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	<title>*******SOLUS SOLI******* &#187; Falcophil</title>
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	<description>Philippe Falcone&#039;s blog</description>
	<lastBuildDate>Thu, 17 May 2012 11:47:18 +0000</lastBuildDate>
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		<title>HEART of  DARKNESS</title>
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		<pubDate>Sun, 06 May 2012 17:17:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[La question de savoir comment surmonter l&#8217;antinomie substance/non substance nous ayant donc mené à cette réponse bateau du devenir, c&#8217;est sur cette même embarcation flottante que nous avons remonté quelque rivière obscure nous portant vers cette extravagante figure du colonel Kurtz et ses deux célèbres mots de la fin. &#171;&#160;L&#8217;horreur&#160;&#187;, &#171;&#160;l&#8217;horreur&#160;&#187; On ne verra certes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La question de savoir comment surmonter l&#8217;antinomie substance/non substance nous ayant donc mené à cette réponse bateau du devenir, c&#8217;est sur cette même embarcation flottante que nous avons remonté quelque rivière obscure nous portant vers cette extravagante figure du colonel Kurtz</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5824" title="Ap" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2012/04/Ap.jpg" alt="" width="400" height="553" /></p>
<p>et ses deux célèbres mots de la fin.</p>
<p>&laquo;&nbsp;L&#8217;horreur&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;l&#8217;horreur&nbsp;&raquo;</p>
<p><span id="more-5818"></span></p>
<p>On ne verra certes pas trop le rapport avec le devenir. Mais pourquoi chercher un rapport entre éléments disparates? Un rapport supposerait comme une sorte de moyeu vers où convergeraient les divers rayons de la roue, image précisément de la substance. Ici, nulle chose de ce genre, nos discussions dérivent au fil de l&#8217;eau, sans aucune ligne conductrice parce que sans essence préalable pour en orienter le cours. Pourquoi en serait-il autrement si personne n&#8217;a d&#8217;autre nature que son propre choix ?</p>
<p>Nous poursuivrons ainsi sans scrupule nos déambulations et digressions en revenant à &laquo;&nbsp;Heart of Darkness&nbsp;&raquo;.Peu ont lu le roman, la plupart ont vu le film, rappelons-en rapidement l&#8217;intrigue. Guerre du Vietnam, un officier chargé de retrouver aux fins fonds de la forêt un certain colonel Kurtz et de le tuer au motif qu&#8217;:</p>
<p>&nbsp;&raquo; He&#8217;s out there operating without any decent restraint, totally beyond the pale of any acceptable human conduct.&nbsp;&raquo;</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5834" title="Ap 1" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2012/04/Ap-11.jpg" alt="" width="550" height="352" /></p>
<p>Question.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Faut-il vraiment nous laisser dériver vers l&#8217;amont de la forêt primitive pour parvenir jusqu&#8217;à ce colonel extravagant au comportement &laquo;&nbsp;totally beyond the pale of any acceptable human conduct&nbsp;&raquo; ? Le fleuve symbolisant le devenir de qui n&#8217;a plus d&#8217;essence ne mènerait-il pas plutôt vers l&#8217;aval de la super-structure technicienne, post-humanité à laquelle j&#8217;aboutis non par le seul effort spirituel de la maîtrise et de la vertu mais par la seule prouesse technique rendant le train toujours plus rapide tout comme elle veut rendre l&#8217;humain toujours plus performant? Nous avions la fois d&#8217;avant évoquer de quelle manière la technique tue la substance en voulant de toute chose enlever son secret, ce qui nous valut aussitôt d&#8217;être affublé du qualificatif méprisant de &laquo;&nbsp;mystique&nbsp;&raquo; au motif qu&#8217;il serait sans intérêt de parler de ce que l&#8217;on ne peut cerner.</p>
<p>Voilà bien une réponse digne d&#8217;une techno-science toujours attachée à cette obsession si cartésienne d&#8217;arraisonnement du monde. Comment vais-je réaliser ce projet d&#8217;être &laquo;&nbsp;maître et possesseur de la nature ?&nbsp;&raquo;</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5835" title="Ap 2" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2012/04/Ap-2.jpg" alt="" width="550" height="348" /></p>
<p>En purgeant cette nature de son secret, en réduisant l&#8217;homme et la vie à ce qui tombe sous nos sens, en les étalant sous nos regards, une fois jetées à nos pieds pour en faire des pièces mises en mouvement, images de nos propres combinaisons conçues par nos travaux d&#8217;ingénieurs. Déjà Descartes comparait le corps à une machine hydraulique, les vaisseaux sanguins faisant office de tuyauterie et le coeur remplissant la fonction d&#8217;un moteur. Nous nous obstinons dans ce même état d&#8217;esprit en réduisant toujours plus notre corps à l&#8217;image de notre organisation technique</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5821" title="img244" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2012/04/img244.jpg" alt="" width="600" height="873" /><br />
<em>(Science et vie, septembre 2010)</em></p>
<p>On vous parlera ici de connexions, là-bas de réseaux, plus loin d&#8217;autoroute, ailleurs de cables, de canalisations, de logistiques. On ne peut avoir nulle maîtrise sur un mystère, on ne peut que le chanter par la liturgie, par le poème ou par l&#8217;oeuvre d&#8217;art. En revanche, on peut maîtriser une mécanique, elle est sous l&#8217;emprise de mon outil ou de mon instrument, je peux serrer tel boulon,je peux huiler telle rouage et puis remplacer ce rouage par un élément plus efficace , décupler la puissance de l&#8217;ensemble, en faire une super-machine. Et si la machine s&#8217;emballe, alors, pour la contenir, je fabriquerai une machine encore plus puissante.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5836" title="Untitled-1" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2012/04/Untitled-1.jpg" alt="" width="553" height="721" /></p>
<p>Bref, mettre le monde sous ma coupe, c&#8217;est le transformer en produit. Nous sommes obsédés par ce mot de &laquo;&nbsp;produit&nbsp;&raquo; parce que seul le produit résulte de ma force technique. Le non-produit, c&#8217;est ce qui était déjà là, ce qui se tient debout face à moi sans que mon action y soit pour quelque chose.Mes évaluations chiffrées en Euros ou en dollars ne sont d&#8217;aucune utilité pour le saisir, je ne le saisis pas, je l&#8217;accueille comme un don. Que ce soit la vie, le monde ou l&#8217;autre, le non-produit est mystère  parce qu&#8217;il ne dépend pas de celui auquel il s&#8217; adresse, il le reçoit ou il le refuse mais il ne peut le manipuler tandis que le produit est certitude tangible parce qu&#8217;il n&#8217;est que chose inanimée que je décortique, que je fabrique ou dont je me sers. L&#8217;enfant qui reçoit son ours en peluche pourra le percevoir comme le don de la mère ou du père mais pour l&#8217;industriel chinois qui fabrique ce même jouet à des millions d&#8217;exemplaires, cela ne présente plus aucun rapport avec un don, ce n&#8217;est qu&#8217;un produit. A l&#8217;autre bout de mon action se trouve le produit, à l&#8217;autre bout du non-produit se touve ma contemplation</p>
<p>Ce que j&#8217;accueille comme un don, je dois reconnaître que cela me dépasse, je ne l&#8217;ai pas choisi, cela surgit devant moi, sans que je le cherche parce que c&#8217;est sans rapport avec l&#8217;intérêt personnel pouvant conditionner ma recherche.Cela me prend, me &laquo;&nbsp;sur&nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;prend&nbsp;&raquo;,</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5842" title="Ap 8" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2012/04/Ap-8.jpg" alt="" width="600" height="385" /></p>
<p>autrement dit me prend pour me porter au delà, au rebours de l&#8217;ustensile qui lui est pris par moi. Cela &laquo;&nbsp;est&nbsp;&raquo;, tout simplement. On peut dire du non-produit que c&#8217;est une substance car le don est en rapport étroit avec la mystérieuse réalité de l&#8217;amour qui n&#8217;est que le mystère de l&#8217;autre. Mais c&#8217;est aussi un démenti donné à mon orgueil lequel veut avant tout des choses que j&#8217;aurai fabriquées. Je n&#8217;ai pas fabriqué la vie? Fort bien, alors je vais m&#8217;ingénier à la dépouiller de ce caractère de don mystérieux pour la réduire à de l&#8217;explicable, à de la mécanique, à des formules chimiques ou mathématiques.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5837" title="Ap 4" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2012/04/Ap-4.jpg" alt="" width="550" height="367" /></p>
<p>Je ne peux comprendre ce don qui fait que la beauté me transporte? Alors j&#8217;irai fouiller dans le cerveau comme on tripote l&#8217;intérieur d&#8217;un poste de radio, bien décidé à trouver l&#8217;endroit de la matière grise où se produit l&#8217;influx électrique expliquant pourquoi je suis ravi par le rose-orangé d&#8217;un crépuscule.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5840" title="img249" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2012/04/img249.jpg" alt="" width="560" height="343" /><br />
<em>(Science et vie, septembre 2010)</em></p>
<p>Si je ne puis agir sur une substance parce que la substance est une et que le point d&#8217;unité reste invisible, je peux cependant combiner des formules chimiques ou des équations, je peux ajouter une roue dentelée à d&#8217;autres roues dentelées ainsi pourrais-je alors agir sur la vie pour en faire autre chose que le mystère d&#8217;un don, elle deviendra ma fabrication, ma création, mon produit. Le non-produit est substance du fait qu&#8217;il implique la mystérieuse unité qui fait la réalité d&#8217;autrui, le produit est non-substantiel du fait que ramené à la stricte limitation de mon intérêt subjectif, il supprime ce qui transcende parce qu&#8217;il oblitère ce qui est autre en le rapportant à moi-même.<br />
Plutôt que la vie comme don ne pouvant se réduire à aucun chiffrage monétaire, l&#8217;homme de la technique verra dès lors la vie comme produit avec prévision chiffrée de PNB ou de PIB. Inutile à ce stade de s&#8217;attarder à l&#8217;évocation désormais banale du trop connu mais peut-être trop peu médité &nbsp;&raquo; Brave new world&nbsp;&raquo;. Mieux vaudrait, pour se convaincre que pour beaucoup la fiction doit désormais passer dans le réel, consulter quelques termes tels que :</p>
<p>- <a  href="http://fr.wikipedia.org/wiki/T%C3%A9l%C3%A9chargement_de_l&#039;esprit">Téléchargement de l&#8217;esprit</a></p>
<p>- <a  href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cryonie">Cryonie</a></p>
<p>- <a  href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Transhumanisme">Transhumanisme</a></p>
<p>- <a  href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Principe_d%27ind%C3%A9pendance_du_support">Principe d&#8217;indépendance du substrat</a></p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5838" title="Ap 5" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2012/04/Ap-5.jpg" alt="" width="550" height="367" /></p>
<p>Où l&#8217;on trouvera un excellent florilège des extravagances du &laquo;&nbsp;totally beyond the pale of any acceptable human conduct&nbsp;&raquo; et dont on pourrait tirer cet inventaire à la Prévert:</p>
<p>L&#8217;homme résistant aux froids du pôle<br />
Tel un maïs ou une tomate OGM<br />
Le contenu de notre mémoire<br />
Téléchargé sur notre disque dur<br />
<a  href="http://www.rtflash.fr/embryons-singes-genetiquement-modifies-avec-l-adn-meduse/article">Le singe translucide<br />
Fruit d&#8217;un croisement avec une méduse</a><br />
L&#8217;individu remonté tous les 10 ans<br />
Comme une pendule pour vivre le<br />
Plus longtemps possible<br />
Non plus l&#8217;ordinateur que vous aimez<br />
Mais le PC qui devient votre amant<br />
Le poulet géant à taille de vache<br />
Et la vache miniature<br />
A taille de poulet<br />
La formule chimique du courage<br />
Permettant d&#8217;être un héros par<br />
Simple injection<br />
Les gênes hérités de nos parents<br />
Troqués contes des gênes<br />
Vendus en clinique</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5839" title="Ap 7" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2012/04/Ap-7.jpg" alt="" width="660" height="430" /></p>
<p>Rêves de môme attardé tout juste bon pour un scénario d&#8217;Hollywood ?<br />
Voir!<br />
D&#8217;abord qui peut nous certifier que l&#8217;intelligence du savant est incompatible avec la gaminerie ? Tel homme génial sur un point peut fort bien se trouver infantile sur quantités d&#8217;autres. Je tiens d&#8217;ailleurs la plupart des humains , moi y compris pour des êtres foncièrement immatures seuls quelques sages ayant réellement accédé à l&#8217;âge adulte. Cette fascination pour la technique allant de paire avec la fascination pour le spectacle ne fait d&#8217;ailleurs que favoriser l&#8217;adulation de l&#8217;homme amputé que l&#8217;on porte aux nues non pour avoir réalisé une harmonie spirituelle mais pour quelque talent particulier, quelque hypertrophie de telle partie de son esprit à laquelle il aura sû donner des effets frappant ces foule composées de ces grands enfants que nous sommes. &nbsp;&raquo; Je peux le faire donc je dois le faire&nbsp;&raquo;,l&#8217;axiome de l&#8217;agir technique n&#8217;est-il pas aussi l&#8217;axiome de l&#8217;agir puéril ?</p>
<p>Interrogeons-nous d&#8217;ailleurs sur ce qui a pu nourrir notre imaginaire d&#8217;enfant et qui continue d&#8217;alimenter l&#8217;imaginaire de nos propres enfants. Nous avions jadis le héros traditionnel composé d&#8217;os et de chair tel Ulysse, Lancelot, Robin des Bois, Jeanne d&#8217;Arc, Zorro, humains exceptionnels mais humains tout de même. Dans les années 60, nous avons cependant vu apparaître le héros entièrement fabriqué au moyen de manipulation génétiques ou de radiations atomiques</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5832" title="MarvelWorld" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2012/04/MarvelWorld.jpg" alt="" width="670" height="503" /></p>
<p>pour produire l&#8217;homme élastique, s&#8217;étirant à volonté</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5825" title="Mr Fantastic" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2012/04/Mr-Fantastic.jpeg" alt="" width="404" height="292" /></p>
<p>L&#8217;homme non plus de sang mais de métal</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5829" title="Colossus_statue" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2012/04/Colossus_statue.jpg" alt="" width="434" height="609" /></p>
<p>L&#8217;homme sillage de feu</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5828" title="Torche_1" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2012/04/Torche_1.gif" alt="" width="271" height="320" /></p>
<p>Le héros post moderne traduit ainsi ce fantasme de l homme recomposé en laboratoire</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5831" title="img246" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2012/04/img2461.jpg" alt="" width="560" height="788" /><br />
<em>(Captain America n°109, Janvier 1969)</em></p>
<p>pastiche du héros de jadis parce que pastiche de la vraie force vitale caractérisant l&#8217;authentique héros. Il n&#8217;y a pas de vraie force vitale quand la dite force n&#8217;est que résultat d&#8217;une nature violée,</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5844" title="La chose" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2012/04/La-chose1.jpg" alt="" width="386" height="352" /></p>
<p>trafiquée , amputée, re-combinée, enlaidie,il n&#8217;y a que caricature de héros n&#8217;aboutissant qu&#8217;à l&#8217;échafaudage d&#8217;un pantin technique</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5841" title="img248" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2012/04/img248.jpg" alt="" width="650" height="461" /></p>
<p>aussi bien séparé de son corps naturel que du décors naturel, parmi gratte ciel et buildings de la cité tentaculaire où il évolue.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5826" title="Spiderman" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2012/04/Spiderman.jpeg" alt="" width="570" height="456" /></p>
<p>Le contexte liquide c&#8217;est à dire l&#8217;absence de stabilité , l&#8217;incessante mouvance d&#8217;une existence d&#8217;où doit découler toute essence, contexte donc représenté par le fleuve, nous fit aboutir au colonel Kurtz répétant &laquo;&nbsp;l&#8217;horreur! L&#8217;Horreur!&nbsp;&raquo;. Comment pourrait-il en être autrement? Si je ne suis qu&#8217;existence ou pour mieux dire néant pur d&#8217;une pure liberté de choix qui se jette continuellement vers l&#8217;avenir pourquoi devrais-je me définir à l&#8217;intérieur d&#8217;une limite puisque ladite limite ne serait somme toute que cette essence dont je ne saurais admettre qu&#8217;elle puisse me contraindre et me précéder ?</p>
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		<title>GROTTE et PALAIS.</title>
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		<comments>http://falcophil.info/blog/petit-courrier/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 11 Dec 2011 10:37:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[A la question posée la fois d&#8217;avant sur le sacré, je tentai d&#8217; en présenter mon sentiment, cherchant d&#8217; illustrer cette intuition d’une absolue nécessité qui tel un liquide subtil et nutritif circule sous l’écorce de la contingence, fond de lumière infiniment plus délicat, plus lointain et plus profond que ces écoulements de photons captés [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>A la question posée la fois d&#8217;avant sur le sacré, je tentai d&#8217; en présenter mon sentiment, cherchant d&#8217; illustrer cette intuition</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5486" title="ad" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/ad.jpg" alt="" width="400" height="338" /></p>
<p>d’une absolue nécessité qui tel un liquide subtil et nutritif circule sous l’écorce de la contingence,</p>
<p><span id="more-5458"></span></p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/12/fal1.jpg" alt="" title="fal1" width="665" height="411" class="alignleft size-full wp-image-5817" /></a></p>
<p>fond de lumière infiniment plus délicat, plus lointain et plus profond que ces écoulements de photons captés par les calculs des physiciens.</p>
<p>L&#8217;ami Clash se crut alors aussitôt en droit de qualifier ma composition de &laquo;&nbsp;dégoulinante du plus écoeurant sirop kitsch &nbsp;&raquo; pour y opposer ce que lui considère comme le &laquo;&nbsp;vrai sacré authentique&nbsp;&raquo;</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/imagehirst.jpg" alt="" title="imagehirst" width="500" height="370" class="alignleft size-full wp-image-5772" /></a></p>
<p>Je pourrais à ce stade poser la question de savoir quelle démarche est susceptible d&#8217; écoeurer le plus entre ma façon de voir la vie et cette autre qui consiste à la découper à coups de tronçonneuse pour la figer ensuite sous verre dans une solution d&#8217;antiseptique.Mais il est somme toute assez futile de présenter son travail comme meilleur qu&#8217;un autre, plus judicieux étant de se demander de quoi telle ou telle approche est révélatrice.</p>
<p><a  href="http://admi.net/literacy/poesie/Ilana-18.txt">Me vient alors le souvenir d&#8217;un poème concernant cet Iceberg avec lequel Henri Michaux avouait se dire &laquo;&nbsp;familier&nbsp;&raquo;, </a>cette limpidité de la ligne glacée que dessine la solidification forgée par l&#8217;air froid, ce temple compact, évidé de transcendance parce que seul présent à lui-même, &laquo;&nbsp;libre de vermine&nbsp;&raquo; (Faut-il en conclure loin du vivant ?) , que je ne trouve pas sans rapports avec certaines démarches plastiques où l&#8217;on ne se repose que sur le circuit fermé des déplacements de signes au sein de l&#8217; espace auto-référentiel du créateur</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4926" title="img210" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/05/img210.jpg" alt="" width="380" height="487" /><br />
<em>(Robert Morris)</em></p>
<p>Par association d&#8217;idée ou de personnes et sur un tout autre registre mais qui n&#8217;est pas sans affinités avec ce qui précède, je me souviens aussi de Cioran, ami du même Henri Michaux et qui vantait quant à lui la fréquentation du fossile, de l&#8217;os et du sépulcre comme prolégomènes à la blancheur finale, suprême délivrance donnant l&#8217;avantage d&#8217;oublier toutes les couleurs sauf celle qui les nie :</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4879" title="malév" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/05/malév.jpg" alt="" width="578" height="599" /> <em>(Malévitch) </em></p>
<p>J&#8217;oserai donc aller plus loin encore et soutenir que cet attrait pour le monochrome et son extrême simplification létale n&#8217;est pas non plus sans évoquer cette même démarche où l&#8217;on avoue sa fascination pour une nature défunte, pérennisée grâce au savoir-faire du thanatopracteur.</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4844" title="Damie" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/05/Damie.jpg" alt="" width="507" height="328" /></p>
<p>Mais arrêtons là sinon, une fois encore, on nous accusera d&#8217;être du côté de ceux qui brisent les sauveurs plongés dans l&#8217;urine. J&#8217;ajouterai simplement qu &#8216;en ce qui me concerne, je ne sais trop ce qui peut susciter le plus mon dégoût entre l&#8217;artiste incapable de concevoir l&#8217;animal autrement que sous cette forme</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4850" title="Dam" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/05/Dam.jpg" alt="" width="594" height="385" /></p>
<p>et l&#8217;agriculteur moderne pour qui la truie n&#8217;est que viande montée sur pattes, gavée d&#8217;antibiotique, génétiquement programmée pour être dotée de 20 mamelles alors que la nature ne lui en avait conféré que 10, très bon exemple d&#8217;application pratique de la théorie cartésienne de l&#8217;animal machine elle même issue de l&#8217;humanisme &laquo;&nbsp;Renaissant&nbsp;&raquo; par lequel l&#8217;homme ne cesse de sanctifier son pouvoir de s&#8217;arracher à la nature, de cet ensemble découlant l&#8217;idéalisme philosophique ou pour le dire autrement, un monde de plus en plus ramené au pouvoir de créer circuits et réseaux de stricte tautologie narcissique aussi coupés du vivant qu&#8217;une vache plongée dans le formol.</p>
<p>Pour ma part, je voudrais juste rappeler le sens étymologique de &laquo;&nbsp;photo&nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;graphein&nbsp;&raquo; qui renvoie à cette idée que l&#8217;on se sert de la source de toute vie comme élément premier de sa démarche et donc comme principe de l&#8217;action mais aussi et surtout comme ce qui en marque la limite, sorte de &laquo;&nbsp;dead line&nbsp;&raquo; où l&#8217;on se voit stoppé par une lumière qui nous aveugle. Pour paraphraser  une  formule célèbre, nous dirons qu &#8216;en tant que photographe, la lumière est notre départ éternel mais qu&#8217;en tant que croyant, elle est aussi notre éternel arrêt.</p>
<p>Mais de telles considérations n’auront que peu d’effets dans un contexte où l’on porte aux nues un photographe héliporté que l’on ne nous pardonne pas d’avoir dénigré si j&#8217;en juge par les 4 courriels reçus à ce sujet. Là encore, je suis étonné, je ne le savais pas si intouchable. Nous avons pourtant consulté la liste des personnalités préférés des français, cru 2011 publiée par le journal du dimanche, nous ne trouvons pas même son nom parmis les 20 premiers lauréats, on rencontre des vedettes du cinéma, des stars du sport ou de la chansonnette mais point de photographe</p>
<p>Et puisque pour reprendre une autre célèbre formule, nous sommes dans « la société du spectacle », nous décernerons la palme d’or de l’ineptie à Sylvette laquelle terminait nos discussions de la fois dernière par cette lumineuse remarque:</p>
<p>« Face à Yann Arthus Bertran, tes photos c&#8217;est de la merde. Lui du moin il mets son talens et son originalitée au service de la planète et nous interpele sur les dangers qui la menace. s&#8217;est la preuve qu&#8217;on peux conjurer le talent et l&#8217;efficience technique. »</p>
<p>J’avais pourtant déjà demandé à cette cruche d’aller massacrer l’orthographe ailleurs mais après tout, la stupidité peut aussi avoir du bon car le point soulevé par cette cervelle d’oiseau mérite que l’on s’y arrête un peu.</p>
<p>Sur la question d&#8217;abord de mettre son talent photographique au service de la planète , il serait déjà permis de se demander si un tel travail nous rend réellement proche de la terre .</p>
<p>Quelle vision nous en donne t-il ?</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5567" title="3824995070_80f4aa5ac8" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/3824995070_80f4aa5ac8.jpg" alt="" width="500" height="333" /></p>
<p>Dans la plupart des cas, des lignes, du pur graphisme, des taches colorées, des tracés confinant au géométrique, la terre vue du ciel se rapprocherait plutôt d&#8217;une représentation non-figurative car il s&#8217;agirait ici moins de la terre que d&#8217;une sorte d&#8217; abstraction opérée par la distance. Ce n&#8217;est pas la terre que je veux sentir avec plus de profondeur, plus de contact charnel mais une sorte d’hallucination chromatique et formelle que je crée en mettant plusieurs milliers de mètres entre elle et moi.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5675" title="Yab1" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/Yab1.jpg" alt="" width="540" height="359" /></p>
<p>On dira qu&#8217;une telle démarche, Kandinsky l&#8217;avait déjà inventée il y a un siècle mais ce ne serait pas tout à fait exact. D’ abord parce que Kandinsky n&#8217;avait pas besoin de kérozène, la seule force de son imagination et de sa vitalité lui suffisant largement. Ensuite parce que si Kandinsky s’éloignait du réel, c’était du moins pour tenter d’ en synthétiser les mystérieuses et sous-jacentes lignes de force et remous profonds. En d’autres termes, Kandinsky voulait s’éloigner pour mieux revenir. Si nous émettons un doute sur le résultat, nous louons la démarche. Mais dans le cas de notre photographe on ne revient pas vraiment,</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5676" title="yab3" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/yab3.jpg" alt="" width="480" height="323" /></p>
<p>on s’élève à plusieurs milliers de mètres d’altitude et on reste là haut dans sa bulle d&#8217;idéalisme ou d&#8217;onirisme pour capter les flaques de couleurs ainsi que les sillons et lacets que l’on distingue encore, l’effet relève du pur titillement rétinien et ne dépasse pas le stricte plan du divertissement optique. On trouvera donc spécieuse cette manière de se prétendre proche de la terre tout en la tenant à distance au point de ne plus la reconnaître, une telle approche pourrait tout au plus s’apparenter à un médiocre continuateur de la peinture abstraite</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5681" title="Yab2" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/Yab2.jpg" alt="" width="500" height="342" /></p>
<p>et fort bien, d&#8217;autre part, traduire l&#8217;esprit même de la démarche scientifique qui prétend mieux s&#8217;approcher du vivant par voie de réductionnisme schématique et de mutilation mathématique. </p>
<p>A ceux qui donc voueraient une admiration excessive pour ce genre de travail, nous opposerons une fois encore l’éloge de la simplicité. C’est au fond de notre jardin qu’en nous approchant au plus près d’un vieux tronc d’arbre nous avons découvert d’étranges continents sur son écorce.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5542" title="P1100604j" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/P1100604j.jpg" alt="" width="670" height="431" /></p>
<p>Nous sommes ici loin, tout en étant proche de la matière même du vivant, nous sentons la chaude caresse de la proximité du tellurique dans la mesure même où celle-ci nous transmet l&#8217;échos de l&#8217;indicible océan de l&#8217;être d&#8217;où elle émerge:</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5544" title="rrrrrrrrrrrrrrrrrr" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/rrrrrrrrrrrrrrrrrr.jpg" alt="" width="660" height="435" /></p>
<p>Par voie de conséquence mon doute n’en sera que plus fort concernant l’action écologique de notre vedette, là encore, je me contenterai de signaler qu’avec un peu d&#8217;encre de chine et de papier Robert Crumb en fait beaucoup plus pour nous interpeller sur le destin de la planète qu&#8217;avec un hélicoptère, du kérosène et le sponsor d&#8217;une multinationale !</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5642" title="img228" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/img228.jpg" alt="" width="391" height="570" /></p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5644" title="img229" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/img229.jpg" alt="" width="391" height="568" /></p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5646" title="img230" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/img230.jpg" alt="" width="391" height="578" /></p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5648" title="img232" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/img232.jpg" alt="" width="391" height="568" /></p>
<p>Encore une fois, artisanat contre technique, la deuxième ne disant que peu de chose par effet de puissance, le premier disant beaucoup par effet de faiblesse. Se confirme ainsi de nouveau cet axiome voulant que si la puissance matérielle porte la forme, il est en revanche assez rare qu&#8217;elle porte  le fond. Quand on dispose de la force matérielle, on ne dispose finalement que de peu de choses. Nous rappelerons cette histoire d&#8217;un combat où l&#8217;un possédait la masse musculaire et la taille gigantesque, alors que l&#8217;autre</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5596" title="Davgol" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/Davgol.jpg" alt="" width="650" height="484" /></p>
<p>n&#8217;avait d&#8217;autres ressources que de se rattraper par le maximum de dextérité dans l&#8217;usage d&#8217;une petite chose toute simple. Face au maniement de l&#8217;objet modeste, il s&#8217;avéra que la force du géant n&#8217;était qu&#8217;un leurre. Voyez vous une machinerie complexe et sophistiquée ? soyez certain que c&#8217;est un colosse aux pieds d&#8217;argile. Le Colisée a donné prise à l&#8217;érosion mais non Sénèque ou Pétrone. Frédéric de Prusse possédait canons, infanterie et cavalerie, l&#8217;un de ses contemporains n&#8217;avait que des notes de musique</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5608" title="Bach" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/Bach.jpg" alt="" width="250" height="356" /></p>
<p>mais pourtant lequel des deux nous parle encore ? Phénomène qui n&#8217;a fait d&#8217;ailleurs que s&#8217;aggraver de nos jours car il est inhérent à la société du spectacle. Dans notre système où tout est spectacle, tout sera forcément technique car le spectacle est nourri de technique et la technique est-elle même relancée par le spectacle, n&#8217;en déplaise aux designers, c&#8217;est là  l&#8217;unique collaboration (Devrais-je dire &laquo;&nbsp;fornication&nbsp;&raquo;?) qui m&#8217;apparaît viable entre artistes et logique productive. Qu&#8217;est ce que la vente ? La mise en spectacle des yaourt par la technique publicitaire. Qu&#8217;est ce que facebook ? La mise en spectacle de son ego par la technique informatique. Qu&#8217;est ce qu &#8216;une campagne électorale ? La mise en spectacle du politique par la technique du marketing. La technique en tant que focalisation sur les moyens, présente déjà une propension à vouloir effacer le sens et pour compenser le malaise inhérent au sentiment de vide intérieur qui en résulte, elle achèvera de tuer la substance en multipiant le spectacle, lieu de la distraction dans la pleine acception de l&#8217;étymologie latine, &laquo;&nbsp;dis&nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;trahere&nbsp;&raquo;, tirer en divers sens, tirer hors de soi,se détacher d&#8217;un tout, le tout de sa personne, de l&#8217;unité de son propre fond, ce qui revient donc à se séparer de sa propre hypostase. C&#8217;est pourquoi technique et spectacle s&#8217;évertuent à faire du monde le lieu d&#8217;un continuel feu d&#8217;artifice où à défaut du sens, nous aurons les étincelles qui partent en tous sens. Yaourts, facebook, politique, que reste t-il de la valeur nutritionnelle, de l&#8217;essence de la personne ou de la politique ? Prestations de bateleur et productions sur les planches, guère davantage, hélas. Si la technique porte au spectacle, c&#8217;est que l&#8217;adulation du moyen qui la sous-tend n&#8217;est qu&#8217;adulation de l&#8217;action pour l&#8217;action et c&#8217;est pourquoi au final, la technique porte à l&#8217;évaporation parce que l&#8217;action pour l&#8217;action n&#8217;est que chute hors de soi qui nous confine aux périphéries de l&#8217;être ainsi qu&#8217;à l&#8217;orée de nous-même. Dans le contexte du spectacle où l&#8217;on offre d&#8217;autant plus à la vue que l&#8217;on donne d&#8217;autant moins au voir, les étants se dépouillant d&#8217;un être à contempler se réduiront alors à des choses que l&#8217;on manipule au coeur d&#8217;émanations vaporeuses, la révolution industrielle c&#8217;est aussi le constat physique de la seconde loi de thermodynamique ayant comme corrélat philosophique le constat d&#8217;une puissance mécanique génèrant la perte de substance :</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5610" title="Monet gare saint Lazare" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/Monet-gare-saint-Lazare.jpg" alt="" width="590" height="440" /></p>
<p>Arrivé à ce point, je m&#8217;arrête pour considérer cette autre profonde intervention par laquelle Mme Sylvette  me traite de &nbsp;&raquo; Pauvre mec de la prèshistoire qui n’a qua resté dans sa grote pour laissé aux autres le palais de la modernitée »</p>
<p>Nous n&#8217;avons sans doute pas la même conception de la grotte et du palais. Pour moi, ce palais de la modernité ferait plutôt référence à ce palais de cristal évoqué par Dostoïevski dans les mémoires du souterrain. Je n&#8217;insiste pas sur ce point, Sylvette n&#8217;a sans doute pas lu cet auteur, je la laisse donc à Marc Levy pour m&#8217;occuper plutôt de cette notion de grotte. Remonte alors un vieux souvenir de Florence. Lors de déambulations dans les jardins de Boboli, j&#8217;y trouvai cette étrange grotte conçu par l&#8217;architecte Bernardo Buontalenti.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5665" title="Buont1" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/Buont1.jpg" alt="" width="450" height="299" /></p>
<p>Curieux homme que ce Bernardo Buontalenti. Organisateur de fêtes et de spectacles au service des Médicis, artiste peu connu et pourtant, bien plus que la plupart de ses contemporains, véritable précurseur de notre modernité. Les parois de la grotte de Boboli offrent de scènes pastorales où les personnages semblent toujours sur le point de se dissoudre sous des coulées de lave, toujours menacés de l&#8217;imminente dissolution en magmas de combustion volcanique.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5667" title="Buonta2" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/Buonta2.jpg" alt="" width="540" height="791" /></p>
<p>Plus rien n&#8217;a de consistance, les formes se liquéfient en dégoulinements boueux. La seule substance est celle de l&#8217;ébullition, la seule perennité , le réciproque et continuel passage de la forme au chaos.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5670" title="img235" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/img235.jpg" alt="" width="500" height="850" /></p>
<p>Mais en bon annonciateur du baroque, Bernardo Buontalenti est maître de théâtralité. Organisateur de fêtes avons nous dit, orfèvre en feux d&#8217;artifices , grand spécialiste de pyrotechnie, Buontalenti émerveillait ses contemporains en éclairant les nuages, en faisant scintiller l&#8217;Arno par des boules de feu lançées dans le ciel, expert en tuyauterie multipliant les configurations de jets d&#8217;eau, ingénieur en mécanique concevant automates et machines, hormis les épanchements des matières en fusion de sa grotte, il ne reste rien de son art de la girandole, fort bon exemple du technicien qui est artiste de l&#8217;éphémère pour cette bonne raison que la technique porte à la désagrégation de la secrète densité, un peu comme un luthier trop habile finirait à force de manipulations trop insistantes par débarrer son violon.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5696" title="img234" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/img234.jpg" alt="" width="540" height="693" /></p>
<p>Les façades de la grotte de Boboli où la terre se détrempe et se décompose semblent inséparables des manifestations par lesquelles eau, feu et vent sont enfermés dans les manipulation de l &#8216;art mécanique et de ce que l&#8217;on pourrait considérer comme l&#8217;aube de la puissance industrielle.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5698" title="img236" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/img236.jpg" alt="" width="530" height="679" /></p>
<p>Pour mettre le monde à notre merci, il faut le rendre ductile à volonté , en faire une masse molle, malléable, sans résistance, l&#8217;étirer en tous sens faute là encore d&#8217;être capable d&#8217;en contempler le sens. Plasticité inlassable et technicité sans limite sont le Janus ouvant les portes de notre modernité parce que l&#8217;incessant pétrissage de la pâte à modeler reste encore le meilleur moyen que l&#8217;on a trouvé pour occuper l&#8217;enfant désoeuvré.</p>
<p>Quel sens peut dès lors avoir de nos jours ce mystère de l&#8217;être auquel se heurtait Parménide? Pas davantage que la voix du buisson ardent. Beaucoup plus intelligibles nous seraient alors ces mots que Goethe place dans la bouche de Faust:</p>
<p>Au commencement était le verbe.<br />
Le verbe ?<br />
Devrais-je dire l&#8217;esprit ?<br />
Non&#8230;<br />
Disons plutôt<br />
Au commencement était l&#8217; ACTION.</p>
<p>Quoiqu&#8217;il en soit, il est bien dommage qu&#8217;il ne reste plus rien des prouesses technologique de Buontalenti car Sylvette les eut aimé, elle qui affirme que l &#8216;un des plus grands génies du cinéma américain s’appelle Steven Spielberg ( John Cassavetes, elle ne doit pas connaître !) et qu’elle me reproche d’avoir la prétention de comparer mes compositions à Jurassik Park</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5689" title="JUrassik" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/JUrassik.jpg" alt="" width="660" height="372" /></p>
<p>En terme d’investissement et de recettes, je reconnais que je suis battu, l&#8217;entreprise se chiffre en milliers de dollars alors que chez moi, c’est quelques centimes de bouts de papier et autres dérisoires petits matériaux ainsi que zéro de résultats financiers. Economiquement, mon entreprise est non-viable, trois fois rien d&#8217;utilisations de matière première, néant sur le plan du PNB, encore moins que néant de taux de croissance, tout à fait nulle de rentabilité, cela d&#8217;autant plus que je fonctionne à perte et comble du scandale, je rappelle que mes images sont gratuites. J&#8217;ai donc déjà quelques sérieux indices pour m&#8217;autoriser à qualifier mon travail de &laquo;&nbsp;poétique&nbsp;&raquo;.</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/img237e.jpg" alt="" title="img237e" width="660" height="443" class="alignleft size-full wp-image-5773" /></a></p>
<p>Car c&#8217;est en effet sur ce dernier plan que j&#8217;ai au contraire la prétention d &#8216;affirmer n&#8217;avoir rien à craindre des super productions cinématographiques et que n’importe qui peut en faire autant s’il refuse de réduire sa vie au spectateur passif ingurgitant du pop corn.l</p>
<p>Au demeurant, n&#8217;avons nous pas eu ces jours-ci confirmation de cette inanité à laquelle aboutissent les plus forts déploiements de technologie, n&#8217;offrant guère qu&#8217; une grostesque gesticulations de pantins</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5604" title="Tintinim" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/Tintinim.jpg" alt="" width="640" height="280" /></p>
<p>mais où l&#8217;on ne retrouve rien de la délicate beauté du tracé d&#8217;un dessinateur qui lui aussi n&#8217;avait besoin que d&#8217;encre et de papier pour forger la mystérieuse limpidité d&#8217;un univers graphique</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5599" title="orcass" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/orcass.jpg" alt="" width="660" height="527" /></p>
<p>d&#8217;une grâce enfantine et d&#8217;une finesse harmonisant maîtrise et naîveté lesquelles parfois même ne sont pas sans rappeler la pureté d &#8216;une gravure d&#8217;Hokusaï ?</p>
<p>Les ingénieurs diplomés des écoles d’architecture édifient leurs horreurs qui toute se disputent l’exploit d’aller toujours plus haut gratter non le ciel mais le vide</p>
<p>Voyez plutôt ce qu’a fait un pauvre petit employé communal.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5583" title="Favteur cheval 1" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/Favteur-cheval-1.jpg" alt="" width="670" height="236" /></p>
<p>Ignorant d&#8217;architecture, de maçonnerie, de sculpture, ne sachant rien du maniement de la truelle ou du ciseau, n’ayant que la seule force de ses rêves et de ses bras au moyen desquels , chaque jour , pendant trente ans, il transportait quelques pierre, pour patiemment, avec acharnement, poursuivre une oeuvre sous les quolibets de ceux qui le traitaient de demeuré.</p>
<p>Au regard des procédés permettant de bâtir des hideurs de 600 mètres, le sieur Cheval était un faible mais de cette défaillance il fit son atout en comblant son impuissance technologique par la tenacité de sa volonté, par la seule énergie de son imaginaire, par la seule force d&#8217;une âme demeurée candide. Magistral exemple de ce dont nous parlions la fois dernière à propos de la faiblesse de l&#8217;adjuvant mécanique compensée par les redoublements d&#8217;ingéniosités alliés à l&#8217; acharnement de la main et à la patience de l&#8217;humilité.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-5632" title="Fac2" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/09/Fac2.jpg" alt="" width="500" height="333" /></p>
<p>Il n&#8217;était pourtant que pauvre facteur et il contribue aujourd&#8217;hui à notre gloire culturelle tandis que l&#8217;histoire n&#8217;a pas rétenu le nom des puissants d&#8217;alors qui passaient pour l&#8217;élite, hauts fonctionnaires , députés ou ministres. Terminons précisément par une interrogation sur le sens exact du terme &laquo;&nbsp;élite&nbsp;&raquo; car société de croissance démentielle ou société de sagesse frugale, aucune communauté humaine ne peut vivre sans son élite. Le carrieriste, énarque ou HECiste, formaté dans ces pépinières de fécondations in vitro pour fabrication de clones conformistes , pusillanimes et obséquieux et dont notre République a le secret, est-ce vraiment cela l&#8217;élite ? La plupart répondont que oui, rien de plus normal, nous avons les élites que nous méritons, si elles ne valent pas grand choses, c&#8217;est sans doute que nous ne valons pas mieux.</p>
<p>Plutôt donc que ces interrogations futiles sur le point de savoir s&#8217;il faut voter A ou B, posons alors la question de savoir quelle conception nous devons avoir de l&#8217;élite, beaucoup plus fondamentale parce qu&#8217; au bout du compte elle ne fait que renvoyer à la conception que nous devons nous faire de l&#8217;humain.</p>
<p>xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx</p>
<p>.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>ELOGE du RATAGE (4)</title>
		<link>http://falcophil.info/blog/eloge-du-ratage-4/</link>
		<comments>http://falcophil.info/blog/eloge-du-ratage-4/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 15 Aug 2011 10:12:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Nous terminions la fois dernière sur la question de la fusion du mysticisme et de l&#8217; humour , fusion se réalisant par le ratage et à propos de laquelle on me demandait de plus amples détails. Cette bizarre synthèse fruit d&#8217;exigences inconciliables en apparence, serait assez bien illustrée par certains aspects de mon travail photographique [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>   Nous terminions la fois dernière sur la question de la fusion du mysticisme et de l&#8217; humour , fusion se réalisant par le ratage et à propos de laquelle on me demandait de plus amples détails. Cette bizarre synthèse fruit d&#8217;exigences inconciliables en apparence, serait assez bien illustrée par certains aspects de  mon travail photographique dont voudrait parler le présent billet.  </p>
<p>Dès le début de mon activité de photographe, la question de savoir comment réussir des photos</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/08/ju92.jpg" alt="" title="ju92" width="400" height="587" class="alignleft size-full wp-image-5396" /></a><br />
</a> <a  href="http://www.photobis.com/PHILIPPE_FALCONE/">n&#8217;était pas vraiment mon problème </a>,</p>
<p> me trouvant de loin beaucoup plus intéressé par celle de savoir comment les rater, </p>
<p> <span id="more-5052"></span> D&#8217;emblée, mon axiome fut le suivant:  le ratage est à la technique ce que la poésie est à la carte postale.</p>
<p>Si la technique peut se définir comme ce qui se donne pour idéal de fonctionner à la perfection, on ne voit pas très bien en ce cas ce qu&#8217; elle laisse à l&#8217;homme, si ce n&#8217;est sa part mauvaise travaillant contre lui-même et que l&#8217;on ne pourrait conjurer que par notre faiblesse. </p>
<p> Plus la machine est perfectionnée moins nous avons droit à l&#8217;erreur car plus la machine est puissante plus nos erreurs sont fatales. Il est donc clair que l&#8217;idéal technique ne pouvant admettre de ratages,  il ne peut en conséquence admettre ce qui est humain et au regard de cet idéal, le style pourrait se concevoir comme une résistance à l&#8217;empire de la technique par une volonté délibérée d&#8217;assumer sa défaillance.</p>
<p> On pourrait dans un premier temps citer comme exemple un Modigliani passant sa courte vie à rater ses portraits ,  <img class="alignleft size-full wp-image-5197" title="img216" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/img216.jpg" alt="" width="520" height="802" /> ne pouvant rien faire d&#8217;autre pour n&#8217;avoir que trop prouvé dès l&#8217;age de 10 ans qu&#8217;il pouvait parfaitement les réussir.  <img class="alignleft size-full wp-image-5199" title="img215" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/img215.jpg" alt="" width="440" height="580" />.</p>
<p> Cela peut  en effet relever d&#8217;un truisme que vouloir un ratage personnel sera d&#8217;autant plus victorieux que l&#8217;on aura pu d&#8217;abord prouver que l&#8217;on possédait la totale maîtrise de la technique autorisant la réussite impersonnelle.</p>
<p>Mais on pourrait à vrai dire pousser plus loin en soutenant que n&#8217;avoir pas de don particulier serait une chance vous aidant beaucoup mieux dans la quête de votre  humanité personnelle.. <a  href="http://falcophil.info/blog/eloge-du-ratage/">J&#8217;imagine que si Orcian dont il fut déjà plusieurs fois question</a>, n&#8217;avait pas été au départ un dessinateur raté</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/Vaga12h.jpg" alt="" title="Vaga12h" width="500" height="722" class="alignleft size-full wp-image-5261" /></a></p>
<p>  il eut davantage couru le risque d&#8217;être un portraitiste d &#8216;une technique impeccable mais aux vibrations humaines assez plates</p>
<p>. <img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/img218.jpg" alt="" title="img218" width="418" height="418" class="alignleft size-full wp-image-5315" /></a> </p>
<p>Ce que l&#8217;on maîtrise peut donner une illusion de force alors que cela nous rapprocherait plutôt de la mécanique exsangue.  Ce qui vit doit revendiquer l &#8216;hésitation qu&#8217;imprime au tracé la main qui tremble ainsi qu &#8216;une certaine maladresse fruit d&#8217;une vague fébrilité inquiète contre une exécution sans défaillance qui relèverait davantage d&#8217;une anémie de la force vitale et donc de la force spirituelle</p>
<p>L&#8217; équilibre serait donc de savoir stopper à temps la force en lui opposant la faiblesse tout en sachant orienter la faiblesse pour que celle-ci ne dégénère pas en impuissance.</p>
<p>  La photo n&#8217;échappe pas davantage à cette loi. Je gage qu&#8217;au regard d&#8217;une composition de technique trop parfaite caractérisant certains photographes français  <img class="alignleft size-full wp-image-5076" title="img213" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/img213.jpg" alt="" width="500" height="741" /> <em>Henri Cartier-Bresson</em></p>
<p> un Lee Friedlander se soit lui même posé la question de savoir comment rater un cadrage pour obtenir au bout du compte un résultat beaucoup plus convaincant sur la vie moderne.  <img class="alignleft size-full wp-image-5077" title="img214" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/img214.jpg" alt="" width="600" height="387" /> </p>
<p>Concernant la question de savoir ce que doit être une belle photo, pas de meilleure réponse que celle que vous donnera le conformisme ambiant. Le parangon du photographe travaille pour Géo, il se déplace aux 4 coins du monde, mobilise un appareillage technique important, avion, hélicoptère, kérosène pour produire des images jolies faisant plaisir à tout le monde au point qu&#8217;elles peuvent illustrer sans problème les formules de votre chéquier.<br />
 Comment je m&#8217;y prends quant à moi pour rater une photo ? C &#8216;est maintenant  que je m&#8217;en vais vous expliquer en quelques mots ma conception de l&#8217;art d&#8217;être faible. </p>
<p>Comme je l&#8217;ai déjà souligné la fois d&#8217;avant, je me place dans cet état d&#8217;esprit consistant à n&#8217;aspirer qu&#8217;à l&#8217; inefficacité au regard de la technique. D&#8217;abord, j&#8217;entre dans un supermarché, un Carrefour ou un Castorama, n&#8217;importe lequel fait l&#8217;affaire. J&#8217;y entre non tant pour acheter que pour m&#8217;efforcer d&#8217;avoir l&#8217;oeil étonné du persan de Montesquieu.<br />
 Aussitôt mon intérêt se porte sur ce machin :  <img class="alignleft size-full wp-image-5131" title="El9" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/El9.jpg" alt="" width="520" height="780" /> </p>
<p>A priori, je ne saurais en expliquer l&#8217;usage. J&#8217;ai demandé au vendeur, il reçoit dans un premier temps avec méfiance la niaiserie de ma question  puis manifestant maintenant quelque pitié pour mon air imbécile, il m&#8217;indique alors que c&#8217;est une bouche d&#8217; aération pour la climatisation ou je ne sais quoi d&#8217;autre. Je l&#8217;achète sans trop savoir pourquoi, pas franchement préoccupé de conditionner l&#8217;air, beaucoup plus occupé à ne pas devenir  pauvre hère conditionné. Mais j&#8217;achète quand même le bidule parce qu&#8217;il me rappelle quelque chose,  <img class="alignleft size-full wp-image-5133" title="El10" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/El10.jpg" alt="" width="520" height="780" /><br />
 un immeuble , un HLM, ou un truc de ce genre. Rien d&#8217;étonnant à cela, il a déjà été vu que nos villes étaient de plus en plus à l&#8217;image de l&#8217;intérieur de nos ordinateurs  pourquoi en ce cas, les bouches d&#8217; aération ne seraient-elles pas elles mêmes à l&#8217;image des immeubles sur lesquels on les plaque ?  Maintenant, commence mon travail de photographe lequel n&#8217;est pas un travail de photographe mais plutôt le bricolage d&#8217;un pauvre type. </p>
<p> Pour savoir comment rater mes photos, la solution s&#8217;avère en fait assez simple:faire tout le contraire de Yann Arthus Bertrand,  ne jamais sortir de chez moi de façon à n&#8217;avoir besoin ni d&#8217;hélicoptère ni de kérosène, n&#8217;avoir besoin tout au plus que d&#8217;une table de 50 cm sur laquelle je vais jeter un peu de terre pour y planter ma bouche d&#8217;aération.<br />
 <img class="alignleft size-full wp-image-5134" title="El 12" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/El-12.jpg" alt="" width="520" height="780" /> </p>
<p>Je précise que pour la lumière je n&#8217;ai aucune palette de projecteurs performants, trop technique, je préfère la misérable petite ampoule de 6O Watts  <img class="alignleft size-full wp-image-5135" title="Zl13" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/Zl13.jpg" alt="" width="520" height="347" /> fixée sur la non moins misérable lampe éclairant les soirées que je passe à lire depuis que je ne regarde plus la télé. </p>
<p> Je vous accorde que tout cela fait un peu miteux mais donne cependant l&#8217;avantage appréciable de ne pas me sentir contraint de quémander l&#8217;appui de quelques magnats du CAC 40 pour financer mon travail. </p>
<p> Ensuite, je vais disposer sur ma table différents objets trouvés dans une poubelle. </p>
<p> <img class="alignleft size-full wp-image-5158" title="El87" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/El87.jpg" alt="" width="650" height="416" /> </p>
<p>J&#8217;aime bien faire les poubelles, </p>
<p> <img class="alignleft size-full wp-image-5171" title="P1100364v" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/P1100364v.jpg" alt="" width="540" height="437" /> </p>
<p>C&#8217;est une forme de combat contre le système que de faire les poubelles. Un poète qui se respecte doit faire dans la récupération. C&#8217;est par les puces que le poétique prend dimension politique. Car la technique n&#8217;aime pas qu&#8217;on récupère collaborant étroitement avec le profit dans une logique voulant qu&#8217;on jette le plus vite possible afin qu&#8217;on rachète encore plus vite. </p>
<p> Dans ma poubelle donc, j&#8217;ai d&#8217;abord trouvé ça :  <img class="alignleft size-full wp-image-5139" title="El3sg" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/El3sg.jpg" alt="" width="580" height="387" /> </p>
<p>A quoi peut donc servir une boite vide ayant contenu 12 oeufs ? Demandez au technicien, si vous sentez qu&#8217;il vous prend pour un con, vous saurez alors que cette simple question vous met sur la bonne voie. </p>
<p> Dans ma poubelle , je trouve ensuite ceci  <img class="alignleft size-full wp-image-5147" title="el4b" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/el4b.jpg" alt="" width="520" height="701" /></p>
<p>Pourquoi s&#8217;intéresser à des choses faites pour un gosse quand on est un adulte ? La plupart croient s&#8217;occuper d &#8216;affaires sérieuses quand ils ne font que jouer comme des enfants, voyez le trader, voyez l&#8217;internaute, voyez même le politicien. Moi j&#8217;ai décidé d&#8217;adopter l&#8217;inverse de cette démarche en jouant d&#8217;abord comme un enfant avec l&#8217;espoir de trouver quelqu&#8217;affaire sérieuse.  Avoir  des mains d&#8217;enfant qui pourraient traduire des préoccupations d&#8217; adulte c&#8217;est  à peu près ce que j&#8217;aimerais faire.  D&#8217;autant qu&#8217;un jouet n&#8217;est jamais qu&#8217;une copie du monde adulte, que l&#8217;on considère un peu la place occupée par la technique dans le jouet, </p>
<p> <img class="alignleft size-full wp-image-5152" title="El6" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/El6.jpg" alt="" width="600" height="400" /> </p>
<p>voiture, avions, matériel de guerre, de BTP et autre robotique , les jouets du petit garçon, c&#8217;est déjà la laideur technique de l&#8217;adulte avec certes tout de même un peu de poésie du fait que nous sommes encore dans le domaine de l&#8217;enfance mais basta, pour ceux qui voudraient approfondir ce point, je renvoie à Roland Barthes qui l&#8217; évoque mieux que moi quelque part dans ses &laquo;&nbsp;mythologies&nbsp;&raquo;. </p>
<p> De ma poubelle, je vais ensuite sortir cette chose:  <img class="alignleft size-full wp-image-5155" title="El7" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/El7.jpg" alt="" width="520" height="780" /></p>
<p> Là encore, je ne sais pas trop à quoi ça sert. Pour y accrocher des trucs, peut-être mais peu importe, il me suffit de constater une fois de plus que nos objets sont aussi moches que nos constructions modernes et puis j&#8217; ai ramassé suffisamment de saloperies pour que cela me permettre de commencer un début de discours, disposant les choses et orientant la lumière de façon particulière car il ne s&#8217;agit que de la sempiternelle question de la confrontation de l&#8217;universel et du particulier </p>
<p> <img class="alignleft size-full wp-image-5181" title="Bonimp1c" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/Bonimp1c.jpg" alt="" width="520" height="688" /> . </p>
<p>Mais il manque encore quelque chose.  Je cherche.  On ne saurait trop insister sur ce point, refuser le plus possible l&#8217;adjuvant de la technique vous oblige à chercher par vous même en vous appuyant sur les seules ressources de votre propre imaginaire.</p>
<p> Donc, je continue de chercher quand soudain, j&#8217;entends qu&#8217;on gueule à ma porte ( Je n&#8217;ai pas de sonnette) </p>
<p>C&#8217;est un type en costard-cravate dont la qualification est d&#8217;être l&#8217;emmerdeur de service, celui qui vous téléphone à Midi , juste au moment où vous êtes en train de manger, afin d&#8217; essayer de vous vendre des persiennes. Comme je suis trop gentil pour envoyer paître les gens, je n&#8217;ai pas eu la fermeté pour le dissuader de venir.  J&#8217;ai beau insister, lui dire que je n&#8217;ai pas  absolument pas besoin de persienne, il persiste, tente de me convaincre qu&#8217;il connaît mieux que moi ce dont j&#8217;ai besoin.  Maintenant, il a repéré la porte à moitié déglinguée de mon garage et m&#8217;affirme qu&#8217;avec lui je ne pouvais pas mieux tomber parce qu&#8217;il fait aussi dans la porte de garage.  Il déballe ensuite son baratin, tourne les pages de son catalogue, me conseille les modèles les plus chers, ceux avec télécommande, précisant que j&#8217;oublierai vite le prix au profit du confort et de la sécurité. Je l&#8217; écoute avec patience. Un peu aussi parce qu&#8217;il me fait pitié. Je discute un peu avec lui, habilement je le fais parler et je crois comprendre que son tôlier le tarabuste pour qu&#8217;il fasse plus de chiffre d&#8217;affaires. On comprend qu&#8217;à 6000 Euros la porte, le type soit à la veille d&#8217;un licenciement pour insuffisance professionnelle. Considérant alors avec un ostensible mépris la lampe merdique surplombant la porte du garage</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/P1100421v1.jpg" alt="" title="P1100421v" width="400" height="263" class="alignleft size-full wp-image-5294" /></a></p>
<p>  il excréte une  railleuse et peu délicate allusion au fait que je dois tirer le diable par la queue. Le plus curieux est qu&#8217; un rapide tour d&#8217;horizon lui ayant fait voir que le reste de ma baraque ne valait pas mieux que la porte du garage, ce qui le confirme ainsi dans son idée que je suis dans la dèche,   il tente encore de me convaincre que 6000 Euros la porte , tout compte fait ce n&#8217;est pas cher au vu des différentes modalités d&#8217; échelonnement. Il va jusqu&#8217;à tenter de me faire peur en me parlant des voleurs, m&#8217;avertissant qu&#8217; avec une porte aussi pourrie  n&#8217;importe qui peut entrer mais je lui réponds que je m&#8217;en fous et il comprend aussitôt l&#8217;inanité de son argument quand il voit que mon garage ne contient que les pauvres choses trouvées dans les poubelles et qui n&#8217;intéresseraient pas même le clochard du coin. Quand je vous disais que la poubelle était une arme efficace contre le système ! </p>
<p>C&#8217;est alors que ne sachant plus quoi dire, le camelot finit par me lâcher:  &nbsp;&raquo;  Oui mais enfin! vous ne pouvez pas continuer à vivre avec ça, on dirait l&#8217;entrée d&#8217;une étable&nbsp;&raquo;  Sur ce, j&#8217;entreprends de lui parler d&#8217; un film que j&#8217;ai revu récemment :  <img class="alignleft size-full wp-image-5078" title="mononcle" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/mononcle.jpg" alt="" width="400" height="603" /> L&#8217;aujourd&#8217;hui de la technique avec ses constructions nickels, contre le jadis de la vie provinciale avec ses rues cahotiques et ses constructions bancales.  <img class="alignleft size-full wp-image-5080" title="Untitled-1" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/Untitled-1.jpg" alt="" width="409" height="732" /> </p>
<p>Mais le cinéma de Tati n&#8217;intéresse pas le type qui d&#8217;ailleurs ne m&#8217;écoute même pas , trop occupé à calculer sur son calepin l&#8217; étalement d&#8217;un paiement à raison de 50 Euros par mois. Enfin bref, quand j&#8217;insiste à mon tour pour avoir un crédit de seulement 5 Euros le mois, le type qui n&#8217;est tout de même pas si abruti, devinant l&#8217;ironie sous-jacente, finit par comprendre qu&#8217;il perd son temps et l&#8217;argent qui va avec et c&#8217;est ainsi que je m&#8217;en débarrasse&#8230;. </p>
<p> La visite du margoulin aura pourtant servi à quelque chose. Grâce à lui, je me suis rappelé du film de Tati, ce qui me donne une idée: je vais récupérer l&#8217;entrée de mon étable , j&#8217;attends juste que la nuit tombe pour l&#8217; illuminer de la lampe merdique et j&#8217;ajoute le tout à ma composition.  <img class="alignleft size-full wp-image-5189" title="el75" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/el75.jpg" alt="" width="660" height="528" /> </p>
<p>Il me faut insister sur le petit format.<br />
               25X20 cm.<br />
Contre une époque voulant toujours voir trop grand, le poète combat le démesuré par la dimension réduite,<br />
évitant le papillonnement du regard vers la sortie hors de soi , invitant l&#8217;oeil à se ramasser vers la rentrée dans la vivante unité du soi</p>
<p>Ah oui je sais bien, la banque postale n&#8217;en voudrait pas comme illustration pour les formules de ses chéquiers ! Mais peu m&#8217;en chaut, n&#8217;ayant nulle envie que mon travail entretienne le moindre rapport avec l&#8217;univers financier. L&#8217;autre jour un quidam s&#8217;enquérant du prix de mes photos, j&#8217;ai répondu qu&#8217;elles n&#8217;étaient pas à vendre mais à donner. Si je gagne ma vie à traiter des dossiers difficiles et &laquo;&nbsp;techniques&nbsp;&raquo;, c&#8217;est pour que la poésie retrouve pleinement le caractère d&#8217;une offrande, comme quoi, la technique anonyme pourrait fort bien dans certains cas nourrir le désir secret de servir le poétique.  Mais le quidam en question n&#8217;étant pas convaincu, m&#8217;a tout simplement répondu que j&#8217;avais tort car si mes photos sont gratuites tout le monde aura le sentiment qu&#8217;elles ne valent rien. Tant mieux- ai-je conclu- mon ratage ne serait pas complet si je produisais quoique ce soit pouvant se prêter à une évaluation monétaire.</p>
<p>Et puis enfin, mon bricolage me permet quand même de voyager un peu sans dépenser un goutte de pétrole. En somme ma démarche pourrait se résumer ainsi: avoir les moyens techniques les plus pauvres  afin d&#8217;atteindre aux résultats les plus riches,  Saint Jean de la Croix aurait dit :</p>
<p>&laquo;&nbsp;Todo y nada&nbsp;&raquo;.</p>
<p> Pour le dire autrement: &laquo;&nbsp;Pour atteindre au maximum ne viser que le minimum.&nbsp;&raquo;</p>
<p> Certes, nous avions vu précédemment que ce pouvait aussi être l&#8217;idéal de la technique, un maximum de chiffre d&#8217;affaires fondé sur un minimum de dépenses, un maximum de ventes avec le moins de vendeurs possibles.<br />
Faire toujours plus avec toujours moins, de notre point de vue  traduirait plutôt l&#8217;idée que  plus vous faîtes confiance à la machine, plus vous vous laissez emporter par elle, comme certains  dans leur hélicoptère et moins vous êtes alors incité à faire appel aux seuls efforts redoublés de votre intuition et de votre créativité personnelle. Là serait la raison qui explique pourquoi un Georges Méliès avec son voyage dans la lune a réussi, au travers de moyens nous apparaissant de nos jours tout à fait dérisoires, une oeuvre d&#8217;une intensité poétique  <img class="alignleft size-full wp-image-5081" title="Mel" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/Mel.jpg" alt="" width="600" height="434" /> que n&#8217;atteignent pas les films de science fiction actuels  <img class="alignleft size-full wp-image-5082" title="Star" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/Star.jpg" alt="" width="600" height="450" /> <em>(Star trek)</em> </p>
<p>lesquels mobilisent pourtant les plus extraordinaires déploiements de technologie.  <img class="alignleft size-full wp-image-5084" title="Sans titre copy" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/Sans-titre-copy1.jpg" alt="" width="600" height="423" /> <em>(Avatar)</em> </p>
<p>Nous avons sans doute ici une part d&#8217;explication de cette immonde laideur qui envahie la vie moderne, nous recherchons moins la qualité de l&#8217;effet plastique pour n&#8217;avoir que trop la force du moyen technique.  La beauté requiert temps et patience alors que l&#8217; efficience technique rend impatient parce que la célérité fonde sa raison d&#8217;être de sorte que la différence essentiel entre l&#8217;industrie et l&#8217;artisanat résiderait en ceci que l&#8217;une produit l&#8217;insipide parce qu&#8217;elle est puissante alors que l&#8217;autre crée la saveur parce qu&#8217;il est faible.  La beauté c&#8217; était aussi l&#8217;astuce qu&#8217;avaient trouvé nos ancêtres pour compenser la faiblesse de leur outillage, il n&#8217;y avait pas de pelles mécaniques,pas de grues, pas de bétons armé, pas de structures métalliques, aucune technique permettant de construire dans les temps les plus courts des verticalités de 400 à 500 mètres, alors, pour compenser, on peaufinait le vitrail, on ciselait le chapiteau, on fignolait la statue. La main ne pouvant trouver  appui sur la puissance de l&#8217; instrument mécanique, on travaillait à la rendre plus habile à manier des outils aussi simples que burin ou pinceau,  on l&#8217;orientait vers l&#8217;esthétique, lle savoir-faire et la dextérité n&#8217;étaient pas de se plier aux exigences de la machine mais de dompter le corps (Tout en ne méconnaissant pas ses limites naturelles) pour le soumettre à l&#8217;inspiration de l&#8217;esprit.</p>
<p>. Qu&#8217;importe aujourd&#8217;hui que nous ayons la laideur pourvu que la technique nous procure le confort et quand un logiciel de retouche fait la majeure partie du travail et qu&#8217;il suffit de faire glisser votre souris et de cliquer au bon endroit pour venir poser le calque adéquat, l&#8217;esprit dans sa dimension sensible n&#8217;est plus beaucoup appelé à relever des défis, le technicien ayant déjà fait le plus important du travail. Qu&#8217;avons nous besoin de faire intervenir la fantaisie poétique lorsque la machine nous donne déjà un tel sentiment de puissance? </p>
<p>Nous avons déjà évoqué plusieurs fois cette constante suivant laquelle la force de l&#8217;esprit se manifesterait plutôt par la faiblesse des moyens.</p>
<p>&nbsp;&raquo; ce que le monde tient pour rien, c&#8217;est ce que Dieu a choisi pour confondre les forts &nbsp;&raquo;<br />
<em>(Corinthiens: I, 27)</em></p>
<p> C&#8217;est pourquoi cela ne me dérange nullement que la porte de mon garage ressemble à l&#8217;entrée d&#8217;une étable, le vrai Dieu est celui qui naît dans une étable. Que l&#8217;on me retorque qu&#8217;il ne s&#8217;agit que d&#8217;une fable, je réponds que l&#8217;irréalité du mythe me paraît de beaucoup préférable à la réalité d&#8217;une multinationale.  </p>
<p>Si l&#8217;on doit reconnaître l&#8217;intelligence à la faculté de relier et notamment de relier les contraires, alors la puissance est tout sauf intelligence car c&#8217;est toujours un effet de la puissance que de supprimer l&#8217;altérité, la multinationale écrase le local érigeant une parodie d&#8217;universalité, tandis que le local voulant lui aussi affirmer sa puissance s&#8217;empare d&#8217;un fusil et tue tout ce qui bouge. </p>
<p>C&#8217;est encore à l&#8217;humble personne aux faibles moyens qu&#8217;incombe cette tâche d&#8217; &laquo;&nbsp;inter-legere&nbsp;&raquo; consistant à unir les antinomies,  universel et local, logos  et vie,   les maintenant  soudés, loin du sol lunaire qu&#8217;amène l&#8217;idolâtrie du premier, à l&#8217;écart de la mer déferlante qu&#8217;amène le culte voué au second, cette tâche est confiée à une réalité si délicate  et si tenue qu&#8217;elle en est invisible, le théologien  la désignera du nom de 3ème hypostase tandis que le poète la représentera  sous la forme du plus fragile animal.</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/07/hyp.jpg" alt="" title="hyp" width="500" height="583" class="alignleft size-full wp-image-5313" /></a></p>
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		<title>FAUX CONTACTS (2)</title>
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		<pubDate>Tue, 14 Jun 2011 05:39:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Nos précédentes discussions devaient ainsi se terminer sur une conclusion qu&#8217;Erato jugeait &#171;&#160;ennuyeuse&#160;&#187; trouvant insupportable qu&#8217; on ne fasse et ne dise rien , prisonnière d&#8217;une époque voulant qu&#8217;il faille absolument dire ou faire quelque-chose. Empli de compassion pour une personne imbue d&#8217;un tel préjugé qui, manifestement, la rend incapable de rester immobile et silencieuse, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p> Nos précédentes discussions devaient ainsi se terminer sur une conclusion qu&#8217;Erato jugeait &laquo;&nbsp;ennuyeuse&nbsp;&raquo;</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/06/Introd.jpg" alt="" title="Introd" width="370" height="385" class="alignleft size-full wp-image-4983" /></a></p>
<p>trouvant insupportable qu&#8217; on ne fasse et ne dise rien , prisonnière d&#8217;une époque voulant qu&#8217;il faille</p>
<p><span id="more-4981"></span></p>
<p>absolument dire ou faire quelque-chose. </p>
<p>Empli de compassion pour une personne imbue d&#8217;un tel préjugé qui, manifestement, la rend incapable de rester immobile et silencieuse, s&#8217;affaissant sous son propre poids si quelques sollicitations extérieures ou quelques visées pratiques ne la mettent pas en mouvement, un peu comme une marionnette dont les fils ne seraient plus agités, nous nous efforcerons alors de la contenter en poursuivant, de manière non discursive,  notre propos de la fois précédente. </p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/06/Interl1a.jpg" alt="" title="Interl1a" width="664" height="442" class="alignleft size-full wp-image-4988" /></a></p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/06/Interl21.jpg" alt="" title="Interl2" width="666" height="304" class="alignleft size-full wp-image-5017" /></a></p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/06/Interl3.jpg" alt="" title="Interl3" width="664" height="300" class="alignleft size-full wp-image-4992" /></a></p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/06/Interl4.jpg" alt="" title="Interl4" width="664" height="302" class="alignleft size-full wp-image-4994" /></a></p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/06/Interl5.jpg" alt="" title="Interl5" width="664" height="297" class="alignleft size-full wp-image-4996" /></a></p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/06/Interl6.jpg" alt="" title="Interl6" width="664" height="296" class="alignleft size-full wp-image-4998" /></a></p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/06/Interl7.jpg" alt="" title="Interl7" width="664" height="302" class="alignleft size-full wp-image-5000" /></a></p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/06/Interl8.jpg" alt="" title="Interl8" width="664" height="442" class="alignleft size-full wp-image-5002" /></a></p>
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		<title>FAUX CONTACTS</title>
		<link>http://falcophil.info/blog/polyedres/</link>
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		<pubDate>Tue, 08 Mar 2011 09:01:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Une remarque fort injuste de la fois dernière nous reproche de nous focaliser toujours sur un &#171;&#160;baroquisme de l&#8217; &#8216;existence&#160;&#187; sans jamais parler de l&#8217;autre versant du problème ayant trait à l&#8217;obsession pour la modélisation désincarnée, significative d&#8217;une certaine inaptitude moderne au vrai contact avec le vivant. Remarque bien injuste, disons-nous car la question fut [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Une remarque fort injuste de la fois dernière nous reproche de nous focaliser toujours sur un &laquo;&nbsp;baroquisme de l&#8217; &#8216;existence&nbsp;&raquo; sans jamais parler de l&#8217;autre versant du problème ayant trait à l&#8217;obsession pour la modélisation désincarnée, significative d&#8217;une certaine inaptitude moderne au vrai contact avec le vivant. Remarque bien injuste, disons-nous car <a  href="http://studiohchicha.com/falcophil/?p=989">la question fut déjà évoquée il y a quelque temps sur un mode certes ironique et peut-être ambigu mais qui n&#8217;en essayait pas moins de cerner le problème.</a></p>
<p>Essayons alors d&#8217;être plus clair. Au rebours de ce que dit le lieu commun, notre monde consommateur serait peut-être le moins matérialiste qui soit, précisément parce qu’il n’a plus de contact réel avec la matière à moins qu&#8217;il ne soit trop matérialiste à force de ne plus savoir ce qu&#8217;est la matière. Le réel nous est devenu comme le groin du cochon sauvage de Florence,</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4397" title="porcellino" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/porcellino.jpg" alt="porcellino" width="355" height="394" /></p>
<p><span id="more-4384"></span></p>
<p>trop brillant, trop lisse et trop discordant à force de vouloir le toucher.</p>
<p>Il y a l&#8217;acte du toucher qui est celui du corps sain dans le monde sain et puis il ya le toucher qui amorçant la possession exclusive prépare la déchéance du corps et celle du monde.</p>
<p>Ce fut toujours un constat des plus banals que la chose que l&#8217;on possède est comme le mirage qui s&#8217;évanouit dès qu&#8217;on s&#8217;en approche. Or, ce constat psychologique élémentaire semble décuplé par l&#8217;effet de la technique, plus difficile à saisir mais qui pourrait se résumer en notant que c&#8217;est justement parce que l&#8217;on veut à tout prix toucher le réel que celui-ci tend à devenir si intouchable et que nous éprouvons de moins en moins de vraies sensations tactiles.</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4403" title="ipad" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/ipad.jpg" alt="ipad" width="496" height="555" /></p>
<p>Plus nous touchons le réel et plus, en effet,  celui-ci paraît s&#8217;éloigner. La terre, dans la mesure inverse où nous souhaitons la maîtriser toujours plus , nous la touchons de moins en moins, enlevés du sol par nos autos, nos trains, nos avions. Tandis que les portes s&#8217;ouvrent et se ferment par télécommande, le terrain achève de se dérober avec le GPS, tout au plus pouvons nous le frôler par nos joggings, sans toutefois vraiment voir ce qui est alentour, le regard perdu dans le vide parce que nous préférons la plongée dans le vacarme que les écouteurs déversent dans nos tympans. Les touchers les plus simples concernant les choses les plus banales, notre linge pour notre lessive ou nos couverts pour notre vaisselle, nous ne les accomplissons plus, des robots s&#8217;en chargent à notre place. Rien de ce que nous portons, chemise, chaussettes ou pull-over, n&#8217;est confectionné par nous mais fabriqué à l&#8217;autre bout de la planète par des asiatique dont les conditions d&#8217;asservissement ne suscitent que peu ou prou notre émoi. Voulant maîtriser les aléas du temps, nous avons un service spécial après le journal télévisé</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4463" title="tan" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/tan.jpg" alt="tan" width="650" height="383" /></p>
<p>mais n&#8217;avons plus ce savoir de base du monde rural permettant de lire les signes du ciel au travers de la position de l&#8217;étoile, de la poussée du nuage ou du passage de l’oiseau. Que voyons nous d’ailleurs de l’animal ? Hormis chiens et chats, ceux qui jadis entouraient nos aieux ne sont désormais plus que bifteck, rosbif, viande hachée enveloppée de plastique ou de cellophane sous des éclairages au néon guère différents d’une lueur d&#8217;hôpital ou de morgue.</p>
<p>Les deux ancêtres se trouvaient au jardin d&#8217;Eden, ils reçurent pour commandement de ne pas trop toucher, le serpent leur siffla qu&#8217;ils pouvaient toucher davantage encore, ils voulurent donc toucher à tout</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4486" title="Titien péch" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/Titien-péch.jpg" alt="Titien péch" width="530" height="690" /></p>
<p>et ils furent ainsi chassés pour être placés dans notre monde où leur postérité ne touche plus vraiment à rien.</p>
<p>Les anciens, proches encore de cette histoire, juifs et chrétiens la résumaient sous la dénomination de péché originel, les grecs même s&#8217;ils ne connaissaient pas cette notion de péché n&#8217;en désignaient pas moins une réalité analogue au travers du terme d&#8217; &laquo;&nbsp;hybris&nbsp;&raquo;, leur mythologie offrant quelques exemples de ces hommes punis pour avoir trop voulu toucher,</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4464" title="Tantale" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/Tantale.jpg" alt="Tantale" width="640" height="441" /></p>
<p>ces anciens donc touchaient la terre de façon sans doute plus intense que nous autres dans la mesure où malgré leurs excès déjà bien réels, une sagesse innée leur dictait tout de même qu&#8217;il ne fallait pas trop toucher.</p>
<p>&laquo;&nbsp;ce que tu trouves à faire avec la force de ta main, fais le&nbsp;&raquo;</p>
<p>( Ecclésiaste)</p>
<p>autrement dit, ne va pas au delà de ce que peut toucher ta main car au delà, tu dépasses tes limites et alors tu t&#8217;engages dans la démesure qui te sera fatale.</p>
<p>D&#8217;ailleurs les anciens ne voulaient pas vraiment toucher, ils se contentaient d&#8217;être, de la manière la plus naturelle, en contact tangible avec les éléments. Leur métaphysique était sensuelle, les principes premiers, constitués du rapport étroit et quotidien avec les tactiles constituants de la force vitale, la terre, l&#8217;eau, le feu et l&#8217;air, les fameux 4 éléments, imprégnait tout autant le bons sens du paysan qu&#8217;il inspirait l&#8217;art du poète, l&#8217;élan du mystique ou l&#8217; effusion du saint. C&#8217;est ainsi que dans son &laquo;&nbsp;cantique des créatures&nbsp;&raquo; Saint François d&#8217; Assise désigne le vent et le feu comme ses &laquo;&nbsp;frères&nbsp;&raquo; de même que l&#8217;eau est sa &laquo;&nbsp;soeur&nbsp;&raquo; et que la terre est sa &laquo;&nbsp;mère&nbsp;&raquo;, spontanéité populaire dont l&#8217;idée peut se retrouver sous n&#8217;importe quelle latitude, en n&#8217;importe quelle époque où l&#8217;homme reste proche de la terre:</p>
<p>&laquo;&nbsp;Sa tête est le feu</p>
<p>La lune et le soleil sont ses yeux</p>
<p>Les dimensions de l&#8217;espace ses oreilles</p>
<p>Le vent est le frémissement de sa vie</p>
<p>L&#8217;eau est le sang de ses artère</p>
<p>L&#8217;univers est son coeur.</p>
<p>Il a pour pied la Terre.</p>
<p>Il est le Soi le plus intime de chaque être.</p>
<p>( Mundaka Upanishad 2. 1 à 10)</p>
<p>Spontanéité donc, certes naïve et qui sans doute fera sourire les trop intelligents que nous sommes. Sourire narquois qui serait d’ ailleurs bien plus ancien que notre modernité car du temps même de cette simplicité charnelle, s’amorçaient déjà les tentatives de systématisation par lesquelles ces 4 éléments faisaient l&#8217;objet de reconstruction mentale sans grand rapport avec les sources de vie dont ils étaient pourtant l&#8217;expression. On sait que dans le Timée, Platon s&#8217;appuie sur le géometrique pour les illustrer, première manière de figer le réel en squelettes mentaux par prétention à vouloir le dominer. Tandis que le saint se contente de voir dans le feu un frère, &laquo;&nbsp;indomptable, joyeux et fort&nbsp;&raquo;, l&#8217;orgueil du philosophe ne supportant probablement pas que cette joie, cette force et cette liberté lui échappent, congèle alors le feu par sa raison dominante et le réduit à une symbolique de forme pure, le tétraèdre :</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4466" title="img189" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/img189.jpg" alt="img189" width="238" height="240" /></p>
<p>quel rapport avec le feu ? On ne saurait dire mais l&#8217;on ne comprend que trop l’amoureux fervent de Dionysos que le seul nom de Platon fera fulminer.</p>
<p>Ecoutons encore de quelle manière, le Frère François nous parle de la terre:</p>
<p>&nbsp;&raquo; loué soit tu, Seigneur, pour notre mère la terre</p>
<p>qui nous porte et nous nourrit</p>
<p>qui produit la diversité des fruits</p>
<p>et les fleurs diaprés et les herbes&nbsp;&raquo;</p>
<p>Voyons ensuite à quelle symbolique Platon réduit la terre, un héxaèdre, ce qui, en langage moins pédant s&#8217; appelle un cube :</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4471" title="hexaèdre" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/hexaèdre.jpg" alt="hexaèdre" width="252" height="236" /></p>
<p>Et l&#8217;air ? rempli de &laquo;&nbsp;nuages ou d&#8217;azur calme&nbsp;&raquo; ?</p>
<p>Un octaèdre !</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4467" title="octaèdre" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/octaèdre.jpg" alt="octaèdre" width="232" height="245" /></p>
<p>Et l&#8217;eau ? sans doute que le même Platon ne supportait pas qu&#8217;elle fût tout simplement de l&#8217;eau pour qu&#8217;il la réduisît à l&#8217; Icosaèdre !</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4470" title="isocaèdre" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/isocaèdre1.jpg" alt="isocaèdre" width="258" height="260" /></p>
<p>Il avait certes ses raisons; l&#8217; eau était représentée de la sorte parce que son caractère insaisissable ne pouvait être rendu que par le polyèdre le plus compliqué, celui ayant le plus de faces, ce qui nécessitait donc de pousser le plus loin la reconstruction rationnelle. En cela, de manière curieuse, Platon d&#8217;inspiration pourtant si mystique, pourrait sur ce point figurer comme un ancêtre de la technocratie moderne car nous ne pensons pas qu&#8217;il serait exagéré d&#8217;affirmer que cette prétention à réduire l&#8217;eau à ceci:</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-975" title="img724" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/05/img724.jpg" alt="" width="477" height="693" /></p>
<p>soit beaucoup éloigné d&#8217;une démarche faisant qu&#8217;aujourd&#8217;hui le milieu aquatique, naguère si &laquo;&nbsp;chaste et si pure&nbsp;&raquo; est désormais si sale et si profané.</p>
<p>Notons que cette dernière figure fut dessinée par Leonard de Vinci. Platon ayant été supplanté par le stagirite dont le thomisme s&#8217;était servi pour compléter la pensée chrétienne, au sortir du &laquo;&nbsp;Moyen Age&nbsp;&raquo; sur la péninsule italienne, certains cercles intellectuels, en particulier la Cour des Médicis, connaissent un retour en force du philosophe de l&#8217;académie.  Au XV ème siècle, on est de nouveau fasciné par le polyèdre, Paolo Ucello et Piero della Francesca préparent le &nbsp;&raquo; divina proportioni &nbsp;&raquo; du frère <a  href="http://falcophil.info/blog/lebenswelt-2/">Luca Pacioli dont il fut déjà question</a>, lequel charge donc Léonard de Vinci d&#8217;illustrer son livre.</p>
<p>Feuilletant un ouvrage consacré au divina proportionni de Luca Pacioli nous lisons sous son portait</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-978" title="img730" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/05/img730.jpg" alt="" width="500" height="431" /></p>
<p>un commentaire le définissant comme un &laquo;&nbsp;saint laïque&nbsp;&raquo;. Il est vrai que Luca Pacioli n&#8217;a de religieux que la défroque du moine car pour le reste, c ‘est peut-être moins à Dieu qu&#8217;il voue un culte qu&#8217;à sa propre raison que déjà il tend à déifier en la concevant comme un reflet du summum de la complexité géométrique, le dodécaèdre</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-976" title="img726" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/05/img726.jpg" alt="" width="474" height="677" /></p>
<p>censé symboliser le cinquième élément, l&#8217;éther que Platon assimile à la quintessence.</p>
<p>D&#8217;ailleurs au XVI ème siècle, le polyèdre n&#8217;est plus vraiment de l&#8217;ordre de l’au delà de l&#8217;idée, relevant plutôt de la structure fondamentale du monde physique à laquelle le connaître doit s&#8217;identifier. Si, en effet, Marsile Ficin s&#8217;efforce de remettre le platonisme à l&#8217;honneur, ce dernier sera cependant reçu avec infléchissement, un examen des conceptions esthétiques de l&#8217;époque, notamment celles de Leon Batista Alberti et surtout de Giorgio Vasari, indiquant la tendance à ne plus faire découler l&#8217;idée de l&#8217;a priori métaphysique mais d&#8217;un ordonnancement de l&#8217;ordre empirique au coeur duquel se trouve la règle, la mesure et l&#8217;ordre et que la puissance du connaître aura pour fonction de reproduire. Autrement dit, bientôt l&#8217;idée ne constituera plus l&#8217;au delà de la caverne mais rejoindra son coeur même et nul besoin ne sera d&#8217;en sortir pour la trouver, je n&#8217;aurai qu&#8217;à demeurer en ce coeur et, en particulier, au coeur de ma connaissance. Si la nature est mathématique alors ma raison ne sera que la meilleure expression de la nature &laquo;&nbsp;tout ce qui est rationnel est réel et tout ce qui est réel est rationnel &nbsp;&raquo; dira t-on plus tard.</p>
<p>La nature et l&#8217;homme enfin réconciliés, la fusion de l&#8217;objet et du sujet, l&#8217;art couronnement de l&#8217;édifice naturel, tout cela pourrait en effet refléter le plus bel optimisme si l&#8217;on oubliait que l&#8217;univers désacralisé de l&#8217;humaniste plus souvent désigné du nom de &nbsp;&raquo; Renaissance&nbsp;&raquo; s&#8217; inaugure , entre autre, par une gravure</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4517" title="durer1" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/durer1.jpg" alt="durer1" width="554" height="708" /></p>
<p>figeant la rêverie saturnienne en compagnie du polyèdre à portée de main et où en arrière plan, le feu, la terre, l&#8217;air et l&#8217;eau ne sont désormais plus que réalités lointaines. L &#8216;interrogation qui semble ici travailler l&#8217;artiste au travers de son ange accablé serait de savoir si la raison du monde est vraiment ma raison.</p>
<p>J&#8217;ai bien en main le compas, la sphère se trouve à mes pieds et pourtant, d&#8217;où vient cette cette lente bouffée brumeuse et sourde qui alourdie ma tête et paralyse mon aile?</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4519" title="durer3" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/durer3.jpg" alt="durer3" width="260" height="276" /></p>
<p>Je rationalise à l&#8217;excès parce que je sens que la raison du monde est irrationnelle au regard de ma propre raison. Le bondissement du feu m&#8217;échappe tout comme peu m&#8217; échapper mon propre bondissement. Alors j’imagine ceci</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4466" title="img189" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/img189.jpg" alt="img189" width="238" height="240" /></p>
<p>pour mieux emprisonner le feu dans les mailles du filet de ma coagulation cérébrale.</p>
<p>Une autre gravure contemporaine de celle de Dürer, moins connue mais tout autant révélatrice</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4528" title="img194" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/img194.jpg" alt="img194" width="619" height="449" /></p>
<p><em>(Marc Antonio Raimondi : Le songe de Raphaël)</em></p>
<p><a  href="http://falcophil.info/ifotos/?dir=Cataclysmes&#038;pic=Songe+d+Alberti">semble nous dire que le sommeil est d&#8217;autant plus peuplé de cauchemars que l&#8217;esprit est imprégné de géométrie. Le Moyen Age est certes encore présent avec l&#8217;idée de contingence, a tout moment le non nécessaire peut repartir au néant, l &#8216;accident peut s&#8217;évanouir , la forme se liquéfier,</a> l &#8216;homme médiéval conjurait la menace par la tératogenèse ou la fête d&#8217;âne et plaçait sa foi dans une nécessité ultime tandis que l&#8217;homme des temps modernes qui tend toujours plus à voir cette nécessité dans l&#8217;ordre immanent, tentera de la traduire par la neutralité minimale de l&#8217;équerre, du chiffre et du polyèdre, seuls moyens pour maîtriser une terre dont force est de reconnaître qu&#8217;elle est inséparable de l&#8217;adventice de ses caprices et bariolages. Significatif alors qu&#8217;en ces temps qui voient se fissurer le christianisme en guerres intestines, cette passion pour le polyèdre se poursuive tout le long du XVI ème avec le livre des perspectives de Jean Cousin ainsi que le &laquo;&nbsp;perspectiva corporum regularum&nbsp;&raquo; de Wenstler Janmike, illustré des gravures de Jost Amman,</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4506" title="jamnitzer" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/jamnitzer.gif" alt="jamnitzer" width="345" height="349" /></p>
<p>chef d&#8217;oeuvre de l&#8217;art géométrique. Johannes Kepler était convaincu que la quintessence du système solaire obéissait à la même rigueur géométrique que celle des polyèdres et même si par la suite sa découverte de l&#8217;ellipse devait contrecarrer son rêve d&#8217;une géométrie parfaite à la base du mouvement des planètes, cette fascination pour les figures abstraites aux lignes pures et segments  bien découpés comme expression de l&#8217;absolu, ne se démentira plus, il la retrouvera du reste au sein de la cristallographie. Si l&#8217;art de l&#8217;époque au travers du maniérisme et du baroque s&#8217;écarte du néo-platonisme ou plutôt du pseudo platonisme d&#8217;Alberti et de Vasari, celui-ci devra bien plus tard au début du XXème refaire surface avec le mouvement De stijl où Mondrian, vantera la ville moderne pour être le lieu favorisant le développement du tempérament artistique de l&#8217;avenir qui se devra d&#8217;être &laquo;&nbsp;mathématique&nbsp;&raquo;<em> ( De Stijl I 1917-18)</em></p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4520" title="Mondrian" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/Mondrian.jpg" alt="Mondrian" width="300" height="316" /></p>
<p>ce qui ainsi pourra justifier de tout ramener à la forme élémentaire, le carré, l&#8217;angle droit et la couleur primaire, seules véritables expression de l&#8217;universel. Mais c&#8217;est surtout par la science moderne que l&#8217;on ne cessera plus d&#8217;entretenir cette idée que le monde n&#8217;est dans son essence qu&#8217;une formule mathématique. C&#8217;est déjà ce qu&#8217;exprime Galilée dans son &laquo;&nbsp;Saggiatore&nbsp;&raquo;, soutenant que la nature est un grand livre où le langage n&#8217;est que &laquo;&nbsp;mathématique&nbsp;&raquo;,  illustré de cubes ou de triangles. Certes, entretemps, on aura remplacé le polyèdre par la notion de forces avec la physique newtonienne puis par celle de longueurs d&#8217;ondes avec la mécanique quantique mais l&#8217;idée restera toujours la même, un physicien la confirmera au XXème siècle en affirmant que &laquo;&nbsp;C&#8217;est dans les mathématiques que réside le principe vraiment créateur&nbsp;&raquo; <em>( Einstein: Conférence à Oxford, 1932)</em> .</p>
<p>Autrement dit, ôtez les couleurs, les sons, l&#8217;incroyable bigarrure du vivant et vous aurez la vérité des vérités ultimes,</p>
<p>non pas l’amour mais les maths,</p>
<p>non pas le cœur mais le quark</p>
<p>non pas l’esprit mais le spin.</p>
<p>Les abstractions des physiciens qui d&#8217; ailleurs ne sont en bonne partie que des hypothèses et donc de pures représentations mentales ne portent en tout état de cause que sur une partie très réduite du réel, la partie quantifiable, chiffrable, mesurable, filtrée ainsi que réorientée par la nature propre de l&#8217;appareil de mesure. Quel type de réalité peut saisir la science quand elle vous réduit ceci:</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4548" title="rougegorge" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/rougegorge.jpg" alt="rougegorge" width="288" height="288" /></p>
<p>à ceci</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4551" title="atome-electrons" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/atome-electrons.jpg" alt="atome-electrons" width="320" height="320" /></p>
<p>ou encore à ceci ?</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4553" title="quant" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/quant.jpg" alt="quant" width="361" height="302" /></p>
<p>Niels Bohr disait que&nbsp;&raquo; la science ne mesure pas le réel mais seulement ce que nous sommes capable d&#8217;en dire&nbsp;&raquo;. Nous ? C&#8217;est à dire ? Qui nous ? Disons plutôt &nbsp;&raquo; Moi le physicien, cette réalité somme toute limitée que je décris avec des équations voilà ce qui doit s&#8217;imposer à vous&nbsp;&raquo;. On récuse ainsi le témoignage sensoriel réputé naïf et grossier au profit d&#8217;une investigation scientifique considérée comme la pointe de la subtilité alors que le physicien qui réduit l&#8217;oiseau à des chiffres et des longueurs d’onde s&#8217;intéresse en fait à fort peu de choses au regard de mes sens immédiats qui entendent le chant du rouge gorge et regardent son envol au sein du bruissement des feuilles vertes, saisissant dès lors infiniment plus de richesses que l&#8217;abstraction du mathématicien.Certes, qu&#8217;un physicien ayant tout son sens ne soutienne jamais qu&#8217;un oiseau se ramène seulement à des longueurs d&#8217;onde, cela nous semble évident mais il n&#8217;en demeure pas moins que l&#8217;impérialisme englobant de l&#8217; &laquo;&nbsp;esprit de géométrie&nbsp;&raquo; finit peut à peu par nous convaincre du caractère négligeable de l &#8216; &laquo;&nbsp;esprit de finesse&nbsp;&raquo; pour la simple raison que rien ne pouvant plus accorder les hommes ramenés chacun au relativisme de sa propre existence, il faut bien retrouver un semblant d&#8217;entente par l&#8217; objectivité la plus exsangue, l&#8217;espace purement mathématique du physicien tout comme l&#8217;espace strictement neutre du monde laïque.</p>
<p>Galilée conseillait à l&#8217;Eglise de se mêler de ses affaires en se bornant à enseigner comment l&#8217;on va au ciel, laissant au savant le soin de dire comment va le ciel. L&#8217;ennui est qu&#8217;aujourd&#8217;hui une certaine rationalité dominante, à force de dire comment va le ciel ne veut plus vraiment savoir comment va la terre. Le mental comme unique soubassement de la terre, inférant de la pensée un réel fait de vie mécanique et sans âme que cette même pensée se doit de dominer comme on apprend à conduire une machine, on sait qu&#8217;il fut inauguré par un contemporain de Galilée</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1442" title="halsdesc2" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/12/halsdesc2.jpg" alt="" width="390" height="478" /></p>
<p>remplaçant la philosophie de l&#8217;école par une philosophie de cabinet (jolie formule de Sainte- Beuve!) où loin des réalités terrestre on pense bien au chaud à côté du poêle qui ronronne, mentalité &laquo;&nbsp;cul de plomb&nbsp;&raquo; comme disait Nietzsche à propos de tel auteur qui avouait ne pouvoir penser que bien assis dans sa robe de chambre. Les ravages d&#8217;une telle vision qui reconstruit le monde en fonction des pures exigences d’une raison déracinée de la vie, inutile de s&#8217;y étendre, un tableau de <a  href="http://falcophil.info/blog/walras-entre-mondrian-et-la-lcr/">Jean Paul Walras déjà cité </a>est on ne peut plus parlant :</p>
<p><img id="image301" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/04/img419.jpg" alt="img419.jpg" width="456" height="816" /></p>
<p><em>(Planisfère PNB: huile sur toile, 2006)</em></p>
<p>Le vaste continent qu&#8217;est l&#8217;Afrique avec l &#8216;incomparable diversité de ses ethnies et de leurs approches culturelles ainsi que de leur passé artistique, de tout cela ne reste qu&#8217;un petit territoire rabougri au seul motif que les africains ne font pas de &laquo;&nbsp;chiffres&nbsp;&raquo;. On remarquera ici tout le mépris du réel que comporte ce fait du toucher compris suivant le deuxième sens donné plus haut. Tout comme je dégrade l&#8217;eau ou le vent pour changer leur fluidité en un caillot géométrique soumis aux structures de mon mental, de même j&#8217;annihile la réalité charnelle de l&#8217;autre par la carcasse du graphique et l&#8217;ossuaire du pourcentage. L&#8217;intelligence c &#8216;est ce que mesure mes tests disait Binet, en fonction de mes instruments de mesure l&#8217; Africain est donc idiot et les américains sont les plus intelligents parce qu&#8217;ils ont le plus fort PNB, qu&#8217;importe que plusieurs millions d&#8217;entre eux soient dans la misère et traînent des vies malsaines dans des cités polluées. L’ aberration du chiffre, image d’un intellect empli de polyèdres et donc séparé de la terre et des vrais besoins du réel, nous connaissons un auteur qui décrit fort bien cela dans son dernier ouvrage</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4525" title="img193" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/img193.jpg" alt="img193" width="300" height="476" /></p>
<p>quand il évoque le PNB qui monte en flèche si je fais payer le droit d&#8217;accéder à mon puits mais qui s&#8217; effondre sitôt que je décide d&#8217;en donner l&#8217;accès gratuit à tous les gens de mon village. Argument certes inopérant pour beaucoup puisque au bout du compte, il ne s&#8217;agit pas de s&#8217;ancrer dans le réel mais de le reconstruire sur le plan de l&#8217;idée et pire encore, de donner corps à cette reconstruction intellectuelle au moyen de ce qui s&#8217;appelle la technique. Le physicien s&#8217;intéresse à peu de choses disions nous et c&#8217;est sans doute ce peu qui fascine la technique. Cette dernière en effet ne cherche que l&#8217;efficacité et l&#8217;efficacité c&#8217;est l&#8217;art de faire toujours plus avec toujours moins. Produire ou vendre toujours plus avec toujours moins de bras c&#8217;est le rêve du manager tout comme tuer toujours plus avec toujours moins de soldats sera le rêve du général, de sorte que tout régir par Big Brother deviendra le cauchemar du poète. Comment toucher à tout en touchant toujours moins ou comment concrétiser la science en réduisant le monde à des données basiques afin de brasser de plus grandes quantités sans être encombré de présence de chair et de sang, c&#8217;est donc le rêve de la technique. Le quark allège la matière de sa pesante résistance, il faut alors opérer sa transposition pratique afin d&#8217;alléger ma vie du désagréable effort des distances, de la frustrante impossibilité d&#8217;ubiquité ainsi que de l&#8217;insupportable &laquo;&nbsp;enfer&nbsp;&raquo; de l&#8217;autre. Le seul moyen d&#8217;être partout et d&#8217;avoir tout sera en conséquence de n&#8217;être nulle part et de n&#8217;avoir rien. Avec Facebook, j&#8217;aurai des milliers de faux amis que je ne connais pas, c&#8217;est plus facile que d&#8217; avoir un ou deux amis réels que je connais. Le super marché sera l&#8217;autre exemple du touche à tout, la multiplication du maximum de marchandises moins le contact avec le commerçant lequel est remplacé d&#8217;abord par le &laquo;&nbsp;sbam&nbsp;&raquo; de la caissière puis par le clique sur la toile. Et bientôt bien sûr, la petite ardoise magique pour tout le monde</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4578" title="ipad" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/ipad1.jpg" alt="ipad" width="590" height="430" /></p>
<p><a  href="http://falcophil.info/blog/eloge-du-ratage-4/#comment-3663">qui achèvera de faire de moi la mouche zappeuse et le feu follet butineur, touchant les choses les plus lointaines que jamais il ne verra, incapable pourtant de voir les deux ou trois choses les plus proches qu&#8217;il voit tous les jours.</a></p>
<p>Ce qui est techniquement possible est moralement souhaitable, traduction moderne de la faute initiale consistant à croire qu &#8216;il fallait toucher parce que c&#8217;était beau à voir.</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4538" title="Crumb2" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/Crumb2.jpg" alt="Crumb2" width="665" height="341" /></p>
<p>&nbsp;&raquo; Elle vit que l&#8217;arbre bon à manger était beau à regarder&nbsp;&raquo;</p>
<p>Robert Crumb reprend ici une transposition courante, admise entre autre par les traductions qui font le plus autorité, Bible de Jérusalem, Bible d&#8217;Osty, Bible protestante de Louis Segond. La notre, du chanoine Crampon, pas moins estimable, adopte toutefois une version que nous préférons:</p>
<p>&laquo;&nbsp;Elle vit que l&#8217;arbre beau à voir était bon à manger&nbsp;&raquo;</p>
<p>Il ne s&#8217;agit pas d&#8217;une ergotage d&#8217; exégète, la nuance est de taille, l&#8217;arbre beau à voir poussait à vouloir le manger, la beauté incitait au toucher parce qu&#8217;on ne voulut pas comprendre qu&#8217;elle était là pour interdire le toucher dans la mesure où elle avait pour seule raison d&#8217;être qu&#8217;on la regarde et non qu&#8217;on la touche. Le commandement était donc, &nbsp;&raquo; Contente toi de regarder mais abstiens-toi de toucher&nbsp;&raquo; car lorsque tu touches, tu dégrades, tu touches en vue de la manducation, c&#8217;est à dire pour assimiler à toi, envoyer dans tes viscères, réduire à ta digestion pour, au final, transformer la beauté en matière fétide et  sans vie. En établissant l&#8217;arbre qui s&#8217;adresse au seul regard, j&#8217;instaure une limite à ta déprédation, de tous les arbres tu mangeras mais pour celui-là, tu devras te contenter du seul regard. Je trace donc la frontière entre les arbres sur lesquels doit porter ton action et l&#8217;arbre sur lequel portera ta contemplation. Le fruit prohibé, c&#8217;était l&#8217;extension défendue de ton action laquelle vise le fruit parce qu&#8217;elle ne voit que le gain, le bénéfice, l&#8217;intérêt, le seul regard portant sur le fruit mais le toucher voulant l&#8217;usufruit.</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4545" title="Crum4" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/Crum4.jpg" alt="Crum4" width="560" height="563" /></p>
<p>En touchant le fruit, tu n&#8217;as fait que détruire la contemplation par l&#8217;impérialisme conquérant de ton action, le péché ou l&#8217; hybris, ne sont autre que l&#8217;incapacité de stopper l&#8217;action pour contempler. Ta punition sera donc d&#8217;être chassé de la terre en n&#8217;étant plus que de l&#8217;action, tes capacités tactiles grandiront parallèlement à ton incapacités à toucher, du petit jardin où les plantes étaient offertes tu partiras vers la grande serre où le végétal est mimeux.</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4560" title="A" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/A.jpg" alt="A" width="187" height="264" /></p>
<p>&laquo;&nbsp;Il se virent nus&nbsp;&raquo; , c&#8217;est à dire, fragiles, faibles, vulnérables, menacés de toute part, elle et lui seraient désormais tenaillés par l&#8217; obession d &#8216;avoir parce qu&#8217; obsédés par l&#8217;idée de ne pas avoir,</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4561" title="B" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/02/B.jpg" alt="B" width="228" height="275" /></p>
<p>et la conséquence fut ainsi la &laquo;&nbsp;tunique de peau&nbsp;&raquo; que Dieu leur tailla, c&#8217;est à dire, l&#8217;artifice et le simulacre par dessus la nudité de la vraie peau. Leur peau réelle devint cachée par une peau fabriquée, un faux semblant de peau destiné à entraver la respiration naturelle de la vraie peau maintenant prisonnière du revêtement qui masquerait les sueurs, la crasse et les vilaines odeurs. Ils n&#8217;eurent donc plus leur place dans l&#8217;harmonie des choses&nbsp;&raquo; parce que leur nature devint fausse nature :</p>
<p><em>&nbsp;&raquo; Our life is a false nature&#8211;&#8217;tis not in<br />
The harmony of things,&#8211;this hard decree,<br />
This uneradicable taint of Sin,<br />
This boundless Upas&#8230;.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p>(Byron)</p>
<p>en un mot, ils devinrent tout simplement: &laquo;&nbsp;DE TROP&nbsp;&raquo;.</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4918" title="giova" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2011/03/giova.jpg" alt="" width="500" height="436" /></p>
<p><em>(Giovanni di Paolo)</em></p>
]]></content:encoded>
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		<title>CLICHE</title>
		<link>http://falcophil.info/blog/cliche/</link>
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		<pubDate>Mon, 06 Dec 2010 15:01:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Je voudrais ici rebondir sur la dernière remarque d &#8216;ICHTHUS qui la fois précédente avançait que: &#171;&#160;&#8230;. la peinture se voyant impuissante face à la concurrence livrée par la photo dans la reproduction du réel, l&#8217;art devait fatalement déchoir dans les outrances les plus ( L&#8217;un des premiers appareils photo, utilisé par Niepce vers 1825 [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je voudrais ici rebondir sur la dernière remarque d &#8216;ICHTHUS qui la fois précédente avançait que: &laquo;&nbsp;&#8230;. la peinture se voyant impuissante face à la concurrence livrée par la photo dans la reproduction du réel, l&#8217;art devait fatalement déchoir dans les outrances les plus</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3946" title="Niepce" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/Niepce.jpg" alt="Niepce" width="349" height="275" /><br />
<em>( L&#8217;un des premiers appareils photo, utilisé par Niepce vers 1825 )</em></p>
<p> extravagantes et les plus farfelues pour en arriver à l&#8217;auto-dérision des dadaistes et de leurs actuels avatars, désastreuse apothéose à laquelle devait contribuer les manigances de la CIA pour imposer le soi-disant art américain comme le seul authentique qui soit &laquo;&nbsp;.</p>
<p>Expliquer la prédominance des artistes américains par un complot de la CIA est trop ridicule pour être commenté. En revanche, cette idée qu&#8217;en raison de la concurrence apportée par la photographie, l&#8217;art se serait de plus en plus détaché du réalisme au profit d &#8216;un imaginaire ou d&#8217;une extravagance toujours davantage exacerbé, relève d&#8217;un poncif ayant la vie tellement dure que la chose mérite que l&#8217;on s&#8217;y arrête un peu car ce genre d&#8217;assertion superficielle constitue le type même de l&#8217;explication paresseuse faussant du tout au tout notre compréhension de l&#8217;homme contemporain.</p>
<p><span id="more-4317"></span></p>
<p>Au XIXème siècle, la grande majorité des peintres aurait donc été ébranlée par l&#8217;invention de Nicéphore Niepce en 1820,</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-2391" title="photo_niepce-lg" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/09/photo_niepce-lg.jpg" alt="photo_niepce-lg" width="620" height="468" /><br />
<em>(Niepce, première photo de l&#8217;histoire, prise vers 1820)</em></p>
<p>commercialisée vers 1835 par le procédé du daguerréotype et perfectionnée à la même époque par l&#8217;anglais Henry Fox Talbot qui invente le négatif. Beaucoup de peintres , conscients de ce qu&#8217;ils ne pouvaient rivaliser avec la photographie sur le terrain du réalisme, se seraient alors engagés dans une surenchère d&#8217;outrances et de déformations plastiques dont l&#8217;extrême conséquence devait être l&#8217;implosion déclenchée par l&#8217;abstraction d&#8217;un Kandinsky ainsi que la mise à mort opérée par Marcel Duchamp qui dès 1914 avait définitivement abandonné la peinture pour le ready-made, préparant de la sorte l&#8217; avènement de Dada.</p>
<p>Il convient certes de noter que vers la fin du XIXème siècle et le début du XXème, bien des photographes du mouvement &laquo;&nbsp;pictorialiste&nbsp;&raquo; , par un redoublement d&#8217;ingéniosités dans les manipulations chimiques, obtenaient des résultats tellement saisissants, imitant par exemple le fusain par la technique de la gomme bichromatée</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-2398" title="img011" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/09/img011.jpg" alt="img011" width="605" height="815" /><br />
<em>(Robert Demachy vers 1896)</em></p>
<p>ou le pastel par le procédé de l&#8217; autochrome</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-2394" title="Autoc" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/09/Autoc.jpg" alt="Autoc" width="575" height="354" /><br />
<em>(Autochrome des frères Lumières 1908)</em></p>
<p>que plus d&#8217;un peintre pouvait en effet se sentir découragé par une invention capable de reproduire les résultats de son savoir-faire. Ce type de photographie ne faisait cependant que singer la peinture. Ainsi, exemple significatif, l&#8217;un des chefs de file du mouvement pictorialiste, Robert Demachy, frustré par la précision de l&#8217;image photographique ne permettant pas alors de reproduire vibration et vitesse, essayera t-il vainement par ses efforts en laboratoire de forger des photos</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-2402" title="img012" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/09/img012.jpg" alt="img012" width="640" height="448" /><br />
<em>(Robert DEMACHY , vitesse 1904)</em></p>
<p>qui n&#8217;étaient que d &#8216;assez pauvres pastiches de ce que réalisaient déjà les pré-impressionnistes plus d&#8217;un demi siècle auparavant&#8230;</p>
<p><img id="image788" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/12/turner.jpg" alt="turner.jpg" width="600" height="450" /><br />
( Turner, &laquo;&nbsp;Pluie , vapeur, vitesse&nbsp;&raquo; )</p>
<p>On remarquera souvent d&#8217;ailleurs qu&#8217;une invention technique connaît une phase initiale par laquelle on croit nécessaire de l&#8217;utiliser pour proposer une mauvaise copie d&#8217;un genre traditionnel. Dans sa production générale, la photographie fut d&#8217;abord une mauvaise copie de peinture comme ultérieurement, l&#8217;aube du cinéma, une mauvaise copie de théâtre, tout comme peut-être aujourd&#8217;hui l&#8217;écriture sur le net une mauvaise copie d&#8217;écriture sur papier, jusqu&#8217;au moment où l&#8217;on découvre qu &#8216;une technique possède son langage et l&#8217;inspiration qui lui sont propres.</p>
<p>On aura donc peine à croire que des peintres de haute envergure comme Delacroix, Corot, Daumier, Manet ou Renoir aient pu se sentir menacés par une activité qu&#8217;ils devaient probablement percevoir comme une curiosité technique, voire comme un simulacre de création picturale . Rappelons d&#8217;ailleurs que la photographie fut d&#8217;abord pratiquée par des peintres sans talent</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4286" title="Daguerre" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/Daguerre.jpg" alt="Daguerre" width="661" height="430" /><br />
<em>(Peinture de Daguerre)</em></p>
<p>Henry Fox Talbot, inventeur du calotype, ancêtre du négatif</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-2405" title="img014" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/09/img014.jpg" alt="img014" width="630" height="528" /><br />
<em>(Henry Fox Talbot, calotype de 1850)</em></p>
<p>ne vit pas d&#8217;autres solutions que de recourir à la chambre noire pour pallier son incapacité de représenter correctement une perspective ce qui lui permettait ainsi d&#8217;échapper à l&#8217;insatisfaction de ne pouvoir dessiner les paysages d&#8217;Italie qu&#8217;il aimait tant. Un autre pionnier de la photo, Maxime Ducamp, grand ami de Flaubert, ironisait sur ces &laquo;&nbsp;barbouilleurs&nbsp;&raquo; qui laissaient tomber leurs pinceaux pour se consacrer aux sels d&#8217;argent et de l&#8217; aveu même de Nadar, autre peintre manqué, la photo attirait alors tout ce que la peinture pouvait comporter de pseudo artistes dépourvus d&#8217; inspiration.</p>
<p>Si un peintre de piètre envergure comme Paul Delaroche pouvait à la rigueur s&#8217;inquiéter de l&#8217; émergence de la photo, il est difficile, en revanche, d&#8217;admettre qu&#8217;un Delacroix prisant déjà l&#8217; &laquo;&nbsp;impression&nbsp;&raquo; contre la précision de l&#8217;approche réaliste se soit senti déstabilisé par une invention appréciée par des peintres médiocres reconvertis dans la chimie.<br />
<img class="alignnone size-full wp-image-2411" title="Untitled-1" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/09/Untitled-1.jpg" alt="Untitled-1" width="650" height="448" /></p>
<p>On ne voit pas très bien en effet pour quelle raison la photo aurait dû mettre en danger son art de faire chanter les couleurs et il y a donc tout à parier qu&#8217;un tel artiste aussi sûr de son oeil et de sa main possédait suffisamment la fierté et l&#8217;intelligence de son style pour qu&#8217;il pût considérer avec quelque condescendance cette reproduction d&#8217;images dénotant beaucoup plus les prouesses du l&#8217;esprit scientifique que l&#8217;inspiration du génie artistique.</p>
<p>Rappelons, d&#8217;autre part, que la photo fut longue à pouvoir s&#8217;imposer comme un art. Carjat eu beau tirer de Baudelaire l&#8217;une des plus belles réussites artistique du portrait photographique,</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4271" title="Baude" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/Baude.jpg" alt="Baude" width="600" height="767" /></p>
<p>le poète n&#8217;en méprisait pas moins la photographie qu&#8217;il considérait comme tout juste bonne à satisfaire l&#8217;esprit positiviste de la médiocrité bourgeoise. Si la photo put encourager certains des artistes parmi les plus décisifs à se détacher toujours plus de la mimesis, ce n&#8217;est pas qu&#8217;elle leur faisait une rude concurrence mais plutôt qu&#8217;elle les dégoûtait de ce matérialisme scientiste et industriel dont elle était trop souvent porteuse. Gageons alors que les impressionniste dans les années 1870, les Gauguin, Van Gogh ou Cézanne dans la période suivante voire les cubistes peu après, ne devaient pas nourrir à l&#8217;égard de l&#8217;activité photographique un jugement sensiblement différent. Brassaï rapportera plus tard que le dédain dans lequel Picasso tenait la photographie avait souvent perturbé l&#8217;amitié liant les deux hommes. S&#8217;il pût y avoir initialement collaboration entre peinture et photographie, c&#8217;est que la première voyait tout au plus dans la seconde, une simple pourvoyeuse de documents.</p>
<p>Au regard des recherches d&#8217;un Monet soucieux de capter plus de vie, plus de sensations et plus de vibration</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-2491" title="img022" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/09/img022.jpg" alt="img022" width="630" height="468" /></p>
<p>le hiératisme froid de l&#8217;image photographique</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-2493" title="Edouard Baldus" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/09/Edouard-Baldus.jpg" alt="Edouard Baldus" width="660" height="353" /><br />
<em>Edouard Baldus 1855</em></p>
<p>ne supportait nulle comparaison avec les surprenantes audaces qu&#8217;autorisait la palette de l&#8217;impressionniste</p>
<p>Même quand un grand pionnier de la photo tel Gustave le Gray était capable d &#8216;élever sa discipline au niveau d&#8217;un art</p>
<p><a href="null"><img class="alignnone" src="http://www.tocqueville.culture.fr/images/voyages/soleil_2.jpg" alt="" width="555" height="445" /></a></p>
<p>on comprend mal, là encore, en quoi il pouvait intimider un peintre soucieux avant tout de capter sur le motif les plus délicates subtilités de l&#8217;impermanence atmosphérique.</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/12/img173.jpeg" alt="img173" title="img173" width="660" height="457" class="aligncenter size-full wp-image-4320" /><br />
<em>(Eugène Boudin)</em></p>
<p>On notera d&#8217;autre part, que ce n&#8217;est nullement la photo qui poussa  Monet ou Renoir à s&#8217;orienter vers l&#8217;approche impressionniste mais plutôt Turner dont les audaces confinaient parfois presqu&#8217;à l&#8217;abstraction, alors même que la photographie n &#8216;en était qu&#8217;à ses premiers balbutiements.</p>
<p>Difficile ainsi de soutenir qu&#8217; une reproduction de la réalité confinée au lourd et lent travail de laboratoire ou au mimétisme mécanique</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-2416" title="gachetphoto" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/09/gachetphoto.jpg" alt="gachetphoto" width="290" height="350" /><br />
<em>(Docteur Gachet, photo anonyme)</em></p>
<p>pouvait décourager l&#8217;inspiration d&#8217;un Van Gogh qui tendait spontanément vers la fébrilité de l&#8217;instabilité vitale.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-2417" title="gachet_v" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/09/gachet_v.jpg" alt="gachet_v" width="286" height="387" /><br />
<em>(Docteur Gachet par Van Gogh)</em></p>
<p>Au demeurant, dans les cas plutôt particuliers comme celui du mouvement surréaliste où la photo était appréciée pour ses possibilités d&#8217;expression artistique, on ne voit pas davantage que la peinture ait pu pâtir de la reconnaissance donnée à cette nouvelle discipline, ni Raoul Ubac, ni Man Ray ne découragèrent une certaine figuration réaliste que d&#8217;aucuns surent donner à l&#8217;onirisme pictural prisé par ce mouvement</p>
<p><a  href="http://img140.imageshack.us/img140/9172/lempiredeslumiresrt4.png" class="thickbox no_icon" rel="gallery-4317" title=""><img class="alignnone" src="http://img140.imageshack.us/img140/9172/lempiredeslumiresrt4.png" alt="" width="450" height="588" /></a></p>
<p>Les peintres qui se sentirent désorientés par l&#8217;invention de la photo ne furent en fait que les médiocres, ceux qui n&#8217;ayant ni les capacités d&#8217;édifier un réalisme dépassant le simple mimétisme ni celles  d&#8217; orienter leur discipline vers des voies nouvelles, se contentaient de reproduire platement le réel pour satisfaire leur clientèle bourgeoise.</p>
<p><a  href="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/3c/Th%C3%A9%C3%A2tre_du_Vaudeville_par_Jean_B%C3%A9raud.jpg" class="thickbox no_icon" rel="gallery-4317" title=""><img class="alignnone" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/3c/Th%C3%A9%C3%A2tre_du_Vaudeville_par_Jean_B%C3%A9raud.jpg" alt="" width="600" height="416" /></a><br />
<em>(Jean Béraud)</em></p>
<p>Certains ruinés en effet par l&#8217;invention de Niepce, se virent dès lors contraints pour survivre de se reconvertir au procédé photographique. D&#8217;autres, après n&#8217;avoir été que des peintres ratés, devinrent des photographes tout aussi ratés parce qu&#8217;ils eurent la stupidité de penser qu&#8217;afin que la photo fût artistique, il lui fallait nécessairement contrefaire l&#8217;art pictural, en épouser les inventions, en reprendre les trouvailles et les effets. Ainsi naquît cette détestable mode du pictorialisme, laborieuse reprise des flous d&#8217;Eugène Carrière ou des vapeurs de l&#8217;impressionnisme.</p>
<p><a  href="http://www.criaturacreativa.com/blog/wp-content/uploads/pictorial/robert_demachy_1901_-_pont_alexander.jpg" class="thickbox no_icon" rel="gallery-4317" title=""><img class="alignnone" src="http://www.criaturacreativa.com/blog/wp-content/uploads/pictorial/robert_demachy_1901_-_pont_alexander.jpg" alt="" width="300" height="543" /></a><br />
<em>(Robert Demachy) </em></p>
<p>Ce ne furent donc pas les peintres qui vécurent un malaise mais bien au contraire ce type de photographes qui nourrirent un complexe d&#8217;infériorité à l&#8217;égard d&#8217;une peinture dont ils étaient à la remorque, jusqu&#8217;à ce que certains d&#8217;entre eux tel Alfred Stieglitz au début du XXème siècle, aient la lucidité de comprendre que la photographie ne serait artistique que si elle renonçait à reproduire les effets de la peinture pour réfléchir aux images inédites pouvant découler de sa pratique spécifique. Et de fait, si la photo devint un nouveau langage ce fut avant tout dans les domaines qui n&#8217; intéressaient pas la peinture parce que traditionnellement jugés non artistique, tels que le terrain scientifique avec les étude sur la décomposition du mouvement menées par Muybridge ou Marey</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4261" title="Mar" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/Mar.jpg" alt="Mar" width="500" height="414" /></p>
<p>Le domaine de la captation brute et instantanée du reportage journalistique avec Timothy O&#8217;Sullivan</p>
<p><a  href="http://www.metmuseum.org/toah/images/h2/h2_2005.100.502.1.jpg" class="thickbox no_icon" rel="gallery-4317" title=""><img class="alignnone" src="http://www.metmuseum.org/toah/images/h2/h2_2005.100.502.1.jpg" alt="" width="500" height="398" /></a><br />
<em>( Gettysburg , juillet 1863)</em></p>
<p>Le domaine du document ethnologique et sociologique avec august Sander</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4226" title="sand1" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/sand1.jpg" alt="sand1" width="650" height="319" /></p>
<p>Le domaine de l&#8217;image en tant que déchet retraité avec Raoul Haussman</p>
<p><img class="alignnone" src="http://1.bp.blogspot.com/_xaPPSc8sfmI/TBtGW46wkcI/AAAAAAAAAEE/xpIS2tXMqf0/s1600/raoul-hausmann-dada-messe.jpg" alt="" width="508" height="729" /></p>
<p>Le pur travail mené sur la lumière  au moyen de la technique spécifique du photogramme </p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/Man-.jpeg" alt="Man" title="Man" width="397" height="330" class="aligncenter size-full wp-image-4311" /><br />
<em>(Man-Ray)</em></p>
<p>Voire la stricte captation formelle du seul et simple objet avec Edward Weston</p>
<p><img class="alignnone" src="http://blog.madame.lefigaro.fr/stehli/weston_pepper_number30.jpg" alt="" width="377" height="475" /></p>
<p>Il ne s&#8217;agit pas de nier que la photographie n&#8217;eut aucun effet sur l&#8217;évolution de la peinture mais en accordant même qu&#8217;elle pût accélérer l&#8217;avènement du cubisme ou de l&#8217;abstraction, l&#8217;essentiel n&#8217;est pas là car elle ne fît qu&#8217;encourager des tendances qui bien avant son invention se trouvaient déjà à l&#8217;oeuvre. L&#8217;abstraction aurait probablement émergé tôt ou tard, avec ou sans la photo. Nous avons évoqué Delacroix, Turner, Corot, Monet, Van Gogh, ils sont tous dissemblables mais, ainsi que l&#8217;avait noté Wölfflin, un point les rassemble, ils sont issus de la dynamique baroque  caractérisée par une primauté de la couleur sur le dessin, que devait ultérieurement prolonger  le Romantisme qui vint y ajouter un certain attrait rousseauiste pour la pureté primitive et sauvage.</p>
<p>En fait, depuis fort longtemps reproduire le réalité le plus fidèlement possible, n&#8217;intéressait plus maints des meilleurs éléments de la création picturale. Le pré-expressionnisme d&#8217;un Goya élaboré bien avant l&#8217;invention de la photographie fut lui même précédé d&#8217;un demi siècle par la touche violente et nerveuse d&#8217;un Magnasco.</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4269" title="Magnasco" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/Magnasco.jpg" alt="Magnasco" width="640" height="799" /></p>
<p>Dès le XVIème siècle, l&#8217;idée d&#8217;une réalité objective et universelle tendait à se dissiper, la montée de l&#8217;individualisme favorisant la seule interprétation personnelle aussi bien dans le domaine religieux avec le protestantisme que dans le domaine artistique avec la peinture vénitienne. Sous l&#8217;égide de Titien, du Tintoret, de Giorgione ou de Véronèse s&#8217;amorçait en effet la remise en cause de la solidité plastique des créations antérieures pour un espace plus chromatique et plus fluide où le sacré devenait prétexte au déploiement des caprices de la fantaisie, s&#8217;agissant moins de capter l&#8217;être que de se délecter au scintillement de l&#8217;or, au chatoiement des étoffes, à l&#8217;inconstance de la matière sous la variable lumineuse.</p>
<p> Ce fut dans ce contexte liquide que l&#8217;on inaugura cette prééminence de l&#8217; homme non plus saisi dans son éternité mais capté dans les nuées du subjectivisme et le cadre mouvant des sensations,</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4250" title="img182" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/img182.jpg" alt="img182" width="600" height="437" /><br />
<em>(Fragonard)</em></p>
<p>mouvement qui passant par la sensualité du XVIIIème devait , à la fin du même siècle, aboutir au style pré-impressionniste d&#8217; un Francesco Guardi<br />
<img class="aligncenter size-full wp-image-4211" title="guardi" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/guardi.jpg" alt="guardi" width="660" height="396" /></p>
<p>chez qui la forme relâchée déjà tendait vers le frémissement de la tache étincellante, le tremblement quelque peu fiévreux du contour annonçant les disloquations futures et prenant pour l&#8217;instant le pas sur le statisme et la précision d&#8217;un Canaletto, son prédécesseur immédiat.</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4213" title="Canaletto-SanMarco" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/Canaletto-SanMarco.jpg" alt="Canaletto-SanMarco" width="540" height="349" /></p>
<p>Il suffit d&#8217;ailleurs de rappeler qu’un ouvrage paru au début du XXème</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4253" title="sign" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/sign.jpg" alt="sign" width="360" height="501" /></p>
<p>et qui présentait Delacroix, héritier de Rubens et des vénitiens comme le principal initiateur de la peinture moderne tant par le triomphe de la couleur que par l’exaltation de la lumière, eut un impact énorme sur des artistes aussi différents que les fauves, Matisse, Picasso, Braque, Delaunaye, Metzinger, Lhote, Kandinsky, les expressionnistes allemands et les futuristes italiens.</p>
<p>On ne voit pas du reste que la photographie ait dissuadé la pratique d&#8217;une excellente peinture réaliste, depuis la période bleue de Picasso, en passant par son &laquo;&nbsp;retour à l&#8217;ordre&nbsp;&raquo; des années 20, ainsi que par la nouvelle objectivité allemande, le muralisme latino américain voire le nouveau réalisme d&#8217;un Jacques Monory, d&#8217;un David Hockney</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4270" title="Hockney" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/Hockney.jpg" alt="Hockney" width="600" height="420" /></p>
<p>ou d&#8217;un Eric Fischl</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4245" title="img176" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/img176.jpg" alt="img176" width="660" height="439" /><br />
<em>(Eric Fischl)</em></p>
<p>Insistons sur ce point, ce n&#8217;est pas la photo qui pourra décourager un peintre d&#8217; être réaliste mais c&#8217;est avant tout le manque de talent qui l&#8217;empêchera de pratiquer une peinture réaliste originale et convaincante. Jamais la photo n &#8216;entrava la démarche d&#8217; un Edward Hopper et s&#8217;il ya peu de peintures modernes et réalistes aussi remarquables que le fameux &laquo;&nbsp;nigthhawks&nbsp;&raquo;, c&#8217;est simplement que le coup de génie est chose toujours fort peu répandue.</p>
<p>L&#8217; éclatement de la forme vers laquelle tendait une certaine évolution de la pratique artistique depuis la révolution plastique opérée par le Baroque, s &#8216;inscrivait en fait au sein d&#8217;un processus de  dénégation du monde de l&#8217;essence, amorçé depuis le nominalisme médiéval, accentué par l&#8217;humanisme du cinquecento et triomphant par une révendication héraclitéenne des philosophies de l&#8217;existence, ce qui d&#8217;ailleurs allait de paire avec une exacerbation opposée des tendances à l&#8217;abstraction désincarnée. Le difficile équilibre antérieurement mis en place par l&#8217;aristotélisme thomiste étant rompu, devaient alors s&#8217;affirmer une antinomie croissante entre nature et liberté ainsi qu&#8217;une disjonction entre les dimensions sensibles et logiques de l&#8217;esprit où finissait par triompher, soit cet espace aseptisé, fruit d&#8217;une artificielle reconstruction mentale <a  href="http://falcophil.info/blog/extinction-des-feux/">dont il fut déjà question,</a> soit, à l&#8217;autre extrême, la seule valeur de mon choix subjectif déniant toute prétention à une nature qui ne serait pas reconstruite et remodelée au gré de l&#8217;absolutisme et de la &laquo;&nbsp;causa sui&nbsp;&raquo; de ma propre existence,</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4277" title="Munch" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/Munch.jpg" alt="Munch" width="620" height="775" /><br />
<em>(Edvard Munch) </em></p>
<p>de sorte que le monde ramené dans un premier temps à une matière instable continuellement renouvelée par les contingences extérieures devait rapidement laisser place à mon seul choix autonome et légiférant.</p>
<p>Si les outrances et la dégradation de certaines pratiques contemporaines qui se disent &laquo;&nbsp;artistiques&nbsp;&raquo; sont certaines, elles sont par ailleurs révélatrices d&#8217;une dérive plus vaste et par ailleurs trop grave pour que l&#8217;on se contente d&#8217;explications aussi légères que ce cliché que nous venons d&#8217;évoquer car derrière des considérations que d&#8217;aucuns qualifieront encore d&#8217;esthétisme oiseux se trouvent impliqués l&#8217;idée que nous nous faisons de l&#8217;homme ainsi que le sens que nous entendons donner à nos vies.</p>
<p>.</p>
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		<title>ETOILES DANSANTES</title>
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		<pubDate>Thu, 14 Oct 2010 19:15:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[La fois d&#8217;avant, nous poursuivions donc nos discussions sur le rire et nous devions alors terminer sur une intervention de Mimosa qui souhaitant débattre de l’actuelle exposition Murakami à Versailles, proposait, en guise d&#8217;amorce d&#8217;une nouvelle polémique, ce dithyrambe à propos du &#160;&#187; &#171;&#160;vulgus&#160;&#187; qui ne parlerait que la langue de l&#8217;instinct et dont la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La fois d&#8217;avant, nous poursuivions donc nos discussions sur le rire et nous devions alors terminer sur une intervention de Mimosa qui souhaitant débattre de l’actuelle exposition Murakami à Versailles,</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4131" title="Murakami" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/10/Murakami.jpg" alt="Murakami" width="375" height="349" /></p>
<p>proposait, en guise d&#8217;amorce d&#8217;une nouvelle polémique, ce dithyrambe à propos du &nbsp;&raquo; &laquo;&nbsp;vulgus&nbsp;&raquo; qui ne parlerait que la langue de l&#8217;instinct et dont la vigueur pourrait jeter ses &laquo;&nbsp;étoiles dansantes&nbsp;&raquo; au sein de l&#8217;ordre &laquo;&nbsp;vermoulu de la vieille Europe.&nbsp;&raquo; Faut-il en rire ou en pleurer ? Moi je choisis les deux en pleurant de rire car c&#8217;est le but de ce site que de toujours tenter de surmonter les antinomies. Nous avions vu dernièrement comment</p>
<p><span id="more-4124"></span></p>
<p>accoupler Zarathoustra au collectivisme, on devait alors y ajouter cet autre indigeste mélange où un aigle de la pensée auquel est empruntée l&#8217;expression d&#8217; &laquo;&nbsp;étoile dansante&nbsp;&raquo; , se trouvait associé à certains cafards de la politique qui nous ont fait cet honneur excessif et peu mérité de nous rattacher à la &laquo;&nbsp;vieille Europe&nbsp;&raquo;. Etant néanmoins plutôt fatigué des controverses ainsi que fatigué des mots, je ne souhaite nullement croiser de nouveau le fer sur un tel sujet, ce type d&#8217; exposition n&#8217;étant d’ailleurs que la récidive de précédentes manifestations à propos desquelles nous avions déjà exprimé nos opinions et désaccords</p>
<p><a  href="http://falcophil.info/blog/couvertures-auxquelles-vous-avez-echappe/#comment-2153">http://falcophil.info/blog/couvertures-auxquelles-vous-avez-echappe/#comment-2153</a></p>
<p><a  href="http://falcophil.info/blog/libres-propos-dun-fasciste-sur-lart-degenere/">http://falcophil.info/blog/libres-propos-dun-fasciste-sur-lart-degenere/</a></p>
<p>Ou plutôt, c’est par des images que je voudrais proposer une certaine manière d&#8217;envisager les &laquo;&nbsp;étoiles dansantes&nbsp;&raquo;, ce qui me donnera au passage l&#8217;occasion de répondre à Clash lequel jamais à court d&#8217;étrons verbaux s’était permis de donner à mes travaux les qualificatifs de morbide, de morne et de mortifère. Que la séquence présentée ci-après lui apprenne une fois pour toute à s’abstenir de parler trop vite afin d’éviter les jugements à l&#8217;emporte pièce car c&#8217;est bien avant tout et plus que tout, de la superficialité du regard porté sur vous que vient la tristesse dont on veut toujours accabler l&#8217;autre. Qu&#8217;il se rappelle donc que l&#8217;enfer ce n&#8217;est pas tant les autres que leur fantasmatique flottement auquel notre cerveau les condamne.</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/10/img977cv.jpg" alt="img977cv" title="img977cv" width="470" height="713" class="aligncenter size-full wp-image-4207" /></p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-4060" title="histsan652" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/08/histsan652.jpg" alt="histsan652" width="470" height="763" /></p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4149" title="vvvvvvvvv" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/10/vvvvvvvvv.jpg" alt="vvvvvvvvv" width="470" height="629" /></p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-4152" title="Untitled-75" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/10/Untitled-75.jpg" alt="Untitled-75" width="470" height="290" /></p>
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		<title>SUR MON CATAMARAN par Cristina</title>
		<link>http://falcophil.info/blog/sur-mon-tatamaran-par-cristina/</link>
		<comments>http://falcophil.info/blog/sur-mon-tatamaran-par-cristina/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 14 Aug 2010 12:44:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://falcophil.info/blog/?p=4040</guid>
		<description><![CDATA[J&#8217;ai souhaité que Falcophil publie ce bref billet, commencé sur le catamaran qui me violente et me berce pour réagir à son article de la fois dernière, dépréciant le rire, méprisant la fête, ô combien significatif de cette virale obsession du monde à venir qui depuis trop longtemps nous embue, nous embrume et nous emboutit. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/12/cristphot.jpg" alt="" title="cristphot" width="80" height="127" align left class="alignnone size-full wp-image-1420" /></a>J&#8217;ai  souhaité que Falcophil publie ce bref billet, commencé sur le catamaran qui me violente et me berce </p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/catam.jpg" alt="catam" title="catam" width="365" height="504" class="alignleft size-full wp-image-3974" /> </p>
<p>pour réagir à son article de la fois dernière, dépréciant le rire, méprisant la fête, ô combien significatif de cette virale obsession du monde à venir qui depuis trop longtemps nous embue, nous embrume et nous emboutit. D&#8217;abord, cet argument spécieux qui voudrait que </p>
<p><span id="more-4040"></span> </p>
<p>le rire gêne la pensée. Si nous admettons que l &#8216;authentique pensée nous libère des entraves d&#8217;un présent vu comme un champignon sur le tronc pourri d&#8217;un passé sacralisé parce que mangé de légende, alors le rire, le vrai, celui qui balaie le passé comme le présent,  n&#8217;est autre que la pensée qui fait son oeuvre. La pensée redresse ce qui est tordu, celui qui courbe l&#8217;échine est tordu et la déférence vous fait courber l&#8217;échine mais comme c&#8217;est le propre du rire que de ne pas s&#8217;encombrer de révérence, la pensée sera donc d&#8217;autant plus irrévérencieuse qu&#8217;elle sera riante. </p>
<p><a  href="http://www.rue-des-puzzles.be/prod/img5587.jpg" class="thickbox no_icon" rel="gallery-4040" title=""><img alt="" src="http://www.rue-des-puzzles.be/prod/img5587.jpg" class="alignnone" width="400" height="400" /></a> </p>
<p>Sachant qu&#8217;il n&#8217;existe à ma connaissance aucun philosophe qui nous fasse franchement rire, j&#8217;en déduis qu&#8217;il n&#8217;en existe à mes yeux aucun dont la pensée nous rende vraiment libre. Tout au plus accorderais-je du crédit au chien qui lève sa patte pour lancer son jet, me vantant d&#8217;être alors la chienne en chaleur aimant à se laisser couvrir par le mâle portant la meilleure des semences</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/img156.jpg" alt="img156" title="img156" width="549" height="503" class="alignleft size-full wp-image-4036" /><br />
<em>(Salvator Rosa)</em></p>
<p> Aristote/Aristophane, Descartes/Rabelais, un ruminant pour un rutilant. Le ruminant nous rend pareil à lui, non pas penseur mais pansu et je troquerais sans peine le penseur qui nous alourdit la panse pour la non pensée du rire qui n&#8217;est que la vraie pensée qui panse. Celui donc qui ne sait pas rire ne sait pas penser puisque la pensée se trouve enchaînée quand c&#8217;est la gravité qui la mène. Et que vaut une pensée enchaînée ? Rien, une pensée enchaînée n&#8217;est pas une pensée. Une pensée qui prétend être une pensée, fût-ce une pensée libre n&#8217;est elle même qu&#8217;une pensée enchaînée, pensée qui se prétend pensée voulant imposer la déférence et qui donc est menée par cette gravité qui nous enchaîne. </p>
<p>La pensée, non-pensée, vous dit: &laquo;&nbsp;Rappelez -vous de moi&nbsp;&raquo;,</p>
<p> ainsi, coule t&#8217;elle sur vous comme une eau qui alourdit vos vêtements</p>
<p> La non-pensée, vraie pensée, rit de bon coeur et vous dit: &laquo;&nbsp;Oublie moi&nbsp;&raquo; </p>
<p>ainsi vos débarrasse t-elle de vos guenilles et vous invite t-elle à bronzer nu sous le &laquo;&nbsp;high noon&nbsp;&raquo; du grand Sud. </p>
<p>Le vrai penseur n&#8217;a donc rien à vous apporter, il n&#8217;amène avec le rire que le vent qui vous caresse. Rire et connaître sont ainsi une seule et même chose, riant de ma connaissance, de ma prétendue connaissance, je me débarrasse de mes pitoyables petites connaissances pour atteindre le  grand cosmos eternel de ma non -connaissance. Notre savoir est étriqué, notre ignorance est infinie et si je ris de mon savoir, c&#8217;est donc pour mieux jouir de mon ignorance afin de mieux plonger dans l&#8217;infini. </p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1292" title="karl_k_hnle_4" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/09/karl_k_hnle_4.jpg" alt="" width="500" height="428" /> </p>
<p>Mais bien sûr quand on vit sous l&#8217;égide du parangon paulinien de cette haine de la vie vous préconisant qu&#8217;il est bon de s&#8217;abstenir de la joie du touché suprême, que peut-on savoir de ces hasards des grands vents qui nous font accoster sur ces rivages</p>
<p> <img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/accos.jpg" alt="accos" title="accos" width="320" height="206" class="alignleft size-full wp-image-3976" /> </p>
<p>à l&#8217;heure où, sable, mer, ciel, tout est rire parce que sous la lumière qui darde à plomb, le pieu enfoncé bien en terre ne projette plus son double irréel. Le grand rire c&#8217;est l&#8217;heure où la grande brûlure du corps vous enseigne la pyrotechnie subtile vous permettant d&#8217;exploser pour mieux vous répandre et vous prodiguer en millions de gouttes de rosée,  l&#8217; heure où les anciennes visions </p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/img151.jpg" alt="img151" title="img151" width="540" height="676" class="alignleft size-full wp-image-4029" /><br />
<em>(Jérôme Bosch)</em></p>
<p>ne sont plus que vestiges pour flâneur amusé.</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/H.jpg" alt="H" title="H" width="599" height="804" class="alignleft size-full wp-image-4030" /></p>
<p> Je songe à ces morbides oiseaux de nuit aux ailes charbonneuses, au ventre pâle et mou, aimant à se masturber dans les ombres creusées par leur lumière factice. </p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/4d.jpg" alt="4d" title="4d" width="670" height="446" class="alignleft size-full wp-image-3984" /> </p>
<p>Il fut évoqué la fois dernière l&#8217;aspect anti-aristocratique du rire . Quelle ineptie! C&#8217;est au contraire le rire qui est olympien puisque consubstantiel à l &#8216;éblouissement de l&#8217;évidence irradiée par le plein soleil. Là nul mystère, cela est et donc, cela rit. </p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/plage_soleil.jpg" alt="plage_soleil" title="plage_soleil" width="218" height="250" class="alignleft size-full wp-image-3977" /> </p>
<p>Vous êtes à la fois puissant et langoureux, vous vous coulez dans cette paresse qui méprise ce travail dont les esclaves ont fait leur valeur cruciale tout en ayant cette force qui dédaigne le confort dont les mêmes ouailles ont fait leur consolation. Il fut aussi évoqué le satyre seul être représenté rieur parce qu&#8217;être impudique. Moi je ne respecte que ceux qui s&#8217;astiquent en public. Indécence et bonne santé se complètent car l&#8217;impudeur crève l&#8217;abcès. Ce qui se fait en cachette se fait dans la honte et ce qui se fait dans la honte vous empoisonne la vie et votre vie empoisonnée,  tôt ou tard viendra empoisonner la notre. Quand à celui qui rit, on oppose ce genre d&#8217;image</p>
<p> <img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/04/img145.jpg" alt="img145" title="img145" width="500" height="728" class="alignleft size-full wp-image-4010" /></p>
<p> moi j&#8217; oppose alors les fesses d&#8217;un Gargantua s&#8217;écartant pour lâcher sa vesse. Les fonction fécales n&#8217;étant que les fonctions vitales, nous leur accorderons en ce cas d&#8217;être avec l&#8217;éjaculation et le rire, vecteur de la vraie connaissance. Certains professent cette idée curieuse suivant laquelle connaître c&#8217;est se fermer pour se diriger vers des choses encore plus fermées, de sorte que pour eux, sujet et objet du connaître sont comme l&#8217;huitre plaquée sur son rocher. Faîte l&#8217;expérience, un soir, de déposer sur l&#8217;herbe fraîche une glace reflétant un pan du ciel noir. Allez chercher le lendemain matin votre glace, et vous aurez alors la désagréable surprise de la retrouver couverte d&#8217;escargots. Je m&#8217;amuse souvent à ce jeu. Certes non sans dégoût je dois décoller un à un les mollusques fixés au miroir mais ensuite, intense est le plaisir , tout en le voyant de nouveau refleter le bleu du ciel, de sentir les coquille se briser sous mon talon. Connaître est pour nous ce qui se brise, </p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1758" title="p1060440a" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/07/p1060440a.jpg" alt="" width="580" height="770" /> </p>
<p>ce qui éclate, part en lambeaux pour se recomposer dans un grand tout qui se brise à son tour. Nous ne cherchons pas la vérité au fond d&#8217;un puits car nous avons le dégoût de ce qui est humide et sent la pénombre. Nous préférons allez chercher la connaissance au coeur de la grande bouffonnerie cosmique, là où les étoiles qui naissent et meurent sont comme des pantins tirés par les fils d&#8217;un dieu qui déconne. On me reprochera de vouloir être une marionnette mais pourquoi ne me plairait-il pas d&#8217;être une marionnette ? La vie se fiche de nos pensées, nous le savons et c&#8217;est pourquoi abonder en pensée c&#8217;est croître en douleur. Que l&#8217;on abandonne toute pensée alors notre philosophie ne se figera plus dans le prétentieux boulet d&#8217;un livre ou d&#8217;un système mais se fondera dans l &#8216;immense rire de l&#8217;écoulement de tout ce qui vit. Être ballotée ça et là, comme la feuille par le vent d&#8217;automne, tombée de son attache en compagnie du fruit mûr, emportée </p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/07/Vent-feuilles.jpg" alt="Vent feuilles" title="Vent feuilles" width="500" height="375" class="alignleft size-full wp-image-3993" /> </p>
<p>par les seules lois du hasard ou du non-sens des vastes enchaînements sidéraux, me paraît infiniment plus séduisant que de se triturer le cervelle pour ces pauvres choses que l&#8217;on appelle des idées; être la créature d&#8217;un démiurge fou et farceur, d&#8217;un auteur qui méprise la tragédie mais ne prise que le vaudeville stupide et gai où se succèdent les cocuages et les quiproquos, les portes qui claquent et les coups de vent, voilà qui me semble bien mieux qu&#8217;un triste monologue où l&#8217;on prétend trouver une fumée de zombie programmant le monde par une quelconque poussière mathématique.</p>
<p>Cristina</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Sur le rire et sur le reste&#8230;.</title>
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		<pubDate>Thu, 13 May 2010 14:31:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Il avait donc été promis une réponse à Clash qui la fois dernière s&#8217;était permis de me reprocher d&#8217; être dépourvu de la grande qualité du rire, ce qui selon lui ne pourrait que traduire un autre type de déficience. Entendons nous bien, je n&#8217;ai aucune hostilité de principe à l&#8217;égard de l&#8217;humour dans lequel [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il avait donc été promis une réponse à Clash qui <a  href="http://falcophil.info/blog/interlude-par-sophie/#comment-3115">la fois dernière s&#8217;était permis de me reprocher d&#8217; être dépourvu de la grande qualité du rire, ce qui selon lui ne pourrait que traduire un autre type de déficience</a>. Entendons nous bien, je n&#8217;ai aucune hostilité de principe à l&#8217;égard de l&#8217;humour dans lequel je verrais plutôt moi aussi le pudique refuge de quiconque refuse d&#8217;étaler l&#8217;incongruité du ton geignard. Si toutefois l&#8217;intervention de Clash mettait les zygomatiques en rapport avec le bas ventre,</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/05/p103007.jpeg" alt="p103007" title="p103007" width="390" height="530" class="alignleft size-full wp-image-4012" /></p>
<p>je note également qu&#8217;une</p>
<p><span id="more-3892"></span></p>
<p>feuille de chou récente les place quant à elle en rapport avec le porte- monnaie</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3832" title="img133" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/04/img133.jpg" alt="img133" width="300" height="436" /></p>
<p>Sexe , argent et rire, nous aurions donc ici la sainte trinité du monde moderne, tout cela ne faisant quoiqu &#8216;il en soit que confirmer ma méfiance envers le rire qui n&#8217;est trop souvent que manifestation de trivialité, de superficialité , d&#8217;esprit grégaire et de sécheresse du coeur.</p>
<p>Un individu tel que Clash démontrerait en tout cas que l&#8217;on rira d&#8217;autant moins que l&#8217;on se hissera vers les émotions les plus fines et d&#8217;autant plus que l&#8217;on descendera vers les sensations les plus grossières.</p>
<p>C&#8217;est essentiellement cet aspect dégradant du rire que veut exprimer cette oeuvre de Jacques Mauduit,</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/05/p103007a.jpeg" alt="p103007a" title="p103007a" width="621" height="800" class="alignleft size-full wp-image-4014" /><br />
<em>(Jacques MAUDUIT, crucifixion, 1940)</em></p>
<p>Ici, le rire relève de la bêtise et du caractère impitoyable du groupe parce que c&#8217;est toujours en groupe que l &#8216;on rit et la plupart du temps, au détriment de l&#8217;homme seul dont la souffrance laisse indifférent.<br />
Spinoza disait : &laquo;&nbsp;Ne pas rire, ne pas se moquer mais comprendre&nbsp;&raquo;. Il y a donc de la paresse et de la déliquescence dans le rire qui est au rebours de l&#8217;effort intellectuel, un peu comme la différence séparant la pente sur laquelle on se laisse glisser de la falaise que l&#8217;on escaclade. On rit d&#8217;autant plus que l&#8217;on ne comprend rien et que l&#8217;on ne veut pas fournir le moindre effort pour essayer de comprendre, Aristophane et d&#8217;autres poètes comiques grecs riaient ainsi de Socrate parce qu&#8217;ils ne faisaient que reprendre les préjugés que le conformisme ambiant nourrissait sur le penseur, tout comme aujourd&#8217;hui de médiocres esprits se gausseront d&#8217;un homme</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3817" title="Ben" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/04/Ben.jpg" alt="Ben" width="600" height="503" /></p>
<p>dans la mesure où précisément, ils ne comprendront rien à la subtilité de son discours.</p>
<p>Mais au delà de cette bêtise et ignorance que le rire traîne à sa suite, ce que nous voudrions ici souligner c&#8217;est d&#8217;une part, son aspect anti-aristocratique et, par ailleurs, son caractère de simulacre.</p>
<p>Concernant le caractère anti-aristocratique du rire, il suffira de proposer un bref survol de l&#8217;histoire de l&#8217;art, en nous demandant tout d&#8217;abord à quel moment les artistes ont commencé à s&#8217;interesser au rire.</p>
<p>Dans la statuaire grecque ont ne rit jamais</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3478" title="img111" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/img111.jpg" alt="img111" width="650" height="1017" /></p>
<p>sauf peut être quand on est un satyre</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3341" title="1" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/1.jpg" alt="1" width="436" height="587" /></p>
<p>autrement dit, un être impudique et vil. De même, dans l&#8217;art chrétien, c&#8217;est en enfer que l&#8217;on rit, les anges eux sont dignes et solennels.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3479" title="img112" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/img112.jpg" alt="img112" width="421" height="654" /><br />
<em>(Van Eyck: polyptyque de Gand)</em></p>
<p>Rappelons au passage que s &#8216;il est effectivement dit dans les béattitudes &laquo;&nbsp;Heureux vous qui pleurez maintenant car vous rirez plus tard&nbsp;&raquo;, il s&#8217;agit cependant d&#8217;un rire surnaturel, impossible à représenter parce que sans aucun rapport avec le rire de l&#8217; &#8216;ici bas dont la cause procèdera surtout de la surexcitation nerveuse, du tremblement frénétique, de la distraction frivole, de l&#8217;à priori imbécile ou encore du plaisir de rabaisser autrui pour mieux oublier la nécessité de se corriger soi-même. Le texte de saint Luc ajoute d&#8217;ailleurs, &laquo;&nbsp;Malheur à vous qui riez maintenant car vous serez dans le deuil et dans les larmes &laquo;&nbsp;. C&#8217;est pourquoi le péché sera représenté par les faces ricanantes entourant le Christ aux outrages</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3350" title="bosch" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/bosch.jpg" alt="bosch" width="630" height="527" /><br />
<em>(Jérôme Bosch: chemin de croix) </em></p>
<p>lequel demeure bouche fermée, tout comme il ne répondait rien à Hérode lui demandant qu&#8217;il s&#8217; exhibât comme un phénomène de foire. Un athlète grec</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3572" title="img119" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/img119.jpg" alt="img119" width="600" height="679" /><br />
<em>(Lysippe: l&#8217;Agias de Pharsale)</em></p>
<p>porte cette même gravité que l&#8217; on retrouve dans les figures grandioses et sereines des christs pantocrator,</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3458" title="img107" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/img107.jpg" alt="img107" width="595" height="813" /><br />
(Christ pantocrator: Cefalù, cathédrale)</p>
<p>imprimant au visage ce scellement qui tel un écrin enveloppe les profondeurs du soi. Ce fut une question dont débattirent certains théologiens que de savoir si le Christ riait. La réponse était en général négative, il n&#8217; était ni triste, ni gai mais certainement qu&#8217;il souriait. De fait, une divinité grecque ou une madone et son enfant pourront tout au plus sourire mais rire, jamais et s&#8217;il existe certes des bouddhas riants</p>
<p><a  href="http://www.vetement-indien.fr/images/DAR%20Happi%20Bouddha%20modele%20moyen.jpg" class="thickbox no_icon" rel="gallery-3892" title=""><img class="alignnone" src="http://www.vetement-indien.fr/images/DAR%20Happi%20Bouddha%20modele%20moyen.jpg" alt="" width="640" height="480" /></a></p>
<p>ils me font personnellement davantage l&#8217;effet de gros imbéciles que de véritables sages.</p>
<p>Il semble donc bien qu &#8216;en principe, les sociétés traditionnelles, d&#8217;essence aristocratique, sacerdotale et liturgique ne voyaient qu&#8217;avec mépris l&#8217;image de l&#8217;homme riant. En application de la dichotomie de Wollflin, forme fermée forme ouverte, on pourrait dire que le rire rebute le classique parce que celui-ci veut maintenir l&#8217;intériorité par la solidité de la forme, alors qu&#8217;il attirerait plutôt le baroque qui veut délaisser l&#8217;intériorité pour dissoudre la densité de l&#8217;être dans le magma de l&#8217;expression. C &#8216;est par le recul de l&#8217;esprit sacré et par l &#8216;avancée du monde profane et bourgeois que l&#8217;on commence à percevoir le rire comme digne sujet d &#8216;une oeuvre d&#8217;art, ce qui explique pourquoi l&#8217;on voit, à partir du XVIIème siècle, c&#8217;est à dire l&#8217;époque baroque, émerger ce type d&#8217;oeuvre où la forme tend à se relâcher</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3460" title="img106" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/img106.jpg" alt="img106" width="600" height="763" /><br />
<em>(Rembrand)t</em></p>
<p>ou sinon à s&#8217;ouvrir d&#8217;une béance tapageuse d&#8217;où suinte une humeur sale,</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3342" title="2" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/2.jpg" alt="2" width="601" height="556" /><br />
<em>(Velasquez: &laquo;&nbsp;les ivrognes&nbsp;&raquo;)</em></p>
<p>comme un anus qui se fend pour déféquer.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3561" title="img115" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/img115.jpg" alt="img115" width="600" height="530" /><br />
<em>(Adriaen Brouwer)</em></p>
<p>Mettre en effet le rire en rapport avec le profane et le trivial ne peut éviter de le relier au fécal en ce qu&#8217;il porte frequemment avec lui vent méphitique et coprophilie,</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3461" title="img104" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/img104.jpg" alt="img104" width="600" height="826" /><br />
<em>(Reiser: &laquo;&nbsp;Gros dégueulasse&nbsp;&raquo;)</em></p>
<p>rien de plus normal, rire soulage de ce qui pèse sur le coeur comme déféquer libère ce qui oppresse le bas-ventre.</p>
<p><img id="image550" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2007/09/img540.jpg" alt="img540.jpg" width="546" height="800" /></p>
<p>Il n&#8217;est que de rappeler qu&#8217;après la mort du dernier grand tragique grec, le scatologique s&#8217;impose sur la scène au travers d&#8217;Aristophane. Sur le plan plastique, c&#8217;en est alors fini de ces grandes oeuvres sculpturales où le grec excellait dans la quiétude virile de la mesure. Bornons-nous pour l&#8217;instant à constater que lorsque triomphe le rire au théâtre grec, la statuaire héllène donne la sensation de l&#8217; instable et du gracile avec Praxitèle tout comme elle deviendra expressive et tourmentée à partir de Scopas,</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3558" title="Scopas" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/Scopas.jpg" alt="Scopas" width="660" height="537" /></p>
<p>Nous avons dit que la thématique du rire comme sujet en soi s&#8217;impose au XVII ème siècle, pour la peinture du moins car il faut rappeler qu&#8217;au siècle précédent Rabelais en faisait le propre de l&#8217; homme ainsi que la matière même de son oeuvre. On connait toutefois les défauts de l&#8217;écrivain, manque de mesure et de retenue allant de paire avec un relâchement des sphincters, raison supplémentaire pour se méfier du rire du fait de ces risques fréquents d&#8217; écoulements malséants accompagnant l&#8217;élasticité faciale. Qu&#8217;est ce en fait qu&#8217;un visage hilare ? Un dessinateur réputé pour son rire bruyant l&#8217;a très bien exprimé dans ce portrait</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3463" title="img108" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/img108.jpg" alt="img108" width="332" height="457" /><br />
<em>(Roland Topor)</em></p>
<p>Un rictus, une figure qui se crevasse, des rides qui se forment, des yeux exorbités ou plissés, bref un ensemble qui perd de sa cohésion et qui manifeste quelques prémisses de désagrégation. Le rire est proche de la décomposition, rire c&#8217;est montrer ses dents et montrer ses dents c&#8217;est déjà faire voir un petit bout de son squelette, une tête de mort semble figée dans un rire perpétuel,</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3280" title="Hirst" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/02/Hirst.jpg" alt="Hirst" width="320" height="430" /><br />
<em>(Damien Hirst)</em></p>
<p>pas étonnnant donc que Rembrandt se représente riant à la veille de sa mort , entre le jeune homme ardent et fier et le vieillard ratatiné, revenu de tout,</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3464" title="bbb" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/bbb.jpg" alt="bbb" width="670" height="424" /></p>
<p>nous trouverons, là encore, la différence séparant la noblesse de la caricature. On pourrait de fait établir des relations entre rire, décomposition et caricature. On comprendra mieux alors pourquoi le XVIème siècle qui au travers de Rabelais place le rire au centre de la vie est aussi celui qui au travers de Leonard de Vinci invente la caricature.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3465" title="img102" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/img102.jpg" alt="img102" width="576" height="833" /></p>
<p>Si l&#8217;on atteind le pinacle du sublime avec Léonard, c&#8217;est encore avec lui que semble s&#8217;amorcer la descente par la &laquo;&nbsp;profanation du visage &laquo;&nbsp;selon l&#8217;heureuse formule de René Huyghe. Car il s&#8217;agit bien ici de passer du sacré au profane et par le profane de se laisser glisser vers toujours plus de rire et donc vers toujours plus de laideur et de trivial. Déjà au Moyen-Age le peuple parodiait les rites par les charivaris et autres simulacres de cérémonie sacrée où la merde remplaçait l&#8217;encens. Une évolution plus radicale s&#8217;opère alors avec Rabelais</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3472" title="rabelais" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/rabelais.jpg" alt="rabelais" width="411" height="512" /></p>
<p>car ce qui n&#8217;était jusqu&#8217;à maintenant que défoulement passager ou symbolique du repoussoir sera systématisé dans une oeuvre. Chez Rabelais, la pisse, la vesse et la merde sont revendiqués comme droit au libre épanouissement et l&#8217;on commence alors à se détourner de l&#8217;abîme du divin pour lui préférer les délices de l&#8217;orifice anal. Aux propos &laquo;&nbsp;torcheculatifs&nbsp;&raquo; d&#8217;un Pantagruel, répond un siècle après l&#8217;art de la flatulence exposée dans le &laquo;&nbsp;Simplicius Simplicissmus&nbsp;&raquo; de Grimmelhausen. C &#8216;est qu&#8217;au XVII ème le trivial semble se défouler comme jamais et, avec lui, l&#8217;inévitable parodie. Telle sera en particulier la vogue picaresque où le vaurien remplace le chevalier, les combats d&#8217;épée devenant des bastonnades, la noble dame une fille de joie et le Saint-Graal n étant plus qu&#8217;un pichet de vin. Le portrait de ce médecin examinant de l &#8216;urine</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3292" title="Visite" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/02/Visite.jpg" alt="Visite" width="448" height="582" /><br />
<em>(Gabriel Metsu)</em></p>
<p>est donc bien représentatif de ces temps nouveaux où la science fait chuter la connaissance vers une extériorité de niveau inférieure.</p>
<p>L&#8217;importance croissante accordée au rire est donc proportionnelle à la montée du profane, profane conquérant ou pour le dire autrement, au triomphe de la vulgarité. Cette contamination du monde par le profane sera en rapport inverse avec le retrait de son antithèse, le sacré liturgique et sacerdotal ainsi que de l&#8217; aristocratisme qui l&#8217;accompagne. Sur ce point, si les temps modernes naissent en bonne partie avec Rabelais, ils auront, de façon plus importante encore, leur racine chez un autre grand nom du XVIème</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3471" title="Luther" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/Luther.jpg" alt="Luther" width="479" height="700" /><br />
<em>(Lucas Cranach)</em></p>
<p>Je ne sais trop si le réformateur prisait beaucoup le rire mais c&#8217;est un fait qu&#8217; à l&#8217;instar de Rabelais, il aimait beaucoup les gazs et les étrons, il n&#8217;est que de voir les gravures immondes contre l&#8217;Eglise romaine qu&#8217;il compléta de sa signature</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3474" title="gravluth" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/gravluth.jpg" alt="gravluth" width="670" height="505" /></p>
<p>Ce n&#8217;est donc pas un hasard si les temps modernes s&#8217;amorcent avec ces deux obsédés de la déjection. Pour Luther et Rabelais, il n&#8217; y a pas de saint mais uniquement l&#8217;homme qui chie. Pour Luther, la merde est une fatalité parce que l&#8217;homme ne peut s&#8217;extraire du péché, pour Rabelais, la merde est bonne parce qu&#8217;elle est signe de la mécanique bien huilée de la nature, la pure immanence commençant alors à recevoir l&#8217;exclusivité du regard. Dans le deux cas, l&#8217;homme, durant sa courte vie terrestre, ne pourra prétendre à rien d&#8217;autre qu&#8217;à ses basses fonctions , nutritionnelles, sexuelles ou fécales.</p>
<p>Limiter l&#8217;homme à ses activités de dégorgement ou d&#8217;accumulation,</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3829" title="img136" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/04/img136.jpg" alt="img136" width="550" height="873" /></p>
<p>ne pouvait ainsi que donner toutes ses chances à la dérision impliquée par le rire. Les temps dit modernes inaugurent le temps du grand rire parce qu&#8217;ils tirent le rideau sur l&#8217;homme et sa grandeur. Plus de grandeur tragique avec Rabelais, ses géants coïncident avec l&#8217;avènement du nain, le médiocre s&#8217;impose alors au sein de mascarades d&#8217;épopée que les swift et autres Céline se feront un plaisir d&#8217;exploiter. Sauf rares exceptions dans le domaine musical , un déplorable appauvrissement de l&#8217;art sacré après Luther, du moins dans les zones de mouvance protestante. Dans l&#8217;esprit calviniste, l&#8217;art sacré n&#8217;est qu&#8217;une vaine prétention orgueilleuse visant l&#8217;absolu, la mystique alors sera détournée du ciel pour se fixer sur le terre à terre du labeur quotidien. Quand l&#8217;homme est ramené à cette nécessité de boire et de manger, ne nous étonnons pas si, en dépit de cette dégénérescence d&#8217;ascèse apportée par le calvinisme, l&#8217;artiste bascula dans le prétexte de l&#8217;hypocrisie moralisante par laquelle la bouffonnerie du sordide devait jaillir tôt ou tard</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3070" title="img075" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/01/img075.jpg" alt="img075" width="660" height="413" />.<br />
<em>(Jan Steen)</em></p>
<p>C&#8217;est pourquoi, puisqu&#8217;il est ici question d&#8217;hilarité, je saisirai l&#8217;occasion de rire à mon tour en évoquant Zardoz qui nous présentait, dans son billet de la fois dernière, la peinture hollandaise comme une version séculière du sacré qu&#8217;aurait inspiré le calvinisme. Séculière oui mais sacrée, certes pas. Lui même d&#8217;ailleurs le notait, plus de madone mais une femme cherchant des poux dans les cheveux de sa fille, plus de prêtres mais des savetiers, des remouleurs ou des tenanciers. Les débauches, beuveries, bagarres,</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3560" title="Brouwj" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/Brouwj.jpg" alt="Brouwj" width="670" height="429" /><br />
<em>(Adriaen Brouwer)</em></p>
<p>escroqueries, scènes de bordel ou misérables détails du quotidien dans les bauges et les bouges seront désormais parmi les thèmes préférés des maîtres hollandais lesquels hormis deux ou trois exceptions peineront à hisser leur peinture vers ce complément de surréel que doit nous inspirer cette juste intuition d&#8217;incomplétude et d&#8217;insuffisance causée par un réel séculier voulant demeurer refermé sur sa stricte autonomie.</p>
<p>c &#8216;est alors le temps de l &#8216;homme déchu parce que réduit à la pure immanence laïque, ce qui devait prêter d&#8217;autant plus au rire que cet homme abdiquant progressivement toute aspiration au surnaturel, jamais ne manifestera autant d&#8217;orgueil et de suffisance à l&#8217;égard de sa pauvre personne. .<br />
La fête vue par Véronèse avait encore quelque-chose de cette dignité dont le classique auréole tout ce qu&#8217;il dépeint</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3481" title="Veronese" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/Veronese.jpg" alt="Veronese" width="675" height="459" /><br />
<em>(Les noces de Cana)</em></p>
<p>mais vue par un baroque,</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3566" title="Jordaens" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/Jordaens.jpg" alt="Jordaens" width="513" height="383" /><br />
<em>(Jacob Jordaens:&nbsp;&raquo;Le festin des Rois&nbsp;&raquo; )</em></p>
<p>elle ne tardait pas à sombrer dans cet attrait pour l&#8217;infâme dont on allait de plus en plus désormais se repaître. Certes, ne jetons pas trop la pierre au calvinisme, s&#8217;il précipita largement la déchéance des temps ultérieurs, c&#8217;est que l&#8217;époque était d&#8217;une manière générale depuis un certain temps prête pour l &#8216;ère de l&#8217; &laquo;&nbsp;âge sombre&nbsp;&raquo;, ère du grand rire coincidant avec la perte du grand style.</p>
<p>Nous en venons au deuxième aspect de notre propos, le rire et son simulacre. On riait certes autrefois. A en en croire Régine Pernoud, l&#8217;homme médiéval riait de tout et pourtant nous avons vu qu&#8217; il faut attendre les temps modernes pour que le rire devienne sujet artistique. Philosophiquement , il faudra même attendre 2000 ans puisqu&#8217;avant Bergson aucun penseur n&#8217;avait songé à <a  href="http://classiques.uqac.ca/classiques/bergson_henri/le_rire/Bergson_le_rire.doc">écrire un ouvrage entier sur le rire</a>. </p>
<p>C&#8217;est pour les besoins de sa démonstration qu&#8217;Umberto Eco imagina un &laquo;&nbsp;traité sur le rire&nbsp;&raquo; d&#8217; Aristote que pourtant jamais le stagirite n&#8217;avait composé. On ne s&#8217;est jamais donc autant interessé au rire, on n&#8217;a sans doute jamais autant voulu rire. La feuille de chou citée plus haut nous dit que c&#8217;est pour oublier notre angoisse liée aux caprices des marchés financiers ce qui sans doute n&#8217;est pas faux mais davantage d&#8217;analyse ferait alors découvrir que le rire est surtout lié à l&#8217;impuissance. Les marchés financiers sont une mécanique, Bergson</p>
<p><a  href="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/9d/Henri_Bergson_02.jpg" class="thickbox no_icon" rel="gallery-3892" title=""><img class="alignnone" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/9d/Henri_Bergson_02.jpg" alt="" width="524" height="742" /></a></p>
<p>analysait le rire comme une revanche de la vie contre la mécanique mais qu&#8217;il nous soit autorisé cette légère correction par laquelle nous parlerons de petite revanche de l&#8217;esprit contre notre impuissance quotidienne. Nous l&#8217;avons vu, le rire prend de plus en plus d&#8217;importance au regard de ce sentiment de l&#8217;homme impuissant et déchu, le &#8216;&nbsp;&raquo; temps de l &#8216;age sombre&nbsp;&raquo;, notre temps, le temps qui débute en gros aux XVème et XVIème siècle, le temps où advient le mécanique. La prédominance de la mécanique et de la technique allaient en effet créer toujours plus de simulacres et de réalités artificielles détournant chaque chose de sa vocation initiale de par l&#8217;obsession pour les moyens au détriment des fins poursuivies. Quand disparaît le surnaturel, c&#8217;est le naturel qui tôt ou tard tourne à l&#8217;anti-naturel et l&#8217;anti-naturel toujours prête au rire, ainsi pensait Chesterton qui s&#8217;y connaissait fort bien en matière d&#8217;humour. Le protestantisme avait fait de l&#8217;homme un pantin métaphysique en lui déniant toute faculté de libre arbitre, la science en fera un pantin mécanique en le voyant comme pur résultat des forces naturelles. Ce que Léonard étudie au travers de ses dessins, c&#8217;est déjà une mécanique et si Rabelais insistait tant sur le fécal c est que le médecin qu&#8217;il était, autrement dit l&#8217;homme de science, réduisait l&#8217;essentiel de l&#8217;homme à un mécanisme physiologique. Ce que Arcimboldo s&#8217;amuse à faire dans ses peintures</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3408" title="arcim4 saisons" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/arcim4-saisons.jpg" alt="arcim4 saisons" width="667" height="813" /></p>
<p>relève d&#8217;un libre jeu combinatoire où les éléments de la nature sont réassortis comme les pièces détachées d&#8217;une vaste mécanique. Le monde n&#8217;est plus soutenu de présence surnaturelle, il est cette mécanique au bout de la lorgnette d &#8216;un Galilée. On sait combien le Matérialisme du XVIIIème siècle dit &laquo;&nbsp;mécaniste&nbsp;&raquo; aura la passion des automates, ce qui naît au XVIème siècle, c&#8217;est donc le pantin, non seulement au travers du scientisme mais aussi au travers de la création de la commedia dell&#8217;arte, les temps étaient donc venu pour la grande parade des polichinelles, des pantalons et autres Capitans,</p>
<p><a  href="http://www.larousse.fr/encyclopedie/data/images/1003644.jpg" class="thickbox no_icon" rel="gallery-3892" title=""><img class="alignnone" src="http://www.larousse.fr/encyclopedie/data/images/1003644.jpg" alt="" width="580" height="400" /></a></p>
<p>qui ne cesseront d&#8217;inspirer les générations ultérieures d&#8217;artistes et d&#8217;écrivains, depuis Molière aus clowns modernes, en passant par les marionnettes de Voltaire ou de Jarry, réduisant l&#8217;humain à une mécanique gestuelle ou langagière sans grande épaisseur psychologique.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3482" title="img113" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/03/img113.jpg" alt="img113" width="399" height="690" /></p>
<p>Schopenhauer voyant le monde comme la mécanisme d&#8217;une boite à musique d&#8217;où retentit chaque fois la même ritournelle, reliera précisément l&#8217;histoire à la commedia dell&#8217;arte où de siècle en siècle reviendront toujours les mêmes lazzis et les mêmes coups de pieds au cul, Tartaglia n&#8217; ayant jamais plus de conscience, ni Colombine plus de moralité, ni Brighella plus de courage..</p>
<p>Mais laissons là les lettres et reprenons un peu l&#8217;histoire de la peinture en ce XVI ème siècle où nous l&#8217;avions laissée. Au siècle suivant, nous voyons se confirmer cet attrait pour le rire et c&#8217;est alors que l&#8217;on peut noter qu&#8217; à mesure que l&#8217;artiste se dépeint riant ou rieur</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3716" title="img127" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/04/img127.jpg" alt="img127" width="520" height="632" /> <em>(Jean-Etienne Liotard: autoportrait)</em></p>
<p>quelque chose change peu à peu dans l &#8216;idée qu&#8217;il se fait de lui-même. D&#8217; humble mais de génial artisan qu&#8217;il était jadis, voire de saint ou de seigneur, il tend de plus en plus à devenir</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3717" title="ducreux1" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/04/ducreux1.jpg" alt="ducreux1" width="590" height="775" /> <em>(Joseph Ducreux: autoportrait en moqueur)</em></p>
<p>l&#8217;être grotesque qui entre en scène pour endosser le rôle du bouffon. Quelques décennies plus tard, un médiocre tableau d&#8217;un artiste à juste titre oublié</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3713" title="img126" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/04/img126.jpg" alt="img126" width="600" height="376" /> <em>(Péguilly l &#8216; Haridon: Pierrot présente à l&#8217;assemblée Arlequin et polichinelle)</em></p>
<p>eut néanmoins à son époque une forte résonnance. De Baudelaire aux frères Goncourt, on le prît en référence afin de rappeler la nécessité pour l&#8217;artiste de capter l &#8216;esprit du temps. Mais il était moins question d&#8217;esprit que de temps car il s&#8217;agissait de dépeindre avant tout l&#8217;heure venue de l&#8217;instabilité d&#8217;un monde à l&#8217;ombre du grand rire. &laquo;&nbsp;Monde &nbsp;&raquo; serait beaucoup dire, parlons plutôt du spectacle et de ses pitres.<br />
Le Christ inspirait les artistes de jadis, le clown fascinera beaucoup plus les créateurs d&#8217;aujourd&#8217;hui, de Daumier à Fellini, en passant pas Lautrec ou Buffet. Au XIX ème siècle , si l&#8217;argent roi triomphe avec Guizot (Encore un protestant!), le pitre roi triomphe avec Debureau.<br />
Notons que si l&#8217;artiste moderne présentera certaines propensions à être représenté sous les traits du pitre</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3714" title="img129" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/04/img129.jpg" alt="img129" width="540" height="748" /> <em>(Robert Capa : Picasso)</em></p>
<p>Jamais en revanche il ne montrera de clown riant. Cette photo de Bruce Davidson</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3715" title="img130" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/04/img130.jpg" alt="img130" width="560" height="831" /></p>
<p>est fort bien représentative de la façon dont l&#8217;artiste perçoit le clown, on est de plus en plus attiré par le rire parce que le rire et la joie se sont abstenus de venir, on ne représentera donc pas le clown parce que l&#8217;on a envie de rire mais parce que l&#8217; on perçoit tout le faux-semblant du rire.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-2806" title="P1070526e" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2009/12/P1070526e.jpg" alt="P1070526e" width="640" height="869" /> <em>(Paul Orcian: 1993)</em></p>
<p>L&#8217;artiste contemporain, à l&#8217;instar de Lautrec ou de Picasso, sera désormais plus à l&#8217;aise au coeur du cirque avec les clowns, qu&#8217;au voisinage de la théologie avec les prêtres. On pouvait autrefois être moine et artiste, comme Andrei Roublev ou Fra Angelico, on préferera aujourd&#8217;hui être artiste et pitre comme Ben ou Cattelan.</p>
<p><img class="alignnone size-full wp-image-1262" title="cat-240x180" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2008/09/cat-240x180.jpg" alt="" width="240" height="180" /> <em>(Maurizio Cattelan)</em></p>
<p>L&#8217;idéal de Fra Angelico était de vivre avec le Christ pour mieux le peindre, Van Gogh pourrait encore, à la rigueur, être appelé le christ de la peinture, on sait pourtant que déjà Lautrec aimait à se déguiser en clown, en cela lointain ancêtre de Cindy Shermann et de certaines prestations actuelles où l&#8217;artiste en se laissant bombarder de tartes à la crème revendique clairement son rôle de pendant clownesque de la figure salvifique.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3780" title="img132" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/04/img132.jpg" alt="img132" width="670" height="299" /> <em>(Pierrick Sorin: portrait de l&#8217;artiste entarté, installation vidéo)</em></p>
<p>Au coeur de cette déchéance, il était finalement 2 attitudes possibles, l&#8217;aristocratique ce sera celle d&#8217;un Stendhal ou mieux encore la manière d&#8217;un Paul Valery proposant le minimalisme épuré de son Monsieur Teste s&#8217;abstenant du moindre geste pour mettre à bas le pantin mais l&#8217;on réagira surtout par le rire. Entre Fabrice del Dongo et Bouvard et Pécuchet, triompheront les clowns, la dérision sied mieux à un monde qui ne croit plus au surnaturel. Le Christ dépassait le système en s&#8217;offrant comme holocauste, le clown, version moderne du Christ ne dépasse pas le système mais s&#8217;offre à lui en miroir par la singerie.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3885" title="Chardin" src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/04/Chardin.jpg" alt="Chardin" width="392" height="481" /><br />
<em>(Chardin: le singe peintre)</em></p>
<p>Le clown singe en effet la mécanique, Le théâtre porté à sa suprême mécanique sera le vaudeville, mécanique du quiproquo à propos de la mécanique sexuelle en cette fin du XIX ème siècle où le mécanique renforce toujours plus son emprise. Le médium lui même devient mécanique et ce faisant renforce encore la quête du rire au moyen du pantin toujours plus mécanisé, ainsi aurons nous le cinéma burlesque américain puis viendra le pitre qui revendiquera son statut mécanique, Andy Warhol star de la singerie sérigraphique tout comme les machines de Tinguely ou la cloaca de Wim Delvoye n&#8217; auront elles-mêmes d&#8217;autres vocations que d&#8217;être d&#8217;autres singeries mécaniques.</p>
<p>Le Christ aurait sans doute pu sauver sa vie s&#8217;il avait accepté de faire le pitre pour plaire à Hérode, il savait cependant qu&#8217;il avait chose plus importante à sauver, à l&#8217;opposé d&#8217;aujourd&#8217;hui où l&#8217;on rêve de faire le con pour la gloire et l&#8217;argent parce que nous n&#8217;avons plus guère d&#8217;autre espoir que quelques instants de fou rire&#8230;..</p>
<p><em><br />
(a suivre)</em></p>
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		<title>INTERLUDE par Sophie</title>
		<link>http://falcophil.info/blog/interlude-par-sophie/</link>
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		<pubDate>Tue, 13 Apr 2010 06:12:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Falcophil</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Nos discussions devaient donc se terminer sur ces mots de Thierry évoquant une histoire n&#8217;interessant plus personne à propos d &#8216;une errance qui pourtant nous concerne tous j&#8217; invitai alors à l&#8217;effort d&#8217;anamnèse quant aux péripéties précédentes Tant au niveau des mots http://falcophil.info/blog/eloge-du-ratage/ http://falcophil.info/blog/trou-blanc-par-sophie/  http://falcophil.info/blog/trou-blanc-par-sophie/#comment-2944 http://falcophil.info/blog/trou-blanc-par-sophie/#comment-2954  que sur le plan des images]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nos discussions devaient donc se terminer sur ces mots de Thierry évoquant une histoire n&#8217;interessant plus personne à propos d &#8216;une errance qui pourtant nous concerne tous</p>
<p><img src="http://falcophil.info/blog/wp-content/uploads/2010/04/img017d111.jpg" alt="img017d11" title="img017d11" width="400" height="598" class="alignleft size-full wp-image-3539" /></p>
<p>j&#8217; invitai alors à</p>
<p><span id="more-3503"></span></p>
<p>l&#8217;effort d&#8217;anamnèse quant aux péripéties précédentes</p>
<p>Tant au niveau des mots</p>
<p><a  href="http://falcophil.info/blog/eloge-du-ratage/">http://falcophil.info/blog/eloge-du-ratage/</a></p>
<p><a  href="http://falcophil.info/blog/trou-blanc-par-sophie/">http://falcophil.info/blog/trou-blanc-par-sophie/</a> </p>
<p><a  href="http://falcophil.info/blog/trou-blanc-par-sophie/#comment-2944">http://falcophil.info/blog/trou-blanc-par-sophie/#comment-2944</a></p>
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<p> que sur le plan des images</p>
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