( février 9, 2019 )

VANITES

De digressions en digressions, malencontreusement nous nous sommes écartés d’une figure évoquée dans le billet de la fois dernière et à propos de laquelle nous étions loin d’avoir tout dit.

Un intervenant est venu remettre un peu le

train sur ses rails en venant commenter cette photo:

que notre amie Sophie présentait comme réponse à une interrogation sur la compatibilité entre foi et raison.

Je me limiterai, pour relancer nos discussions à reproduire les ultimes commentaires qui ont suivi cette image:

Lucie

– And that means what?

Sophie

– C’est toujours le problème de ce qu’on trouve au bout d’un raisonnement, fût-il le plus exact. C’est bien pensé mais ce n’est que trop peu vécu. Il peut s’agir de premiers pas mais ce n’est pas encore un saut, ce n’est qu’un chemin qui tôt ou tard doit nous mener au ravin dont on ne voit pas le fond.

BOF:

– La profonde obscurité de la nuit sanjuaniste où brille le soleil noir de Rancé ! En un mot, l’infini du néant lumineux, voilà ce qui effraie certains ayant lu les vies narrées par le fondateur de l’ OCSO

car ce livre relate précisément l’histoire de quelques-uns qui de leur vivant purent entrevoir quelque-chose de cet infini, non celui de pacotille et fort approximatif que nous montrent les poètes mais celui que l’on ne peut pressentir sans commencer à mourir, en lâchant peu à peu le monde qui passe et que l’on ne connaît que trop, pour le monde à venir dont il n’y a rien à connaître si ce n’est l’éternel bonheur de ne plus jamais rien connaître de chacun des éléments dérisoires de ce monde déjà trépassé dont au final il apparaît que rien ne valait vraiment la peine d’être connu. Il fallait bien , après avoir inutilement parlé de l’épée, ainsi qu’après toutes ces vaines et tortueuses digressions, il fallait bien y arriver à ce désert ou toi et moi ne pouvions que nous rencontrer !

Falcophil:

– Avec cette différence que le désert vu par Sophie me rappelle la couverture d’un livre

Tandis que vu par toi, il ne m’évoque guère plus que les dernières lignes d’un roman.


(H.G.Wells: La Machine à explorer le temps)

51 Comments to “VANITES” »

  1. BOF! says:

    Tu as omis ma réponse:

    A en juger par tes travaux plastiques ou du moins par le commentaire que tu en donnes:

    http://falcophil.info/ifotos/

    N’es-tu pas toi-même un grand amateur de

    « VANITES » ?

  2. Falcophil says:

    Effectivement, reprenons alors ce vocable comme intitulé du billet.

    Tu noteras cependant que la vanité ne saurait apparaître s’il n’y avait

    la pleine lumière pour éclairer son spectacle ! Si tout n’était que du vent, nous ne verrions même-pas que tout n’est que du vent.

  3. Ichthus says:

    Thomas Merton auteur qui promettait beaucoup avec sa « Nuit privée d’étoiles » mais qui par la suite entretint de discutables accointances avec le bouddhisme dans cet esprit naïvement oecuménique favorisé par l’après concile.

  4. BOF! says:

    D’ après le théologien Romano Guardini, Bouddha serait la seule autorité sprirituelle qui mériterait d’être confontée à Jésus, ce avec quoi je suis entièrement d’accord en ajoutant que sur le plan philosophique et comme en parallèle, Schopenhauer serait le seul philosophe athée digne d’être confonté à Thomas d’Aquin.

  5. Falcophil says:

    S’il s’agit de vanités certains penseurs antiques pourraient tout autant te convenir. L’auteur de la “brieveté de la vie” par exemple.


    Mathias Withoos (XVIIème): « MORS OMNIA VINCIT »

  6. BOF says:

    Je n’aime pas ce tableau, le buste de Sénèque a comme un air d’orgueil dominateur.

  7. Falcophil says:

    N’est-ce pas ce vers quoi mène la prétention de faire son salut par l’autonomie de ses seules forces ? Théologiquement, l’orgueil de l’auto-rédemption porte un nom, le pélagianisme, Schopenahuer en était sans doute plus imprégné que quiconque.

  8. BOF! says:

    Quel orgueil pourrait générer un système où il s’agit avant tout de reconnaître que le moi empirique et subjectif n’est qu’une illusion, un fallacieux mirage provoqué par une « causa sui » paradoxalement nommée « Volonté » ? Le bouddhisme n’est pas loin, il n’ y a pas plus d’ en soi de l’égo qu’il n’y a d’en soi d’une maison, assemblage éphémère et transitoire d’éléments divers, portes, fenêtres, tuiles, momentanément réunis, pour être à jamais dispersés.

  9. Falcophil says:

    Cela n’empêchait pourtant pas Schopenhauer de dire « ma » philosophie quand il parlait de son système car c’est bien à partir de sa seule et unique assise qu’il prétendait arriver à « ses » conclusions supposées salvatrices. Au demeurant,il faut bien que j’aie l’intuition d’un moi réel pour évoquer le caractère illusoire du Moi. Comment pourrais-je reconnaître un mirage si je n’avais pas quelque connaissance du réel ? je ne peux dire que quelque chose est inconsistant si je n’ai pas au préalable expérimenté la consistance. La question n’est pas celle d’un moi qui serait en soi illusoire mais bien plutôt de savoir quel moi serait illusoire.

  10. Erato says:

    Un aphorisme de Schopenhaeur m’a particulièrement frappé:  » Celui qui pourrait toujours se représenter un visage vieilli de 40 ans, serait en mesure de traverser la vie sans trop de difficultés »

    Je me plais souvent pour ma part à me représenter quelque quidam traînant son accablement vers l’an 70 de notre ère, dans telle ou telle rue de Pompéi et qui aurait pu avoir l’imagination assez forte pour se représenter les lieux 2000 ans après, tels que nous les voyons maintenant. Gageons que c’êut été le baume le plus efficace pour appaiser sa douleur!


    (Pompei: rue et tour de Mercure, il y a 2000 ans et de nos jours.)

  11. Sophie says:

    Quelle chose purifiée que cette ruine qui semble davantage ouverte à la grâce de l’azur !

  12. Bab-One says:

    Si on pouvait en faire autant avec certains coins de Paris !

  13. Falcophil says:

    Ah oui ? Lesquels ?

    J’en ai fait sauter quelques-uns !

  14. Erato says:

    @ Sophie

     » Quelle chose purifiée que cette ruine qui semble davantage ouverte à la grâce de l’azur ! »

    Pourrais-tu développer ?

  15. Bab-One says:

    @ Falcophil

    En particulier, le 5eme arrondissement, j’y traîne un chagrin d’amour.

  16. Falcophil says:

    Je n’ai pas beaucoup opéré dans le 5ème.

    J’ai seulement dynamité la rue Soufflot,

    ayant connu là maints déboires inhérents à ma vie d’étudiant raté. ( A gauche vers le fond se trouve, ou plutôt se trouvait, une fac de Droit)

    On prend sa revanche comme on peut !….

  17. Erato says:

    @ Sophie

    Puisque tu ne réponds pas , je vais te dire ce qu’il me semble avoir saisi de ton propos.

    La vraie poésie me semble aller de pair avec la ruine car elle n’est que ce qui reste d’un ensemble dont la plupart des éléments sont enlevés. Ruine et poésie sont filles d’élagage et d’érosion, dépouillées de vacarme et de superflu, d’autant plus aptes à nous évoquer l’éternité qu’elles persistent dans une humble réalité diminuée mais riche de l’essentiel.

    Ruine et poésie, dans leur intense pauvreté confondent le clinquant du riche et la fatuité de son faux brillant. Ce qui jadis évoquait faste et puissance a disparu, ne survit qu’une dense faiblesse , celle de la ruine et de la poésie, deux soeurs qui dans leur fragilité détiennent la plus grande force, celle de s’obstiner à durer. On ne voit plus César sur son trône,

    on voit encore ses involontaires poèmes, la vulnérabilité de ruines qui toujours verticales continuent de trôner. On n’entend plus la voix de Louis XIV parlant du haut de son pouvoir mais parlant du haut de sa modestie, on entend toujours celle de Couperin au travers de ses vestiges pour clavecin. .

    Ruines et poésie sont fragments d’une totalité maintenant hors d’atteinte, dans leur indigence rudérale, elles apparaissent comme paroles délicates et chants discrets de temples et de palais invisibles, au delà de toute parole et de tout chant

  18. Bab-One says:

    Vous ne m’appaisez pas du tout, vos idées morbides me donnent encore plus le cafard !

  19. Falcophil says:

    C’est tout de même de toi que venait la demande !
    Tu voulais de la ruine, on t’en a donné !

  20. Thierry says:

    t’aurais mieux fait de lui conseiller d’ouvrir le gaz! Et puis t’es encore dans la digression, quel rapport avec Rancé ?

  21. Falcophil says:

    3h17 du matin !

    Je peux comprendre tes conseils sur le gaz par l’ exaspération que doivent causer de probables difficultés à t’endormir. Ce que je m’explique moins c’est qu’une nuit blanche puisse aussi soudainement susciter un tel intérêt pour l’abbé de Rancé !

  22. Thierry says:

    Justement! j’ai besoin d’un soporifique. C’est pourquoi dans la perspective d’une éventuelle nouvelle insomnie, si tu pouvais me préparer quelque-chose

  23. Falcophil says:

    En tant que métaphore de la démarche ascétique, la ruine ne peut que nous ramener à l’abbé de Rancé. Au départ du monachisme, il ya des ruines, celles du monde paien, avant de fonder sa règle, saint Benoît médite dans sa grotte auprès de ruines, celles d’un palais de Néron. La conversion de Rancé fut édifiée sur des ruines, celles de sa vie mondaine s’annonçant brillante mais qui soudain se dévoila comme cendre et sables quand mourut sa bien aimée. La persistance de la ruine en dépit de son aspect pauvre et plutôt misérable au rebours de la construction grandiose, disparue malgré son apparence de puissance,


    (Hubert Robert)

    ce pourrait être l’image du vrai moi qu’on ne voit pas et qui subsiste sur les ruines du faux moi que tout le monde voit. l’homme devenant moine ou d’une manière générale, s’étant converti,
    procède un peu comme l’artiste sentant qu’il va manquer son oeuvre parce qu’il la surcharge trop.

    Il doit alors opérer un travail d’épure, à la manière du temps dont l’érosion refaçonne le matériau par simplification et retranchement pour rapprocher la forme au plus près de la quintessence.

  24. Thierry says:

    Non seulement tu m’ennuies mais l’effet soporifique est nul.

    J’ai du mal à voir dans vos ruines une métaphore de l’ascèse, j’y verrais plutôt une parabole de …l’insomnie précisément. Les ruines ne sont qu’une réalité fatiguée, avachie, délabrée, analogue à ma situation présente et dont la persistance est fruit d’un sommeil impossible ou encore, semblables à une veille décrépite, encombrée du souvenir nostalgique et obsédant d’une plénitude anéantie pour toujours.

  25. BOF! says:

    Si cela peut te consoler, dis toi bien qu’il n’y a jamais eu de plénitude et qu’il n’y en aura jamais. En nous et autour de nous, tout n’est que ruines, à l’état de désir, nous sommes déjà des ruines puisque fragments d’une totalité qui nous échappe, à l’état comblé, il ya encore la ruine qui n’est que ce qui subsiste de la chose désirée, une fois qu’on l’a obtenue.

  26. Thierry says:

    Toi, moi et Falcophil, on devrait fonder un monastère pour épuisés.

  27. BOF! says:

    Et pourquoi pas ? Pourquoi un monastère devrait-il nécessairement accueillir des religieux et des croyants. ? Le monastère est toujours un point de vue d’où l’on jette le regard le plus critique qui soit sur le monde, on y trouve le vide libérateur contre l’accumulation futile, les longues heures de contemplation contre l’agitation inutile, l’essentiel contre l’inessentiel, n’importe qui d’un peu marginal peut y trouver son compte, le croyant comme le mécréant, l’homme pieux comme l’ecolo paien, le passionné de chants grégoriens comme l’adepte de la décroissance. L’imitation fut écrite par un moine qui ne sortait jamais de son couvent et pourtant, quel regard pénétrant porté sur le monde et sa “poursuite de vent”.

  28. Sophie says:

    Je te rappelle que le moine, ( du grec “monos” seul), étant essentiellement un solitaire, un monastère envisagé de ton point de vue athée serait surtout une juxtaposition de solitudes en ce qu’ aucune présence transcendante ne serait là pour faire converger chaque isolement. Il serait à l’image de nos société modernes, sociétés fragmentées, éclatées, destructurées, atomisées, où individus et communautés sont mis côte à côte, où l’on ne peut se rencontrer sur un plan réellement supérieur mais seulement être entraînés dans les surexcitations émotives des mouvements de foules et autres grands spectacles de divertissement. En ce sens , tu as raison, le monastère est un vrai contre système, un anti-monde où les rayons d’une roue se rejoignent au centre

    à l’inverse des collectivités séculière qui n’offrent rien de profond capable d’unir les personnes

    hormis des simulacres idôlatrés de sacralité. Car seule une transcendance personnelle peut réunir les solitudes, un peu comme les enfants d’une famille sont réunis autour des parents qui les aiment. Au sein de l’abbaye, le supérieur est l’image du Christ, de quoi pourrait donc être l’image, le chef d’une contemporaine communauté laïque ?

  29. Ichthus says:

    Sur la question de la conciliation entre mystique et pouvoir temporel, nous avions déjà évoqué la chose, concernant la monarchie de l’ancienne France. Tu t’étais montrée hostile

    http://falcophil.info/blog/2017/06/30/oxymore/#comment-5609

    mais tu sembles maintenant comprendre de quelle manière se pose aujourd’hui le problème, à savoir que soit nous avons le pouvoir sans sacré et cela ne donne que le haut fonctionnaire ou le Nabot I, II et III, soit on tente de réintroduire le sacré dans le pouvoir et cela donne Hitler, Staline et quelques autres figures sympathiques du même acabit avec bien sûr tous les degrés de nuances pouvant se présenter entre ces deux aspects de l’autorité politique moderne.

  30. Lucie says:

    C’est ainsi, le monde moderne c’est avant tout le progrès de la rationalité, c’est pourquoi il relève surtout de l’empire de la science. Il n’y a pas plus d’eau qui soudainement devient du vin ou d’homme qui monte au ciel lors d’une prétendue «Ascension », que de pouvoir donné par Dieu au moyen d’une huile sainte qu’une colombe apporterait dans son bec. Pas de fondement magique dans le pouvoir, n’en déplaise aux disciples de Maurras. Le pouvoir n’est qu’un rapport de force qu’il faut étudier et contrôler par une science nommé « politique », tout comme la montée au ciel est contrôlée par une autre science nommé « aérodynamique ». Tout cela n’est pas très enchanteur, j’en conviens car plus on est rationnel et scientifique, plus on désenchante. Certains ne l’acceptent pas, on fuit alors la science comme on peut, en allant notamment se réfugier en des lieux propices à entretenir des fables sur un homme qui nourrit une foule avec seulement 3 pains ou qui se relève des morts pour sortir de sa tombe, tout ce que réfute précisément la dimension du « phusykos » qu’ Aristote étudiait déjà et où l’on trouve de quoi satisfaire sa curiosité rationnelle mais sûrement pas de quoi nourrir ses rêveries. Certains n’ont toujours pas compris que le temps n’est plus où trois ne faisait qu’un et où le pain qu’on mange n’était pas du pain. Il y a ceux qui cherchant les enchantements, croient encore trouver l’unité autour d’un mythe et puis ceux qui s’intéressent au vrai savoir et qui ne trouvent donc d’unité que par des similitudes de démarches expérimentales au moyen desquelles on prend le risque d’être mis en question par le réel. A la rigueur , nous pouvons faire notre unité autour d’interaction de particules mais sans plus, c’est moins enchanteur que le vin qui soudainement devient du sang mais c’est plus honnête et plus lucide.
    Toute la différence se trouve entre ceux qui ont le courage d’affronter la connaissance qui désenchante et ceux qui préfèrent se gorger de Pater Noster, d’ Ave Maria, de Credo dont chaque terme est un outrage à la raison, ceux qui en d’autres termes fuient vers les magiciens et les enchanteurs, en ces lieux plus particulièrement nommés « cloître ». Pour reprendre une belle formule de Jean Rostand « Toute la différence se situe entre les téméraires qui croient qu’ils savent et les sages qui savent qu’ils croient. » (Ce que je crois) 

  31. Falcophil says:

    Sur la science qui désenchante, cela n’est pas non plus entièrement exact, on a déjà pu en discuter :

    http://falcophil.info/blog/2015/06/07/le-vicomte-poufendu/#comment-5067
    Pour le reste, fort heureusement, tu termines ta longue et plutôt inutile digression (Change un peu de disque! ) par un propos de Jean Rostand, ce qui me permet de rebondir en revenant à notre thème de la « vanité » par une autre citation du biologiste, rejoignant ce que H.G Wells exprimait de manière romancée  à la fin d’une histoire dont j’ai plus haut donnée une ample citation :

    «  L’espèce humaine passera, comme ont passé les Dinosaures et les Stégocéphales. Peu à peu, la petite étoile qui nous sert de soleil abandonnera sa force éclairante et chauffante… Toute  vie alors aura cessé sur la Terre, qui, astre périmé, continuera de tourner sans fin dans les espaces sans bornes… Alors, de toute la civilisation humaine ou surhumaine – découvertes, philosophies, idéaux, religions -, rien ne subsistera. Il ne restera même pas de nous ce qui reste aujourd’hui de l’Homme de Néanderthal, dont quelques débris au moins ont trouvé un asile dans les musées de son successeur. En ce minuscule coin d’univers sera annulée pour jamais l’aventure falote du protoplasme… Aventure qui déjà, peut-être, s’est achevée sur d’autres mondes… Aventure qui, en d’autres mondes peut-être, se renouvellera… Et partout soutenue par les mêmes illusions, créatrice des mêmes tourments, partout aussi absurde, aussi vaine, aussi nécessairement promise dès le principe à l’échec final et à la ténèbre infinie. »

    (Pensées d’un biologiste)


    (Abraham Van der Schoor: Vanité)

  32. Ichthus says:

    La vanité au buste de Sénèque porte comme titre :

    « Mors omnia vincit »

    Voilà, au bout du compte, la vraie devise de ces gens-là.
    Ce à quoi, nous avons quant à nous la fierté de pouvoir répondre :

    « oportet enim corruptibile hoc induere incorruptelam et mortale hoc induere inmortalitatem
    cum autem mortale hoc induerit inmortalitatem tunc fiet sermo qui scriptus est absorta est mors in victoria
    Ubi est mors victoria tua ? Ubi est mors stimulus tuus ? »

    ( Corinthiens I- 15-54.55)


    (Zurbaran: Saint François en méditation)

  33. Clio says:

    Dommage cette intervention si intempestive de Lucie, le thème de la ruine était intéressant, je me suis d’ailleurs souvent demandée pourquoi une telle thématique avait surgi en plein XVIIIème siècle où la pensée des lumières était pourtant plus propice à exalter le progrès de la connaissance plutôt que la ruine qui n’en exprime au fond que l’inanité.

  34. Sophie says:

    @ Lucie.

    Puisque tu te targues de figurer parmi les « sages », tu devrais savoir en ce cas que sagesse est synonyme d’équilibre et qu »en cela donc toute sagesse porte à condamner l’excès. Or ton rationnalisme n’est pas la raison, il n’en est que l’excès car vouloir tout ramener à la raison qui désenchante c’est méconnaître cette autre part de la raison qui tout autant veut enchanter. En ce sens, ta vision de la science qui devrait monopoliser la connaissance ne fait que produire de l’humain amputé. N’y aurait-il selon toi de vrai savoir que celui du physicien ramenant le nuage à des particules, excluant celui du poète pour lequelle le nuage est bien autre-chose ?

  35. Falcophil says:

    Savoir vient du latin « sapere » qui a du goût, de la saveur. Savoir et saveur sont donc liés. Or, un savoir comme celui vanté par Lucie, exclusif de toute autre approche que l’analyse, devient fatalement dénué de saveur, c’est un savoir altéré. Rien de plus insipide que les quarck et les électrons, ils ont beau composer la cerise, celle-ci a tout de même du goût. Lucie viendra t-elle nous dire que c’est là une fausse connaissance , un savoir illusoire parce que les composants de la cerise n’ont pas de goût ? Ce dont nous parle les physiciens ou les chimistes est plutôt ennnuyeux parce que des plus réducteurs et le manque de sapidité propre à un savoir tel que le leur, il fallait bien qu’un Diderot (qui lui aussi ramenait tout à des particules et soutenait le déterminisme mécanique le plus stricte) l’éprouvât, pour que lassé de la froideur technique des planches de l’ Encyclopédie, il eût envie de retrouver quelques saveur en se délectant des ruines d’Hubert Robert. Cela pour répondre à la remarque effectivement intempestive de Lucie, ainsi qu’à la question de Clio sur le pourquoi des ruines au XVIIIème. Face à un rationnalité qui prétendait tout régenter et dont on pressentait probablement combien une telle démarche pouvait être pourvoyeuse d’ennui et de dessèchement, on ne voyait pas d’un trop mauvais oeil que la nature reprenne ses droits au travers de l’érosion entamant la pierre et de l’anarchique prolifération végétale. Dans un de ses « salons », Diderot soulignait que pour donner de l’intérêt à une construction, il fallait la ruiner, sans doute que la rigidité trop classique devait à la longue lui causer le même effet tout aussi assommant qu’une rationnalité trop rigide, il rêvait alors à des voûtes eventrées, à des fragments d’ensembles évanouis, pour…mais laissons lui la parole, il a exprimé la chose mieux que nous ne saurions le faire lors d’un salon de 1767 :

    « Dans quelle énorme profondeur obscure et muette mon oeil va-t-il s’égarer? A quelle Prodigieuse distance est renvoyée la portion du ciel que j’aperçois à cette ouverture ! »

  36. Bab-One says:

    Avec vos ruines,vos têtes de mort, vos goûts macabres, vous êtes tout simplement morbides. Vous n’êtes que des personnes maladives et malsaines. Je préfère ne plus revenir et vous laisser à vos pulsions mortifères.

  37. Falcophil says:

    Je crois que tu as mal suivi nos discussions. Le thème en est certes la vanité mais il y a deux types de vanité, la leur,

    qui peut se résumer en une formule :

    « Mors omnia vincit »

    Et la notre,


    (Zurbaran: Saint François en méditation)

    d’esprit tout de même un peu différent.

  38. Bab-One says:

    Désolée mais je ne comprends pas. Où est la différence ?!?!?

  39. Falcophil says:

    Je te laisse chercher.

  40. Ichthus says:

    Il aurait fallu que lui soit précisé le commentaire latin qui accompagne « notre » type de vanité, ce passage de la Vulgate que j’ai cité plus haut:

    « oportet enim corruptibile hoc induere incorruptelam et mortale hoc induere inmortalitatem
    cum autem mortale hoc induerit inmortalitatem tunc fiet sermo qui scriptus est absorta est mors in victoria
    Ubi est mors victoria tua ? Ubi est mors stimulus tuus ? »

    ( Corinthiens I- 15-54.55)

  41. Falcophil says:

    Lorsque ce corps corruptible aura revêtu l’incorruptibilité, et que ce corps mortel aura revêtu l’immortalité, alors s’accomplira la parole qui est écrite :  » La mort a été engloutie pour la victoire.  »
     » O mort, où est ta victoire ? O mort, où est ton aiguillon ?  »

    (Traduction Crampon)

  42. Thierry says:

    Comme dirait Lucie, le monde des enchanteurs et des magiciens, le monde où les morts sortent de leur sépulcre, , on peut lire les histoires de Stéphen King pour se distraire, c’est un passe-temps qui en vaut bien un autre mais quant à y croire…..

  43. Falcophil says:

    Stephen King! Holà comme tu y vas ! Le récit de Marc me semble pourtant beaucoup plus sobre ! Si tu veux vraiment un foisonnement de fantastique tu devrais plutôt aller voir les apocryphes ! Cela dit, qu’il puisse y avoir du fantastique dans tout cela n’est pas faux non plus. Qu’en dépit de la mort ignominieuse de leur maître, ses disciples s’en aillent prêcher l’espérance et la foi en sa personne, c’ est effectivement du fantastique, le retournement de Paul de Tarse qui d’ ennemi acharné, devient apôtre zélé, c’est encore du fantastique, tout comme cette folle capacité à se maintenir en vie avec un insatiable désir d’aller toujours au-delà, en dépit du fait que l’on n’entrevoie aucune finalité réelle . Et j’en reviens ici à mon propos initial dont le but n’était pas de se complaire dans l’imagerie macabre mais relevait uniquement de la visée apologétique en ce qu’il ne voulait que vous renvoyer à vos contradictions car si, pour reprendre un ouvrage déjà cité, c’est là tout ce qu’il nous faut espérer :


    (Jean Rostand)

    alors, l’artiste qui a peint ce crâne posé sur un livre (symbole du savoir)

    vous interpelle de la manière la plus saisissante qui soit par cette implicite question sur la raison pour laquelle il vous faut malgré tout reculer sans cesse les limites de la connaissance et de l’expérience poétique.

  44. BOF! says:

    Aucune raison à cela dont la seule raison d’être, est de tendre vers quelque chose même si cela ne tend vers rien, c’est tout simplement ce que Schopenhauer appelait « Volonté » mais inutile d’insister, les gens comme toi qui s’accrochent à leurs chimères ne pourront décidément jamais comprendre.

    Dis moi plutôt à propos de la photo illustrant le début de ton billet, quel est cet ouvrage ouvert sur un chapitre XIII, intitulé : » De la méditation de la mort » et qui en est l’auteur ?

  45. Falcophil says:

    « De la sainteté et des devoirs de la vie monastique », ouvrage majeur de l’abbé de Rancé. Une édition de 1846.

  46. BOF! says:

    ouvrage hélas non réédité, je suppose.

  47. Falcophil says:

    Si, apparemment il y a une réédition en cours,

    https://www.amazon.fr/Abb%C3%A9-Ranc%C3%A9-Saintet%C3%A9-Devoirs-Monastique/dp/3841699227

  48. BOF! says:

    Trop cher, je vais aller voir sur Gallica

  49. Lucie says:

    Je tiens à vous rassurer sur mon compte, je m’intéresse à bien autre chose qu’à des particules, moi aussi j’aime le goût de la cerise, moi aussi , j’aime la poésie, moi aussi j’aime la compagnie des philosophes, moi aussi j’ai lu Schopenhauer et si moi aussi je partage son incroyance, en revanche j’apprécie beaucoup moins son type d’athéisme que je tiens pour être celui d’un chrétien dégénéré (excusez le pléonasme!) . les athées que j’aime, Feuerbach et Nietzsche, affirment la vie et sa force d’expansion plutôt quê l’attrait pour la ruine qu’à l’instar de Bab-One, je qualifie moi aussi de morbide même si à dire vrai, le type de ruine représenté par Hubert Robert et dont se délectait Diderot ( Autre grand amoureux de la vie) pourrait aussi s’interpréter comme une victoire de la puissance vitale reprenant ses droits au travers de la persistance de la prolifération végétale et de l’activité humaine. La cerise n’est certes qu’assemblage de particules mais j’aime tout de même croquer dans la cerise pour jouir du goût de son jus sur ma langue. Où est la contradiction? Je ne suis qu’un assemblage de particules, tout comme l’est aussi le nuage, mais j’aime voir passer le nuage parce que moi aussi j’aime la poésie. Là encore, où est la contradiction ? Apprécie-t-on moins un film parce qu’on sait que tout ça n’est que montage, fiction, jeux d’acteur et qu’à la fin le rideau tombe ? Deux heures trente d’un beau film c’est toujours ça de pris sur quelques décennies d’une vie et quelques décennies d’une vie, c’est encore toujours ça de pris sur une eternité de non-être. C’est le véritable athée qui est victorieux de la mort tout simplement parce qu’il apprend à vivre avec. Ce sont les croyants qui sont victimes de la mort parce qu’ils ne veulent pas vivre avec et qu’ils la nient par leur mirage de résurrection. On ne pense plus à ce avec quoi on est réconcilié, c’est pourquoi vos vanités avec vos crânes ne me concernent en rien.. Je vous laisse donc à vos squelettes, à votre abbé de Rancé qu’il vaudrait mieux appeler abbé de ranci tant il empeste la putréfaction, tout comme je laisse BOF! à son Schopenhauer qui lui aussi empeste tout autant le cloître, la cave et le caveau.

  50. BOF! says:

    Une mouche qui traverse une pièce durant quelques secondes, voilà ce qu’est une vie, voilà ce qu’aura été l’aventure humaine, et elle parle de victoire sur le néant ! Elucubration de l’athéisme lorsqu’il se réclame d’un esprit aussi maladif que celui de Nietzsche ! Moi je parle d’une aristocratie de l’athéisme, je parle d’un athéisme olympien,celui de Schopenhauer, celui de Cioran, et toi tu viens me parler de Nietzsche! Un pauvre type qui tombait en dépression nerveuse parce qu’ il s’était fait rembarrer par une femme (Lou Andrea Salomé). Peuh! Et c’est un tel individu si fébrile et si fiévreux qui éventuellemnt se serait cru autorisé à traiter de faible (ou de ranci)un être d’une aussi grande force de caractère que celle d’ Armand Jean Le Bouthillier de Rancé !

  51. Ichthus says:

    « Ce qui ne te tue pas te rend plus fort », autant l’auteur de l’aphorisme avait raison concernant l’abbé de Rancé que pourtant, selon toute probabilité, il devait considérer comme un ectoplasme égrotant, autant il avait tort s’agissant de sa propre personne car s’il survécut à ses déboires ce ne fut qu’à l’état de larve impotente. D’ailleurs, aurait-il été aussi obsédé par la santé et les « bien-portants » s’il n’avait été lui-même aussi valétudinaire ?

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