennes , surprenante rencontre entre l&#8217;univers de l&#8217;imagerie des &#8220;goys&#8221; et le monde des érudits séfarades ou askhénazes, collaboration inattendue entre des hommes ne partageant pourtant pas la même foi.</p>
<p><a  href="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/img943.jpg" class="thickbox no_icon" rel="gallery-1580" title="img943"><img class="alignnone size-full wp-image-1596" title="img943" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/img943.jpg" alt="" width="630" height="906" /></a></p>
<p>On nous répondra aussitôt que de tels exemples sont rares et l&#8217;on citera plus volontiers les persécutions anti-juives infligées par les populations chrétiennes. Réaction fort prévisible et d&#8217;autant plus significative que la prévalence de notre atmosphère dialectique,  nous porte à nous intéresser avant tout au choc et à l&#8217;affrontement. La fois dernière, comme j&#8217; évoquais le corporatisme, la réaction immédiate fut de parler de l&#8217;irrémédiable lutte des classes, des compromissions de la CFDT et de la saine opposition de la CGT, un syndicalisme sain n&#8217;étant qu&#8217;un syndicalisme d&#8217;opposition systématique.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1592" title="laluttecontinue" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/laluttecontinue.jpg" alt="" width="395" height="595" /></p>
<p>La prééminence de l&#8217;affrontement sans merci des classes, dans sa double inspiration marxiste et libérale n&#8217;est qu&#8217; avers et revers de cette même médaille de l&#8217;immanence dialectique. La focalisation sur le polémos pourrait d&#8217;ailleurs recouper d&#8217;autres types de confrontations, telles ces thèses d&#8217;Huntington, également évoquées la dernière fois qui quoique dédaignées par les milieux universitaires, demeurent latentes au sein de beaucoup d&#8217;inconscients collectifs.<br />
Sans doute d&#8217;ailleurs assistons nous à un choc de culture entre islam et occident</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1609" title="11-septembre" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/11-septembre.jpg" alt="" width="400" height="318" /></p>
<p>mais cela ne saurait m&#8217;intéresser parce que l&#8217;affrontement est trop commun et de l&#8217;ordre d&#8217;une appréhension beaucoup trop dénuée de recul. A un premier niveau, nous voyons combien le long terme de la sédimentation historique peut donner lieu à des reconfigurations issues de rencontres que l&#8217;impératif de l&#8217;immédiat donnait pourtant pour inconciliable. C&#8217;est un fait que le passé nous enseigne l&#8217;absurdité de tous les conflits mais que nous n&#8217;en tirons que très rarement des conséquences pour le présent. Si nous pouvions transformer le présent en un passé à jamais révolu comme si l&#8217;homme avait pour toujours épuisé ses possibilités, sereinement nos pensées pourraient se tourner vers un peu d&#8217;infini et c&#8217;est alors que nos vraies possibilités seraient mises en oeuvre.</p>
<p>La ligne droite tendant vers l&#8217;infini pour s&#8217;abîmer dans l&#8217; intime union des distances</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1591" title="recup2" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/recup2.jpg" alt="" width="630" height="451" /></p>
<p>alors devient cercle retournant vers son départ, de ligne droite tendant vers l&#8217;infini pour s&#8217;abîmer dans l&#8217;intime union des distances.</p>
<p>Notons d&#8217;ailleurs combien certains poètes surent jouer de la feuille</p>
<p>en sa blancheur<br />
qui tombe en son propre ciel<br />
Egale au noir des neiges<br />
Au ressac des cîmes<br />
Sous l&#8217;instant<br />
des coups de dés</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1597" title="mallarmec" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/mallarmec.jpg" alt="" width="600" height="587" /></p>
<p>Ainsi que l&#8217;étreinte entre l&#8217;image et l&#8217;essence de ce qui la nie</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1594" title="colombe" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/colombe.jpg" alt="" width="390" height="751" /></p>
<p>L&#8217;affrontement trop banal et trop limité pour susciter notre intérêt n&#8217;est ainsi que de stricte provenance sublunaire là où chaque singularité s&#8217;avère trop faible pour franchir le fossé qui la sépare d&#8217;une autre, la mutuelle fécondation des antagonismes étant d&#8217;une essence plus rare que l&#8217;on pourrait comparer à la soudaine irruption de certains corps de provenance cosmique.</p>
<p>C&#8217;est en effet un présupposé matérialiste de notre temps que de prendre la vie pour la lutte alors que ce n&#8217;est que prendre la partie pour le tout. Quand ce tout veut imposer sa manifestation historique sachons avoir aussitôt le réflexe du rejet mais sachons l&#8217;accueillir avec gratitude quand il est invisible et rebelle à toute existence.<br />
Qui sent la vie de l&#8217;intérieur saura que c&#8217;est un même souffle qui unit des choses aussi opposée que l&#8217;oeil, la main et la pensée. Un souffle invisible qui me traverse et qui reprend ailleurs. La vie est invisible et pour cela elle est infinie.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1436" title="lobc26" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/12/lobc26.jpg" alt="" width="630" height="440" /></p>
<p>Si le troisième terme reliant les différences est situé sur le plan de l&#8217;infini, c&#8217;est parce qu&#8217;il est donc avant tout d&#8217;essence vitale et quand cet infini sera cherché par l&#8217; effort de la pensée vers la coïncidence des opposés, on peut dire alors que cet effort deviendra comme une rivière inversant mystérieusement son cours en remontant vers son amont.</p>
<p>Pour en revenir aux rapports entre juifs et chrétiens, nous préciserons alors que l&#8217; antisémitisme chrétien releverait essentiellement selon nous d&#8217;une sacralisation du profane qui n&#8217;est que profanation du sacré lequel sacré réside avant tout dans cet esprit sémite dont le christianisme tire toute son essence. Qu&#8217;est ce donc que l&#8217;esprit sémite? là encore, le bon vers l&#8217;infini du tout autre, seule dimension pouvant réaliser la conjonction des contraires, celle du logos et du silence , du visuel et du non visuel, du poétique et de l&#8217;intelligible, du philosophe et du prophète, de ce qui est et de ce qui existe</p>
<p>antinomies surmontées par la parole du buisson ardent</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1593" title="bouts" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/bouts.jpg" alt="" width="570" height="725" /></p>
<p>On ajoutera que si le buisson ardent peut concilier ces choses contraires énumérées plus haut ,il pourrait en aller de même entre cette destinée de réunion et une mystique de la séparation.</p>
<p>Ce qui est pleinement religieux est en effet relation au tout autre et la relation au tout autre n&#8217;a de sens que quand la personnalité d&#8217;un &#8220;je&#8221; s&#8217;affirme face à la personne qui la contemple. Nul rapport au tout autre au coeur d&#8217;un soi qui abolit et le moi et les autres mais relation au tout autre quand ce tout autre affirme sa différence par rapport à la mienne car alors commence l&#8217;authentique rencontre d&#8217;un mystérieux face à face entre deux solitudes.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1595" title="img938" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/img938.jpg" alt="" width="630" height="910" /></p>
<p>Si nous voulons saisir le véritable sens du mot &#8220;autre&#8221;, il nous faut en ce cas revenir à la parole du buisson ardent.</p>
<p>&#8220;Je suis parce que je suis&#8221;.</p>
<p>Nulle autre explication.</p>
<p>Une voix affirme son irréductible réalité et laisse sans réponse la question &#8220;qui es tu?&#8221;</p>
<p>comme si la non réponse à cette question conditionnait ma propre dignité de personne. Si tu me comprends je disparais en toi et si je disparais en toi face à qui pourras tu exister pour affirmer ta propre solidité de personne?</p>
<p>Ce qui est, coincide avec ce qui est autre et je suis moi-même l&#8217;être en ce que je suis l&#8217;autre de tous les autres. Au delà ne peut être qu&#8217;au delà vers quelqu&#8217;un d&#8217;autre, autrement &#8220;au delà&#8221; serait privé de sens. Si au delà n&#8217;etait que quelque chose, ce ne serait que quelque chose de plus voire quelque chose de moins, incapable de combler l&#8217;attente de quelqu&#8217;un d&#8217;autre.</p>
<p>Aucune énigme en effet sans la voix de quelqu&#8217;un d&#8217;autre et sans énigme, rien qu&#8217;un plafond bas en guise de cosmos ainsi qu&#8217;un enfermement dans la cellule de mon moi. Sans la distance donnée par autrui, le nuage que je traverse de compact et cotonneux devient dès lors vapeur sans consistance et sans doute n&#8217;est ce que ma propre vapeur que je traverse. Dire &#8220;Je suis parce que je suis&#8221; resterait toutefois insuffisant sans le plein accomplissement de la parole où le &#8220;je suis&#8221; du père</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1611" title="trinite" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/trinite.jpg" alt="" width="573" height="589" /></p>
<p>devient alors inséparable de sa saisie comme autre dans le logos , lui-même se revendiquant parole conjointe à l&#8217;absolue par le tout autre de son silence ailé. Si l&#8217;insondable se comprends comme autre que lui-même pour être totalement lui même, c&#8217;est alors qu&#8217;il n&#8217;y aura peut-être pas de meilleure parole de l&#8217;insondable qu&#8217; au sein du tout autre que lui-même comme fondement justifiant la transcendance de l&#8217;autre de moi-même.</p>
<p>La miscellanea exprime ainsi fort bien cette idée que je ne suis pleinement moi que par celui qui n&#8217;est pas moi. Nous tentons alors d&#8217;imaginer ce sentiment d&#8217;étrangeté voire de malaise qui devait prendre l&#8217;enlumineur chrétien quand le commanditaire juif lui expliquait comment illustrer le sabbat, le pesah, le yom kippour ou le purim , au contact de cette écriture qu&#8217;il ne comprenait pas, face à ces coutumes, ces rituels, ces cérémonies d&#8217;un peuple qui n&#8217;était pas le sien.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1603" title="img942" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/img942.jpg" alt="" width="600" height="822" /></p>
<p>. . Probablement le même sentiment de malaise qui devait prendre le juif en présence d&#8217;une imagerie religieuse que l&#8217;enseignement rabbinique ne perdant jamais de vue le deuxième commandement, ne pouvait s&#8217;empêcher de suspecter de dérive idolâtre. Et pourtant, c&#8217;est ce que nous susurre ce manuscrit, le juif était attiré par le chrétien lequel n&#8217;en était sûrement pas moins fasciné par le juif.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1604" title="img939" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/img939.jpg" alt="" width="600" height="729" /></p>
<p>L&#8217;alphabet hébreux provoquait le malaise du chrétien mais devait sûrement le fasciner de par sa mystérieuse beauté plastique, tout comme l&#8217;enluminure chrétienne fascinait le juif au point de faire appel à un émule de Leonardo Bellini ou de Cristoforo de Predis. La fascination suppose le rejet et le désagrément de ce qui nous hisse hors de nos habitudes culturelles.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1605" title="img944" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/img944.jpg" alt="" width="600" height="848" /></p>
<p>Rejet et désagrément deviennent alors conditions de rencontre où l&#8217;on donnera le meilleur de soi parce que l&#8217;on sera sollicité à sortir hors de soi. Et c&#8217;est alors que la rencontre de deux mondes qui ne se comprennent pas donnera le mystère d&#8217;une séparation qu&#8217;il devient désormais impossible de séparer. Sans l&#8217;image chrétienne , le mot hébreux pâlit et l&#8217;image chrétienne s&#8217;appauvrit à son tour sans l&#8217;étrangeté du mot hébreux. On voit ainsi chaque monde renforcer la beauté de son imaginaire au contact d&#8217;un mystère, le mystère de l&#8217;autre et c&#8217;est encore un autre mystère, le mystère d&#8217;un tout autre encore plus autre qui cèle la rencontre éternelle de ces deux autrui réciproques.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1620" title="img930" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/img930.jpg" alt="" width="500" height="700" /></p>
<p>Observons qu&#8217;un tel ouvrage réalise à tous les niveaux la concordances des opposés, non seulement entre juifs et chrétiens mais aussi entre poésie et science, entre histoire et humour entre Esope et Maïmonide , entre philosophie et contes pour enfants, entre l&#8217;imprononçable YVHW et la délectation dans le sensible profane.<br />
Avoir le regard tourné vers l&#8217;infini reviendrait donc à tomber dans un pot pourri, les grands romans modernes qui ne sont souvent qu&#8217; odyssées vermiformes et scatographies ne seraient pas loin de cette conciliation des contraires s&#8217;ils tenaient ferme dans leur ambition de benne à ordures. Puisque nous n&#8217;avons plus d&#8217;aspirations à l&#8217;épique sans tomber dans le ridicule, n&#8217;ayons alors pas d&#8217;autres prétentions que d&#8217;être d&#8217;honnêtes éboueurs, si quelques part les extrêmes se touchent, une poubelle bien sentie devrait tôt ou tard rencontrer le cosmique.</p>
<p>Si l&#8217;union est la synthèse reliant deux différences, l&#8217;analyse est ce qui les juxtapose. La démarche étant spirituelle dans le premier cas , elle devient scientifique dans le second. C&#8217;est un fait qu&#8217;à partir du XVIIIème siècle, on ne voit plus l&#8217;unité qui sous tend le genre humain. Pour la plupart des auteurs de ce temps, la vie n&#8217;est qu&#8217;une mécanique. Rappelons d&#8217;ailleurs la passion qu&#8217;eût l&#8217;époque pour les automates.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1488" title="img897" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/01/img897.jpg" alt="" width="580" height="810" /></p>
<p>et voyons maintenant l&#8217;envers de la &#8220;création&#8221; de Jacquet-Droz</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1613" title="img947" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/img947.jpg" alt="" width="600" height="832" /></p>
<p>Quel peut être en ce cas le sens du mot &#8220;autre &#8221; dans une telle optique où l&#8217;on saisit le vivant par le déterminisme de la sécrétion glandulaire ou l&#8217;aléa du génétique?</p>
<p>Quand l&#8217;impérialisme d&#8217;un positivisme unifiant ou d&#8217;une sacralisation historique prétendent apporter la lumière dans la pénombre d&#8217;une singularité, la totalité n&#8217;est fatalement qu&#8217;une mécanique et l&#8217;altérité devient cames ou ressort quand elle n&#8217;est pas débris et déchets si elle persiste dans son statut de tout autre. Sans une véritable théologie de l&#8217;autre , il y a fort danger à ce que l&#8217;on ait une tératologie d&#8217;autrui. En admettant qu&#8217;un tel système génère la mort de toute métaphysique, on admettra sans peine en ce cas que le sort du poétique ne vaille guère mieux dès lors qu&#8217;est reconnue la profonde connivence des deux disciplines, voire leur synonymie dans leur manière de vivre pleinement la séparation comme promesse de rédemption. Si autrui est question d&#8217;éthique et si la poésie est question de malaise, la poésie deviendra également une question d&#8217;éthique et autrui sera essentiellement question poétique</p>
<p>La véritable union est en fait une notion religieuse impliquant la séparation et c&#8217;est quand disparait toute dimension spirituelle que l&#8217;union disparait à son tour pour abandonner la séparation à la seule comparaison issue de la taxinomie et du classement. Si je classe, je compare et si je compare, inévitablement je vais hiérarchiser parce que tout en ayant perdu le sens de l&#8217;unité , je n&#8217;en conserve pas moins une certaine nostalgie de l&#8217;Un. Du classement d&#8217;un von Liné, le pas sera vite franchi vers un Montesquieu et sa théorie des climats jusqu&#8217;à Voltaire plaçant le &#8220;nègre&#8221; juste avant l&#8217;animal. Quand l&#8217;un n&#8217;existe plus que sur un plan immanent, ce n&#8217;est que le plan de ma prétention égotiste, seule la transcendance de l&#8217;un préservant les singularité dans son infini, l&#8217;immanence de l&#8217;unité les fondra en revanche, au sein du fini de son totalitarisme, l&#8217;autre de l&#8217;unité n&#8217;en étant que l&#8217;altération fatale . Le cas de Buffon est à cet égard frappant,</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1618" title="buffon_1707-1788" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/buffon_1707-1788.jpg" alt="" width="570" height="845" /></p>
<p>s&#8217;il est encore chrétien quand il parle de l&#8217;unité du genre humain, il passe progressivement vers la nouvelle vision en faisant de l&#8217;homme blanc l&#8217;archétype et des autres races des écarts ayant dégénéré pour s&#8217;être éloigné du modèle premier. <a  href="http://falcophil.info/blog/breviaire-du-cretin/">Certains propos tenus dans un fameux discours</a> témoignent de cette incapacité toujours aussi forte à voir l&#8217;unité autrement que par rejet d&#8217;une différence devant plier sous le diktat d&#8217;un unique modèle. Jamais le christianisme, du moins dans son essence et sa pensée n&#8217;avait jusqu&#8217;alors connu cette division entre race supérieure et race inférieure, il aura fallu le mécanisme matérialiste des lumière pour théoriser le racisme , chose fort logique dans un système où l&#8217;accident prévaut sur une substance qui de plus en plus se perd de vue.</p>
<p>Significatif au demeurant que ce fut un écrivain d&#8217;inspiration chrétienne , l&#8217;un des plus grands auteurs américains</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1621" title="img949" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/img949.jpg" alt="" width="500" height="758" /></p>
<p>qui sut redonner à l&#8217;homme noir cette dimension de l&#8217;autre comme possibilité de la rédemption du pécheur que je suis. Notons d&#8217;ailleurs combien au travers de son cinéma, l&#8217; américain est obsédée par le thème de l&#8217;autre,</p>
<p>autre du noir et autre du blanc</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1607" title="img946" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/img946.jpg" alt="" width="600" height="868" /></p>
<p>autre du &#8220;sauvage&#8221; et autre du &#8220;civilisé&#8221;</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1608" title="img945" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/img945.jpg" alt="" width="600" height="852" /></p>
<p>autre du présent, autre du passé</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1623" title="img950" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/img950.jpg" alt="" width="600" height="863" /></p>
<p>autre de l&#8217;occidental et autre de l&#8217;asiatique</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1622" title="duel" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/duel.jpg" alt="" width="600" height="796" /></p>
<p>ainsi que l&#8217;autre du hippie</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1610" title="img926" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/img926.jpg" alt="" width="600" height="860" /></p>
<p>Rappelons au passage, le thème de ce célèbre road movies des années 60, chef d&#8217;oeuvre de montage et d&#8217;audace cinématographique qui 40 ans après son tournage n&#8217;a pas pris une ride. Trois marginaux vagabondent à moto au travers des USA.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1614" title="easyrider460" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/easyrider460.jpg" alt="" width="460" height="300" /></p>
<p>Sortes de Jack Kerouack ou d&#8217;Allen Gisnsberg motorisés, ces parangon d&#8217;under ground et de contre culture, traversent des villes hostiles, des populations qui ne supportant pas leur cheveux longs leur adressent insultes et quolibets. Ils fument du cannabis autour d&#8217;un feu de camps et dorment à la belle étoile. Comme l&#8217;un d&#8217;eux s&#8217;étonne d&#8217;être accueilli avec tant de haine, un autre lui répond &#8220;Ils ont peur de ta liberté&#8221;.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1615" title="easy_rider_3" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/easy_rider_3.jpg" alt="" width="500" height="459" /></p>
<p>Toute la question de l&#8217;autre se trouve condensée dans cette phrase. L&#8217;autre apporte la liberté en ce qu&#8217;il n&#8217;est pas moi.<br />
L&#8217;autre est nécessairement arrachement au monde où je vis et je le rejette non tant parce qu&#8217;il est libre que parce qu&#8217;il donne cette liberté inscrite au coeur d&#8217; un au delà de mes habitudes mentales. L&#8217;autre se rapproche alors de l&#8217;image de la mort, de ma propre mort parce qu&#8217;il est fatalement le glissement de terrain sur lequel j&#8217;avais pourtant cru construire ma vie. Aller vers l&#8217;autre c&#8217;est aussi aller vers ma mort. Altération et altérité ont même racine, &#8220;alter&#8221;, l&#8217;autre est l&#8217;image altérée de moi-même car c&#8217;est le moi qui tend à être dépouillé de son même.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1616" title="easy-rider-4" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/easy-rider-4.jpg" alt="" width="500" height="365" /></p>
<p>Dans Easy rider, les hippies apportent la mort en tant qu&#8217;ils sont l&#8217;autre de la face conformiste et bien pensante de l&#8217; Amérique. L&#8217;altérité donne la mauvaise conscience qui met en évidence le vrai au travers du mensonge où je vis et ne peut en conséquence que me placer face à ma propre mort.</p>
<p>Mais les hippies d &#8216;Easy rider s&#8217;en vont aussi à la découverte de leur propre mort par leur propre quête de l&#8217;autre, autre de l&#8217; Amérique, autre de la pureté des déserts et des cimes d&#8217;où à commencé leur périple. S&#8217;enfonçant toujours plus vers cet autre, ils filent donc vers la négation d&#8217;eux même qui revient à n&#8217;être au fond que négation de l&#8217;autre. . Se rapprocher de l&#8217;autre n&#8217;est donc pas nécessairement un service à lui rendre car dans beaucoup de cas ce serait plutôt me rapprocher de moi-même en le confortant dans l&#8217;erreur de sa prétention englobante.. Généralement , l&#8217;autre ne vous veut que soumis , dépouillé de votre vie pour le moule de son propre cadre conceptuel. On ne pourra jamais conceptualiser sans détruire le face à face et donc sans se détruire soi-même. Convertir l&#8217;autre, c&#8217;est le convertir à cette mystique du tout autre laquelle mystique ne peut qu&#8217;exiger une certaine dose d&#8217;échec, nécessaire dans la tentative de conversion. Que l&#8217;autre demeure autre n&#8217;est qu&#8217;un autre aspect de la manifestation de l&#8217;insaisissable de sorte que notre puissance de dépassement ne serait en fait que notre impuissance à dépasser quoique ce soit , comme aurait dit Kierkegaard, &#8220;Mon départ éternel n&#8217;est que mon éternel arrêt&#8221;.</p>
<p>La super technologie motorisée dont se servent les marginaux ne leur a peut-être pas donné la sagesse de le comprendre parce qu&#8217;elle n&#8217;était que fuite horizontale vers la gueule du loup à laquelle ils voulaient pourtant échapper.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1617" title="easy-rider-8" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/easy-rider-8.bmp" alt="" /></p>
<p>Impossibilité d&#8217;un dépassement des ambivalences par seul déplacement immanent et dont il fut déjà question à l&#8217;occasion de précédents billets:</p>
<p> </p>
<p><a  href="http://falcophil.info/blog/esthetique-de-lebranlement/">http://falcophil.info/blog/esthetique-de-lebranlement/</a></p>
<p><a  href="http://falcophil.info/blog/exercices-pratiques/">http://falcophil.info/blog/exercices-pratiques/</a></p>
<p> </p>
<p> Ici la technologie ramène à sa source qui est précisément son discours totalitaire n&#8217;admettant nulle alternative. Si vous vous servez de moi, vous n&#8217;avez pas le droit d&#8217;être autre que Moi et quoiqu&#8217;il en soit, en vous servant de moi , tôt ou tard, vous reviendrez vers moi pour être absorbé en moi. C&#8217;est ici que la technique telle que vue par Heidegger comme prévalence de l&#8217;étant devient destinée historique de l&#8217;être et ne peut que mener à la dialectique conflictuelle car le cadre purement historique de l&#8217;être n&#8217;est que l&#8217;histoire de la mort de l&#8217;autre et donc, de notre mort à tous, soit que le triomphe de l&#8217;une des deux parties annihilera son vis-à vis, soit que le mélange de l&#8217;une dans l&#8217;autre ne donnera que la moyenne affadie.</p>
<p>Vers la fin du film , juste avant d&#8217;être tué sur la route, à coup de carabine par un camionneur qui ne pouvait lui aussi supporter l&#8217; autrui de la liberté, l&#8217;un des hippies conclut ainsi son périple:</p>
<p>&#8220;Nous avons déconné&#8221;.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1619" title="p1060180" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/03/p1060180.jpg" alt="" width="580" height="387" /></p>
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		<title>NUIT BLANCHE</title>
		<link>http://falcophil.info/blog/nuit-blanche/</link>
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		<pubDate>Thu, 31 Jul 2008 06:37:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>

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		<description><![CDATA[4 heures du matin et je n’arrive toujours pas à dormir. Trop tourmenté par mes problèmes personnels. Mais comme j’ai horreur de raconter mes problèmes , je parlerai plutôt du film que j’ai visionné durant mon insomnie.


Sitot ce film visionné, je n&#8217;ai pu m&#8217;empêcher d&#8217;en dire quelques mots car il illustre parfaitement la dichotomie classicisme/baroque [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>4 heures du matin et je n’arrive toujours pas à dormir. Trop tourmenté par mes problèmes personnels. Mais comme j’ai horreur de raconter mes problèmes , je parlerai plutôt du film que j’ai visionné durant mon insomnie.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1101" title="img7842" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/07/img7842.jpg" alt="" width="406" height="574" /></a></p>
<p><span id="more-1096"></span></p>
<p>Sitot ce film visionné, je n&#8217;ai pu m&#8217;empêcher d&#8217;en dire quelques mots car il illustre parfaitement la dichotomie classicisme/baroque évoquée dans l&#8217;avant dernier billet.</p>
<p>Il s’agit d’une sorte d’avatar de Don Quichotte qui met en scène un black, tueur à gages un peu disjoncté vivant dans une sordide banlieue des States et qui a décidé d’asseoir sa vie sur la philosophie des samourais.</p>
<p>Le film commence par une scène montrant le black lisant à voix haute une phrase du bushido « La voie du samourai est dans la mort ». Mais à mesure que le film progresse, j’ai l’étrange impression de l’avoir déjà vu quoique je le visionne pour la première fois. D’abord, le black semble déambuler dans les rues nocturnes puis, à l&#8217;aide d&#8217;un appareillage sophistiqué , il pique une bagnole et fonce ensuite dans la nuit en écoutant du rap. Un peu plus tard , il s’introduit dans un appartement où il butte un type. Et tout à coup je me rappelle ! Me revient en mémoire un polar français des années 60, &#8221; le Samouraï &#8220;de Jean Pierre Melville. Visiblement, le présent film s’en est inspiré. </p>
<p>Jean Pierre Melville était d’ailleurs  lui même parvenu à « franciser » le polar américain des années 50 </p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/08/asph.jpg" alt="" title="asph" width="216" height="584" class="alignleft size-full wp-image-1189" /></a> </p>
<p>dont l’exemple type reste « Quand la ville dort&#8221; de John Huston . GHOST DOG du coup prend à mes yeux un autre aspect en ce qu’il devient assez représentatif de ces passionnants va et vient d’une culture à l’autre dont les accumulations de réciproques influences permettent parfois d’aboutir à d’admirables synthèses.</p>
<p>Le scénario de GHOST DOG reprend donc la trame très simple du film de Melville. Un tueur à gages solitaire honore un contrat en abattant un homme, meurtre dont est témoin une jeune femme. Le tueur devenant ainsi compromettant pour les commanditaires du meurtre, ceux-ci vont alors tout tenter pour l’éliminer.</p>
<p>Ici s’arrête la ressemblance avec le film de Melville,  Jarmush partant vers des voies différentes. Alors que Melville dans un style sobre et austère , un tantinet bressonien, avait réalisé un œuvre magistrale de dépouillement et de clarté, Jarmusch complique l’intrigue par une symbiose non moins captivante d’éléments disparates et souvent contradictoires. Le tueur incarné par Forrest Whitaker, n’a rien de la beauté froide et féline d’Alain Delon. GHOST DOG fait au contraire l&#8217;effet d’un gros nounours pataud </p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/08/ghost_dog.jpg" alt="" title="ghost_dog" width="314" height="210" class="alignnone size-full wp-image-1221" /></a></p>
<p>dont la démarche relève d&#8217;un curieux dandinement. Son déplacement est pourtant si léger qu’il semble planer au travers des rues sordides, méritant ainsi son surnom de « fantôme ». Il pratique une vie d’ascèse, loge dans un misérable réduit sur le toit d’un immeuble où il s’entraîne aux arts martiaux. Pourtant son idéal de guerrier ne l&#8217;empêche pas de bichonner des tas de pigeons vivant dans une cage près de sa cahute, ni d&#8217;aimer les sucreries, son seul ami étant d’ailleurs un marchand de glace.</p>
<p>Il maîtrise des quantités de gadgets de la technique moderne (Parodie de James Bond ?) et s’obstine néanmoins à communiquer au moyen de ses pigeons voyageurs.<br />
Vivant donc suivant le code d’honneur des samouraï ( de nombreuses citations d’Agakure, grand poème guerrier japonais sont reprises en voie off), il méprise le monde moderne et son absence de principes, société déliquescente symbolisée par les mafieux infantiles et dégénérés lancés à sa poursuite. Il est en outre passionné de musique moderne de sorte que le film orchestre une curieuse alternance de thèmes de rap ou de jazz et de sentences proches de la sagesse Tao.</p>
<p>Le côté parodique est un autre aspect intéressant du film. Ghost Dog qui abat tous les tueurs lancés à sa poursuite exécute de curieux moulinets avec ses pistolets comme le ferait un samourai avec ses sabres. La scène finale ou il affronte le dernier malfrat en un face à face au milieu de la rue, singeant un cliché de western, est là encore un moyen pour revisiter un genre par une imitation burlesque. Parodie donc des films de gangsters et de samouraïs, Jarmush comme tout authentique créateur étant soucieux en effet de ne pas imiter les cinéastes qui l’ont marqué ( Kurosawa outre Melville) et utilisant de ce fait la distance un peu bouffonne pour se démarquer de ceux qu’il admire.</p>
<p>Mélange d’humour noir et leçon de sagesse, admirable patchwork de cultures d&#8217;horizons différents montrant de quelle manière peuvent coexister les différences quand on est intelligent et talentueux, va et vient entre passé et présent d’un homme à bien des égards ancré dans son époque et sa technologie mais qui en refuse en même temps l‘esprit décadent et l’ absence de principes en se rattachant au sens de l’honneur d’un code féodal, tout cela fait de Ghost Dog un  film fantasque sur un personnage extravagant mais qui  ne nous interpelle pas moins et nous rappelle que si notre monde a gagné en technique , il a toutefois perdu son âme en délaissant la mémoire des sagesses anciennes. Combiner technique et tradition, la puissance issue de la première alliée au détachement donné par la seconde pourrait d&#8217;ailleurs être vu comme l&#8217;un des enseignements de ce film.</p>
<p>Mais et c’est là à mes yeux l’essentiel, comme dans tous les remakes, on ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec le film de Melville. Là où Melville était concis, dépouillé, austère, laconique, un peu froid, </p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/08/306_box_348x490.jpg" alt="" title="306_box_348x490" width="348" height="490" class="alignnone size-full wp-image-1132" /></a></p>
<p>Jarmush est plutôt bavard, plutôt alambiqué, plutôt comique, il multiplie les tableaux, les situations bizarres, les personnages curieux et décalés. Autrement dit , alors que Melville est un classique, Jarmusch est un baroque. On en revient donc toujours à cette même fondamentale dualité, toutes les créations culturelles n&#8217;étant au fond que l&#8217;éternel affontement entre classicisme et baroque. Inutile d’ajouter que je préfère Melville même si je reconnais que Jarmusch est un grand cinéaste.</p>
<p>Le film se termine vers 6h30 du matin. Le temps de taper ce billet, il est 7h00. Inutile d’aller me coucher. Autant dire que je ne serai pas frais pour bosser. Une fois encore mes prestations professionnelles ne seront pas brillantes et les tonnes de café n’y changeront rien.</p>
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		<title>APPLICATIONS PRATIQUES</title>
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		<pubDate>Mon, 31 Dec 2007 14:31:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Art chinois]]></category>
		<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Poésie]]></category>
		<category><![CDATA[Taoisme]]></category>

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		<description><![CDATA[ &#8221; décidément, tu as toujours le chic pour te défiler par des considérations absconses, il est impossible avec toi de mener une discussion jusqu’au bout…. &#8221;
J&#8217;ai la dernière fois voulu expliquer comment je concevais la poésie et l&#8217;imagination, termes selon moi synonymes pour désigner l&#8217;intuition de l&#8217;unité du monde mais  puisque Clio veut [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p> &#8221; décidément, tu as toujours le chic pour te défiler par des considérations absconses, il est impossible avec toi de mener une discussion jusqu’au bout…. &#8221;</p>
<p>J&#8217;ai la dernière fois voulu expliquer comment je concevais la poésie et l&#8217;imagination, termes selon moi synonymes pour désigner l&#8217;intuition de l&#8217;unité du monde mais  puisque Clio veut  des analyses rationnelles, je vais alors tenter de lui en proposer une au travers de quelques exemples concrets </p>
<p>Tout d&#8217;abord, le détail d&#8217;une oeuvre de David Teniers (XVIIème ) représentant Daniel dans la fosse aux lions.</p>
<p><img id="image805" height=558 width=430 alt=img6611.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/12/img6611.jpg" /></p>
<p><span id="more-803"></span></p>
<p>Le sujet est tiré de l&#8217;Ancien Testament.  Daniel surpris en oraison  malgré un édit de l&#8217;emprereur Darius interdisant aux juifs de prier leur Dieu est alors jeté au milieu de lions affamés. La pureté de son coeur est toutefois telle que les fauves ne lui font aucun mal.  </p>
<p> A mon sens David Teniers a échoué dans son sujet.  Il eut fallu donner aux lions un air féroce pour rendre plus saisissant le miracle d&#8217;une foi permettant de rester inébranlable face au danger. Ici, au contraire, le peintre s&#8217;étant efforcé de présenter les fauves sous un jour pacifique, n&#8217;a pu faire autrement que de donner une expression humaine à celui de droite alors que celui de gauche est inexpressif</p>
<p><img id="image807" height=481 width=430 alt=img661-copie.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/12/img661-copie.jpg" /></p>
<p> exemple typique du compromis fade et sans vie résultant de l&#8217;incapacité d&#8217;un réel dépassement des contraires.</p>
<p> Cette entreprise picturale aurait pourtant été un bon moyen de faire jouer le poétique en tant que   convergence des opposés et propension à percevoir un système complet de rapports. </p>
<p>Que symbolise en effet le lion?  La férocité, la violence, l&#8217;esprit de conquête, l&#8217;agressivité, l&#8217;orgueil, l&#8217;appétit, la faim, d&#8217;une manière plus fondamentale, le principe &#8220;mâle&#8221;. Il ne s&#8217;agit pas tant ici du sexe masculin que de cette faim exprimant le désir qui pousse la vie en avant et que le Daodejing résume sous le terme  de &#8220;Yang&#8221;. </p>
<p>A côté de cette faim ou plutôt , à l&#8217;opposé de cette faim, nous avons un principe opposé que Téniers a  d&#8217;ailleurs très bien représenté en arrière fond de son tableau</p>
<p><img id="image806" height=257 width=213 alt=img661a.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/12/img661a.jpg" /></p>
<p>Les lions se reposent ou dorment.</p>
<p> Second principe fondamental alternant avec le désir, le sommeil. Ce deuxième pôle peut à son tour se décliner au travers du retrait, de la fuite, de l&#8217;assouvissement, de la rêverie,  de la contemplation, l&#8217;essentiel étant qu&#8217;il s&#8217;agit là du principe freinant les tendances agressives du désir. Principe femelle donc  au sens de tendresse, douceur ou patience, qualités associées au sexe féminin mais surtout au sens plus général que le Dao résume sous le terme de &#8220;Yin&#8221;.</p>
<p>Faim-rassasiement<br />
Désir-Assouvissement<br />
Eveil-Sommeil<br />
Force-Douceur<br />
Attaque-Fuite (ou défense)<br />
Action-Contemplation,<br />
Déploiement-Retrait</p>
<p>autant donc de subdivisions du Yin et du Yang que Téniers dans son intuition d&#8217;artiste n&#8217;ignorait pas complètement puisque la couleur bleue de la robe de Daniel</p>
<p><img id="image805" height=558 width=430 alt=img6611.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/12/img6611.jpg" /></p>
<p>pourrait être perçue comme un oasis de contemplation dans un désert de feu symbolisé par les couleurs ocre-jaune des lions. Téniers ne parvient toutefois pas à établir une convergence de principes concurrents . On pourrait dire que cette scène se trouve sous le signe du retrait contemplatif au détriment de l&#8217;élan de vie sans lequel, pourtant, aucune contemplation n&#8217;est possible.</p>
<p> A l&#8217;inverse, le fauve de Delacroix vu la fois précédente</p>
<p><img id="image791" height=820 width=638 alt=img643.JPG src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/12/img643.JPG" /></p>
<p>se trouverait sous le signe entier de l&#8217;attaque et de la faim, la prédominence d&#8217;éléments &#8220;Yang&#8221; comme la terre, le feu, le soleil matérialisés par les couleurs chaudes occultant les éléménts &#8220;Yin&#8221; tels que l&#8217;eau, l&#8217;ombre, la nuit, la lune ainsi que les couleurs bleues ou vertes.</p>
<p>L&#8217;opposition Yin et Yang, faim alternant avec repos, désir avec appaisement, élan avec statisme n&#8217;est donc que la reproduction du rythme vital et si le poète se doit de représenter ces deux principes dans leur coexistence et leur complémentarité, c&#8217;est  que la poésie est, entre autre, réalisation  de l&#8217;essence même de l&#8217;homme en ce que lui seul hisse au niveau de l&#8217;esprit les va-et-vient fondamentaux et binaires régissant  l&#8217;horizontalité matérielle. Sur un plan strictement animal, il n&#8217;y aura jamais, en effet, qu&#8217;une succession de désir et de sommeil, de faim et d&#8217;assouvissement, d&#8217;activité et de repos, seul l&#8217;homme fusionnant ces deux termes de par une troisième instance dont il est le réceptacle. Quelle est cette troisième instance ? On pourrait répondre qu&#8217;il s&#8217;agit en fait de la première, celle de l&#8217;Un par laquelle est ramenée au chiffre 2  la multiplicité du monde. Les deux extrémités horizontale du Yin et du Yang sont alors reliées vers le haut par cet Un, de manière à former le sommet d&#8217;un triangle.</p>
<p>Significatif que dans la représentation du fauve ni Teniers ni Delacroix ne soient parvenus à réaliser cette trinité, chacun n&#8217;étant resté qu&#8217;au niveau de l&#8217;un des deux termes horizontaux.  On pourra noter à cet égard que si  la substance poétique se perd, c&#8217;est que se perd tout sentiment de l&#8217;unité. Combien de gens aujourd&#8217;hui peuvent d&#8217;ailleurs goûter un poème où la multiplicité du déploiement est unifiée par la rime ou le refrain ? Qu&#8217;en littérature se soit, de manière quasi exclusive, imposé le roman avec sa temporalité linéaire qui file vers sa fin irréversible  est assez révélateur d&#8217;une impossibilité croissante à ramener l&#8217;éparpillement chronologique et spatiale du monde vers un point focal où le temps ne se jette plus vers la déperdition et l&#8217;entropie mais revient sur lui même en tournant sur un axe invisible.</p>
<p>A partir du thème du fauve, je propose maintenant ma propre interprétation fondée sur les principes esquissés plus haut.</p>
<p><img id="image810" height=465 width=620 alt=viesauv3.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/12/viesauv3.jpg" /></p>
<p>Ai-je réussi ? A vrai dire, je ne suis pas très satisfait. </p>
<p>Le tigre ou la lionne sont à la recherche de leur proie, expression donc de la voracité et de tous nos appétits impérieux sans lesquels, cependant, nos vies perdraient tout dynamisme. Cet appétit est cependant contrebalancé par la présence des forces de sommeil ou de rêverie symbolisés par la profusion du végétal ou par une fenêtre gothique, morceau d&#8217;eglise ou de cloître.</p>
<p><img id="image811" height=465 width=620 alt=viesauv6.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/12/viesauv6.jpg" /></p>
<p>Appétit- sommeil, Attaque douceur, force-faiblesse. J&#8217;ai voulu qu&#8217;une mystérieuse union fusionne les ambivalences de façon à ce que l&#8217;agressivité du tigre cotoyant la douceur craintive du cerf </p>
<p><img id="image813" height=465 width=620 alt=viesauv4.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/12/viesauv4.jpg" /></p>
<p> rende la douceur dynamique et le dynamisme douceur de sorte que la douceur ne devienne pas lâcheté et que le dynamisme soit freiné pour ne pas dégénérer en agressivité destructrice. </p>
<p><img id="image814" height=473 width=630 alt=viesauv68.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/12/viesauv68.jpg" /></p>
<p>Il ne s&#8217;agit donc pas d&#8217;un compromis mais bien  d&#8217;une interpénétration par laquelle chaque chose est totalement ce qu&#8217;elle doit être. Par la force vitale, la douceur est pleinement douceur et par la douceur, la force vitale est pleinement &#8220;vitale&#8221;.</p>
<p>La fusion par laquelle s&#8217;opère cette complémentarité est  donc le mystère de l&#8217; Un, force par laquelle chaque opposé est amené à désirer l&#8217;autre non pour le simple plaisir d&#8217;un accouplement mais pour la fin supérieure de l&#8217;engendrement et de la naissance du tout autre.</p>
<p> Une présence invisible se trouve partout et nulle part. Présence diffusée par une lumière qui est mystère du néant lequel ne doit  pas être compris comme &#8220;Rien&#8221; mais comme infini indivisible de l&#8217;ensemble des potentialités cosmiques, cet Un que je découvre en moi de par l&#8217;opération unificatrice de mon esprit n&#8217;étant que l&#8217;image de cette infinité de l&#8217;unité du &#8220;Rien&#8221;.</p>
<p>Il ne s&#8217;agit bien sûr que d&#8217;exercices pratiques à propos de thèmes destinés à illustrer une démarche pour laquelle d&#8217;autres ont réellement excellé. </p>
<p>Pour exprimer cette loi fondamentale de la force indivisible,  il faut être un sage et Hélas, je suis loin d&#8217;en être un.</p>
<p>Mais  nous pouvons toujours contempler les oeuvres issues d&#8217;une  sagesse que bien peu doivent posséder en Occident si tant est que ceux d&#8217;Orient la possèdent encore.</p>
<p>A titre d&#8217;exemple, on pourrait citer les oeuvres de la Chine ancienne. Réalisées par des peintres-poètes impregnés de la mystique taoiste, elles expriment parfaitement cette totalité par fusion des contraires</p>
<p>Cette peinture  de Shi Tao (XVIII ème, époque Qing)</p>
<p><img id="image808" height=696 width=250 alt=img663.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/12/img663.jpg" /></p>
<p>montre comment  l&#8217;opposition Eau -Montagne est résorbée par le mystère d&#8217;un troisième terme ineffable, sorte de vapeur ou de vide qui fait basculer l&#8217;une dans l&#8217;autre. La montagne devient vide ou vapeur et se transforme en eau, tandis que l&#8217;eau devient une vapeur qui épousant les formes de la montagne se transforme peu à peu en montagne </p>
<p> Dans celle-ci de Ma Yuan (XIIIème siècle époque Song) </p>
<p><img id="image809" height=380 width=620 alt=img660.jpg src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/12/img660.jpg" /></p>
<p>Le plein semble se jeter dans le vide lequel vide semble générer le plein<br />
L&#8217;écriture devient peinture et la peinture écriture,  la parole est silence et le silence parole.<br />
Un oiseau part de l&#8217;image silencieuse pour rejoindre la parole écrite.<br />
Le silence est sur terre tandis que la parole flotte dans l&#8217;air,<br />
Le silence est yin, la parole est yang<br />
Se tenant debout, l&#8217;homme, par la pensée, représentée peut-être par l&#8217;oiseau quittant sa branche, assure la fusion de la parole et du silence, du ciel et de la terre..<br />
La traduction des vers (en haut à droite) donne:</p>
<p>&#8220;L&#8217;oiseau farouche surpris par ma présence n&#8217;achève pas son chant&#8221;</p>
<p>L&#8217;autre interprétation possible de l&#8217;oeuvre serait de dire alors que par l&#8217;offrande de son travail, la sagesse du poète veut rétablir  l&#8217; harmonie que l&#8217;homme a brisé. Le poète qui rétablit donc l&#8217;équilibre au moyen de la totalité qu&#8217;enferme son oeuvre, n&#8217;oublie toutefois pas que la totalité reste insuffisante et qu&#8217;elle doit elle même être dépassée. Au delà de cette totalité et donc au delà du poème se trouve en effet le sans forme, le principe essentiel du Tao qui est néant car innommé, &#8220;Nuage d&#8217;inconnaissance&#8221; que faute d&#8217;autre nom on ne peut désigner que par le mot &#8220;Infini&#8221;.  </p>
<p>Falcophil</p>
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