( avril 30, 2018 )

De l’épée au désert.

De nouveau Sophie nous reproche de ne pas saisir, à l’évocation de certaines considérations sur le vent, la poussière, la Trappe et son « soleil noir »

, occasion d’élévation spirituelle en traitant du cloître et de l’archétype monacal plutôt que de rester empêtré dans une atmosphère belliqueuse toute en admiration pour le guerrier de jadis ou les « fallacieux soleil d’or et autres apparats de la mégalomanie politique ».
Si comme nous l’avions vu dernièrement le

guerrier de jadis offre un bon support de symbolique spirituelle, il est non moins vrai que le métier des armes pouvait autrefois tout autant apparaître comme préparant le mieux à l’ascèse spirituelle.

On notera déjà que la destination naturelle de l’aristocrate guerrier le plus authentique est celle du dépouillement monacal. Rappelons que Perceval finit par devenir moine, que saint Martin de Tours laissa tomber le glaive pour aller vers l’ennemi en brandissant la croix, que François d’Assise fut d’ abord fasciné par l’idéal chevaleresque avant de fonder son ordre , que saint Louis tendait de plus en plus vers l’austérité du cloître, que Jeanne d’Arc termina en martyre et comme sainte, que saint Ignace de Loyola se tourna vers le combat spirituel quand une blessure mit fin à ses fonctions militaires, et que bien plus tard c’est en encore un aristocrate officier qui finira sa vie en ascète chez les touaregs.

Le monastère ou la sainteté aimantent ainsi le véritable aristocrate dépourvu de tout esprit de marchandage, de calcul ou d’intérêt. L’épée du chevalier commençait d’ailleurs par la pointe et se terminait par la croix, la vocation de la fleur était de passer dans les cieux avait joliment résumé Antoine Blanc de Saint-Bonnet.

Sur un plan romanesque, c’est une atmosphère presque monacale qui enrobe un fort

(Valerio Zurlini: le désert des tartares)

où un officier passe la majeure part de son temps à scruter la pureté d’un désert, sa vie de soldat l’ayant préparé au combat le plus essentiel, le « grand djihad », quand, démobilisé,  seul, malade et abandonné de tous, il attend la mort en parvenant à sourire.
Le « petit djihad » comme préparation à la « grande guerre sainte » quoique tiré d’un hadith apocryphe n’en relève pas moins du plus bel apologue.
Un poète se souvenant de son expérience de garnison,

pensait qu’un véritable officier devait privilégier le silence du trappiste, n’ouvrant la bouche que pour laisser passer un ordre, tirant de l’ennui même de la vie de caserne, la grandeur cachée de l’abnégation. Pour en rester d’ailleurs au cas du trappiste et plus particulièrement du fondateur de l’ordre

le biographe note ici son « inclination militaire » qui le « poussait dans les lieux d’escrime ». Si l’auteur semble pourtant établir une antithèse en suggérant que:

« lorsque Louis XIV prît les rênes de l’Etat, la France se divisa, les uns allèrent combattre à l’étranger, les autres se retirèrent au désert ».

On pourrait tout autant y voir un parallèle entre services des armes et vie monastique.
De manière plus générale, Un apparent oxymore émerge sous Louis XIV, disons plutôt, les deux faces opposées d’une même médaille, sommet de puissance , sommet de renoncement, soleil d’or à Versailles, soleil noir à Soligny. Si le succès de Versailles est trop connu, on connaît moins celui de la Trappe. A peine 5 ou 6 moines quand Armand-Jean de Rancé arrive dans les marais du Perche, encore s’agissait-il de gens dont la vie relevait davantage de la sanction pénale que de la pénitence , près d’une centaine de reclus à l’indéniable vocation moins de 30 ans plus tard. De nombreuses candidatures qui affluent de partout, un intérêt venant des plus grand noms du temps, militaires, nous y reviendrons mais aussi littéraires, avec mesdames de La Fayette et de Sévigné,

philosophiques avec Malebranche et Leibniz, politique avec Jacques Ier , ex roi d’ Angleterre.

Quelques décennies après le succès de Sœur Angélique Arnaud, l’abbé de Rancé figurait à son tour parmi les « vedettes » de l’époque. On ne le perdait pas de vue dans les milieux mondains, ses ouvrages, sur les vies oubliées venues s’éteindre à la Trappe ainsi que sur les austérités de la vie monastique sont alors des « best sellers ». On n’imagine pas de nos jours un Dom Gérard Calvet rencontrer pareil succès à Saint Germain des Prés. Les vies et morts d’êtres denses et cachés étaient alors données en exemple tandis que de nos jours, les vies et morts de vaines célébrités ne sont que données en spectacle. Tout en ayant les yeux posés sur les grands du monde, on n’en gardait pas moins les mêmes yeux sur ceux qui renonçaient au monde et eussent préféré ne plus voir ses grands.

Au cœur de Versailles Madame de Maintenon parle de la Trappe comme d’une aspiration nostalgique. Le domaine de Rancé semble rester là présent, à la manière de cette boule de pain noir ramenée par « Monsieur » frère du Roi qui venant de faire un séjour chez les cisterciens de la « stricte observance », voulait montrer à une Cour très intéressée de quoi se sustentaient ceux qui avaient opté pour les plus grands renoncements. Imagine t-on lieux actuels de pouvoir manifester intérêt pour l’ordinaire de la grande chartreuse? A la Trappe on n’oubliait pas Versailles, symboles des péchés d’orgueil et de vanité mais à Versailles on n’oubliait pas non plus la trappe parce qu’on se savait pécheur. Lully, le libertin composant divertissements et ballets savait aussi quand il le fallait, orchestrer les plus poignants requiems et les plus profonds diaes irae. Le trappiste est mort au monde où il n’est cependant pas non plus mort pour tout le monde car si la Trappe méprise le monde, il s’agit d’un monde qui porte tout de même intérêt à ce mépris, ce qui des lors tendrait à démontrer qu’il n’est pas si méprisable.

On demeure par exemple étonné en présence d’un portraitiste attitré de gens les plus en vue d’alors,

Hyacinthe Rigaud

et qui se laisse entraîné aux fins fonds d’un cloître pour peindre l’homme  dont l’idéal est de ne plus être vu. On imagine mal de nos jours tel photographe spécialiste de « people » éprouvant le besoin de tirer le portrait d’un reclus dans quelque lointaine abbaye de province.

Le malouin nous rapporte que Bossuet toujours prompt à exalter le pouvoir terrestre n’oubliait cependant pas le fondateur de la Trappe auquel il envoyait ses oraisons funèbres afin que celui-ci fût mieux conforté dans sa fuite hors du terrestre néant. On pourrait trouver là encore contradictoire qu’un homme appréciant la pompe ait pu d’autre part en dénoncer l’inanité. A ces constants va et vient théologiques et littéraires de la grandeur à son néant, il serait d’ailleurs piquant d’associer quelques pendants plastiques tel ainsi cet artiste peignant d’abord le puissant tout en majesté pour s’attacher ensuite à le représenter ramené à presque rien

(Richelieu sur son lit de mort)

voire à totalement rien.

Simple regard de dérision sur la vacuité des grandeurs ? C’est ce que pourrait superficiellement conclure le nihiliste actuel. Le crâne de mort pour Philippe de Champaigne comme pour Bossuet (Ainsi que pour Rancé), est en fait un point d’appui (« Trappe » est d’ailleurs un terme patois qui ne signifie pas « piège » mais « marche » ou « degré ») d’où l’on peut s’élancer vers un summum

qui redescend vers nous et confère alors un peu de son plein éclat aux vivants d’ici-bas. De Rancé, le même nihiliste d’aujourd’hui ne retiendra que la fuite mais oubliera que c’est une fuite vers Quelqu’un. S’il est vrai que nous ne sommes rien, nous ne sommes cependant pas que des marionnettes, nous re-présentons quelque chose de ce Quelqu’un. Ainsi, quoique ne perdant pas de vue le néant, pouvait-on donner même au roturier un aspect des plus nobles,

( Philippe de Champaigne: Le prévost des marchands et les échevins)

tandis qu’aujourd’hui, les roturiers ne donnent que du néant, surtout ceux qui passent pour les plus nobles.

Néant des grandeurs mais la grandeur n’est pas non plus un néant car si la mort nous prend tout, c’est pour le restituer au centuple dont on a déjà quelque léger avant-goût. Notons au passage que la vanité comme genre à part entière est à l’époque un thème à la mode mais que toutefois, il s’impose plutôt dans les zones protestantes, apparaîssant assez marginal en terre catholique. Inséré dans le contexte plus global du grand sujet religieux, plus que jamais encouragé par l’Eglise romaine post tridentine, le néant d’une vie est rapporté à la figure spirituelle,

il n’y a pas de vanité en soi, à l’inverse de ce que pourrait suggérer un Peter Claesz

mais uniquement de vanité au regard de l’en soi qu’évoque la personne de la sainte et du saint. Le monde passe mais la sainteté porte en elle des paroles qui ne passent pas. On aura donc mieux compris que pour Bossuet comme pour Philippe de Champaigne, si l’homme et sa grandeur ne sont qu’inconsistance , ce n’est que rapporté à Dieu lequel redonne tout de même à l’homme quelque consistance et grandeur. Démarche plus logique et plus rationnelle car outre que le sentiment de ce qui est grand ne peut sortir du néant, cet autre sentiment de l’éphémère, si douloureux celui-là, ne peut aller sans l’intuition d’une joie inaccessible et secrète afférente à la plénitude pérenne.

Puissance sur les êtres et les choses, renoncement à toute puissance, tant sur les êtres que sur les choses, l’antinomie soleil de midi/ soleil de minuit n’est donc pas insurmontable.

A juste titre, a t-on fait remarquer la fois dernière que le Roi et son entourage étaient abreuvés de considérations sur la futilité des fastes et des pompes toujours sermonnés par des orateurs d’église eux-mêmes nourris des psaumes, de l’ ecclésiaste, du livre de Job, textes contenant déjà Cioran, délectation du nihiliste mais dépassant aussi Schopenhauer où le même nihiliste se trouve enlisé.

Louis XIV empli d’orgueil, imbu de grandeur, s’entendait dire ainsi que l’orgueil n’est que folie et que la grandeur n’est qu’illusion. On nous rapporte qu’il écoutait avec attention, le menton posé sur les mains elles-mêmes appuyées sur le pommeau de sa canne. On nous dira qu’il n’en tira aucune leçon, c’est à voir. Le Roi et sa Cour ne pouvaient entendre des centaines de sermons exaltant l’humilité, évoquant la même origine et le même sort qui attendent petits et grands, traitant de vertus cardinales et théologales sans que cela n’imprimât quelques marques dans leur être intime.


On avait probablement dû lire le psaume 147 au Roi, tout comme il devait également savoir, que le psaume 22, où il est dit « je suis un ver » est attribué à l’archétype de la fonction royale.

(Rembrandt: Le roi David)

A défaut, les mots de Bossuet ne lui avaient sûrement pas échappé.

On sait l’influence de ces orateurs ( Ainsi d’ailleurs que celle de Rancé) sur une Madame de la Vallière ex-favorite qui entra au Carmel. On sait aussi que Louis le Grand renonça finalement à ses aventures. Sans doute que le fait d’avoir entendu maintes fois Bossuet fustiger l’ excès ou Bourdaloue condamner l’impureté y fût-il pour quelque chose. Gageons que le soleil d’or doit avoir en tête le soleil noir assis près du crâne

(de celle qui fut sa maîtresse, disait-on) quand il termine ses jours dévotement après avoir, avec grandeur d’âme, dû affronter deuils et maladie ( ce que même le médisant duc de Saint-Simon était bien obligé de reconnaître!).

Ses obsèques donnèrent encore l’ occasion de rappeler le néant des grandeurs puisque l’historien nous dit que Massillon chargé de son oraison funèbre, montra du doigt les mots
« Louis le Grand »
Inscrits sur les tentures, et n’eût pour tout commentaire :
« Dieu seul est grand ».

On savait alors rappeler aux grands le sens de la limite en ramenant leur néant à la réalité la plus pleine. Néant, Dieu, on ne perdait pas de vue ces deux pôles qui donnent sa tension au livre de Qohelet. De ce poème, nous ne gardons que la première partie où il est question de buée, oubliant la seconde où il est aussi question d’Elohim. Notre néant n’est ainsi ramené qu’à du néant mais nous n’en n’avons pas moins l’audace et le ridicule de nous prendre pour Dieu. Fidèle à ses manières peu délicates, Céline demandait railleur à celui qui disait ne croire qu’en l’homme, s’il pourrait se faire qu’un jour la merde humaine cessât de puer.

On pourrait dire que le soleil noir fuit le soleil d’or à la manière du mouvement vers le désert lancé au IVème siècle par saint Antoine comme réaction à une reconnaissance officielle donnée par l’empereur Constantin. Les choses paraissent plus complexes concernant l’abbé de Rancé. Versailles représente certes tout ce que veut fuir la Trappe

mais Chateaubriand, toujours lui, propose une formule frappante par laquelle il paraît vouloir concilier puissance militaire et renoncement monastique:

« A l’abri derrière ses guerriers, et ses anachorètes, la France respire. »

L’historien du dimanche que je suis, aime à forger cette hypothèse que sans les Bourdaloue, les Bossuet

ou les Rancé insistant sur le néant des grandeurs, Louis XIV eut moins modéré ses ambitions que lui autorisait pourtant le puissance de son armée. Quoiqu’il en soit, L’expansion militaire de la France souvent reprochée au Roi soleil, fût somme toute assez limitée. Nos troupes ne s’aventurèrent pas plus loin que la Bavière ou le Palatinat, nos visées d’alors n’avaitent finalement d’autres buts que de protéger nos frontières du nord,

(Jacques Bainville: Histoire de France)

Sans rapport avec cette France issue de 1789 qui de Madrid à Moscou devait mettre toute l’Europe à feu et à sang. Louis XIV se repentit du moins d’avoir « trop aimé la guerre »,  nous n’avons pas souvenir de quelques regrets de ce type chez l’exilé de Sainte-Hélène.

La forteresse de Vauban d’un côté, de l’autre celle de Rancé. On  saisit l’intérêt de la première, on ne voit toujours pas en quoi la seconde permettait au pays de mieux respirer.

Un demi-siècle après Chateaubriand, un romancier, je ne sais plus dans quel ouvrage, sûrement l’un de ces deux-là :

rêve d’une ceinture de cloîtres qui auraient entouré Paris. Pour la protéger de quoi ? On comprend mieux le rêve de Huysmans si l’on considère qu’en fait de ceinture d’abbayes autour de la capitale,  il n’y a de nos jours, en dehors des zones urbaines constituées de quartiers dortoirs et de cités sinistres,  que centre commerciaux, hangars de tôle ripolinée abritant négoce de meubles, de télés , de lave-vaisselles , de moquettes, de hot-dog ou de hamburgers ainsi que parkings, distributeurs d’essence et incessants va et viens de métal et de moteurs. C’est aussi de cordon sanitaire dont parlait Huysmans et en particulier d’hygiène mentale.

Certes, l’on vendait et l’on se divertissait tout autant sous Louis XIV mais des institutions comme la Trappe nous rappellent précisément qu’il y a plus important que vendre et se divertir de même qu’une institution comme la noblesse interdite de travail parce qu’essentiellement vouée à payer l’ « impôt du sang », devait en principe nous rappeler qu’il y avait plus important que gagner de l’argent ou élaborer des plans de carrières. Toutefois, si sous Louis XIV maints éléments du monde intellectuel s’intéressent à la Trappe, l’intelligentsia sous Louis XV et Louis XVI travaille en revanche à déconsidérer l’idée même de vie monastique. De Voltaire à Diderot en passant par Condorcet ou Turgot, on inculque à l’opinion publique cette idée simpliste mais désormais tenace du moine fainéant, parasite, intolérant, inutile, névrosé, fanatique, obscurantiste, goinfre et libidineux. Le moine de Lewis et autres Melmoth de Mathurin, prendront la relève dans un contexte où progresse toujours plus la mentalité protestante que véhicule l’esprit franc-maçonnique. Le décret du 13 février 1790 et la loi de juillet 1901 exaucent amplement les vœux formulés dans cet ouvrage

quant à la suppression des ordres monacaux, pour le bien des individus et pour l’utilité de l’Etat. Soyons assurés que Monsieur Arouet n’aurait pas désapprouvé le temps du petit père Combes ( son fils spirituel à vrai dire) où l’on faisait appel à la troupe pour hâter les opérations d’expulsion. N’avait-il pas soutenu qu’il ne s’agissait que de cadavres à sortir de leur tombeau ? De nos jours, persiste le cliché, que ce soit l’image superficielle destinée à faire vendre ou l’œuvre qui se prétend sérieuse

Et l’auteur effacé de ces lignes a plus d’une fois entendu ces imbéciles remarques déjà notées ailleurs par un auteur autrement plus notable:

(André Frossard: Le sel de la terre)

L’amie et correspondante de Voltaire, Madame du Deffand, conseillait la frivolité à celui qui sentait le désespoir toujours là sous-jacent. Qu’il nous soit tout de même permis d’avoir pour avis qu’une Madame de la Vallière présente un peu plus d’allure ! Voltaire quant à lui, répondait à Pascal effrayé par les espaces infinis, d’oublier sa frayeur en considérant avec joie l’agitation incessante de Paris et de Londres. Là encore, mon estime est pour le second tandis que mon haussement d’épaules s’adresse au premier.

Frivolité, agitation futile, poursuite de vent et de vérités insignifiantes, si relève d’un truisme que de soutenir que tout cela n’est en rien l’apanage de notre époque, remarquons tout de même qu’au cœur de ces tares tout autant prisées par nos aïeux se trouvaient l’église et le monastère comme antidote aux forces immanentes voulant exclusivement accaparer l’esprit. L’image de la sainte sur le vitrail proposait une rupture radicale d’avec la mentalité horizontale des affaires, du négoce, du stricte empirisme inhérent à ce qui ne vient que de la terre. Aujourd’hui où les églises se vident quand elles ne sont pas détruites ou transformées en restaurant, la ligne horizontale ne rencontre plus de point de rupture mais se prolonge par l’image publicitaire. La sainte est remplacée par la pin-up, l’autre dimension du réel cède face au réel unidimensionnel, Marcuse ne nous aurait pas contredit sur ce point.

« A l’abri derrière ses guerriers, et ses anachorètes, la France respire. »

On ne se soucie plus des anachorètes et l’on étouffe car nous sommes encombrés de gadgets inutiles, conséquence paradoxale de cet esprit voltairien voulant que tout doive être utile, nous ne comprenons des lors plus l’intérêt de ce qui estau plus haut point inutile.

« A l’abri derrière ses guerriers, et ses anachorètes, la France respire. »

Le passage des premiers aux seconds était  d’ailleurs fréquent, un officier supérieur de l’époque ayant mené quelques campagnes de Louis XIV


(Maréchal Gigault de Bellefonds)

comptait parmi les plus fervents admirateurs de l’abbé de Rancé et la Trappe devait d’ailleurs attirer beaucoup de militaires. Etant préparé au sacrifice, au continuel côtoiement de la mort, il leur restait à devoir affronter cet ultime et plus essentiel combat, celui là même qui devait attendre le lieutenant Giovanni Drogo.

 
C’est ainsi que de l’épée nous passons au désert.

Le grand désert de Saint Bernard, du temps où l’épée avait forme de croix

Puis, quand l’épée fut remplacée par le fusil, un désert d’esprit un peu différent mais encore d’une certaine tenue.

Enfin, celui de Samuel Beckett , en nos temps de téléguidages et de télécommande.

beck

(Souffle)

41 Comments to “De l’épée au désert.” »

  1. Sophie says:

    Je suis plutôt réticente à l’égard de ce que tu écris. D’abord parce que j’éprouve la plus grande réserve concernant un auteur tel que Bossuet qui exalte la puissance terrestre, se compromet avec l’arbitraire du pouvoir royal pour venir ensuite en dénoncer l’inanité. Tu nous dis qu’il n’y a point, là, de contradiction mais tu tombes dans un tortueux raisonnement pour nous l’expliquer. Je préfère de loin Fénelon, plus sincère, plus entier, plus cohérent, plus direct, plus courageux, qui n’hésitait pas dans son Télémaque à présenter une dénonciation à peine voilée de louis XIV et de son goût pour le faste et la guerre et qui pouvait se permettre de dénoncer les pompes parce qu’il vivait sobrement, à l’inverse de l’Aigle de Meaux convaincu d’aimer la Trappe mais à la seule condition de n’y rester que quelques jours pour déguster de nouveau le luxe et la bonne chère, une fois rentré chez lui.
    . Tu établis un curieux parallèle entre la Trappe et Versailles, selon toi deux faces d’une même médaille mais je comprends mal tes contorsions intellectuelles. Si à Versailles, quelques-uns pouvaient s’intéresser à la Trappe, cela ne devait sûrement pas dépasser le stade de la curiosité mondaine, surtout suscitée par la personnalité atypique de l’abbé de Rancé. Celui-ci fuyait bien Versailles comme on fuit un navire en perdition car c’est bien de cela qu’il s’agissait, d’un monde perdu depuis toujours, celui de Mammon, abhorré par les pères du désert dont Rancé se voulait l’héritier, celui relevant de ces 3 grandes tentations durant les fameux 40 jours, univers du néant dont les mirages séduisent la plupart mais radicalement incompatible avec ce que recherche la vie monacale.

    Enfin et surtout, cette idée que la vie militaire serait propice à nous diriger vers l’ascèse spirituelle, voire la sainteté, relève selon moi davantage d’une affabulation romanesque que d’une observation lucide. Les « vies » de Rancé nous en donnent précisément plusieurs exemples. Que beaucoup de gens de l’armée aient pu rejoindre la Trappe, cela n’était en rien favorisé par l’ esprit militaire mais résultait plutôt, du moins en partie, de la saturation écoeurée, issue de toutes les débauches qu’occasionnait leur vie de soldat. Entre les vices et les tueries, on voit mal ce qui pouvait prédisposer à l’ascèse spirituelle, la narration concernant l’ex-grenadier Dom Muce illustre en particulier mon propos. Sans rapport donc avec un idéal chevaleresque qui les aurait préparé à devenir moine mais bien plutôt un retournement, psychologiquement assez inexplicable et dont le plus magistral exemple avait été donné 2000 ans plus tôt par Paul de Tarse.

  2. Falcophil says:

    Je ne parlais bien évidemment pas du militaire du rang ou du soudard de bas étage mais d’une vision aristocratique de la guerre. Mais nous n’allons pas revenir sur cette question, nous nous y sommes déjà plus que trop attardés.

  3. Sophie says:

    Certes mais qu’il me soit tout de même permis d’insister sur cette prétendue « vision aristocratique ».La relation de Rancé concernant un autre trappiste, le frère Palémon est à cet égard suffisamment éloquente. Issu de la noblesse italienne, l’aristocratique Louis Tana comte de Santéna, avant de devenir le frère Palémon « suivit le parti des armes et fut dans cette profession tel que sont presque tous ceux qui s’y engagent : le plaisir, la gloire et l’ambition furent ses idoles.», Sans doute que ce furent toujours là les idoles du monde profane mais apparemment, même l’aristocratie ne semblait pas échapper à cet envoûtement. Quoiqu’il en soit, Rancé avait peut-être eu dans sa jeunesse une « inclination militaire » , ses écrits ne paraissent cependant pas dénoter une bonne opinion de l’armée.

  4. The warrior says:

    Si par vision aristocratique, il faut entendre la capacité de placer une distance entre soi et son petit moi corporel, mondain, limité, futile, hédoniste et que caractérise notamment l’impatience (surtout de nos jours où il faut le satisfaire au plus vite), alors assurément que cette vision existait et existe chez le vrai guerrier et qu’ elle pourrait se traduire par cette fameuse phrase prêtée au maréchal de Turenne

    à la veille d’une bataille (Peut-être celle de Sasbach où il fut tué) :  » Tu trembles vieille carcasse mais tu tremblerais davantage si tu savais où je te mène ». Cette phrase Rancé aurait très bien pu la prononcer ainsi que tous ceux qui l’avaient rejoint car ils étaient sûrement tout imprégnés de cette vision qu’elle portait quant à la mise à distance de son moi empirique. Qu’un tel état d’esprit puisse en amener plus d’un au cloître, je n’en doute pas mais, et c’est ici que s’arrête mon accord avec l’auteur de l’article, car loin d’y voir une quintessence , j’y verrais plutôt une dégénérescence, concernant du moins une démarche telle que celle de Rancé, tant est elle implique cette haine du corps et de la vie que l’on a pu à juste titre reprocher au christianisme.

  5. Falcophil says:

     » Tu trembles vieille carcasse mais tu tremblerais davantage si tu savais où je te mène ».

    C’est en effet une fort judicieuse citation du Maréchal de Turenne dont on peut probablement dire que Rancé aurait pu la faire sienne et je regrette de ne pas y avoir pensé au moment où je rédigeais mon texte.
    Il est cependant dommage que tu sois incapable de déceler la connotation quasi religieuse qui se trouve déjà impliquée dans les propos de Turenne. Tu le pressens pourtant toi-même quelque part puisque tu parles d’une distance à mettre « entre soi et son petit moi corporel, mondain, limité, futile, hédoniste etc.. » ce qui sous-entend que le moi illusoire qui passe par la « carcasse », dépouille imminente et charogne en puissance, est tenu en mépris, au nom d’un moi plus profond, plus caché, plus secret, plus énigmatique, Moi non visible et in-conceptualisable, ne renvoyant à aucune aucune image (Et en cela, on peut y voir un « désert »), Moi où siège le domaine des valeurs, non celles que l’on se forge pour cacher sa faiblesse mais celles qui s’imposent à nous malgré nous. Ce moi profond, c’est déjà la transcendance et donc le religieux et donc le mystique. Certaines grandes traditions religieuses ne disent d’ailleurs pas autre chose pour résumer l’un des aspects essentiels de leur enseignement:
    « Le Moi qui dit moi n’est pas le vrai Moi » affirme Lao Tseu et qui sait même si le nirvana des bouddhistes ne renvoie pas également à ce moi authentique et secret ( Car il faut bien qu’il y ait toujours un Moi, fût-il d’une essence infiniment plus délicate pour pouvoir éprouver la délivrance) et la « vieille carcasse » dont parle Turenne, c’est un peu le « vieil homme » évoqué par saint Paul, le vieux moi déjà putréfié, plus qu’à moitié envasé dans la mentalité de marchandage, de calcul et de lucre et dont on a vu plus haut qu’elle avait constitué l’antithèse de l’état d’esprit d’un Godefroy de Bouillon et de beaucoup de ceux qui l’avaient suivi

    (Voir notamment)
    http://falcophil.info/blog/2016/06/07/croisades/comment-page-1/#comment-5341

    (Ainsi que)
    http://falcophil.info/blog/2016/06/07/croisades/comment-page-1/#comment-5346

    Dès lors, Nul doute que cet esprit aristocratique de la fonction martiale présentait une certaine dimension religieuse qui prédisposait à l’ascèse ou au cloître . Que la noblesse du temps de Louis XIV ayant déjà bien amorcé sa décadence, en fût passablement dépourvu, comme semble l’indiquer l’histoire du comte de Santéna devenu frère Palémon, relève d’une autre question.

  6. ICHTHUS says:

    Tu n’as évoqué que de manière trop brève , la figure de sœur Angélique Arnauld. Significatif aussi que durant la période ayant immédiatement précédé Rancé, la famille Arnauld ait également attiré l’attention de certains des plus grands noms artistiques et littéraires du temps (Pascal, Philippe de Champaigne, Racine… )

    Dans la France d’alors, le patronyme Arnauld représentait des sommets de spiritualité où il n’était question que de rapport entre grâce et liberté, d’âme et d’éternité.

    Tandis que dans la France d’aujourd’hui, le patronyme Arnault représente des sommets d’accumulation pécuniaire et de magouilles financières parrainant des sommets de laideurs prétendument artistiques et où il n’est avant tout question que d’investissements, de résultats comptables et d’optimisation fiscale.

    A chaque époque l’Arnauld(t) qui lui convient….

  7. ICHTHUS says:

    « j’y verrais plutôt une dégénérescence, concernant du moins une démarche telle que celle de Rancé, tant est elle implique cette haine du corps et de la vie que l’on a pu à juste titre reprocher au christianisme. »

    Lamentable confusion entre ce qu’on appelle la « vie » et cette pauvre petite enveloppe charnelle qu’on appelle le « corps », proie facile pour le markéting et la publicité au service du chiffre d’affaires, confusion propre à notre époque où l’esprit martial a laissé place à la mentalité commerciale.

    Confusion d’autant plus consternante qu’elle émane d’un quidam dont le pseudonyme est « The warrior ».

  8. BOF! says:

    L’aristocratie et la vie militaire préparant à l’ascèse spirituelle voire à la nuit sanjuaniste. Grotesque !

    D’abord quelle aristocratie ?

    Ces pantins futiles de Versailles dont Saint Simon n’a guère donné de portrait flatteur ? Ces petits hobereaux arrogants et prétentieux dont Turenne, justement lui, ainsi que Vauban disaient qu’il était impossible d’en faire de bons soldats tant ils étaient indisciplinés ?

    Quelle vie militaire ? L’anglais Arthur Young, ayant beaucoup parcouru le pays à la veille de 1789, notait dans ses récits de voyage en France : « Aux tables d’hôtes d’officiers, vous ne trouverez que volubilité obscène et absurde ». Ce que confirmait pour l’Allemagne, quelques décennies plus tard, Schopenhauer qui côtoyant au quotidien des officiers à l’auberge où il dînait, déclarait ne les avoir jamais entendu parler de rien d’autre que de femmes et de chevaux.

    Nous-même, fort d’une expérience de 12 mois, au temps du service obligatoire, avons pu constater que la sainte trinité du milieu militaire se résumait aux 3 B ( Boire, Bouffer, B…), les officiers que nous transportions, en qualité de conducteur de cars, ne tenant pas des propos de beaucoup plus édifiants que ceux des troufions.
    Et des personnages aussi dérisoires seraient donc supposés être des préparations à l’échelle de saint Jean Climaque ? Ridicule !

    Des conversions du type de celles qui sont narrées par l’ abbé de Rancé s’expliquent par bien autre chose que par une vision chevaleresque de la guerre, vision relevant surtout de fictions littéraires et cinématographiques, puérilités pour adultes attardés dont semblent imprégnés les imaginaires de certains visiteurs de ce site. Mais j’arrête là, comme dit Falcophil nous n’avons que trop parlé de cela, c’est le seul point avec lequel je sois d’accord avec lui. –

  9. Falcophil says:

    Je ne vois pas ce qui peut vous déranger dans cette idée que la fonction militaire pouvait jadis (et d’ailleurs même aujourd’hui) présenter une dimension proto-religieuse, les souffrances au combat ainsi que l’omniprésence de la mort, choses inhérentes à la fonction de soldat ( laquelle était avant tout la fonction des nobles d’antan , « Bellatores » par rapport aux « Oratores » et « laboratores », une fois encore ne confondons pas le principe et sa dégénérescence) , rien d’étonnant à ce que tout cela vous place en présence de quelque chose de fondamental, propre à favoriser notre sortie du « personnage dérisoire » synonyme du moi illusoire, englué dans les « 3 B » (Non seulement trinité du « troufion » mais aussi sacro-saintes hypostases du bourgeois) pour une réalité plus essentielle, celle qui touche à la Personne (Le vrai Moi au-delà du moi). De l’acceptation du sacrifice de sa vie au Sacré auquel on veut con « sacré » sa vie, il y a même origine étymologique nous faisant mieux comprendre pourquoi le courage au champ de bataille peut nous mener à la volonté de gravir l’échelle de saint Jean Climaque.

  10. Fidelis says:

    Il est certain qu’il existe des affinités entre le calme du vétéran et l’humilité du saint, le premier est un réchappé du combat, le second un réchappé de la vie, le premier, survivant de fortes angoisses et de fortes blessures, a fait un premier pas vers l’Être, le second, survivant à des angoisses et des blessures peut-être plus fortes encore, s’y est avancé encore plus profondément.

  11. Sophie says:

    Que voilà de bien étranges propos !

  12. Falcophil says:

    Un auteur cité plus haut, semble dire quelque-chose d’ avoisinant :

  13. Sophie says:

    L’ Être ? A-t-on loisir de penser à quelque chose d’aussi abstrait dans l’état paroxystique du combat ?

  14. Falcophil says:

    L’Être est nécessairement paroxysme en tant qu’il relève d’une extrême limite ( je ne puis le définir sans le présupposer puisque je me vois obligé de dire « est » pour en parler !) En tant que paroxysme, c’est déjà un au-delà de la vie ordinaire, le paroxysme n’étant que soi-même dépouillé des routines « Frivolités, agitations futiles, poursuite de vent et de vérités insignifiantes ». La maladie, l’angoisse et la proximité de la mort, c’est déjà le voisinage de l’Être car c’est presque déjà soi-même à l’état nu, à l’état brut, à l’état pur. En ce sens il y proximité entre l’homme malade et l’homme au combat, 2 manière de percevoir l’Être au travers du dépouillement de tous les décors, costumes, rôles, oripeaux et pacotilles constituant la trame de notre personnage. Maladie et guerre, on peut y survivre soit au sens de « vivre après », c’est-à-dire, vivre de nouveau comme avant, auquel cas on n’aura rien appris, soit on peut y SURvivre au sens de « vivre au-delà », de ce qui naguère était notre vie. En ce cas, dans un premier temps, le regard pourra se faire olympien et distant, on est alors en présence de quelque-chose d’essentiel mais dans un second temps, on franchira peut-être la porte qui mène au cloître car on est alors en quête de Quelqu’un d’Unique et de Fondamental.

  15. Sophie says:

    Après avoir perdu ton temps à traiter de thématique militaire voilà que tu recommences avec tes propos abscons de philo ! S’il s’agit d’abdiquer son petit égo, ce avec quoi je suis tout à fait d’accord, nul besoin d’aller au champ de bataille, la compassion patiente, secrète et muette de quiconque, avec le plus total dévouement, assiste au quotidien la personne alitée et malade, c’est ce qu’il y de plus propre à nous mettre en présence de l’essentiel, de l’ « Être » si tu préfères, voilà ce qui nous donne le dédain pour les frivolités du monde, ce qui nous permet de le dépasser par la mortification d’une sensualité toujours prompte à nous pousser vers les vaines distractions et les sollicitations mensongères de Mammon . La présence persévérante et cachée auprès du malade, c’est le meilleur héroïsme dans la plus noble des guerres pour la simple raison que cela passe complètement inaperçu et ne donne droit à aucune reconnaissance, à aucune médaille, à aucune distinction. Nulle vanité qu’on puisse en tirer pourvu de faire en sorte que nul regard ne soit posé sur vous, encore moins le regard du malade, trop fatigué pour vous regarder. A l’école du renoncement, on apprend beaucoup plus en vidant discrètement chaque jour un pot de chambre de grabataire plutôt qu’en vidant au grand jour un chargeur de fusil !

  16. BOF! says:

    Voilà pourquoi l’abbé de Rancé confiait aux postulants issus de la noblesse, la tâche de vider les vases d’aisances !

    ce qui à vrai dire nous fait retomber dans l’ontologie, Antonin Artaud n’avait-il pas dit que « là où ça sent la M…, ça sent l’être ? »

  17. Mimosa says:

    Blanc de Saint-Bonnet !

    Probablement pris dans ta bibliothèque à la lettre « B » entre Barruel et Bonald ! Votre admiration nostalgique pour la société d’Ancien Régime vous porte à des affabulations sur un passé que vous connaissez mal ou du moins, de manière très partiale et assez peu rigoureuse. Ne concernant que le XVIIIème, puisque c’est celui-ci qui t’ occupe, il suffit de renvoyer à ce que pensaient de l’aristocrate, les écrivains du temps. Par exemple Voltaire dans sa Lettre X de ses « Lettres philosophiques » ou encore Beaumarchais dans l’ acte V, scène III du Mariage de Figaro, c’est plus que suffisant pour nous faire toucher du doigt la bêtise d’une caste imbue de l’illusion de sa supériorité.

  18. Fidelis says:

    Il est tout de même plutôt risible de reprocher une évocation sans rigueur du passé tout en parlant de manière générale et sans discernement de l’Ancien Régime, notion qui couvre environ 3 siecles et dont en conséquence, on devrait bien se douter qu’elle englobe les aspects les plus divers. Sur le même registre, relève de la plus crasse ignorance que de prendre comme un bloc homogène une réalité aussi complexe que la noblesse qui présentait plusieurs stratifications économiques et sociales et pour laquelle une fine analyse est évidemment impossible et d’ailleurs hors de propos dans le cadre de cette présente discussion.

  19. Thierry says:

    Pour apporter une note d’humour et d’originalité à vos discussions trop sérieuses, pourquoi ne pas donner la citation d’Antonin Artaud en version plus complète:

     » Là où ça sent la merde
    ça sent l’être.
    L’homme aurait très bien pu ne pas chier,
    ne pas ouvrir la poche anale,
    mais il a choisi de chier
    comme il aurait choisi de vivre
    au lieu de consentir à vivre mort.

    C’est que pour ne pas faire caca,
    il aurait fallu consentir
    à ne pas être,
    mais il n’a pu se résoudre à perdre
    l’être,
    c’est-à-dire de mourir vivant.

    Il y a dans l’être
    quelque chose de particulièrement tentant pour
    l’homme
    et ce quelque chose est justement
    LE CACA. « 

  20. Falcophil says:

    cette abondance de références excrémentielles était peut-être originale du temps d’ Antonin Artaud mais de nos jours elle relèverait davantage du lieu commun !

    Quoiqu’il en soit, plutôt que de nous infliger les délires scatologiques de cet esprit passablement dérangé, j’eus préféré une relation de ta récente visite chez les cisterciens de Timadeuc !

  21. Thierry says:

    Je te l’ai dit, je n’ai pu visiter et me suis vu contraint de n’en voir que la façade extérieure.

  22. Sophie says:

    Je me rappelle un peu de cet endroit, il me semble qu’il ne s’agit là que de l’hôtellerie. En principe rien ne devait donc t’empêcher d’y faire une retraite de quelques jours. A partir de là, en insistant, tu pouvais poursuivre plus en profondeur au sein de l’enceinte non pas celle qui est objectivement visible et que, en effet, on ne visite pas (Les moines tenant à ce que leur paix soit préservée, redoutent les superficielles intrusions touristiques) mais celle qui ne renferme que tes lieux intérieurs.

    Bien sûr, cela impliquait que fût laissée pendant un certain temps à l’extérieur, la « bagnole » et toute la futile sophistication technologique dont elle est le symbole .

  23. BOF! says:

    Dommage que le véhicule stationné devant l’abbaye ne soit pas militaire, cela aurait pu illustrer les élucubrations du blogueur sur la vie du soldat comme propédeutique à l’amour de Dieu !

  24. Falcophil says:

    Qu’à cela ne tienne, je peux forger mes propres images pour illustrer mes « élucubrations »!

  25. Erato says:

    La citation de Turenne à propos de la « vieille carcasse » me paraît pourtant très appropriée, il me semble que dans sa rudesse de soldat bourru, le militaire exprimait déjà, à l’état brut, ce qui est dit de manière plus délicate à Géthsémani :

    « L’esprit est prompt mais la chair est faible ».

  26. Ichthus says:

    Pour évoquer ce qui nous retient à l’extérieur du château de l’ âme, Sainte Thérèse d’Avila parle de reptiles, trop fine qu’elle était pour évoquer également le caca qui semble attirer beaucoup de gens tels les BOF! et autres Thierry. Certes, il apparaît certain que du temps de la sainte, ce genre d’insectes scatophiles ne devait pas être encore très répandu. Sur ce plan là comme sur bien d’autres Luther était un précurseur !

    Pour répondre maintenant aux insanités superficielles de Mimosa s’agissant de la noblesse d’Ancien régime, je lui suggère la lecture d’un livre fort instructif

    https://www.amazon.fr/Gentilshommes-campagnards-lancienne-France-Vaissi%C3%A8re/dp/2905563087/ref=sr_1_fkmr0_2?s=books&ie=UTF8&qid=1528726382&sr=1-2-fkmr0&keywords=pierre+de+vaissiere+gentilhomme+de+l%27ancienne+france

    Plutôt que de faire référence à des lieux communs tirés de vieux souvenirs de lycée, cet ouvrage peu connu (Sinon des historiens spécialistes de l’Ancien Régime) la changera un peu du caractère scolaire de ses références littéraires, probablement puisées dans un vieux Lagarde et Michard.

  27. The warrior says:

    @ Erato

    L’attitude de Turenne relevait d’un courage que je qualifie de « stoïcien », c’est en soi une sagesse strictement terrestre qui à l’inverse du christianisme, ne spécule pas sur un au-delà hypothétique entraînant le mépris pour la chair et la corporéité mais se contente, en ne comptant que sur les seules forces humaines, de régler son existence suivant des principes purement naturels parce que conformes à la « nature » de l’homme, capable par essence de dompter le corps. Un héros de Homère ou un samouraï de l’ancien Japon auraient très bien pu approuver le propos plus haut cité sur la « vieille carcasse ». Cela n’est en rien religieux, sur ce point, Falcophil se fourvoie complètement. Ce qui n’empêche certes pas d’y voir une marque de force spirituelle, à la seule condition de ne pas tomber dans cette autre erreur consistant à confondre l’esprit et le surnaturel.

    @ Ichthus

    Je pense pour ma part qu’il existe un lien de parenté entre les grenouilles de bénitier genre Sophie et les insectes coprophiles genre BOF ou Thierry.

  28. Sophie says:

    @ Ichthus

    Les reptiles dont parle la sainte d’Avila pourraient également évoquer les polémiques stériles auxquelles vous vous attardez et qui vous empêchent de passer le seuil de la première demeure.

    @ The warrior

    L’esprit, n’est-ce pas déjà du surnaturel ? Le concept d’arbre que je ne perçois que par mon esprit, ce n’est déjà plus tel arbre sur telle terre, c’est un arbre transfiguré qui dépasse l’organique. C’est un arbre qui est à la fois partout et nulle part. Il possède le don d’ubiquité, la corruption ne saurait l’entamer, il n’est plus vraiment du monde, il porte déjà la marque de l’infini. Et c’est bien ce que l’on peut reprocher à toutes ces morales hédonistes qui ne prétendent à rien d’autre qu’aménager au mieux l’immanence, elle ne veulent rien savoir de cet infini inscrit au coeur de l’homme, elles relèvent d’un mental plutôt étriqué, dépourvu d’ambition parce qu’elles veulent ignorer l’abîme que je porte en moi et qui ne peut provenir que d’un abîme encore plus profond. La sagesse qui ne veut que la terre est beaucoup trop sage pour être qualifiée de sagesse. Ramenée aux seules vertus cardinales (Prudence, justice, tempérance et force) cette sagesse est finalement plate et ennuyeuse et c’est plus particulièrement le cas de toutes ces sagesses grecques, stoïciennes et autres épicuriennes. Pour dissiper l’ envie de bailler qu’elles finissent par nous donner tôt ou tard, il leur fallait davantage, il fallait leur ajouter une vibration d’infini, il leur fallait la sensation du vertige, il leur fallait la tension vers une autre dimension des choses, il fallait leur adjoindre tout cela au travers des vertus théologales (Foi, espérance, charité) qui devaient venir couronner les vertus cardinales, il fallait en un mot qu’elles fussent christianisées

  29. Thierry says:

    @ THE WARRIOR

    Je ne suis pas un coprophile,
    je rêve simplement à ce qui est

    LOIN

    De leurs verticalités grisâtres
    Qui puent
    Le morne TOC
    Le morne TAF
    Les mornes TICS
    Et les mornes TAC! TAC!
    Sur les mornes claviers

    Ah ! pouvoir fuir là-bas, FUIR
    Au plus
    LOIN
    Vers les déserts
    LOIN
    De leur feu et de leurs vers
    Vers les vrais déserts
    Vers les vrais silences
    Les vrais déserts encore purs
    Des tripotages militaires
    Des compagnies pétrolières
    Des touristiques laideurs
    Au plus LOIN
    Au désert
    Se retourner alors et JOUIR
    De voir les doigts du vent
    Effacer toutes traces
    Les doigts de vent
    Inlassables
    Qui forment et reforment
    La pureté
    Effaçant toute trace
    Même les miennes
    Surtout les miennes
    Par dessus tout
    Les miennes.

  30. Falcophil says:

    Pas besoin de fuir très loin, rester dans sa chambre peut suffire pour que le bord d’une table devienne le bord du monde.

    http://falcophil.info/ifotos/?dir=Cataclysmes&pic=Le+bord+du+monde

  31. Sophie says:

    Il y a danger d’orgueil car tu brûles les étapes, l’humilité exigerait que tu te contentes d’abord d’entrer dans les « premières demeures » !

  32. Falcophil says:

    je pense m’y trouver en ce moment. La sainte d’Avila avait oublié de mentionner que les premières demeures abritent une bibliothèque aussi vaste que celle de Borges. Je viens notamment d’y trouver l’ouvrage évoqué par Ichthus et je ne vois pas où est l’incompatibilité entre le fait d’être en un tel endroit et le fait de feuilleter cet excellent travail d’historien.

  33. Sophie says:

    De cette vaste bibliothèque, la sainte en parle implicitement lorsqu’elle nous dit qu’au sein des premières demeures, les âmes sont encore tout imprégnées de l’esprit du monde et notamment de ses oiseuses discussions. Tes livres ne sont rien d’autre que la vanité que l’on emporte avec soi et ta propension au savoir pédantesque est aussi incompatible avec l’avancée vers l’intérieur du château que pouvait l’être l’austérité de la Trappe avec les fastes de Versailles ou encore la futile noblesse des cours italiennes du XVIème avec saint Louis de Gonzague qui en était issu et dont tu as sans doute oublié que cette journée finissante en était la fête.

  34. Thierry says:

    Les gens qui interviennent sur ce site sont tout de même des personnes plutôt étranges et contradictoires.

    – Falcophil et ses propos déconcertants sur la noblesse futile de Versaille et les macérations de la Trappe, le tout présenté comme les 2 faces d’ une même médaille !( ça veut dire quoi au juste, j’avoue n’y avoir pas compris grand-chose !)

    – Ichthus, catho intégriste et donc en tant que tel supposé être un partisan de l’orthodoxie la plus stricte mais qui exprime pourtant son admiration pour l’hérésie janséniste.

    – Sophie, catho post conciliaire, pro Bergoglio, catholicisme donc réputé plus cool, plus moderne, plus ouvert, plus décontractée mais que fascine pourtant l’abbé de Rancé dont la terrible austérité tient ( influence du jansénisme ?) d’un catholicisme dépassé ( la simple curiosité m’a ce matin poussé à entrer dans une église où j’ai pu voir des filles en mini-jupe ainsi que des femmes en super décolleté, assister à la messe ! ) et prône une vie monacale tellement dure qu’à mon sens, elle doit probablement rebuter même les plus sévères cisterciens d’aujourd’hui.

    – Et enfin moi-même qui dans un mauvais pastiche de Mallarmé exprime mon aspiration vers les lointaines puretés des déserts tout en avouant effectivement me complaire dans le caca.

    Reconnaissons quand même que nous sommes tous plus ou moins des désaxés et que si la foi est l’expression d’un équilibre, c’est qu’en dépit de toutes vos belles phrases, il ne doit pas s’en trouver beaucoup d’authentique sur ce forum.

  35. Sophie says:

    Thierry,

    J’admire en effet le pape François et je pense que le concile Vatican II a été l’un des plus grands moments de l’Eglise qui se doit d’entretenir le sens historique en sachant s’adapter aux évolutions du monde et en ne se figant pas dans des formes et des approches qui ont pu correspondre à des époques révolues ainsi qu’à des mentalités qui ne sont plus celles d’aujourd’hui, ce qui ne veut absolument pas dire qu’il nous faille pour autant abandonner la tradition, ce que refusent de comprendre les Falcophil, Ichthus et autres Fidelis. A cet égard, je suis la première à déplorer certains dérapages que l’on s’autorise parfois dans un esprit « post conciliaire » souvent mal compris et détourné de son sens. Les filles en mini-jupe qui assistent à la messe en sont un exemple que j’ai pu moi aussi observer dans certaines paroisses dont il est consternant que les responsables ne rappellent pas à plus de pudeur et à moins de provocation dans les tenues.
    Concernant l’abbé de Rancé, j’avoue mon embarras ayant été la première à évoquer cette figure sur laquelle Falcophil est venu surenchérir avec en effet les idées bizarres qu’il aime à cultiver. Quelqu’un ayant alors évoqué les vies cachées des moines dont on ne pouvait rien dire, je m’empressai aussitôt de citer un ouvrage que je lisais à l’époque

    pour répondre que l’on pouvait au contraire beaucoup en dire. C’était peut-être maladroit de ma part, ce genre de référence devrait être manié avec beaucoup de précaution et tu as raison de rappeler que la figure de Rancé exprime peut-être un catholicisme un peu vieilli en ce qu’il se ressent beaucoup de l’influence janséniste, conceptions dont on comprend mal en effet qu’elles puissent tant susciter l’admiration d’Ichthus, vu les dégâts qu’elles ont pu causer dans la foi du petit peuple catholique de par les trop rigoureuses mortifications qu’elles exigeaient pour que l’on puisse accéder à la table eucharistique. (Quelques élus seulement étaient d’ailleurs prédestinés à y assister, c’était là tout le côté inacceptable du jansénisme !), ce qui ne pouvait qu’en detourner plus d’un de la pratique sacramentelle car à quoi bon communier si le sacrement n’est plus un soutien mais une récompense! ( c’était grosso modo l’idée soutenue par le « Grand » Arnauld) . Mais on peut après tout comprendre que les Ichtus et autres Falcophil puissent admirer l’esprit de Port-Royal étant donné son caractère élitiste (disons même entaché de gnosticisme) eu égard à la mentalité aristocratique dont ils ont la prétention de se targuer, ainsi que l’esprit anti-démocratique (et disons aussi imprégné d’orgueil) qui peut les caractériser.

    Si je devrais maintenant évoquer ces vie cachées des moines dont il y a énormément à dire , je me contenterais d’une simple image, celle que je scanne et que j’envoie à Falcophil et que je lui demande de publier, afin qu’elle puisse servir, à lui ainsi qu’à ses congénères, de leçon d’humilité.

    Quoiqu’il en soit relire les « Vies et morts des moines de la Trappe » serait peut-être plus intéressant si la lecture en était parallèle à un fort bel ouvrage récemment paru sur le même thème: « Un temps pour mourir » de Nicolas Diat, aux éditions Fayard.

  36. Ichthus says:

    J’ai surtout écrit que le patronyme « Arnauld » représentait un état d’esprit où l’homme affrontait la question de son rapport avec l’éternité, alors que l’ « Arnault » d’aujourd’hui n’est que représentatif de la stricte horizontalité comptable et quantitative de notre temps. Si je n’ai jamais dit approuver l’hérésie janséniste, je n’en exprime pas moins en effet mon admiration pour la noble austérité de ses grandes figures. Evoquer les conséquences délétères du jansénisme appelle d’ailleurs des nuances. Qu’il ait pu en détourner plus d’un de la pratique eucharistique est sans doute vrai mais ne mettons pas non plus de côté tout ce qu’il a pu inspirer en termes de beauté solennelle et de gravité dans les choses sacrées (ce que l’Eglise actuelle ferait d’ailleurs bien de méditer au regard des attitudes plus que désinvoltes plus haut rappelées auxquelles on pourrait ajouter bien d’autres exemple tels que, prie-Dieu supprimés, églises qui ressemblent à des salles de spectacles, génuflexions et agenouillements abandonnés (Il est vrai que l’attitude de Bergoglio n’est pas des plus exemplaires!), Le jansénisme apporte par ailleurs sa pierre à l’édifice du grand classicisme français illustré entre autres par la peinture de Philippe de Champaigne. Ici, nous voyons l’esprit de Port-Royal inspirer un art simple, solide, minimaliste et profond comme une tragédie de Racine , sans rien de pompeux ou de ronflant à l’inverse des vers de Hugo, d’une chair lointaine mais relevant aussi d’un mystere minéral étrangement proche, bien planté dans la matière et pourtant déjà emportée vers l’éternité, antithèse radicale des relâchements baroques qui allaient nous mener plus tard à la touche vaporeuse d’un Watteau, expression des prémisses d’un monde en déliquescence. Il y a loin de ces personnes à la charpente pérenne, campées par Philippe de Champaigne, aux doucâtres zombies de l’embarquement pour Cythère, Maurras aurait pu dire que se résume là tout ce qui peut séparer la vigueur pudique du classicisme de la fébrilité maladive du romantisme. Sur le plan du style, le jansénisme était en phase avec la sobre grandeur des sermons de Bossuet lequel ne l’avait jamais franchement condamné, sans doute parce qu’il devait retrouver beaucoup de lui-même chez les partisans le l’augustinus. Une fois encore, l’Eglise actuelle ferait bien de méditer les considération d’Antoine Arnauld sur une Eucharistie dont la signification est aujourd’hui fort mise à mal par un certain laxisme post conciliaire qui sous influence protestante, désacralise la liturgie, enlève à la messe beaucoup de sa dimension mystique et sacrificielle pour la ramener à une cérémonie commémorative, (Autels qui ne sont plus de pierre mais que tables en bois recouvertes d’une simple nappe !), plus particulièrement en ces temps où l’on autorise de plus en plus la communion aux personnes en situation d’adultère ( Bergoglio une fois encore, ne donne pas le bon exemple, et que dire des ambiguités de son amoris laetitiae !). La suprématie de la mentalité profane et séculière est-ce cela cette « évolution du monde » à laquelle, selon Sophie l’Eglise devrait s’adapter ? Ce « sens historique » qu’elle se devrait d’entretenir ? Chaque époque a d’ailleurs les voix religieuses qui lui correspondent. Jadis, c’était les voix puissantes de Bourdaloue et de Bossuet qui résonnaient à l’occasion des obsèques du grand soldat, de la moniale ou de la sainte, pour la France d’aujourd’hui, nous avons le curé style Renaud période loubard (et que Nabot Ier avait emmené avec lui pour sa visite au Vatican) qui éructe aux obsèques d’un gueulard de music- hall dont on nous dit qu’il va « foutre le bordel au paradis » ou celles encore se produisant sur cette même scène de spectacle pour déverser leurs chansons à l’eau de rose, propres à séduire beaucoup plus la pisseuse et la midinette que l’esprit en quête de transcendance.

    L’Eglise de Bossuet avait tout de même de la gueule tandis que celle de Bergoglio…..

  37. Mimosa says:

    Un curé, Guy Gilbert, qui se veut proche des exclus et des déshérités, ça les dérange, par contre un autre curé, Bossuet, plus à l’aise chez les aristocrates de Versailles que dans les zones de pauvreté, là, ils admirent ! Il est vrai qu’ils ne tarissent pas d’éloges pour l’Ancien régime, sa noblesse et ses privilèges alors que la République et ses principes d’universalisme et d’égalité, ça les rebute ! Et pourtant ils se disent chrétien ! un autre contradiction que pourrait signaler Thierry !

  38. Fidelis says:

    Toujours les mêmes poncifs !

    S’il est vrai que tu sors tes citations des Lagarde et Michard, tu y trouveras quelques extraits de Bossuet dénonçant la pauvreté de son temps (Pour cela il faudrait peut-être que tu laisses un peu tomber le volume consacré au XVIIIème et que tu ailles voir celui consacré au XVIIème si tant est que tu en aies fait l’acquisition !) Le billet aurait d’ailleurs dû insister sur le fait que les orateurs religieux concernés ne s’adressaient pas tant aux petits qu’aux « grands » du royaume et que leurs discours sur la « vanité des pompes » n’avaient pas pour but de maintenir les humbles dans leur condition subalterne mais de ramener les puissants à plus de modestie. Il aurait pu ajouter qu’il ne s’agissait pas d’avantage de donner quelques justification à la fatigue de quelques bourgeois désoeuvrés qui auraient traîné leur « inconvénient d’être né » mais bien plutôt d’instruire ceux qui se sentaient importants par un constant rappel de leur peu d’importance. Et il aurait surtout fallu insister sur cet autre fait qu’on serait tout de même en droit de se demander si parmi l’entourage de nos actuels dirigeants, politiciens arrivistes, hommes d’affaires , banquier, petit potentat local ou grand dictateur, il s’en trouverait beaucoup qui pourraient se permettre de leur faire publiquement remarquer qu’ils ne sont que des vers car c’est bien de la condition vermineuse des « grands » dont il était souvent question dans les sermons de ces grands orateurs sacrés.

  39. Bab.One says:

    Reste à nous expliquer le problème de savoir comment on peut dénoncer la vanité des fastes et des pompes tout en se plaisant à vivre dedans !

  40. Bab.One says:

    Autre problème, cette phrase:

    « le sentiment de ce qui est grand ne peut sortir du néant, cet autre sentiment de l’éphémère, si douloureux celui-là, ne peut aller sans l’intuition d’une joie inaccessible et secrète afférente à la plénitude pérenne. »

    ça veut dire quoi ?

  41. Falcophil says:

    – Je note cette significative répétition du mot « problème ». Il apparaît qu’effectivement le malaise des gens de notre temps tendrait à ne porter que sur des « problèmes » d’où cette importance démesurée qu’ a pris pour eux la technique car celle-ci ne résout que les problèmes, qu’ils soient mathématiques, pratiques ou affectifs. C’est la différence essentielle d’avec les hommes et les femmes de jadis. Ils avaient eux aussi des problèmes qu’ils tentaient également de résoudre par leur technique mais ils avaient tout de même quelque chose de plus, comme le rappelle le billet, ils se savaient pécheurs. Aujourd’hui, le mot péché a quasiment disparu du langage puisque les hommes n’ont plus que des problèmes, le péché n’étant plus quant à lui qu’un problème parmi d’autres, de culpabilité ou d’angoisse que doit résoudre la technique psychiatrique ou encore d’insertion sociale que doivent résoudre d’autres techniques, politiques, pénales ou socio-éducatives. N’avoir que des problèmes revient à n’être qu’un produit du monde mais se sentir pécheur, c’est déjà dépasser le monde puisque c’est sentir que l’on s’est détourné de quelque-chose de fondamental, d’irréductible aux obstacles d’ordre pratiques et matériels accaparant la majeure partie du mental de nos contemporains. A Versailles, on se rappelait toujours du péché quand bien même on était pris dans un tourbillon de fêtes et de distractions ( A noter tout de même que Versailles n’était pas que cela mais aussi lieu de pouvoir et de gouvernement, la seconde phase du Versailles de Louis XIV se rapprochant d’ailleurs d’avantages de la Trappe que du plaisir mondain !). Car se sentir pécheur va bien au delà d’un problème, c’est aussi une nostalgie, un rappel de la source divine dont nous sommes issus et dont nous nous sentons désormais séparés. Bossuet aimait le faste mais se sachant pécheur, c’est à dire homme cédant peut-être un peu trop facilement aux mirages des sollicitations sensibles ( S’il fut grand écrivain et grand homme d’ Eglise, il n’a cependant jamais été soutenu qu’il fût un saint), il ne s’en rappelait pas moins d’une réalité infiniment plus haute rendant ce faste dérisoire tandis qu’aujourd’hui, le faste ne serait plus qu’un problème d’ordre technique, d’ascension sociale pour les ambitieux ou de justice sociale pour les envieux. Jadis, hommes et femmes se rappelant donc de leur source divine, ils regardaient alors plus facilement vers moines et moniales dont la vocation est de s’en rapprocher au plus près, dès cette vie éphémère et transitoire. D’où les fréquentres visites de Bossuet à la Trappe, d’où la fascination que pouvait exercer l’abbé de Rancé, d’où le succès de ses ouvrages au sein même d’un monde que l’on aurait pu croire complètement immergé dans les mondanités frivoles. ( Je note au passage quer si les vies et mort des moines de la Trappe connurent un fort succès auprès des contemporains, je doute qu’il en soit de même concernant un livre portant sur le même thème, récemment paru et dont il a déjà été question plus haut, les « best sellers » de notre temps concernant plutôt les ouvrages de Guillaume Musso ou de Virginie Despentes !)

    Nous sommes de moins en moins en mesure d’éprouver ce genre de nostalgie dans un monde où débarassés de tout sentiment du péché, on est tout simplement seul avec pour seule occupation des problèmes à résoudre, un monde qui ne pouvant ainsi plus recevoir aucune grâce (nécessairement donnée par l’accepation du mystère qui nous dépasse) ne pourra dès lors que se contenter d’aménagements techniques et de problèmes résolus.

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