PRECIS DE DECOMPOSITION SELON GAETANO ZUMMO.
L’ami Harry en bon conformiste recevant passivement ce que lui débite un enseignement officiel, trouve intelligent de négliger un nom sous prétexte qu’il ne figure dans aucune histoire de l’art.
Harry est certes très cultivé, il connaît, selon toute apparence, le nom de Gaetano Zummo que moi je ne connaissais pas puisque c’est tout à fait par hasard que j’ai découvert ce sculpteur dans un petit musée peu fréquenté de Florence.
Il ne suffit cependant pas d’avoir beaucoup lu pour parler des choses de l’art. Il faut aussi savoir regarder de façon personnelle. De toute évidence, Harry ne regarde qu’en fonction de ce qu’on lui dit de regarder et lorsque l’on regarde avec indifférence un sculpteur aussi exceptionnel que Gaetano Zummo

, on ne fait par là que dévoiler la poutre qui est tombée dans l’oeil à force d’avoir la cervelle trop remplie de caractères d’imprimerie, inconvénient majeur pour quelqu’un comme Harry se destinant à enseigner l’histoire de l’art.
Donc L’abbé Gaetano Zummo (1656-1701), sculpteur d’autant plus injustement oublié qu’il fut célèbre en son temps, d’abord à Florence à la cour de Cosme III de Médicis, puis en France, à la cour de Louis XIV, présente deux particularités. Tout d’abord le matériau qu’il utilisait n’était pas le marbre mais la cire. On pourrait dire de lui qu’il fut le Michel-Ange de la cire et ce que l’on trouvera à Florence, au musée de la Specola abritant l’essentiel de son oeuvre, c’est une vison peut-être encore plus terrible que celle du jugement dernier de la chappelle Sixtine quoique de dimension beaucoup plus réduite. Le sujet favori de Zummo était en effet le cadavre, la putréfaction et la décomposition des corps. A partir de ce thème, il réalisa trois petits théatres animés de scènes macabres
- Le triomphe du temps
- La peste
- La corruption des corps
Regardons pour commencer le premier de ces théâtres intitulé “Le triomphe du temps”

Théâtres miniatures donc car un microcosme est nécessaire pour approcher l’univers de Zummo.

Les frères Goncourt évoquant ces sortes de “modèles réduits” parlèrent de “jouets” bizarres. Même si le mot “jouet” pouvait sous leur plume être marqué d’une certaine condescendance, la formule n’en était pas moins des plus heureuses. L’artiste est souvent comme un enfant et il a d’autant plus besoin d’être comme un enfant que sa vision est adulte, c’est à dire lucide, sans concession , ne cherchant pas à fuir ce qui le terrifie mais au contraire le regardant bien en face. La meilleure façon pour l’artiste de garder les yeux bien ouverts sur ce qui inquiète est d’envisager son oeuvre comme l’enfant se sert de son jouet. En effet, pour l’enfant, le jouet qui souvent reproduit en plus petit l’univers de l’adulte, lui assure une meilleure domination sur une réalité qui lui fait peur, de même , l’artiste pourrait concevoir ses réalisations comme des jouets miniaturisant le monde adulte afin de mieux conjurer les inquiétudes distillées par ce monde. Et je me sens quant à moi d’autant plus proche de la démarche de Zummo que je crée moi aussi au moyen de jouets, des théâtres miniatures destinés à conjurer mes propres angoisses

Pour en revenir à Zummo, l’ami Harry continuera sans doute à soutenir que j’ai tort de m’attarder sur un cas qui devrait tout au plus être considéré comme une “curiosité d’époque”
Outre que ces oeuvres relèvent, de toute évidence ,d’une indéniable force de conception

si Zummo doit être considéré comme l’un des plus originaux de son temps, c’est aussi pour avoir pensé jusqu’au bout les tendances de son temps.
Cet autre “théatre” intitulé “la peste”

Confirmera ce qu’avait laissé pressentir une première approche de son oeuvre.

Zummo est un baroque, un sculpteur baroque qui aura poussé jusqu’à leurs plus extrêmes conséquences les pulsions mortifères à l’oeuvre dans le baroque. Celà a déjà été dit plus haut, il y a comme un vague relent de putréfaction qui sous-tend le baroque et ce relent Zummo l’a exhalé mieux qu’aucun autre. Elie Faure a prétendu que Rubens avait aimé la vie jusqu’à en exalter la pourriture, affirmation peut-être exagérée mais qui conviendrait fort bien à l’oeuvre de Zummo.Tout au plus pourrait-on soutenir concernant Rubens que son tempérament de Baroque l’inclinant à l’ondulation et au relâchement de la forme, il en vint à priser les corps flasques, les ventres rebondis, les femmes dégoulinantes de graisse et déformées de cellulite. L’étirement et les torsions des plastiques rubénistes fusionnant dans un vaste et charnu magma de matière déchaînée

pouvait alors préfigurer cette délectation dans la putréfaction qui caractérisera l’oeuvre de Zummo.
Parmi les quelques rares écrits que j’ai pu glaner sur Zummo, j’ai noté qu’on lui contestait le statut de sculpteur baroque, motif pris du caractère hellénique de ses figures.
Outre que plus d’un baroque s’est servi d’éléments grecs, je ne connais aucun sculpteur grec qui aurait représenté la mort avec une telle minutie réaliste dans la description du cadavre, réalisme allant jusqu’à la complaisance dans l’ excrémentielle horreur de la décomposition.

Ces corps convulsifs, tordus, retournés, déhanchés semblent bien être de la main d’un baroque. Ces oeuvres qui révèlent un attrait certain pour la surcharge , la surenchère , la profusion et le débordement du détail sont bien d’esprit baroque, de même qu’est baroque ce goùt pour la mise en scène théatrale où l’on veut synthétiser tous les genres, non seulement le sculptural mais aussi l’architectural pour les vestiges d’édifices ainsi que le pictural pour les nuances pigmentées recouvrant les corps de cire et pour les paysages peints sur les arrières-plans.

Si Zummo est donc bien un baroque, c’est en revanche un baroque qui n’a plus rien de chrétien. Peut-on dire, au demeurant, que le baroque fut chrétien? J’aurais tendance à répondre par la négative, la thématique religieuse ne doit pas faire illusion, le courant baroque ne faisait à mon sens que traduire l’option faustienne et prométhéenne d’une culture qui en se détachant toujours plus de la dimension onto-théologique du christianisme médiéval , aboutissait à la désagrégation formelle au profit de l’immanence énergétique d’une unité de type panthéiste, ainsi que l’avait fort bien vu Wolfflin, avec cette conséquence d’un basculement dans une civilisation de frénétiques pour confiner à cette caricature de chrétienté que constitue aujourd’hui les USA.
Il serait donc trompeur de voir en Zummo un continuateur de ces danses macabres ou de ces jugements derniers appréciés aux époques précédentes. Il n’y a ni humour noir ni eschatologie chez Zummo mais rien que le regard d’un naturaliste disséquant la réalité immédiate et crue de la mort.
Pas davantage ne verra t’on chez lui de rédemption, pas de salut dans un au delà de la vie, pas de sauveur venant apporter le havre après la mer des épreuves.
Et si l’on peut déceler dans son travail un regard de mélancolie sur la fragilité du monde ainsi que celà apparaît dans ce troisième théâtre intitulé ” La corruption des corps”,

Zummo n’est pas pour autant un continuateur des peintres de vanités du XVIIème siècle. Il refuse du moins d’en avoir la délicatesse, son regard ne s’exprime pas de façon symbolique ou biaisée mais se porte avant tout sur le seul travail de la mort et sur les corps que la putrefaction ramollit, disloque et liquéfie,
Complaisance allant jusqu’à la jouissance plastique car il semble qu’ici s’opère l’une des deux faces du salut propre aux nouveau temps, celle qui a trait à la transfiguration par l’absolu de la plasticité.

On croit déjà entendre la voix de Baudelaire parlant de la seule éternité en laquelle peut désormais croire le poète, celle de la forme qui grâce à l’oeuvre est sauvée du naufrage de la décomposition.
Zummo s’inscrit dans un courant amorcé au Pays-Bas par Hercule Seghers et Jacob Van Ruysdael, peintres de paysages à l’atmosphère spectrale où l’homme n’est plus qu’un insecte écrasé par l’indifférence des éléments quand il n’a pas pour de bon disparu, tandis qu’en Italie, les batailles et “sorcelleries” de Salvator Rosa inaugurent un mouvement ténébreux poursuivi par Francesco Maria Crespi, atteignant le morbide avec Alessandro Magnasco, peintre d’univers grouillant d’êtres fantomatiques et larvaires ou agités de squelettes et de cadavres fiévreux. Rappelons que l’époque du baroque vit aussi naître l’engouement pour l’esthétique des ruines dont Hubert Robert ou Giovanni Paolo Pannini constituent la version la plus mièvre mais qui au XVIIème siècle connut un représentant magistral en la personne de Monsù Desiderio.

Cette fascination pour le processus de la destruction serait symptomatique de cette dérive faustienne des temps nouveaux où l’homme se détournant de son intériorité tend vers l’évanescence de la forme, receptacle de cette intériorité. De manière ou d’une autre à partir du baroque prédominera toujours plus la vision héraclitéenne, l’être s’effacera au profit de l’instablité du monde voire au profit du mensonge et de la tromperie comme en témoignent ces plafonds d’un Baccicia ou d’un Pozzo ouvrant faussement sur l’infini. Ainsi dans ce travail de reniement de l’être en viendra t’on peu à peu à goûter l’érosion qu’opère la matière sur le corps, la ruine façonnée par le temps sur le temple, la disparition dans la brume ou la vapeur parce que tout celà est victoire du mouvement sur la perennité de la forme, langage visible de l’être.

L’oeuvre de Gaetano Zummo n’est donc pas issue du caprice morbide d’une imagination solitaire. A bien des égards l’artiste est un précurseur oublié qui mène à ses plus extrêmes limites une soif de vivre , une philosophie de l’excès lequel porté à toujours plus de paroxysme dans l’effet optique et l’impact nerveux débouche sur cette quête ultime de la disloquation charnelle. Francis Bacon ou Samuel Beckett pourraient le revendiquer comme leur ancêtre, c’est déjà l’hollow man dont parle Thomas Stearn Eliot, l’écoulement de pourriture suintant de la trame brisée des romans de Claude Simon, les happenings de Otto Muehl ou de Hermann Nitsch où le sang coule sur des corps humains nus ou sur des animaux morts. Zummo c’est déjà le présent de notre modernité qui ne fait rien d’autre que ponctuer le rythme de notre deliquescence. Il y a chez lui de cet Eros qui devient fou car Zummo aime les corps, il les modèle avec passion et s’il a préféré la cire peinte au marbre, c’est peut-être, entre-autre, parce que ce matériau était plus proche de la chair que la froideur marmoréenne. Ce corps de femme agonisante

dénote un attrait certain pour les courbes et les rondeurs de la plastique féminine comme s’il y avait chez Zummo une avidité de possession charnelle qui, traduisant le sourd désir d’éternité voué à l’échec dans son confinement sublunaire, ne pouvait qu’aboutir au paradoxe de se complaire dans l’anéantissement du corps faute de pouvoir pleinement le pénétrer. Il est d’ailleurs significatif que Sade admirait Zummo, le désir sadien de possession sans entrave poussé jusqu’au crime n’étant pas étranger à cette faim de macabre onctuosité propre à Zummo.
Mais Zummo n’est pas seulement Eros, il est aussi Prométhée. En lui l’approche artistique rejoint la connaissance scientifique, Zummo est sur ce point le continuateur des travaux de Leonard de Vinci et des planches de Vésale car c’est aussi avec l’oeil du naturaliste qu’il veut observer le cadavre. Revendiquant tout autant un statut de scientifique que de sculpteur, Zummo sera surtout de son temps apprécié par des médecins et des savants tel Fontenelle. Zummo peut donc être vu comme l’un des précurseurs de l’autopsie moderne, clinicien qui dans son regard impavide refuse de s’en remettre à la transcendance pour ne laisser place qu’ à la seule analyse objective de ce que nous avons sous les yeux.

Prométhée veut ainsi être seul et ne plus compter que sur ses propres forces mais c’est toujours le sort de Prométhée que d’avoir les entrailles dévorées et c’est le sort du poète nourri par l’idéal prométhéen que de se complaire dans la trituration de ces entrailles. Il y a en celà un lien très fort entre Eros et Prométhée car les deux ne voulant pas admettre que le monde ne peut épuiser le désir d’infini , infini de l’amour comme infini de la connaissance, sont alors tôt ou tard contraints de faire éclater la forme, de la dissoudre, de la pulvériser, conséquence logique de leur refus de voir que cette forme est le seul vrai temple de l’infini qui les dépasse.

Le projet faustien ou prométhéen qui depuis la Renaissance anime l’Occident, on le voit dans cette avidité toujours renouvelée de dévoration de l’espace qu’accompagne un effort toujours renouvelé de dévoration de la forme. De Rubens à Bacon en passant par Picasso, on assiste à la lente avancée de ce processus par lequel la forme est toujours plus mâchée, ingurgitée, digérée et rejetée en une bouillie toujours plus chaotique quand elle n’est pas, de manière plus radicale, niée par l’évaporation lumineuse voire par un contre-excès de formes nues et froides, ce qui est encore le plus subtile moyen pour tuer la forme authentique.
L’oeuvre de Zummo pourrait ainsi parmi d’autres exemples, démontrer le tort de Nietszche d’avoir considéré que le christianisme avait donné du poison à boire à Eros car c’est au contraire Eros qui n’a fait que s’empoisonner lui même. C’était le destin de sa solitude comme ce fût le destin de la solitude de Prométhée que d’avoir les entrailles toujours dévorées, non par un vautour à vrai dire, mais là encore, dévoré avant tout par lui-même.
Dans cette polyphonie de la pourriture à laquelle nous convie Zummo quelque-chose pourtant susbiste, inaltérable, toujours égal à lui-même, le sculpteur , de manière plus ou moins consciente, le laisse entendre par le seul élément de tout ce charnier qui échappe à la corruption et garde la profondeur humaine, intense et sereine, d’un regard
un tout petit élément placé dans un coin de l’un des théâtres

Ce portrait à gauche
qui n’est autre que celui de l’abbé Gaetano Zummo.
Falcophil
26 commentaires to “PRECIS DE DECOMPOSITION SELON GAETANO ZUMMO.”
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août 26th, 2007 at 8:37
Cette sorte de monographie est passionnante. C’est une chose très forte que de tenter de redécouvrir des artistes oubliés plutôt que de se confiner dans le sentiers battus en parlant toujours de ce dont parlent les officielles histoires de l’art. J’ai toutefois quelques reproches à te faire. Une quasi absence d’indications biographiques . On aurait en effet aimé en savoir plus sur l’abbé Zummo, son parcours artistique, sa technique, ses influences, enfin , bref , il est un peu dommage que tu te serves de cette figure pour développer tes théories personnelles sur une décadence de notre culture qui sont d’un pessimisme excessif. je pense que classicisme et baroque sont les deux pôles par lesquels se maintient, vaille que vaille, la vigueur d’une culture , la présence du baroque permet d’éviter les dangers de déssèchement auquel expose le classicisme, la présence du classicisme met en revanche un certain frein aux débordements trop lyriques auxquels expose le baroque, l’un peut donner un coup de fouet à l’autre qui lui tient la bride
Tu me diras que c’est une réflexion assez banale et que je remets sur le tapis la sempiternelle opposition entre l’apollinien et le dionysiaque mais on ne réfléchit pas assez au fait que les plus grands
ceux là même dont pourtant on parle moins sont à mon avis ceux qui ont sû le mieux réaliser cet équilibre, on a déjà évoqué par exemple Philippe de Champaigne que moi aussi j’apprécie beaucoup pour sa période “janséniste” mais on pourrait en évoquer d’autres comme Guido Reni.
Enfin, ce que j’ai surtour apprécié c’est ta comparaison de l’artiste avec l’enfant non que l’artiste soit un être puéril mais c’est un être qui effectivement a sû conserver quelque chose de la pureté de l’enfant. . Cette façon par exemple que tu as toi même d’insuffler des sentiments à un objet aussi inanimé qu’une poupée
http://falcophil.info/ifotos/?dir=Chantiers&pic=Chant.46
me rappelle ce que j’étais moi même quand petite fille je pouvais me convaincre que mes poupées étaient aussi vivantes que mes copines d’école. Où est elle donc cette capacité qu’avait autrefois cette fillette qui pouvait métamorphoser tout ce qui l’entourait:! Le trois pièces cuisine où elle vivait devenait un château de par le simple pouvoir de son imagination d’enfant! De toute évidence tu as sû conserver cette candeur d’enfant car chez toi, une simple table devient un espace infini de contrées inexplorées
un peu comme sous mon lit, j’avais autrefois l’impression de m’enfoncer aux confins de l’univers. Enfin, voilà c’est une chance que tu as et que je t’envie d’autant plus que l’univers des adultes est effectivement d’un ennui mortel de par l’avachissement de son conformisme et de sa routine assommante
Ton idée de la pourriture qui serait inhérente au baroque est interessante non qu’elle préfigure la décadence de notre culture mais le sentiment de la pourriture ou de la dégradation est peut-être d’autant plus fort que s’étale l’abondance le luxe et la richesse et ce sentiment de la décadence, il est je pense significatif qu’il ira en s’intensifiant avec la période rococo, le XVII ème siècle est en effet traversé par cette idée du déclin, déclin de l’empire romain sur lequel méditent Montesquieu et Gibbon, comme si l’on avait senti que plus s’amoncellaient les richesses et les tapes à l’oeil plus s’aiguisait une certaine intuition de l’inanité de l’existence. “Vanitas vanitatum” Qohelet était d’autant plus autorisé à le dire qu’il fut roi de Jerusalem.
août 28th, 2007 at 7:35
Je pense que tu devrais laisser tomber la photo et te consacrer à la littérature, tu es visiblement doué pour orchestrer les mots, indéniablement tu es porté par un souffle, le souffle du Saint Esprit ou je ne sais quelle autre connerie mais l’essentiel est que ça te rende un peu barjo sur les bords. Le problème est que si un peu de folie est nécessaire à la littérature pour ce qui est de l’histoire et en particulier, de l’histoire de l’art, là, il faut toute sa lucidité et la lucidité ce n’est sûrement pas ton fort. car quand on vit avec cette idée fixe de décadence qui est la tienne, la vision des choses est fatalement tronquée, incomplète, insuffisante et fallacieuse pour la raison évidente que l’on écartera de son chemin tout ce qui ne correspond pas à l’idée fixe de ta schizophrénie. Puisque donc tu t’obstines à faire de l’histoire de l’art alors que je te verrais mieux en train d’écrire des contes fantastiques, je vais te rappeler quelques données élémentaires du b.a.ba des questions artistiques .
1.- Tu oublies que la distinction Baroque/Classicisme est avant tout une base de départ d’ordre pédagogique forgée après coup et que par exemple ni Bernin ni Rubens n’auraient eux mêmes songé à se dire baroque pour la bonne raison que ce mot là leur était complètement inconnu. En fait, les artistes authentiques ne présente pas cette distinction de façon si tranchée, ce sont les médiocres qui adoptent les alternatives rigides et du classicisme au Baroque , il y a place pour toute une gamme de nuances , y compris chez ceux que l’on croirait les plus classiques, Que l’on prenne justement un Philippe de Champaigne
, on pourrait y trouver des éléments empruntés au baroque tel que l’art de traiter le chatoiement des étoffes ou des chairs, ce qui le rend sur ce plan plus proche de Van Dyck que de Poussin, à contrario pour un Rubens , artiste trop génial pour se laisser enfermer dans des réductions simplistes telles que les tiennes, tu trouverais moult éléments d’inspiration classique pour peu que tu te donnes la peine d’étudier les milliers de tabeaux qui composent son oeuvre.
2.- Ce qui vaut au niveau de l’individu vaut d”‘autant plus sur le plan plus général de l’histoire. L’histoire de l’art n’est pas un bloc homogène, tu vois les choses depuis la renaissance comme une vision uniforme par laquelle on abandonnerait progressivement une conception classique du monde pour tomber peu à peu dans un chaos de forme et de couleur. Ce n’est pas si simple . L’idéal classique, le mot, est-il besoin de le répeter étant seulement pris comme point d’ancrage d’ordre pédagogique a été maintenu par Annibale Carrache et ses disciples comme l’Albane le Guerchin ou le Dominiquin. Oublies-tu que des générations de peintres sont venus étudier les fresques du palais Farnèse? L’influence de Carrache fut certainement plus importante que celle de Rubens, sans compter toute cette cohorte d’artistes français qui défendèrent eux aussi l’esprit classique contre la vague baroque de Poussin à Le Brun (Qu’il serait trop réducteur de considérer comme peintre académique) en passant par Lorrain, Laurent de la Hyre, Gaspard Dughet ou Simon Vouet.
(Venus par Simon Vouet)
3.- Rappelons par ailleurs qu’un idéal classique se maintient tout au long du XVIII ème siècle, en Italie au travers de Pompeo Batoni,
( Pompeo Batoni)
en Allemagne au travers de Mengs

( Anton Raphaël Mengs)
et de Winckellmann , en France avec David et au delà de David avec Ingres, Gauguin jusqu’au XIX avec la période ingresque de Picasso, l’achitecture d’Auguste Perret, la peinture de Chirico, de même pourrait-on voir la persistance d’un certain classicisme dans le cinéma, celui d’Ozù ou d’Antonioni, enfin bref, la place manque pour une thématique qui demanderait qu’on y consacre tout un livre car la question du classicisme pourrait même être étendue à la littérature, il ne suffit que de citer la clarté de la prose des encyclopédistes du XVIIIème, Stendhal en France ou Leopardi en Italie, la forme alexandrine de la poétique de Baudelaire ou le théâtre de Giraudoux. Sophie l’a d’ailleurs très bien souligné, les deux pôles classique baroque ne sont que l’eternel va et vient entre le sentiment de l’unité et le mouvement de la vie, extrémités entre lesquelles l’homme se tient dans un équilibre toujours instable
Une fois rappelées ces questions élémentaires, je n’aurais plus que quelques questions qui pour être de détail n’en sont pas moins révélatrices de ton manque de rigueur.
a.-”Zummo s’inscrit dans un courant amorcé au Pays-Bas par Hercule Seghers et Jacob Van Ruysdael, peintres de paysages à l’atmosphère spectrale où l’homme n’est plus qu’un insecte écrasé par l’indifférence des éléments ” comparaison franchement tirée par les cheveux et c’est à se demander si tu connais vraiment la peinture de Ruysdael qui de manière globale exprimerait d’avantage une harmonie entre l’homme et les éléments.
b.- “Rappelons que l’époque du baroque vit aussi naître l’engouement pour l’esthétique des ruines”, là encore, les ruines évoqueraient davantage au contraire la persistance de la forme en dépit des attaques de l’érosion mais là encore celà demanderait une étude beaucoup plus exhaustive qu’un raccourci aussi rapide.
c.- “c’est toujours le sort de Prométhée que d’avoir les entrailles dévorées et c’est le sort du poète nourri par l’idéal prométhéen que de se complaire dans la trituration de ces entrailles.” Ta formule est certes frappante mais pourrais-tu du moins l’illustrer par des exemples? De quels poètes parles-tu ?
d.- “De manière ou d’une autre à partir du baroque prédominera toujours plus la vision héraclitéenne” Là encore, précisions? Que fais tu par exemple du cartésianisme, du kantisme ou du positivisme ultérieur, tentative pour reconstruire l’universalité de la connaissance?
Il y aurait certes encore beaucoup à dire mais ces quelques brèves remarques étaient simplement destinée à te faire remarquer combien je m’amuse en entendant parler d’une poutre qui serait tombée dans mon oeil quant ce sont tes propos qui sont au contraire marqués par une telle absence de nuance.
Dommage, Zummo est en effet un artiste interessant à redécouvrir ,là dessus , je reconnais que j’ai parlé top vite. C’est le seul point sur lequel je tombe d’accord avec toi.
août 29th, 2007 at 7:10
C’est vrai que tu devrais écrire un livre, un blog m’a l’air trop étroit pour toutes ces idées qui doivent bouillonner dans ta tête.
Ce qui me laisse tout de même perplexe c’est que je en sais pas s’il est pertinenet de tirer des conclusions générales tirées d’éléments qui me paraisse,nt relativement isolés. salvator Rosa ou Magnasco par exemple, ne sont-ils pas des individualités relativement marginales? De même pour l’esthétique des ruines où moi je verrais davantage une méditation sur la fragilité des choses accompagné d’un goût pour le pittoresque, je crois que par ailleurs la découverte d’Herculanum à la même époque, accompagnée du tremblement de terre de Lisbonne avaient du pas mal frapper les esprits? Tu dis par exemple qu’Hubert robert est mièvre, je ne suis pads trop d’accord , ses tableaux sont aussi une leçon de sagesse, son intérieur de la grande galerie du Louvre semble par exemple nous dire : ” n’accordez pas d’importance à toutes ces choses, car tout passe et tout coule” Ce que tu prendais pour de la mièvrerie releverait plutôt à mon avis de la sereine méditation….
( NB: sur ce thème la discussion se poursuit un peu plus loin: http://falcophil.info/blog/hors-piste/#comment-1206 )
août 29th, 2007 at 8:49
Lui même d’ailleurs ne dit pas autre chose au travers de ses propres mises en scène de “ruines”.
http://falcophil.info/ifotos/?dir=Cataclysmes&pic=Santa-Maria-Novella.
août 29th, 2007 at 9:26
Ce n’est pas tout à fait celà, il s’agit surtout d’exprimer le “signe” matériel d’un en soi du monde non au travers du temps qui passe et qui détruit tout mais au travers de ce qui résiste, je m’en étais d’ailleurs déjà expliqué dans le cadre d’un précédent billet
http://falcophil.info/blog/photos-et-thanatos/
août 30th, 2007 at 6:22
Je t’envoie un dessin de Rubens
démontrant les multiples facettes de son talent. L’artiste n’était pas seulement emporté et lyrique, il savait aussi saisir la vitalité dans ses aspects plus sereins comme en témoigne ce portait plein de délicatesse mais tout aussi palpitant de vie dans sa douceur. Je pense que Rubens a démultiplié les possibilités de la peinture et donné aux peintres ultérieurs les possibilités techniques de dépasser pour de bon les quelques rigidités que les artistes avaient conserver jusque là.
Je me demande si en fait ton aversion pour Rubens ne découlerait pas de ta peur de la vie? Significatif à cet égard le fait que lorsque toi tu veux représenter un enfant, c’est tout bonnement d’une poupée dont tu te sers, probablement parce que tu as même peur des enfants.
http://falcophil.info/ifotos/?dir=Chantiers&pic=Chantier.42
PS. Que devient Song? C’est curieux mais ses dessins stupides et grossiers me manquent un peu….
août 30th, 2007 at 11:14
A considérer ta précédente interprétation du nain de Velasquez. A voir par ailleurs ce que tu écris dans ton blog, on a pourtant pas l’impression que tu sois toi même un amoureux de la vie !
http://lassale.over-blog.com/
Pour ce qui est de Song, si ça te dit , je peux le remplacer question dessin, ça ne me ferait pas de mal de revenir à mes premiers amours. D’autant que sur le thème des chiottes on peut encore trouver pas mal de variantes. Je viens justement d’entendre à la radio que pour la rentrée de septembre on attendait pas moins de 690 romans !, ça m’a aussitôt inspiré ce dessin
En tout cas , ça ne vaudra jamais cette boutade de Sacha Guitry déclarant que chaque rentrée littéraire lui faisait penser à l’ouverture d’un cimetierre !
août 31st, 2007 at 12:16
Où en es tu à propos de cet engagement que tu avais pris de réaliser 30 photos à l’intérieur d’une même cabine de chiottes?
http://falcophil.info/blog/linvitation-au-voyage-ou-lart-de-photographier-dans-les-chiottes/
Tu t’étais donné je crois un délai de 30 mois, Où en es-tu de tes travaux?
août 31st, 2007 at 10:05
ça n’avance pas beaucoup, j’ai été pris par d’autres travaux et d’autres obligations mais je mon engagement tient toujours. J’ai à ce propos une anecdote marrante. Un soir, le sous directeur m’a surpris comme je sortais d’un cabine de WC avec mon appareil photo. Il m’a alors demandé ce que j’étais en train de photographier et comme je lui ai franchement répondu que j’explorais l’intérieur d’une cabine de chiottes au moyen de la photo, il a aussitôt fronçé les sourcils et s’est alors exclamé:
– Mais que pouvez vous donc bien photographier à l’intérieur des waters,!?!?!?!?
Et moi de répondre que je n’en savais rien du tout et que tout le sens de cette démarche consistait justement à essayer de comprendre ce qu’il pouvait bien y avoir à photographier à l’intérieur d’une cabine de chiottes.
Je crois qu’il a du penser que j’étais un peu timbré et j’ai l’impression que depuis, il me regarde un peu de travers.
août 31st, 2007 at 10:44
il y en a sûrement plus d’un qui pensqe que t’es en effet un peu dijoncté quelque part……….
août 31st, 2007 at 12:01
tant mieux ,ça montre comme ça que du moins , je sors de troupeau
septembre 1st, 2007 at 10:59
Pas mal ton dessin sur la réntrée littéraire ainsi que la.
septembre 1st, 2007 at 11:03
Oups! oui, je disais, ainsi que la vanne de Sacha Guitry . celà rejoint ce que disait Sophie un peu plus haut, le sentiment de la mort et de la décomposition est peut-être d’autant plus intense que règne l’abondance. On peut même se demander si en raison de l’abondance qui règne dans nos actuelles sociétés de consommation, le sentiment de la mort n’y serait pas encore plus fort qu’au sein des sociétés de naguère.
septembre 2nd, 2007 at 6:49
A considérer le soin avec lequel nos sociétés cachent la réalité de la mort, il semblerait que ton hypothèse soit juste, on pourrait même dire que la pulsion vitale la plus intense ne fait qu’exprimer un inavouable désir de suicide.
septembre 2nd, 2007 at 9:10
ça me fait penser à ce que dit Cioran quelque part, à propos de l’inflation de ces gens qui écrivent et qui selon lui est un symptôme des culture en décadence. Interessant effectivement cette idée que la surabondance est l’expression de la mort qui est à l’oeuvre. C’est le principe même de la tumeur.
En tout cas ton dessin est pas mal. Je te connaissais pas ces talents de dessinateur humoristique. Tu devrais en faire plus souvent,
ton blog est à vrai dire le reflet de ton caractère, trop intello, trop grave, trop sérieux, trop abstrait, manque d’humour et pas assez en prise avec l’actualité.
septembre 17th, 2007 at 7:36
Le baroque est profondément chrétien (branche catholique); au lieu d’aller faire le con à Rome, dont, hélas, tu ne saisis pas toute la décadence (tu es allé voir la prostitution “out of Africa” du côté de la gare Termini?), tu ferais mieux de fayoter au boulot pour avoir des primes et de te payer 1 billet d’avion long courrier pour aller comprendre le baroque en Colombie et Bolivie.
Habile transition avec tes photos dans les chiottes: tu aurais droit à 1 promotion si tu avais dit à ton sous directeur que tu allais photographier ta bite; c’est un langage qu’il aurait compris car chacun sait que les chefaillons sont choisis parmi les personnalités les plus narcissiques et que lui-même a probablement investi son salaire de cadre supérieur dans l’achat d’un mini appareil photo genre James Bond dont il se sert pour immortaliser en loucedé les banalités de la vie administrative et les appendices minuscules et ridicules de son corps déssèché (si ça n’éatit pas le cas il serait pas là mais quelque part dans la vraie vie).
octobre 17th, 2007 at 11:43
interesting
octobre 18th, 2007 at 7:03
Spams d’abrutis qui n’ont rien à dire et rien de plus à apporter que le système merdique qu’ils représentent.
octobre 19th, 2007 at 7:13
Cool!
novembre 1st, 2007 at 6:01
Nice…
novembre 2nd, 2007 at 12:15
interesting
novembre 2nd, 2007 at 7:02
Cool…
novembre 2nd, 2007 at 7:48
Sorry
novembre 2nd, 2007 at 10:53
interesting
novembre 2nd, 2007 at 3:09
Cool.
novembre 2nd, 2007 at 6:40
Sorry