( juin 30, 2017 )

OXYMORE

D’aucuns nous trouvent donc aussi dérangé que l’ingénieux hidalgo avec nos rabachages sur la chevalerie,

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nous reprochant de nous enliser dans la mystique guerrière et d’être incapable de

mystique tout court parce que nous tardons à passer au palier supérieur de ces autres archétype que sont le moine et le saint.

Quelqu’un ayant suggéré le stade intermédiaire de « moine-guerrier », on a presque poussé des cris d’orfraie, ce qui devait amener un intervenant à conclure qu’avant de vitupérer un « oxymore », il faudrait davantage réfléchir à « ces mondes aujourd’hui révolus, aspirant à mettre les contraires en symbiose plutôt qu’à nos contextes actuels où l’on semble ne savoir résoudre une antithèse que par ablation de l’un de ses termes. »

Notons effectivement que si l’on peut, à la rigueur, admettre l’idée du moine guerrier s’agissant du shaolin voire du templier, l’image semble cependant devenir plus incongrue s’agissant d’ un contemporain.

Thierry d'Argenlieu

Etant alors plutôt enclin à la raillerie, on forge ainsi le sobriquet de « carme naval » et il devient en ce cas intéressant de se demander pourquoi cette version moderne de l’oxymore parvient plus difficilement à la synthèse. La chevalerie teutonique relevait aussi du sacerdoce mais aujourd’hui son activité ne relèverait que d’un simple service de sécurité, autrement dit, d’une prestation technique.

On peut recevoir ce précepte soutenu par le Bushido que l’archer atteint d’autant mieux la cible que son coeur est pur mais le propos ne paraît plus défendable quand l’arc est remplacé par le fusil mitrailleur. Chose étrange de prime abord car pourquoi viser la cible en appuyant sur la détente ne demanderait-il pas tout autant de sérénité intérieure et donc de pureté de coeur que l’acte de bander un arc ?

Remarquons alors qu’une connotation mystique semble s’attacher de façon quasi spontanée au guerrier de jadis et que c’est de manière pour ainsi dire naturelle que chaque élément de sa panoplie se transmue en métaphore spirituelle. Dans l’epître paulinienne aux éphésiens (qui reprend les métaphores d’Isaïe LIX: 17-18 et de Sagesse V: 17-20 ), le bouclier est image de la foi qui résiste, l’épée est image de l’esprit, le casque est image du salut. Imagine t-on pareil rapprochement s’opérer avec les ustensiles du soldat moderne ?Le fusil mitrailleur, le tank ou la grenade sont choses trop mécaniques pour permettre un voisinage de polémos et de théos. Que l’on considère Arjuna,

Arjuna

héros de la baghavad gïta, poème guerrier dont Gandhi avait fait son livre de chevet! C’est encore effectivement, de manière spontanée que l’archer est associé au combat spirituel, sa flèche est comme le trait de l’esprit partant vers l’appel de la dimension supra-humaine. En revanche, quelle image de transcendance pourrait évoquer ce descendant de l’archer qu’est l’artilleur avec son canon ou son missile ?

On imagine sans peine un ange tenant une épée

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mais tenant une kalashnikov cela tournerait à la caricature.
L’épée nous parle sûrement plus que le fusil d’assaut, plus évocatrice de substance spirituelle comme si nous perdions en essence, ce que nous gagnons en puissance.

Reconnaissons que toujours plus de perfectionnement technique atrophie toujours plus nos aptitudes à la symbolique spirituelle. Le cheval, le Roi , l’épée, la lance, le prince ou le château, autant d’archétypes nés il y a bien longtemps et continuant de nourrir notre imaginaire. En revanche, quelle puissance de symbole pouvons nous tirer d’une automobile, d’un supermarché, d’un frigidaire, d’un pilote de drone ou d’un…président de la république ?

Au passage on notera de nouveau que suivant l’époque, l’archétype du héros s’adosse à un archétype de construction, temple ou cathédrale pour le chevalier médiéval, pure construction mécanique pour la version moderne de l’esprit chevaleresque

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Dans la logique de ce qu’avaient déjà entrevu des pionniers de l’architecture moderne comme Walter Gropius ou Le Corbusier, si le temple était la référence de tous les édifices d’autrefois, la machine devait être le modèle de ceux d’aujourd’hui

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Le Corbusier: vers une architecture

L’automobile devenant d’ailleurs la cathédrale des temps modernes, comme on a voulu le montrer, non sans ironie dans un ouvrage désormais célèbre.

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(Roland Barthes: Mythologies)

Je me demande d’ailleurs ce que peut signifier dans un tel contexte cette idée d’un objet comme « messager de la « surnature », dès lors que c’est toujours plus de « pure nature » qui porte à évacuer la surnature. La beauté du chrome pourra faire un temps illusion mais nous remarquerons tôt ou tard que la surnature évacuée, il y aura désormais toujours moins de nature et toujours plus de mécanique.

Que toutefois nous imprègne encore vraiment la surnature alors pourraient subsister les plus fortes possibilité d’harmonie des contraires, entre la mécanique et la transcendance, entre l’utilitaire et l’esthétique.
A propos de cette dernière antinomie, signalons que pour l’homme de jadis, il n’est pas suffisant que cela serve, il faut aussi que cela soit beau. Concernant plus particulièrement le plan militaire, on pourra noter qu’alors que le canon d’aujourd’hui n’est que froideur technique,

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on reste par ailleurs pantois face aux merveilles de ciselures que présentent certaines pièces d’autrefois.

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(Canon autrichien du XVIème, Invalides)

Probablement que beaucoup trouveront déplacé que l’on ait eu jadis le souci de faire du beau sur ce qui servait à donner la mort, triste mentalité de pur technicien incapable de fusionner les contraires. Sommes nous encore en état de comprendre ce dont parle Homère quand il décrit le travail d’ Héphaïstos forgeant le bouclier d’Achille sur lequel il grave la lune, le soleil, toutes les étoiles, l’ensemble des astres ? Un blockhauss n’est qu’un blockauss, un bouclier était plus, synthèse de l’univers chez Homère, résistance spirituelle chez Paul. Un château était spontanément plus qu’un ouvrage de défense, il parlait d’autre chose à Chrétien de Troye. Mais déjà une fortification de Vauban , véritable travail d’ingénieur, est-elle encore chargée de spiritualité ? Le poète d’antan trouvait occasion d’inspiration chez le guerrier d’alors, le soldat d’aujourd’hui ne dit pas grand chose au poète moderne, celui-ci s’en détourne avec dégoût à moins que tel un Francis Ponge, il préfère trouver son modèle auprès de l’arbre ou de la rivière.

Pour en revenir au moine-guerrier, on objectera certes qu’il est impossible d’être moine à quelqu’un dont la fonction est de tuer, ce à quoi on pourrait toutefois répondre que si la philosophie traditionnelle de la guerre m’accorde en tant que combattant le droit de tuer, c’est pour la bonne raison que mon adversaire se voit tout autant octroyer cette même prérogative à mon égard, chose que n’autorise plus vraiment la technique moderne, mon ennemi n’ayant plus que le droit d’être abattu comme du gibier lorsque bien caché à des milliers de kilomètres, je le pourchasse avec un engin téléguidé.

Le drone achève donc la mue de la guerre en pure opération technique dépourvue de connotation mystique. Les chansons de geste rapportent que les chevaliers qualifiaient les sarrasins d' »homme de l’engin », allusion a leur supériorité technique en laquelle ils soupçonnaient quelques subterfuges démoniaques. Le terme d' »engin » est d’ailleurs fréquent sous la plume de Joinville narrant la septième croisade. Les deux derniers « voyages » s’orientent vers des guerres d’ingénieurs, le déclin de la chevalerie n’est pas loin, on a vu déjà qu’il était contemporain de la mise en place des premières pièces d’artillerie. Au XVIème, Bayard, survivance chevaleresque, méprise l’arme à feu et fait pendre l’arquebusier. Marignan est encore une victoire de l’ancienne chevalerie mais quelques années plus tard, à La Bicoque, l’armée française est vaincue par les armes à feu espagnoles. La guerre deviendra toujours plus question de balistique. Dans la Débâcle, roman sur la guerre de 1870 , Zola parlera de Von Moltke comme du général qui gagnait les batailles à coups de mathématiques.

Un auteur évoquant ses souvenirs des tranchées

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souligne qu’un abîme sépare désormais la guerre industrielle de la guerre menée dans l’esprit de Joinville. Ce n’est cependant pas tout à fait exact, on peut trouver, cela fut dit plus haut, chez le soldat du temps,

ce même détachement stoïque, j’allais dire olympien, cette même froide et sereine description de la brutalité du combat qui frappent tant chez Joinville. Néanmoins, il y a effectivement une énorme différence. Tandis qu’au dessus de Joinville, trône un je ne sais quoi de présence sacrée, au dessus de Junger et de Drieu, il n’ y a rien, tout au plus un espace peuplé de présence satanique et dont l’atmosphère du chevalier de Dürer, plus chargée de métal que de mystique nous donne déjà l’image, rien qu’un ciel empli de ferrailles prêtes à vous broyer, rien que les déluges de plomb et d’acier orchestrés par les ingénieurs, les mathématiciens, les tacticiens et les politiques.

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81 Comments to “OXYMORE” »

  1. Fidelis says:

    Tu évoques à propos de ces combats décrits par Joinville, un « je ne sais quoi de présence sacrée ». Pourquoi ne pas préciser tout bonnement que ce « je ne sais quoi » n’est autre que la présence du Roi , la présence de saint Louis, présence chargée de sacré mais aussi proche présence corporelle car rappelons que le Roi se trouve parmi les combattants, qu’il encourt les mêmes risques et subit les mêmes souffrances. En revanche quelle autorité politique est présente auprès d’un Jünger ou d’un Drieu La Rochelle? Autorité distante, de plus en plus distante, non pas de cette distance d’un pouvoir venu d’en haut mais de cette distance d’un pouvoir de plus en plus hors d’atteinte parce que de plus en plus caché. Pouvoir comme tu l’as dit, d’experts, d’ ingénieurs et de techniciens, élaborant vaste plans Schiefflen, Barbarossa et autes overlord ou tempêtes du désert, distance désormais occulte d’un pouvoir anonyme dont nous ne sommes que les marionnettes(cf : American snipper !), tant concernant les citoyens (grotesques avatars des sujets) que le président lui-même (grotesque avatar du Roi).

    au dessus de Joinville flotte le manteau royal, couleur bleu de Chartres étoilé de fleurs de lys, sur la tête du soldat moderne surplombe un résultat de campagne électorale, sorte de produit publicitaire, lancé avec toutes les meilleures techniques du markéting.

    J’apprécie plus particulièrement ce passage de ton texte :

    « Le cheval, le Roi , l’épée, la lance, le prince ou le château, autant d’archétypes nés il y a bien longtemps et continuant de nourrir notre imaginaire. En revanche, quelle puissance de symbole pouvons nous tirer d’une automobile, d’un supermarché, d’un frigidaire, d’un pilote de drone ou d’un…président de la république ? »

    Après avoir parlé de l’archétype du guerrier, il serait en effet intéressant d’évoquer l’archétype du pouvoir politique encadrant son action.

    D’un côté, une autorité sacrée renvoyant à une autre dimension du réel, de l’autre un pouvoir que l’on peut ramener à un art du mensonge et de la séduction, jadis, ce qui essentiellement relevait d’une ontologie du pouvoir, aujourd’hui, une technique de conquête du pouvoir se traduisant par ce qui pour la majeure partie des cas ne dépasse pas le plan d’ une défécation dans une boite à scrutin.

  2. Falcophil says:

    Je n’ai parlé du président de la république que de manière adventice. La question politique ne m’intéresse à vrai dire que fort moyennement. J’aimerais mieux parler des implications d’ordre esthétique que l’on pourrait tirer du billet.

  3. Fidelis says:

    Roi ou président, la question est également esthétique.

    L’image archétypale du Roi remplit nos jeux, de cartes, d’echecs, ainsi que nos contes, de Perrault ou de Grimm mais quel conte ou quel jeu pourrait concerner l’image du président ? La personne du Roi est omniprésente chez nos plus grands auteurs, Homère, Sophocle, Shakespeare, Anouilh, Pirandello, Ionesco mais voit-on un grand auteur s’intéresser à la figure du président ? Notre livre sacré comporte un livre des rois, imagine t-on un texte sacré contenir un livre des présidents ? Le Roi inspire l’artiste, peut-on en dire autant du président ? On voit les peintres de jadis se surpasser en peignant les rois, Jean Fouquet et Louis XI, Clouet et François 1er, Philippe de Champaigne et Louis XIII, Rigaud et Louis XIV, Quentin de la Tour et Louis XV. Voit-on un artiste se surpasser par le portrait officiel d’un président ? Depardon grand photographe devient fade quand il représente Nabot II.

    Pendant longtemps, l’archétype du pouvoir fut le Roi, aujourd’hui, c’est le président, de la république ou du conseil, peu importe, la déchéance est la même.
    Un président !
    Quelle platitude !
    Quelle médiocrité !

    De même que les armes de jadis était spontanément évocatrices de réalités spirituelles, pouvoirs d’évocation qui se sont dissipés par l’effet du peaufinage technologique, il apparaît que contemporainement à ce même perfectionnement technique, le pouvoir politique s’avère lui-aussi toujours plus incapable de suggérer quoique ce soit de spirituel. C’est de manière spontanée que le Christ, nous dit que son royaume n’est pas de ce monde ou qu’il nous invite à prier pour l’avènement d’un règne. Peut-on l’ imaginer nous dire que son quinquennat n’est pas de ce monde ou nous inviter à prier pour l’avènement d’une présidence ?

    N’en déplaise à Bonald qui recommandait de n’être plus monarchiste d’instinct mais de l’être rationnellement, le Roi n’ayant toutefois désormais pas beaucoup plus de chance de revenir au pouvoir que Philippe Poutou d’ entrer à l’Elysée, ne restent hélas que l’instinct, l’esthétique et la nostalgie qui spontanément me portent vers les Louis IX , XII ou XIV plutôt que vers les Nabot Ier, II et III.

  4. Falcophil says:

    Pouvoir politique et poésie, un autre oxymore qu’il serait certes intéressant d’explorer.
    Alors que la monarchie d’antan offre maints exemples de symbiose entre deux termes plutôt antinomiques,

    img445
    (Hommage d’Edouard Ier à Philippe le Bel)

    On ne voit pas que pareille possibilité puisse être tirée de l’image d’un président. Je n’ai en tête que cette œuvre de Rauschenberg

    JFK

    mais s’agit-il du pouvoir politique en tant que tel ou du recyclage d’une image de consommation parmi d’autres ?

  5. Fidelis says:

    Le Pop Art récupère des images et des produits dégorgés par l’univers commercial et publicitaire. Du Coca faisait l’affaire pour Warhol, tout comme JFK faisait l’affaire pour Rauschenberg. Peut-on d’ailleurs voir une différence fondamentale entre la marque Coca-Cola et la marque Kennedy ? Une opération de markéting a pu assurer le succès planétaire d’un breuvage tout comme le même genre d’opération a pu assurer le succès planétaire d’une figure politique. Mais dans les deux cas la promotion du contenant est loin de correspondre à la qualité du contenu. Faux-semblant nocif saturé de glucide dans un cas comme faux-semblant tout aussi nocif d’un politicien lié à la Mafia et plutôt pitoyable sur la scène internationale. Mais le succès publicitaire fonctionne encore plus de 50 ans après, au point que les promoteurs des Nabot Ier, II et III, puissances d’affaire forniquant avec puissances médiatiques, ont rêvé de renouveler l’exploit.
    Il importe quoiqu’il en soit de voir que l’on reprend ici la trivialité du quotidien commercial et publicitaire sans vraiment dépasser la dimension triviale de ce quotidien publicitaire et commercial. On manipule des images de manière plus ou moins habile et cela donne les Rauschenberg et consorts, on manipule les opinions avec tout autant d’habileté et cela donne Kennedy ou Nabot III. Rien de métaphysique derrière tout cela, guère plus que titillation visuelle et surexcitation émotive . A un art d’une épaisseur aussi mince qu’une feuille de papier à cigarette ne pouvait correspondre qu’une autorité politique tout aussi dénuée d’épaisseur.
    Sans rapport avec ce sentiment de présence mystique ainsi que de transcendance ontologique que pouvait jadis insuffler notre monarchie

  6. Mimosa says:

    « Le Roi inspire l’artiste, peut-on en dire autant du président ? »

    Et le Mont Rushmore , jamais entendu parler ?

  7. Fidelis says:

    Froid, glacé, plat, artistiquement nul, du tape à l’œil sans plus, une œuvre ne peut donner la moindre dimension mystique à ce qui par nature ne peut inspirer le moindre sentiment de ce genre.

  8. Thierry says:

    Je t’invite tout de même à revoir les dernières scènes de « North by northwest »!

  9. Fidelis says:

    Non seulement froid mais écrasant, à l’image du pouvoir politique moderne broyant les individus !

  10. Falcophil says:

    N’Est-ce pas d’ailleurs ce que tente de suggérer le film qui vient d’être évoqué ?

  11. Mimosa says:

    affirmer qu’un président est moins évocateur qu’un roi est là encore chose qui reste à démontrer, si notre président ne semble effectivement pas beaucoup inspirer nos auteurs, il ne semble pas en aller de même pour les américains à en juger par sa présence héroïque et « paternelle » dans pas mal de leurs films !

  12. Fidelis says:

    N’ayant vu aucun de ces films donnant un rôle héroïque et paternel au président des Etas Unis, je ne peux dire mais il me semble à priori que l’on veut précisément calquer son image sur celle du roi et je me demande si le résultat n’aboutirait pas plutôt au pastiche ridicule. (Comme le mont Rushmore dans lequel je ne vois qu’un pastiche du monumentalisme « pharaonique ») Il me paraît grotesque de vouloir tirer vers le guerrier paternel (ainsi que sacerdotal!), un homme dont la tâche n’est que d’assumer pour un temps le rôle d’un fonctionnaire en chef ( A quoi d’autre pourrait répondre la fonction de présidence ?). Preuve de ce qu’au fond, si on se donne un président, on rêve toujours au Roi, de sorte que l’on se donne finalement une parodie de monarque. On imagine très bien saint Louis casqué sur son cheval et fonçant vers Damiette, chose plus difficile à imaginer pour un président qu’il serait plus aisé de se représenter casqué sur un scooter et fonçant vers des galipettes !

  13. The warrior says:

    Il est certain que le Roi qui partait au combat à la tête de ses troupes,

    Frqançmar
    (François Ier à Marignan)

    cela présentait tout de même une autre allure qu’un type confortablement installé sur sa chaise et qui assiste en direct à la mort d’un ennemi éloigné de plusieurs milliers de kilomètres.

    Obama

    Ceci dit, il convient aussi de nuancer. Après François Ier , plus question pour le roi de s’exposer au combat. On commence déjà à se diriger vers le politicien planqué qui envoie les autres au casse-pipe ! Louis XIV est tout de même bien à l’abri pendant qu’on se fait trucider à Malplaquet !.Que reste t-il d’ailleurs de la dimension sacrée du Roi avec Louis XIV ? C’est déjà la pure puissance profane essentiellement fondée sur l’efficacité de la technique administrative! On est bien loin du toucher surnaturel supposé guérir les écrouelles ! On est déjà dans le pouvoir abstrait et lointain qui orchestrera plus tard les massacres de 14-18 ( Que Junger soit le ressortissant d’une monarchie ne changera rien à l’affaire. )
    Mais le nom de Jünger me permet précisément de rebondir en objectant que la dimension héroïque demeure malgré tout et que l’hyper sophistication technique ne saurait l’entamer. Le stoïcisme de Jünger dans Orage d’Acier, c’est aussi une résistance psychique et spirituelle contre la machine et le métal. Il est contestable de soutenir que la technique moderne serait moins favorable à la mystique du héros. Ben Laden et sa kalachnikov n’en suscite pas moins chez beaucoup la même admiration que pouvait susciter un chevalier Bayard. Beaucoup vante son sens du sacrifice, d’autant plus louable que le type, immensément riche aurait pu mener vie agréable et que c’est délibérément qu’il a choisi existence d’exil et de danger. En restant d’ailleurs strictement sur le plan national, le pistolet mitrailleur donne-t-il moins de panache aux soldats de Dien Bien Phu qui meurent héroïquement, abandonnés par la mère patrie ? Enlève-t-il quoique ce soit à cette autre dimension héroïque que beaucoup peuvent voir chez un Denoix de Saint Marc ?

  14. Falcophil says:

    Je n’ai jamais dit le contraire, j’ai d’ailleurs rappelé que l’état d’esprit d’un Ernst Junger me semblait assez proche de celui de Joinville. Le texte, quoiqu’il en soit, voulait aller bien au delà de la seule question militaire en évoquant la logique mécanique qui préside aux ustensiles modernes et qui les rend peu propices à l’évocation de réalités spirituelles

  15. Mimosa says:

    Le roi au champ de bataille ne courrait pas un gros danger étant donné que les soldats ennemis avaient pour consigne de le capturer vivant afin de l’échanger ensuite contre forte rançon !

    Mais je passe rapidement sur votre ridicule exaltation du passé aux relents maurrassiens pour aborder un point plus sérieux.

    Dire que la technique a évacué le sacré est une assertion banale mais fortement discutable. c’est la technique elle-même qui est désormais le sacré. Le fait que le vin de messe n’ait plus pour la plupart de signification sacrée, ne signifie pas pour autant que le sacré ait disparu de nos vies. Une télé, une radio ou un réfrigérateur sont des objets complètement énigmatiques pour la majorité. Ils présentent une magie et un mystère pas moins grand que celui que recèle un temple grec ou une icône. la même chose pourrait se dire d’un ordinateur. Si l’on définit le sentiment du sacré par celui du mystère, on peut dire alors qu’un tel sentiment n’a fait que se déplacer du contexte religieux au contexte technique.

  16. Falcophil says:

    Une icône reste mystérieuse pour tout le monde y compris pour les prêtres qui l’entourent, une télé n’est pas mystérieuse pour son technicien lequel sait très bien (comme nous le savons tous) que sa réalité profonde n’est qu’un engrenage mécanique. A vrai dire, l’objet technique ne recèle aucun mystère mais ne renvoie qu’à mon incompétence d’ordre précisément…technique. Que l’on puisse mettre sur le même plan le vrai sacré qui touche à l’ontologie et ce qui n’est que la réalité profane d’une performance mécanique perçue comme l’absolu, n’est que trop révélateur de la déchéance dans laquelle nous a précipité le monde auquel tu appartiens

  17. Mimosa says:

    Les objets techniques relèvent certes de la mécanique mais affirmer qu’ils sont moins évocateurs de « réalités spirituelles reste encore à voir. Une fusée, un vaisseau spatial peuvent être tout autant porteurs d’énigmes, de « transcendance » et de métaphores poétiques qu’un arc , une épée ou un cheval, des cinéastes tels que Stanley Kubrick nous l’ont suffisamment démontré. L’analyse des rêves de l’homme moderne nous montre d’ailleurs une présence très forte d’objets techniques tels que l’avion ou le train qui accèdent donc au rang d’archétypes. Cela rend quoiqu’il en soit, très contestable ton idée que l’objet technique aurait affaibli l’aptitude de l’homme moderne à la symbolique. La voiture et le frigidaire, à leur manière peuvent symboliser quelque-chose de profond, exerceraient-ils un tel attrait sans cela ?

  18. Fidelis says:

    Le frigidaire et l’automobile symbolisant une réalité profonde ? Et laquelle ? A part l’hédoniste plaisir de se remplir le ventre dans le 1er cas, je ne vois pas. Dans le cas de l’automobile, hormis des questions de « standing » ou des problématiques plutôt immanentes ( Panne d’essence = problèmes sexuels ?), je ne vois pas davantage. Nous en avions déjà discuté à propos du film « Gran Torino », la chevalerie médiévale étant liée au Graal et sa version moderne, comme une parodie, à l’automobile.
    C’est une évidence que le milieu naturel où évoluaient nos ancêtres est toujours davantage supplanté par un milieu d’artifices techniques qui tend à devenir comme une sorte de nouveau milieu naturel. Mais que l’on puisse en tirer une nouvelle symbolique spirituelle, j’oppose là les plus sérieuses réserves. Je suis entièrement de l’avis de Falcophil. Si le ciel, la nuée, l’oiseau constituent spontanément des supports d’évocation spirituelle, on ne peut en dire autant de l’avion, de la fusée ou du vaisseau spatial.
    On peut sans peine accepter la métaphore qui évoque mon âme s’ envolant vers Dieu comme un oiseau mais dire qu’elle part vers lui comme une fusée devient plus difficile.. Imagine-t-on l’Evangile nous parler de l’esprit de Dieu qui descendit sur Jésus comme un avion plutôt que comme une colombe ? Imagine-t-on la prophétie de Daniel nous annoncer la venue d’un Fils d’homme à bord d’un vaisseau spatial plutôt que sur les nuées des cieux ? Peut-on d’autre part imaginer tel psaume demander à l’Eternel de nous protéger avec ses missiles plutôt qu’avec son arc et sa flèche ? Imagine-t-on l’ Apocalypse décrire l’Eternel comme Celui qui tient un pistolet mitrailleur plutôt qu’une épée à double tranchant ?
    Epée, arc, flèche, artifices techniques, certes mais encore suffisamment rudimentaires pour être toujours assez proches du monde naturel et donc plus propres à être évocateur de dimension spirituelle. Missiles, fusées, avions, automobiles, objets trop mécaniques et donc trop humains pour être dotés d’une telle force d’évocation.

  19. Falcophil says:

    Tu aurais pu enchaîner en passant au plan politique.

    En reprenant ton style, je continue donc:

    – Parmi les 99 noms que les musulmans donnent à Allah, figure celui de Roi. Imagine-t-on un 100ème nom par lequel lui serait donnée la qualité de « président  » ?

  20. Sophie says:

    J’avais espéré que durant mon absence on serait monté à l’étage supérieur mais si j’en juge par ces velléités d’exhumations d’ossuaire maurrassien, ce serait plutôt la dégringolade !
    Puisque tu en es à évoquer la question plus générale des alliances de termes contradictoires, il est bien dommage que tu n’aies pas souhaité pousser plus loin la réflexion sur cet « oxymore » évoquée précédemment concernant la violence et la sainteté et que tu aies préféré en aborder un autre au travers de bien curieuses considérations sur la mystique et la politique. Je dis « curieuses » parce qu’il est curieux de me reprocher mon esprit utopique pour rêver à la plus dangereuse des utopies, celle consistant à vouloir mettre de la mystique (et même de la poésie !) dans la politique. Mystique et politique , on sait où cela mène ! Mystique de la Patrie et nous avons les carnages de 14-18. Mystique de l’Etat, mystique du Prolo, mystique de la Race,

    Len
    (Berlin 1938)

    inutile d’en dire plus, on connaît la suite ….
    De grâce ! Laissons la mystique à sa place, dans les abbayes, dans les églises, dans nos intérieurs les plus intimes vers lesquels il nous est recommandé de nous retirer pour prier mais surtout, ne la mettons pas dans la politique. Rendons à Dieu la mystique et ne donnons à César que ce qui lui revient, cette tâche humble et plutôt terre à terre qu’on appelle la politique, sans rapport avec la mystique mais tâche noble tout de même quand elle ne veut être modestement que gestion du bien commun. La politique est prudente et calculatrice (Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne puisse être charitable) mais la vouloir mystique, c’est en tirer des conséquences fatales en dénaturant son essence. L’absolu n’est à sa place que retiré de l’espace politique et confiné dans le mutisme de l’oraison ou dans le travail solitaire de l’artiste mais dans l’esprit du chef d’état, il y a tout à craindre qu’il nous mène tôt ou tard au bûcher ou au Goulag.

  21. Falcophil says:

    Pour ce qui me concerne, je n’avais nulle intention de mettre de la mystique dans un quelconque programme politique mais d’ illustrer par quelques exemples cette assertion plus générale reprise dans le billet à propos de : « ces mondes aujourd’hui révolus, aspirant à mettre les contraires en symbiose plutôt qu’à nos contextes actuels où l’on semble ne savoir résoudre une antithèse que par ablation de l’un de ses termes. »

    Que la politique doive être « modestement » calcul et prudence, c’est certain mais que l’on prétende qu’elle ne soit que cela n’est pas sans susciter quelques objections. On peut certes se méfier d’ une politique imprégnée de mystique mais l’on pourrait tout autant reprocher à l’actuelle république de n’être pas beaucoup plus que de la technique gestionnaire pilotée par des hauts fonctionnaires et des hommes d’affaires.

    La monarchie aussi se voulait prudente et calculatrice mais elle n’était pas que cela, elle était au delà de cela, elle était aussi une mystique. Que l’on s’attarde un peu sur Louis XIV, très bonne représentation de cet « oxymore ». Sa monarchie que l’on qualifie d’  » administrative » relève bien du méticuleux calcul ( Comme l’a d’ailleurs montré Jacques Bainville, c’est une caractéristique de l’esprit capétien en général) de l’humble tâche de gestion au quotidien (Louis XIV parlait de son « métier de Roi ») de l’esprit bureaucratique déjà statisticien, un peu « terre à terre » et très bien incarné par Colbert. Mais sa monarchie n’est pas limitée à cela, elle renvoie en outre à une vraie transcendance où le calcul voisine de manière harmonieuse avec le surhumain. Le Roi n’est pas seulement rivé à la gestion au jour le jour de la cité, il est aussi tourné vers l’éternité à laquelle il devra rendre des comptes, les grands orateurs religieux du temps, Bourdaloue, Bossuet ou Fléchier n’hésitent jamais à le lui rappeler. Le monarque thaumaturge, au rebours de ce qui est dit plus haut, les contemporains y croient encore

    Jouvenel
    (Jean Jouvenet: Louis XIV touchant les écrouelles)

    et le Roi s’astreint chaque année à toucher des centaines de scrofuleux. La dimension mystique est confirmée par le sacre (qui n’est pas encore cette parodie à laquelle va se livrer Napoléon) et qui fait de la monarchie par delà une simple fonction politique, un service quasi sacerdotal. Le pouvoir de droit divin lui aussi reçoit toujours l’ assentiment du plus grand nombre, l’idée peut nous paraître risible aujourd’hui, mais elle vaut bien cette autre idée d’un pouvoir prétendument sorti d’une opinion publique modelée en fait par des médias aux mains de contre-pouvoirs financiers.

    Il apparaît donc qu’ici les deux sphères, la politique et la mystique, s’ interpénètrent de manière si profonde, qu’on ne voit pas que la mystique ait pu entraîner les dérapages criminels sans précédent qui ont succédé à 1789 comme ce fut le cas chez des substituts de monarque et leur simulacre de religion ( Après Louis XVI, Robespierre et son culte de l’être suprême, après Nicolas II, Lénine et son culte de la révolution ou même chose encore pour un Pol Pot succédant à Norodom Sihanouk). Q’il soit aujourd’hui devenu malaisé de mettre de la mystique dans la politique sans risque de nous conduire à la dictature ou à la mascarade (que l’on songe à une récente mis en scène au Louvre!)

    sans-titre copy

    montre d’autant mieux cette aptitude propre au passé à synthétiser les antinomies et dont la fonction royale, médiatrice entre l’humain et le surnaturel, constituait un très bon exemple.

  22. Mimosa says:

    Déterrage consternant de la puante charogne de Maurras. Tu pourras du moins te vanter d’apporter ta (très petite) pierre à l’édifice de la fachosphère.

  23. Falcophil says:

    Idiote !

  24. Mimosa says:

    Où est-elle l’idiotie ? N’est-elle pas chez celui qui prétend concilier les contraires en prenant pour figure emblématique un ancêtre du totalitarisme, imposant sur son territoire une même philosophie, une même idéologie, une même musique, une même peinture, un même théâtre, une même architecture, une même religion, ( Avec pour conséquences persécution des jansénistes , extermination des protestants…..). Je ne vois pas où est l’art d’harmoniser les contraires dans l’autocratie de Louis XIV où alors c’est que quelque chose de plus essentiel m’échappe ! Vous avez pour modèle un roi, ancêtre de la dictature, (Et le roi-soleil semble malheureusement fasciner bien des français !), je préfère de loin les anglo-saxons qui ont pour références des présidents (Lincoln, Roosevelt, ) ou des premiers ministres (Gladtsone, Disraeli..), non pas symboles de « déchéance » mais véritables grandes références en matière de liberté, de démocratie et de respect des droits de l’homme !

  25. Nuidukatroute says:

    Très intéressant à maints égards, surtout du point de vue ethnologique car donnant l’occasion d’observer chez certains spécimens de curieux anachronismes et cas d’espèce que je croyais pourtant disparus.

    Le sacre, l’onction du Saint Chrème ! Je crois déjà entendre ricaner Voltaire. Il me semblait que depuis les encyclopédistes on était revenu de toutes ces choses d’un autre temps ! je doute d’ailleurs qu’ au XVIIIème siècle, le Roi lui-même en était vraiment convaincu. La monarchie tendant à devenir abstraction étatique ne devait pas beaucoup prédisposer à croire à cette idée du pouvoir donné d’en haut par l’huile sainte apportée du ciel dans le bec d’une colombe ! D’ailleurs, si mes souvenirs sont bons, Philippe le Bel n’y croyait déjà plus trop puisqu’il s’entourait de nombreux légistes stipendiés pour forger des théories juridiques devant établir plus rationnellement la légitimité de son pouvoir !

  26. Ichthus says:

    S’il n’est sans doute plus question de voir du sacré dans le pouvoir politique car le rictus hilare de Voltaire est en effet passé par là, considère tout de même un seul instant que le président qui a pris la place du Roi n’est qu’un produit d’ additions de bouts de papier vomies dans les urnes après d’imbéciles prestations de music- hall nommées « campagne électorale », perte de temps et d’argent (Le contribuable devra rembourser aux uns et aux autres leurs pitreries sur les planches) pour finalement déterminer quel sera le nouveau larbin de Berlin et des marchés financiers.

    Le ricanement de l’Arouet laisserait plutôt entrevoir une bouche édentée!

  27. Falcophil says:

    @ Mimosa

    Passons rapidement sur la question de l’uniformité esthétique prétendûment prévalente sous Louis XIV. J’invite simplement à l’affinement de ton éducation artistique pour repérer les différences entre Coysevox et Pierre Puget, Charles Le Brun et Nicolas de Largillière, Delalande et François Couperin,. A cette fin, une visite au chateau de Versailles pour déceler les éléments de baroque pouvant voisiner avec le classicisme, te serait des plus utile. Il faut dire aussi que les pensées de Malebranche, de Fénelon et de Bossuet sont d’une similitude ! Tant d’ignorance crasse ne prête qu’à rire et mieux vaut passer à autre chose !
    Politiquement, il serait certes plus intéressant de s’occuper d’une certaine aptitude propre au bas Moyen Âge à unir les contraires et qui se traduisait notamment par des expérimentations où l’on tentait d’harmoniser monarchie centrale et démocratie locale, pouvoir héréditaire et pouvoir donné par suffrage, démarches plus riches et plus fructueuses que nos modernes systèmes où le seul paravent de la démocratie n’est là que pour masquer le vrai pouvoir émanant d’une minorité de ploutocrates. J’ai parlé de Louis XIV mais Saint louis et son temps me captivent davantage car je sens qu’on atteint là dans le domaine politique comme dans les autres domaines d’ailleurs, un point d’équilibre qui ne sera plus jamais rejoint et dont on s’éloignera du reste toujours plus, au point d’en arriver à cette actuelle situation de disharmonie.
    A supposer que Louis XIV présente quelques germes de totalitarisme, c’est qu’ il s’écarte alors de la monarchie traditionnelle pour se rapprocher de l’Etat républicain. Entendons-nous bien d’ailleurs sur ce terme de « totalitarisme », cela n’existe pas encore sous Louis XIV, c’est un non-sens fruit de l’inculture que de parler de « totalitarisme » ( Dans le sens où l’entendait Lévinas cela signifie prépondérance du même) concernant un pays où provinces, localités, communes, corporations ou guildes conservent leurs particularismes juridiques et leurs privilèges ( Au sens de « Privata lex », loi particulière) ainsi que leur spécificité linguistique ( Le français n’est alors parlé que par à peine 10 % de la population, le 90 % restant s’exprime en patois).
    Totalitarisme signifie uniformisation et s’il ya des amorces d’uniformisation, (ordonnances de d’Aguesseau pour le droit notarial), s’il existe aussi une pensée juridique voulant aller dans ce sens ( Domat et plus tard Pothier), ce sont toutefois des juristes ultérieurs comme Portalis et Cambacérès qui réaliseront cette homogénéité sous l’égide de Napoléon. Si le totalitarisme se caractérise par la domination de l’un sur le multiple (La République ne parle que d’un seul peuple, Louis XIV disait « Mes peuples »), alors, le véritable totalitarisme survient après 1789 même si quelques signes s’en font sentir un peu avant mais c’est bien le despotisme centralisateur et non la liberté préservée par la décentralisation ( Celle que souhaitait Maurras qu’un autre effet de ton ignorance qualifie de fasciste!) qu’une Mme de Staël percevra comme la grande nouveauté.
    De ce point de vue, la monarchie de Louis XIV serait plutôt
    située sur une période transitoire, Colbert qui voulait ainsi supprimer les corporations, était un précurseur de 1789 et de son totalitarisme, le Roi qui voulut les préserver reste encore sur ce point dans le cadre de la monarchie traditionnelle.
    Mais le totalitarisme résulte surtout du progrès de la technique moderne permettant à l’autorité politique d’englober de plus en plus d’éléments du corps social. Le président de la République peut atteindre instantanément des millions de français en s’exprimant à la télé, alors que la voix de Louis XIV ne portait pas au delà du cercle restreint de ses proches ! Quand l’Etat français moderne vous inflige une amende de 90 € parce que l’un de ses radars vous a repéré roulant à 34 km/h sur une petite route déserte où la vitesse est limitée à 30, il présente sûrement plus de totalitarisme que l’Etat de Louis XIV et les moyens très limités de sa maréchaussée !

  28. Mimosa says:

    Ce n’était sans doute pas du totalitarisme que de vouloir imposer aux 4 coins du royaume la même religion catholique sous prétexte qu’il s’agissait de la religion du roi ? Avec pour conséquence, l’expulsion des jansénistes, la destruction de l’abbaye de Port-Royal, la révocation de l’édit de Nantes, les persécutions des protestants, envoyés aux galères, subissant des conversions forcées, des humiliations comme les dragonnades, des milliers de personnes qui ne faisaient de mal à personne se voyant contraintes à l’exil, privant ainsi le royaume d’une élite intellectuelle de haut niveau (Sûrement de plus haut niveau que les catholiques, gens pour la plupart incultes qui ne lisaient jamais la moindre page de la Bible !) et puis pour conséquence finale, la fameuse révolte des camisards suivie de la terrible répression infligée par les troupes du roi « Soleil », le tout avec la bénédiction de la papauté !

    N’Est-ce pas cela aussi le totalitarisme au sens de « domination de l’un sur le multiple ? ».

    Et je ne parle pas des persécutions sous d’autres règnes, les chasses aux juifs ordonnés par plusieurs rois, le massacre de Wassy, exaction catholique dirigée par le duc de Guise (Et qui déclencha les guerres de religions) sans parler de la trop fameuse saint Barthélémy etc…

    Tu reconnaîtras que ta monarchie comme espace où s’harmonisaient les contraires laissait tout de même beaucoup à désirer au regard du précepte voulant que « cujus regio, ejus religio » !
    Au regard aussi du fait que la République laisse coexister les différentes confessions religieuses, c’est bien la monarchie qui était totalitaire, Henri IV qui par l’édit de Nantes, voulut établir la paix entres les diversités confessionnelles peut à la rigueur, apparaître comme un précurseur de l‘Etat républicain et de son idéal du vivre ensemble mais certainement pas Louis XIV et son absolutisme théocratique !

  29. ICHTHUS says:

    Voir chez Henri IV un ancêtre du « vivre ensemble » républicain est un exemple parmi d’autres de ces lieux communs tissés d’anachronisme et de niaiserie que véhicule la superficialité du « politiquement correct ». Tu nous en avais toi-même déjà donné une illustration au travers des rapports entre Saladin et le roi Baudoin présentés comme un autre exemple d « ouverture à l’autre » et dont on a vu ce qu’il fallait réellement en penser !
    L’édit de Nantes ne fut qu’un armistice entre deux forces belligérantes, chacune épuisée par 30 années de guerre. Rien de plus. Cet armistice donnait aux protestants une véritable autonomie administrative et quasi autogestionnaire, laissant subsister le problème de la désunion du royaume aggravée par la constante menace militaire que présentaient de nombreuses places fortes laissées aux huguenots. Une telle dislocation de l’Etat ne pouvait subsister sans être tôt ou tard remise en question.
    Si Henri IV pourrait apparaître comme un précurseur de l’Etat républicain ce serait plutôt du point de vue de ce qui peut caractériser l’homme politique moderne dans son cadre de pseudo-démocratie, faire des promesses pour accéder au pouvoir, oublier ce qu’on a promis une fois qu’on est aux commandes (Avec certes, parfois, il faut le reconnaître, des exceptions heureuses, Victor Orban étant de celles-ci !). Lors de son sacre, le béarnais avait prêté serment d’extirper l’hérésie, serment qu’il s’empressa d’oublier. S’il fallait certes être prudent face à des gens qui pouvaient encore lever une armée de plusieurs milliers d’hommes, rien ne l’obligeait cependant à distribuer les plus hautes charges publiques à ses amis protestants (Sully aux finances, Laffemas au commerce, Olivier de Serres à l’agriculture etc…) On notera d’autre part que son aptitude à retourner sa veste (Il changea 6 fois de religion) pourrait également en faire un précurseur des Mitterrand et autre Chirac…
    Pour le reste, outre qu’on ne peut mélanger l’eau et l’huile, sauf à ce que l’une devienne l’autre, il est évident que la conjugaison des diversités ne peut s’opérer que sur fond d’unité et que celle-ci était précisément menacée par la présence protestante. Tu confonds à cet égard le totalitarisme et l’unité, le 1er est une contrainte, la seconde est une aspiration. On supporte plus ou moins le 1er (C’est le cas du totalitarisme réglementaire de l’union européenne), on aspire à la seconde. Le peuple sous Louis XIV, aspirait à l’unité qui ne pouvait alors passer que par l’unité de foi et le protestantisme la rendant problématique pour ne pas dire impossible, la plupart demandait que l’on extirpât l’hérésie. Louis XIV n’a fait qu’appliquer une mesure souhaitée par une majorité de français dont le sentiment était bien résumé par un écrivain du temps, Furetière qui dans son « dictionnaire universel » écrivait à propos du terme « hérésie »:
    « La conformité d’humeur entretient la paix dans un ménage, celle de religion dans un état »
    Cela ne vous rappelle pas une situation présente concernant une autre religion ? J’ai pour ma part le sentiment que l’histoire se répète…..

    En espérant que cette fois-ci on ne supprime pas mon post au motif que mes interventions seraient intempestives et trop « polémiques ».

  30. Mimosa says:

    Incroyable !

    Des personnes comme Sully ou Olivier de Serres étaient gens de haute valeur, le premier notamment qui a su relever l’économie française détruite par plusieurs décennies de guerre civile, seulement voilà, ils sont tout de même « personae non grata » parce qu’ils étaient protestants !

    Quelle étroitesse d’esprit ! Quel obscurantisme !

    A ce stade, pourquoi ne pas retrancher de notre patrimoine artistique et intellectuel des noms comme Bernard Palissy, Pierre Bayle, Agrippa d’Aubigné , Benjamin Constant, André Gide ou Jacques Ellul !
    3 siècles après , on trouve encore chez certains la même mentalité intolérante et bornée qui, après la révocation de l’édit de Nantes, poussa des centaines de gens de haut niveau intellectuel, avocats, médecins, savants et autres personnes exerçant des fonctions innovantes et productives , à chercher refuge à l’étranger, au plus grand bénéfice des pays voisins et au plus grand dam de notre économie !

    Conclusion : il est des plus heureux que sous la République laïque, l’Etat ait opté pour la neutralité religieuse car soutenir officiellement une religion plutôt qu’une autre et en particulier le catholicisme, l’une des plus intolérantes, nous conduirait, selon forte probabilité, droit vers une nouvelle guerre civile !

  31. Clash says:

    La grande innovation de l’édit de Nantes s’appelle tout simplement « liberté de conscience » voilà ce que ne peuvent admettre des cathos dont la mentalité en est encore au temps des ducs de Guise !

  32. Sophie says:

    Précisons tout de même qu’il s’agit de cathos « lefebvristes » dont le blogueur hélas, se rapproche de plus en plus. La liberté de conscience, l’Eglise en a posé le principe dans la déclaration conciliaire « dignitate humanae » :

    « La liberté religieuse demande, en outre, que les communautés ne soient pas empêchées de manifester librement l’efficacité singulière de leur doctrine pour organiser la société et vivifier toute l’activité humaine. La nature sociale de l’homme, enfin, ainsi que le caractère même de la religion, fondent le droit qu’ont les hommes, mus par leur sentiment religieux, de tenir librement des réunions ou de constituer des associations éducatives, culturelles, caritatives et sociales. » (Article 4)

  33. Falcophil says:

    Il est tout de même dommage que nos discussions doivent toujours dégénérer en basses polémiques fondées sur les sempiternels clichés à l’emporte-pièce.
    Au risque de se répéter rappelons que le propos du billet entendait par certains exemples évoquer la question de ces mondes : « … aujourd’hui révolus, aspirant à mettre les contraires en relation plutôt qu’à nos contextes actuels où l’on semble ne savoir résoudre une antithèse que par ablation de l’un de ses termes. »
    Sur ce thème, qui pourrait recouper cette autre idée ayant trait à l’homme unifié d’autrefois et à l’individu dissocié ou amputé de maintenant, nous en sommes donc arrivés à discuter des rapports entre l’Etat et la Religion. Synthèses d’hier, oxymore d’aujourd’hui, l’Etat de jadis n’avait pas uniquement pour fonction la seule gestion administrative et financière de la cité mais aussi de seconder l’Eglise dans cette autre tâche autrement plus profonde consistant à mener les sujets vers leur destination éternelle. Conception héritée du pape Gelase 1er (Veme siècle ) et de sa theorie des « deux glaives » (Pourrions-nous dire aujourd’hui des « deux mitraillettes »? ), elle-même inspirée de saint Augustin. Non pas dualisme de séparation mais dualisme de collaboration entre autorité spirituelle et pouvoir temporel voulant que l’Etat n’ait pas seulement charge d’homme mais aussi charge d’âme. D’où cet engagement que prenait le Roi lors de son sacre de combattre l’hérésie en prêtant serment sur les évangiles. Serment qui en effet ne devait plus signifier grand-chose avec Henri de Navarre puisque le protestantisme ayant brisé l’unité de foi, l’autorité politique ne pouvait dès lors, dans son souci de maintenir la paix que se rabattre sur des tâches de pure maintenance gestionnaire. Louis XIV a tenté de maintenir cette idée d’une fonction politique assurant la complémentarité entre ciel et terre, c’eût peut-être été possible s’il avait usé de moyens plus subtiles et moins violents mais sans doute aussi que les temps ne se prêtaient plus à une telle cohabitation entre ces deux différentes dimensions du réel. Il devenait en effet peu important que Sully fût protestant tout comme il devait l’être encore moins que Necker le fût lui aussi 2 siècles plus tard, cela devenait en effet de peu d’importance au regard du seul critère qui tendait de plus en plus à prendre la première place, celui de l’efficacité. Terminons par une significative anecdote, cet engagement de lutter contre l’hérésie, ce fut de manière inaudible que lors de son sacre, Louis XVI le murmura du bout des lèvres.

  34. Mimosa says:

    On a vu par le passé où menait cette « collaboration » entre les « deux glaives », les hérétiques remis au bras séculier pour être brûlés ! L’Etat qui maintenait la « complémentarité » entre ciel et terre, c’était aussi les affaires Callas, Sirven ou du chevalier de la Barre.. Alors, pour ce qui est de la liberté de conscience, sans hésiter je dis : « Vive la République »…

  35. Sophie says:

    @ Falcophil

    Il est un point sur lequel je partage ton opinion, celui portant sur vos discussions qui dégénèrent en vaines polémiques alors même que nous nous dirigions vers des questions beaucoup plus essentielles tenant à la vie monacale et à la sainteté !
    En ce qui concerne plus particulièrement les rapports entre l’Etat et la religion, l’exemple du pape Gélase 1er est plutôt mal choisi car tu nous places ici dans l’ augustinisme politique qui a caractérisé une bonne partie du Moyen Âge, point de vue sur l’autorité royale qu’on ne peut présenter comme un modèle d’équilibre entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel! Tu l’as, en effet, toi-même rappelé, dans le cadre d’une telle conception, le pouvoir politique seconde l’Eglise . Gélase Ier le spécifiait d’ailleurs, l’ « auctoritas », le pouvoir suprême devait appartenir au souverain pontife, le Roi ne détenant qu’une « potestas », simple pouvoir délégué par l’Eglise, pouvoir de nature inférieure.

    Déséquilibre donc en faveur du pouvoir sacerdotal qui s’accentuera au travers de la pensée de Grégoire le grand puis de Gregoire VII et d’Isidore de Séville, l’Etat ou plutôt la royauté, n’étant plus selon ces approches, qu’un service dont se sert l’Eglise. On ne voit pas très bien ce que pourrait présenter d’harmonieux un tel contexte où le pouvoir politique n’est qu’une fonction ancillaire apportée à l’autorité pontificale. D’ailleurs toute l’histoire du Moyen-Âge voire de l’Ancien Régime, ne sera que l’histoire d’un déséquilibre suivant les rapports de force entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel soit que la balance pouvait pencher en faveur du premier ( l’empereur du Saint Empire, Henri IV s’humiliant à Canossa) ou (le plus fréquemment d’ailleurs) en faveur du second ( Charlemagne devenant seul vrai défenseur de la chrétienté , Philippe le bel faisant gifler Boniface VIII prélude un peu rude d’un gallicanisme qui va triompher sous Louis XIV se servant de l’Eglise beaucoup plus qu’il la servait !).

    Un travail de rigueur historique s’imposerait donc avant que d’évoquer de manière plutôt simpliste une fonction royale médiatrice entre ciel et terre !

  36. Mimosa says:

    Ouais, bon, du totalitarisme sacerdotal quoi !

  37. Sophie says:

    Je n’ai parlé que d’un aspect du problème, l’augustinisme politique, interprétation excessive de la pensée de saint Augustin mais qui a surtout caractérisé le haut Moyen Âge, période de décomposition politique où l’Eglise restant la seule structure institutionnelle qui tenait encore debout, les clercs pouvaient dès lors être tentés de lui conférer un statut de domination sur le plan politique . Beaucoup plus grave parce plus persistant me semble être l’autre aspect de la question, celui du césaropapisme en application duquel, l’autorité politique subordonne le sacerdoce et le met à son service. Le césaropapisme, légué par le paganisme au travers de la déification de l’empereur romain, traverse 2000 ans de chrétienté, depuis Constantin et ses successeurs de Byzance, intervenant sur les questions théologiques (Convocation du concile de Nicée contre l’arianisme, théologie de l’aniconisme etc…), jusqu’à Poutine enrôlant l’Eglise orthodoxe pour qu’elle appuie son autoritarisme et ses bombardements massifs au Moyen Orient ( à rapprocher de certains dignitaires catholiques comme le cardinal Spellman, archevêque de New York déclarant aux GI du Vietnam qu’ils étaient les soldats du Christ voire encore les soutiens apportés à Franco, Videla ou Pinochet !). Notre monarchie ne fut pas en reste dans cette démarche où la religion n’est plus que l’instance subalterne au service de la politique. Bossuet pour qui le Roi tirait son pouvoir directement de Dieu sans avoir de comptes à rendre à la nation (Perversion de la véritable conception du pouvoir de droit divin) n’était pas loin d’Eusèbe de Césarée pour qui la veritable autorité pontificale se trouvait incarné e par l’empereur Constantin ! Avec Louis XIV, on était déjà, quoiqu’il en soit, dans le cadre d’un totalitarisme politique relevant uniquement de Dieu au point de devenir lui-même d’essence divine, affranchie de tout contrôle humain et nous menant vers l’arbitraire de l’absolutisme étatique. Une fois encore, on est donc bien loin de cette harmonie qu’on nous présentait de manière si naïve !

  38. Falcophil says:

    Il est piquant de constater que tu déplores les polémiques où s’enlisent les discussions tout en venant pinailler sur des détails hors de mon propos qui se voulait d’ordre plus général.
    Il s’agissait, je te le rappelle d’évoquer un temps où l’immanence n’était pas que pure nature refermée sur son auto suffisance mais se trouvait complétée par l’ordre surnaturel. Notre axiome général était celui-ci : que reste t-il d’une nature privée de sa corrélation au surnaturel ? Nous l’avons vu, du déterminisme, de la mécanique, autrement dit, une nature qui tend à perdre son caractère naturel en ce qu’elle n’est plus que nature- machine. La pure nature, c’est finalement tout ce par quoi l’ on tend à s’éloigner du naturel.
    Sur le plan politique ce constat d’ordre général se décline alors de la manière suivante : A une fonction royale intégrant la dimension mystique de l’homme, on peut opposer une fonction présidentielle ramenant l’humain à sa pure dimension pratique, économique et technique. A une fonction politique envisageant l’homme dans sa dimension supra terrestre, s’oppose une fonction qui le ramène à la pure immanence gestionnaire.
    Si l’image de telle ou telle chapelle peut être associé à tel ou tel roi,

    Quelle construction architecturale pourrait-on associer à tel ou tel président ? Prenons par exemple celui qui a laissé son nom au centre Beaubourg, ensemble rappelant une raffinerie de pétrole.

    D’un côté la fonction royale associée à la croisée d’ogive, de l’autre la fonction présidentielle associée au tuyau, à la canalisation, à la configuration industrielle. Ce qui m’intéresse, ici est que l’on retrouve appliquée à la fonction politique l’évolution archétypale que signalait le Corbusier pour l’architecture :

    d’un côté le temple pour le temps jadis, de l’autre la machine pour le temps d’aujourd’hui. Jadis, une école, un hôpital ou une fonction politique avaient le temple pour référence, aujourd’hui la référence serait plutôt la machine. Le Corbusier parlait de « machine à habiter » mais l’on pourrait tout autant parler de machine à enseigner pour l’école, de machine à soigner pour l’hôpital voire de machine à gouverner pour la fonction politique.
    L’augustinisme politique ou le césaro-papisme deviennent dans cette optique des points de contingence historiques tout à fait secondaires au regard des orientations vers lesquelles j’aurais préféré que se tournent nos discussions…

  39. Fidelis says:

    Tu aurais pu également ajouter que dans le sillage du Corbusier, les architectes conçoivent l’eglise comme « machine à se rassembler », ainsi avons-nous certains édifices contemporains supposés recevoir un cérémonial sacré mais qui pourraient tout autant servir de salles de conférence, de délibération politico-administratives voire de manifestration théâtrale. Quand plus grand chose ne sépare l’édifice prétendument sacré du cadre profane alors c’est la liturgie elle-même qui s’oriente vers une profanation. (Encouragée d’ailleurs par la messe post-conciliaire, significative à cet égard, l’évolution sémantique, dans la langue des médias un prêtre tend de plus en plus à « présider » un office plutôt qu’à célébrer un sacrifice.)

    Sur l’aspect plus général relatif à la nature qui sans relation au surnaturel n’est plus que mécanique et machinerie, (« Implacable loi de chutes des corps » comme disait Simone Weil), il est dommage que tu n’aies pas tiré de ce constat des analyses un peu plus pousées pour ce qui regarde le plan politique. Si la monarchie est reliée au surnaturel c’est aussi parce que la légitimité du Roi est davantage enracinée dans l’ordre naturel en ce qu’elle procède d’un acte charnel dont le résultat est une naissance à l’inverse de la légitimité d’un président qui procède d’une arithmétique artificielle fruit d’une idée non moins spécieuse voulant qu’une personne pour laquelle ne s’est prononcée que 20 % de la population serait pourtant l’effet de sa « volonté générale ». Dans une monarchie, la légitimité est mystère ontologique relié à l’union intime entre homme et femme et qui donne tout naturellement l’énigme de la génération. Le pouvoir vient de l’acte par lequel le père féconde la mère et se perpétue par l’acte du descendant fécondant à son tour son épouse. C’est tout simplement la sève d’une énigme, celle de la vie qui circule tout le long de la succession de nos rois tandis que la succession de nos présidents n’est que remplacement d’une pièce ancienne par une pièce nouvelle au sein d’une plus vaste mécanique actionnée par les groupes de pression que l’on connaît. Rien d’étonnant à ce qu’en république , l’autorité politique n’ait plus de dimension surnaturelle puisque les chefs d’état se succèdent comme des chefs de bureau nommés à la tête de tel ou tel service administratif. Là, je fais mon temps, 5 ou 10 ans, puis, je suis muté ailleurs. Là où il n’y a plus de nature mais rien qu’artifices techniques, ne restent que combinaisons de choix, d’arrivismes et d’ambitions, autant dire, de la pauvre petite humanité. En démocratie, le pouvoir n’évoque aucune surhumanité, aucune surnature puisqu’il n’est que le résultat d’une manipulation et non l’émanation mystérieuse de l’engendrement. Là où la nature ne recèle plus d’énigme mais n’est plus que simple processus mécanique naît une légitimité politique fruit du calcul, de la combinaison, de l’intérêt, voire du caprice. En démocratie, présidence et manipulations génétiques sont d’ailleurs aussi liées que nature et surnature en monarchie. Louis XIV en dépit de ses tendances à l’arbitraire (à nuancer d’ailleurs car c’était un devoir que de le conseiller tout comme c’était un devoir pour le Roi que de prendre conseil) était malgré tout lié par l’ordre naturel parce que lui-même en corrélation avec la surnature. PMA ou GPA lui auraient fait horreur contrairement à l’esprit moderne dont est imprégnée notre république, qui prétend n’avoir rien au dessus de ce que lui-même définit comme étant le juste et l’injuste et qui de plus en plus correspond à ce dont nous sommes techniquement capables ou pas. On se demande où est l’arbitraire entre affirmer qu’un enfant peut avoir pour parents 2 femmes dont l’une d’elle pourrait même à la rigueur être appelée « Papa » et le Roi soleil qui ne se serait sûrement jamais permis une telle assertion quand bien même la technique aurait-elle rendu possible pareille aberration!

    L’homme a certes toujours combiné et fabriqué mais la personne du Roi qui était le fruit d’une nature par définition non fabriquée, le tirait (en « collaboration » avec l’Eglise) vers un au délà de l’immanence fabricante. Aujourd’hui où la vie n’a plus de mystère et qu’on tend de plus en plus à la fabriquer, un chef d’Etat n’est lui même qu’une fabrication, un produit. Autant dire que la démocratie tire fatalement l’homme vers le bas puisqu’elle n’est que le règne de son produit et non le grand mystère d’une nature qui en ce qu’elle le précède est nécessairement reliée au surhumain qui le dépasse.

  40. Mimosa says:

    Ouais, bon, en somme, ce que tu reproches à la démocratie, c’est d’être un système plus rationnel que la monarchie ainsi que plus respectueux de l’homme d’ailleurs. Il est en effet plus rationnel et plus respectueux que chacun puisse participer à ce qui relève de l’intérêt général en désignant le dirigeant qui lui convient, plutôt que de se voir imposer un chef, sans avoir son mot à dire, sans même pouvoir le limoger s’il n’est pas satisfait de sa gestion. ( 40 ans à devoir supporter Louis XIV ! Mon Dieu, nos pauvres aieux !!!). Tu trouves normal de maintenir le peuple en état de minorité intellectuelle en l’obligeant à supporter un dirigeant qu’il n’a ni voulu ni choisi et qui décide à sa place au motif que ce peuple est incompétent, qu’il ne connaît rien, qu’il ne comprend rien, qu’il ne sait pas ce qu’il veut etc, etc… Le peuple n’a pas à décider parce qu’il est à peine plus évolué qu’un enfant, le peuple est ignare, le peuple est con, qu’il s’occupe donc de ses basses besognes, le chef qu’on lui inflige décidera pour lui ! On connaît la chanson ! On trouve déjà ici la matrice de tous les totalitarismes et de tous les fascismes ultérieurs. Tu estimes que ça fait plus classe avec un roi au motif qu’il y a aurait là du surnaturel mais je ne vois franchement pas où se trouve le « surnaturel » avec la dynastie capétienne parvenue au pouvoir par les intrigues et manigances de leur ancêtre Hugues Capet, ni en quoi il serait plus naturel que nous soit imposée une autorité politique fruit hasardeux résultant d’un rapport sexuel !

    En résumé, respect de l’homme en lui demandant son avis, c’est ce qu’on appelle le droit de vote, respect de sa liberté de conscience en ne lui imposant pas ses croyances, c’est ce qu’on appelle neutralité religieuse de l’ Etat, lutte contre l’arbitraire où chaque pouvoir , exécutif, judiciaire et législatif est freiné par l’autre (Voilà une harmonie sur laquelle tu ferais bien de te pencher plutôt que celle concernant l’équilibre entre une terre certaine et une surnature improbable).

    Il est fort heureux qu’aujourd’hui la plupart pense que le progrès se trouve du côté de la démocratie, à l’inverse des quelques rares dinosaures de votre espèce qui n’ont manifestement pas encore compris qu’en 3 siècles les choses ont tout de même un petit peu évolué et qui refusent encore de voir qu’il n’est nul besoin de surnaturel pour surélever l’homme puisqu’il est déjà une grâce d’immanence, grâce toute laïque et qui se suffit à elle-même.

  41. Ichthus says:

    On ne peut que rire d’une telle jobardise concernant notre libre-choix que garantirait la démocratie. Je te rappelle que la sophistication technique de plus en plus accrue du monde moderne rend plutôt illusoire toute participation du citoyen aux affaires publiques car si ta qualification professionnelle peut à la rigueur faire de toi une spécialiste, cela ne porte que sur une infime partie du réel, de peu de consistance au regard de l’immensité croissante de toutes les choses qui échappent à ta connaissance, à fortiori quand ces choses prennent une dimension nationale voire internationale. La présence toujours plus forte de la technique porte au mépris de l’électeur puisqu’elle rend seule audible la voix du spécialiste. Sous la Révolution Française, on a cru possible de faire dépendre du choix électoral les hautes fonctions judiciaires et militaires, on est depuis revenu de ces extravagances. Serait-il concevable que les chirurgiens, les fonctionnaires, les officiers ou les hauts-magistrats soient nommés par voie d’élection ? Ils sont recrutés sur concours ou désignés paritairement mais toujours suivant des critères techniques lesquels ne peuvent être que des critères connus avant tout de leurs paires. Il est tout de même assez curieux de prétendre que le peuple ait plus d’aptitude à désigner un chef d’Etat que de compétence pour nommer un juge de Cour d’appel ou un général de brigade. Et ce sont d’autres critères, d’ordre technique toujours, qui vont présider à l’élaboration d’une politique budgétaire sur laquelle d’ailleurs les gouvernements disposent de moins en moins de marge de manoeuve puisqu’une telle élaboration résulte avant tout de déterminismes, techniques, une fois encore, qu’impose notre intégration dans des systèmes internationaux toujours plus complexes et dont la logique échappe complètement à l’homme de la rue. Ce qui explique au demeurant que les politiques menées soit en gros les mêmes, en dépit des différences d’étiquette séparant les Nabots I, II et III, autre argument qui devrait achever de nous dessiller les yeux quant à notre prétendu libre choix auquel une élection est supposée faire appel.

    Si la démocratie peut très bien se concevoir sur un territoire exiguë comme une petite municipalité où les affaires sont moins complexes et où le peuple est réellement en contact avec des problèmes d’ordre local (Comme c’était le cas dans l’Athènes de Périclès, on oublie trop souvent la particularité de ce contexte où fût inventée la démocratie) au niveau national en revanche, le libre choix populaire (qu’oriente, d’autre part, le conditionnement médiatique) n’est rien d’autre qu’une vaste fumisterie.

    Ainsi devaient penser les sujets de Louis XIV qui ne s’offusquaient certainement pas de ne point être consultés sur les grandes orientations nationales puisqu’ils avaient la sagesse de réaliser que plutôt que de perdre leur temps à se mêler de ce dont ils ne comprendraient jamais grand-chose, il leur suffisait d’exercer leurs suffrages sur ce qu’ils avaient toujours le mieux compris, la proximité réelle et non télégénique ou abstraite d’un milieu tangible et concret, au travers du métier (Guilde, jurande, corporation) de la commune ou de la paroisse.

    Après cela, on jugera mieux pour savoir si l’équilibre et la rationalité ne pencheraient pas plutôt vers notre monarchie d’Ancien Régime plutôt que du côté de cette farce de boulevard qu’on appelle une élection présidentielle.

  42. Falcophil says:

    Il faudrait quand même un peu nuancer. Même au niveau national, ll y a des points sur lesquels le peuple peut donner son avis, la submersion migratoire par exemple. Nul besoin d’être un haut technicien pour savoir si l’on accepte ou pas d’être remplacé par des africains ou des musulmans !

  43. Ichthus says:

    Certes (Et je l’ai d’ailleurs dit à propos de Orban) mais à la condition que l’homme de la rue ne soit pas embobiné avec des bobards du style « une chance pour la France » ou encore « Menace fasciste » et que les politiciens prétendument « patriotes » ne soient pas amenés à renier leur engagement une fois élus (Le fameux mur de Trump sera t-il vraiment construit ?).

  44. Thierry says:

    Libre à toi de revendiquer une incompétence incorrigible mais je doute que ce soit un argument convaincant car je préfère quant à moi soutenir que la démocratie me donne du moins la possibilité de m’efforcer de sortir de mon ignorance en m’incitant à m’intéresser aux affaires nationales et internationales à l’inverse d’un système qui me confinerait dans le barbotage de mes petites affaires locales, professionnelles ou municipales. Et puis, tu oublies la différence essentielle entre République et monarchie, dans le 1er cas on peut traiter le chef politique de nabot sans être inquiété alors qu’il ne m’apparaît pas que la monarchie d’antan nous concédait cette possibilité. Pour les rares qui se risquaient à tourner le roi en dérision, cela se terminait derrière les barreaux, des artistes comme Daumier en surent quelque chose. Significatif d’ailleurs que la caricature politique ait triomphé avec la fin de la monarchie puisqu’un tel art ne pouvait s’épanouir que sur le terrain de la liberté d’expression qui est précisément celui de la République.

  45. Ichthus says:

    Liberté d’expression mais de quoi parle-t-on ? Jadis, je ne pouvais certes pas traiter le Roi de nabot, ce que maintenant je peux faire à l’égard d’un président, la dévalorisation de l’autorité politique y aidant, en revanche que j’assène une vérité telle que « les roms sont comme les oiseaux , ils volent naturellement » et me voilà avec une condamnation de 5000 euros d’amende , la même peine pouvant m’être infligée pour avoir dit une autre vérité à propos de la délinquance qui recrute surtout chez les noirs et les arabes ou bien encore pour avoir soutenu que le djihadisme constitue l’essence de l’ islam ou que celui-ci menace l’ identité culturelle de mon pays. Sous l’Ancien Régime, cracher sur une croix pouvait vous valoir de gros ennuis tandis qu’aujourd’hui , il est carrément prohibé d’en ériger une au sein de l’ espace public ( dans une région où il y en a déjà partout, par-dessus le marché !) et qu’une condamnation pénale est prévue pour les insultes au drapeau ou à la Marseilleise. Permission d’aujourd’hui, interdiction d’hier, prohibition de maintenant, autorisation d’antan. Les contraintes sont toujours là, seul a changé l’esprit dont elles découlent…
    J’ajoute que tes propos sont contradictoires puisque c’est toi-même qui précédemment et dans le cadre d’un autre sujet, invoquait ton incompétence face à la complexité du monde !!! (http://falcophil.info/blog/2016/12/25/autour-des-voyages-ii/comment-page-2/#comment-5547)

  46. Thierry says:

    Il y a tout de même une différence, la République limite la liberté d’expression pour défendre la dignité humaine des minorités ethniques, l’Ancien Régime la bafouait pour défendre la sacralité de l’idée monarchique.

  47. Fidelis says:

    En l’occurrence, l’idée que défend la république serait plutôt celle de l’universalisme, principe au nom duquel la France devrait être une terre d’accueil pour tous les peuples afin que puisse en son sein s’ériger la République universelle. Ce principe hérité des pseudos « lumières » est également l’un des dogmes de la franc-maçonnerie, il inspire du reste l’un de ses textes fondateurs, le discours du chevalier de Ramsay
    http://misraim.free.fr/textes/discours_Ramsay.pdf
    et dont on notera le final :

    « C’est dans nos Loges, à l’avenir, comme dans les écoles publiques, que les Français
    verront, sans voyager, les caractères de toutes les Nations et que les étrangers
    apprendront par expérience que la France est la patrie de tous les peuples.16
    Patria Gentis Humanae « 

    Destruction de la nation au nom du grand principe de l’universalisme apatride, c’est en application d’un tel précepte qu’il est interdit de vitupérer les minorités ethniques autorisées à conserver leur spécificités culturelles alors même que l’esprit franc-maçonnique travaille également à couper le pays de ses racines authentiques et profondes, chrétiennes et catholiques. L’affaire de la croix de Ploërmel, à laquelle il est fait plus haut allusion, n’est qu’une application de la loi de 1905 en son article 28, préparée par les francs-maçons Jules Ferry et Waldeck-Rousseau et menée à bien par Emile Combes, autre « frère » notoire.
    La distinction du pape Gélase 1er plus haut cité entre l’autorité spirituelle disposant de l’auctoritas et du pouvoir séculier n’ayant que la potestas est toujours d’actualité. Jadis l’ « auctoritas » spirituelle à laquelle obéissait la « potestas » monarchique était celle de l’Eglise catholique, aujourd’hui, c’est encore une autorité spirituelle qui dicte ses principes à la république, autorité spirituelle dégradée certes puisque la franc-maçonnerie n’est qu’un avilissement de spiritualité où l’homme prétend se faire Dieu mais il n’en demeure pas moins que le pouvoir politique est toujours soumis à une autorité dogmatique et comment pourrait-il en être autrement d’ailleurs ? il ne saurait y avoir d’ordre politico-juridique sans soumission à une philosophie ou à une conception du monde, sous la Monarchie, l’esprit était catholique, l’état d’esprit est maçonnique sous la République, Louis XIV écoutait Bossuet, Nabot III écoute Attila. Alors effectivement, comme l’a souligné Ichthus:  » Les contraintes sont toujours là, seul a changé l’esprit dont elles découlent… » fût-ce un esprit dégradé s’agissant de la franc-maçonnerie. Si la république est la terre d’élection de la caricature c’est aussi qu’elle n’est elle-même qu’une caricature d’autorité politique obéissant à une caricature de spiritualité.

  48. Fidelis says:

    Ferry, Waldeck-Rousseau, Emile Combes…

    « Tous étaient les leudes perdiablés des loges; il n’y avait rien de propre à attendre d’eux »

    (Huysmans: l’oblat)

    Plus d’1 siècle après le propos est toujours aussi vrai.

  49. Mimosa says:

    Cette caricature de spiritualité comme tu dis a tout de même été à l’origine de l’une des plus fondamentales innovations du monde moderne, celle de la déclaration des droits de l’homme posant notamment le principe que les hommes naissent libres et égaux en droit. Pour celui qui en doute, il suffirait d’une piqure de rappel en allant jeter un coup d’œil au fameux tableau de Jean Jacques Le Barbier exposé au musée Carnavalet et montrant les (nouvelles) tables de la loi surmontées de l’Oeil au sein du triangle, non pas, là encore, caricature de Dieu mais bel et bien métaphore du Créateur omniprésent, en même temps que notoire symbole maçonnique. Rappelons que la Déclaration américaine dont s’inspire notre DDHC (et à laquelle a participé le « frère » Benjamin Franklin) se place elle-même sous l’autorité du Dieu Créateur. On comprend donc mal où tu vas chercher cette idée d’une franc-maçonnerie qui défendrait le prométhéisme de l’homme voulant se faire Dieu ?!?

  50. Falcophil says:

    Plutôt que te délecter au médiocre tableau de le Barbier, réfléchis un peu au contenu des « nouvelles » tables :

    « Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. »

    Comment peux-tu concevoir la nation, c’est-à-dire le peuple, c’est-à-dire l’homme comme détenant «essentiellement » la souveraineté tout en ayant Dieu au-dessus de lui ? Soit l’homme est par « essence »souverain et alors il est lui-même le seul fondement et la seule origine des valeurs qu’il pose et dans ce cas Dieu est évacué, soit il n’est pas le terme ultime parce qu’une surnature de plénitude le dépasse et dans ce cas il ne peut être considéré comme vraiment souverain. Si les « nouvelles » tables sont réellement surmontées de l’œil de Dieu c’est qu’alors, une fois de plus, on retombe en plein dans l’oxymore, non pas celui relevant de ces contradictions que nos ancêtres tentaient de résoudre par une synthèse harmonieuse mais bien plutôt celui de cette propension, caractérisant l’homme moderne, à poser la quadrature du cercle ( La « grâce laïque » par exemple !!!!).

  51. Mimosa says:

    La dimension superieure, c’est la nature, c’est d’elle que nous tenons notre dignité.

  52. Falcophil says:

    On se demande comment la nature qui est une force inconsciente ainsi qu’insoucieuse de dignité peut se trouver placée au dessus de toi, personne consciente ainsi que soucieuse de dignité !

  53. Mimosa says:

    Puisqu’il est dans la nature humaine d’être conscient et soucieux de dignité, c’est que la nature doit bien contenir la conscience de soi ainsi que de sa dignité !

  54. Fidelis says:

    C’est comme si on disait que le moins (le non-conscient) qui porte au plus (le conscient), est au-dessus de ce plus au motif que ce plus contient davantage que ce moins qui doit donc être plus encore que ce plus en ce que, quoique moins, il ne pourrait toutefois engendrer le plus s’il ne portait déjà en lui ce plus que pourtant il n’a pas et qu’il ne pouvait en conséquence donner. Autrement dit, l’art de tourner en rond.

  55. Falcophil says:

    Autodéification de la raison humaine, ni plus, ni moins. Que l’on mette cela en rapport avec la « nation» origine et fin de toute souveraineté, on comprend aussitôt qu’une raison qui veut à elle-même se donner sa propre loi s’arroge en fait un pouvoir illimité auprès duquel l’ambition du Roi soleil fait pâle figure. Si la loi provient en effet de la seule souveraineté nationale, on peut alors poser la question :
    « quis custodiet ipsos custodes ? »
    « la loi est la limite mais quelle est la limite de la loi ? »
    Soit la limite est définie par cette même souveraineté nationale, autant dire qu’elle est inexistante car en fonction de quoi vais-je la définir si je n’ai rien au-dessus de moi ? soit elle est fixée par une réalité extérieure à la souveraineté nationale et en tant que telle , nécessairement négatrice de celle-ci !
    Le fameux parallélépipède de Donald Judd déclarant que c’était de l’art parce qu’ainsi en avait décidé l’arbitraire de l’ « artiste » !
    Sur cette question de la limite, il n’est pas inutile de terminer par une citation d’ « Attila », mentor de « Nabot III ».

    Dès qu’il dépasse 60/65 ans, l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte alors cher à la société ; il est bien préférable que la machine humaine s’arrête brutalement, plutôt qu’elle ne se détériore progressivement.
     » On pourrait accepter l’idée d’allongement de l’espérance de vie à condition de rendre les vieux solvables et de créer ainsi un marché.
    Je crois que dans la logique même du système industriel dans lequel nous nous trouvons, l’allongement de la durée de la vie n’est plus un objectif souhaité par la logique du pouvoir.
    L’euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures dans tous les cas de figure. Dans une logique socialiste, pour commencer, le problème se pose comme suit : la logique socialiste c’est la liberté, et la liberté fondamentale c’est le suicide ; en conséquence, le droit au suicide direct ou indirect est donc une valeur absolue dans ce type de société.
    L’euthanasie deviendra un instrument essentiel de gouvernement. »

    Jacques Attali, L’homme nomade.

    En d’autres termes, on pourra mettre en place de véritables machines à tuer dont le principe sera accepté par la plupart ( La « souveraineté nationale » qui précisément décide de la limite !)

  56. ICHTHUS says:

    Exemple supplémentaire d’une nature qui tend à n’être que technique et mécanique dès lors qu’elle n’est plus coiffée de surnature.
    La vie, la vieillesse, la mort ? Technique de régulation entre actifs et inactifs, travailleurs et retraités, les seconds étant appelés à être méthodiquement supprimés pour un fonctionnement plus efficace de la société que constituent les premiers.
    La naissance ? Non plus énigme et mystère de l’engendrement ( dont , nous l’avons vu plus haut, est imprégné le principe monarchique) , mais technique de manipulation de la mécanique génétique avec pour conséquence, fabrication de nourrissons à commander sur catalogue (Avenir dont se délecte Attila de même qu’il apprécie fort la démocratie comme technique de fabrication d’un chef d’Etat potentiel ainsi que technique de markéting destinée à le vendre).
    Dans « le château (Pourrions-nous dire « building » ?) de l’âme », sainte Thérèse d’Avila montre bien tout ce qui peut différencier l’esprit laïque et donc franc-maçonnique, du véritable esprit surnaturel, au travers de l’image des deux fontaines. De l’une, l’eau coule mystérieusement des entrailles de la terre, c’est l’esprit surnaturel, l’esprit catholique, de l’autre, l’eau coule parce qu’elle est amenée là de manière artificielle, au moyen de l’industrie humaine, de la science hydraulique, aucun mystère, son cheminement n’est que le résultat d’un savoir- faire, c’est la mentalité du franc-maçon. L’esprit franc-maçonnique relève donc bien d’une théologie dévoyée. Quand il parle de Dieu, il ne s’agit tout au plus que d’un ingénieur qui met en branle une mécanique et puis ne s’en soucie plus, quand il parle de spiritualité, il n’évoque qu’une technique de bien-être, quand il parle de charité, il n’a en tête qu’un mécanisme de répartition aboutissant au numéro de sécurité sociale , quand il parle de Peuple, il n’a en tête que la tour de Babel où il ne s’agit que de fabriquer du multiculturalisme, mépris d’un ordre naturel par lequel on s’assemble en fonction d’une même histoire, d’une même culture voire en fonction d’une homogénéité ethnique et raciale. Tout ce à quoi rêve le franc maçon, c’est uniquement à ce que l’homme déconstruit et reconstruit, il veut éteindre les lumières célestes et veiller à ce qu’elles ne se rallument plus, il allument à la place les lumières terrestres irradiées par les enseignes de commerce et les panneaux publicitaires. La mentalité franç-maçonnique ne peut produire qu’un monde qui tourne en rond puisqu’elle promeut une déification de la liberté humaine par laquelle je suis à la fois l’origine, le développement et le point d’arrivée ! L’expression « grâce laïque » plus haut employée, rend bien compte de l’esprit du franc-maçon. Qu’est-ce que la grâce ? Théologiquement, c’est une sollicitation venant de Dieu. Si elle est laïque elle ne peut donc venir de Dieu , l’approche laïque ne reconnaissant aucun ordre surnaturel, il est donc clair que dans cette optique, la « grâce » n’est qu’une faveur qui vient de moi-même, c’est un boomerang que je lance au loin et qui ne fait que revenir vers moi, la théologie du franc-maçon c’est de la loge sans Theos, loge au milieu de laquelle trône cette roue de bicyclette qui fascinait tant Marcel Duchamp jamais lassé de son incessant mouvement giratoire.

  57. Sophie says:

    Je lis des choses plutôt rebutantes :

    «… on s’assemble en fonction d’une même histoire, d’une même culture voire en fonction d’une homogénéité ethnique et raciale »

    Tu n’es certainement pas tout à fait mauvais puisque tu sembles t’être intéressé au « Château de l’âme » (Building ou gratte-ciel ne conviendraient pas, je te l’accorde). Ta lecture paraît même avoir atteint les 4ème demeures si j’en juge par la métaphore des deux fontaines qui inspire tes propos. Ton être n’a malheureusement pas suivi et n’a sûrement pas dû dépasser les premières demeures, là où le sol est couvert de tous les reptiles que l’on emporte avec soi quand on pénètre dans l’édifice. Je te rappelle que les reptiles sont une métaphore de l’esprit du monde qui sans cesse nous aimante de ses sollicitations auxquelles nous finissons par céder pour être ensuite rejeté hors du château. Te concernant, l’esprit du monde s’exprimerait entre autres, au travers de l’incapacité de chercher l’Autre par peur de l’autre, l’Un et l’autre allant de pair. L’esprit du monde, c’est aussi les continuelles polémiques dans lesquelles vous êtes embourbés. Citer un passage de sainte Thérèse d’Avila permettrait du moins d’assurer une transition vers des thèmes beaucoup plus intéressants que de s’occuper de Nabot III ou d’une franc-maçonnerie plus fantasmée qu’autre-chose, la marche vers le centre de soi, en direction du dedans, au cœur du château, là où trône le seul Roi qui compte, là d’où sort la seule lumière qui vaille mais que hélas, tu ne peux voir, trop occupé que tu es par les reptiles grouillant à tes pieds.

  58. BOF! says:

    @ Ichthus

    On a toujours tourné en rond et cela ne date pas de la franc-maçonnerie.

    « Le soleil se lève, le soleil se couche; il soupire après le lieu d’où il se lève de nouveau.

    Le vent se dirige vers le midi, tourne vers le nord; puis il tourne encore, et reprend les mêmes circuits. «

    Tu as l’air d’avoir oublié tes classiques !

  59. The warrior says:

    N’ayant pas la fibre mystique, encore moins quand elle est catho, je ne suis donc absolument pas porté vers des auteurs comme Thérèse d’Avila, j’ai néanmoins retenu l’existence d’un point central où se trouve un Roi et je veux donc reprendre votre refrain en demandant s’il serait seyant d’utiliser la fonction de « président » comme métaphore d’une réalité supérieure supposée se trouver au cœur d’un château, autre métaphore pour désigner l’âme (Building en effet ne conviendrait pas). Je m’avoue moi aussi frappé de voir combien jadis la technique, en l’occurrence, architecturale et politique, pouvait aboutir à l’évocation des plus grandes profondeurs spirituelles, château et roi rappelant aussi spontanément l’ âme et Dieu qu’un président ou un building ne rappellent rien parce qu’ils ne désignent rien d’autre qu’eux même, n’étant avant tout que machines, à habiter dans le second cas , à gouverner dans le premier cas. C’est sans doute que jadis la technique complétant l’ordre naturel, en l’occurrence, l’engendrement et la paternité pour le Roi, la montagne et le rocher pour le château, il s’y trouvait davantage de spiritualité de par cette prolongation des mystérieuses profondeurs telluriques et biologiques permettant un meilleur jaillissement de cette autre énigme qu’est l’esprit. Aujourd’hui que géologues ou généticiens rationnalisent aussi bien les entrailles de la terre que celles de nos corps, la technique ne peut être rien d’autre que pure fabrication sans substance. Depuis toujours on tourne en rond vient-on nous dire en citant l’ecclésiaste mais précisément, alors que de nos jours le mouvement giratoire se fait pour son propre compte, dans une autoréférentialité coupée de l’ordre naturel, comme cette roue de bicyclette dont se délectait Duchamp, il serait intéressant de se demander dans quelle mesure les mouvements circulaires de jadis faisaient mieux rejaillir le mystère de l’esprit pour être en meilleur connexion avec les cycles naturels.

  60. Clio says:

    Il est vrai que cette idée de l’homme comme principe de la souveraineté n’est pas sans poser problème . Cela impliquerait en effet que tout vienne de l’humain puisque lui-seul serait le principe, ce qui signifierait alors que dans cette optique, il ne saurait y avoir de principes moraux, l’absolu de la norme morale ne pouvant plus être le principe. Si l’on retient que l’homme seul est le principe du fait du seul absolu qui demeure et qui est celui de sa libre décision, la norme morale devrait varier en fonction de la contingence humaine qu’implique précisément cette idée de liberté, elle ne découlerait plus que des moeurs, de la mode, de l’époque, du lieu, du climat, du tempérament, du goût, des passions etc…voire même, de la loi du plus fort. A partir de là, au nom de quoi prétendre que Maximilien Kolbe serait spirituellement supérieur à son geôlier SS qui prenait plaisir à lui taper dessus ?

  61. Falcophil says:

    D’abord, que veut-on entendre par « homme » ? L’esprit ? La conscience ? Si c’est le cas, je ne vois pas très bien comment cet homme peut être considéré comme « principe » tout en se trouvant soumis aux pressions de l’époque, de la mode, du tempérament, des goûts, des passions, toutes choses dont on ne peut dire qu’elles soient le réceptacle de la conscience et de l’esprit. C’est qu’en effet de ce point de vue, le principe sera situé bien ailleurs qu’en l’homme, non plus en haut mais en bas. Être soumis à Dieu nous donne du moins la potentialité de prendre nos distances vis-à-vis du monde matériel car c’est le monde d’en haut, la surnature, qui nous dicte les vertus de force, de prudence et de tempérance face aux impératifs de la nature, vertus qui tendent à s’étioler quand plus rien ne subsiste au-delà de notre dimension physique. « Laissez-vous tenter », « Libérez vos instincts », « Jouissez sans entraves », tels sont, en effet, les mots d’ordre prescrits à l’homo consumens qui ne voit guère plus que les exigences d’une nature à l’egard de laquelle il n’y a plus d’ordre surnaturel pour faire contrepoids. Prétendre être à soi-même son Dieu est une façon masquée de dire que nous avons encore un Dieu extérieur à nous-même, dieu déchu, tombé du ciel pour venir s’étaler dans le monde sublunaire. Ma prétendue volonté de puissance n’est pas ma volonté mais celle de la nature, non pas volonté de mon esprit et de ma personne mais poussée de ce qui est sans esprit et de ce qui n’est personne. Plus je crois en toute conscience être maître de moi-même, plus c’est l’infra-conscient qui est maître de moi et le libertin convaincu d’être affranchi est en réalité plus asservi que n’importe qui. La prétendue liberté de l’homme moderne ne fait que traduire un état de plus forte dépendance vis-à-vis du chimique, du pulsionnel et du biologique. Sans corrélation au surnaturel, la nature n’est plus seulement que pure mécanique, elle n’est plus aussi qu’un vaste ventre dont je ne suis que le serviteur.

  62. Mimosa says:

    Il est très contestable pour ne pas dire absolument faux que d’affirmer que les vertus de dissipent en l’absence de « surnature » et que la valeur serait prétendument « dictée » d’en- haut. On voit bien que de nos jours, c’est la technique et la science qui créent la valeur. C’est d’une part la technique qui veut la vertu (Tout comme elle peut également être source de beauté contrairement là encore à ce que vous prétendez !)car être un bon technicien demande des qualités telles que précision, savoir-faire, sérieux, conscience professionnelle, patience et prudence ( Considérez un exemple aussi rudimentaire que l’obtention du permis de conduire nécessitant toutes ces qualités avec en plus le respect d’autrui !) La technique exige par ailleurs l’inter-discipline, la collaboration entre les différentes spécialités (et donc entre les personnes !) ainsi que la foi et l’espérance en un avenir meilleur. La science demande aussi de son côté une véritable ascèse au travers d’un effort de concentration, de recherche et de persévérance. Il est donc aussi erroné de dire que l’éthique ne saurait provenir d’un contexte déconnecté de toute dimension surnaturelle que d’affirmer qu’il n’y aurait plus d’héroïsme guerrier du fait de l’extrême degré de sophistication des ustensiles modernes (ou encore que ceux-ci seraient impropres à favoriser la symbolique poétique ou spirituelle !)

  63. Fidelis says:

    Ton Dieu n’est donc rien d’autre que la technique ! Finalement la négation de l’ordre surnaturel a pour effet de te donner pour maitre quelque chose qui t’est inférieur, la nature ou la technique, dans les 2 cas, Dieu sans personnalité, sans conscience et sans amour, c’est à cela que tu obéis, c’est au service de réalité anonymes, placées au- dessous de toi, qu’est vouée ton existence ! Ta personne se prosterne face à ce qui n’est personne et tes vertus obéissent à ce qui est sans vertus. La punition de l’orgueil refusant de dépendre d’une réalité supra humaine est en effet de se retrouver sous la dépendance de l’infra humain. Le psaume 135 rend très bien compte de cette vie lamentable qu’est la tienne :

    « Les idoles des nations sont de l’argent et de l’or et l’ouvrage des mains des hommes.
    Elles ont une bouche et ne parlent pas, elles ont des yeux et ne voient pas. Elle ont des oreilles et elles n’entendent pas car il n’ y a pas de souffle dans leur bouche.
    Que ceux qui les font leur deviennent semblables et tous ceux aussi qui se confient en elles. »

  64. Fidelis says:

    D’ailleurs, la technique propice aux vertus, c’est encore à voir ! Favorise-t-elle la prudence ? On sait que ce qui est techniquement possible finit toujours par se concrétiser et que par voie de conséquence dans ce domaine, les appels à la prudence ne servent à rien. Il ne m’apparaît pas que nous soyons suffisamment sensibles aux avertissements contenus dans le « meilleur des mondes » et autres « Bienvenu à Gattaca ». La tempérance ? Le sens de la mesure ? Que l’on se borne à évoquer nos addictions modernes telles que nos appétences pour les écrans de toutes sortes et cela nous autorise une réponse négative. La patience ? Cette si moderne obsession pour toujours plus de vitesse tendrait plutôt à nous en éloigner ! La force ? Cette soif, là encore si moderne, de bien-être matériel aurait davantage tendance à nous rendre moins résistants que nos ancêtres lesquels, par exemple, enduraient sans chauffage central le froid hivernal ou les canicules estivales sans climatisation ! La concentration ? Les mille et un clignotements et papillotements qui nous entourent, panneaux publicitaires, enseignes de tous genres, dernières nouvelles sans intérêts du web ou du smartphone, sans compter les bruits futiles constitués de chansonnettes ou des vains mots et bavardages oiseux dégorgées par les radios ou télés , tout cela, pour reprendre un mot fameux ne fait que conspirer contre la vie intérieure.
    Oui certes la technique peut favoriser quelques vertus d’attention et de concentration mais seulement au sein du cercle très étroit de mon petit domaine de compétence professionnelle. Jadis, les vertus (force, tempérance, prudence, foi, espérance…) devaient englober la totalité de mon existence, aujourd’hui, le technicien archétype de l’homme actuel, n’est que de l’humain amoindri puisqu’il ne requiert que quelques vertus pour un espace de vie et de temps fortement circonscrit. Pour le saint, le moine ou le chevalier, archétypes d’autrefois, chaque vertu devait concerner chaque instant de la vie, aujourd’hui, hors de la vie technique pour laquelle je suis payé, ce n’est sûrement pas la vertu que demande le système. Cela ferait-il l’affaire d’un monde focalisé sur la « croissance » que je sois tempérant, modéré, prudent, suffisamment fort pour mépriser les petits conforts, regardant suffisamment le ciel pour relativiser la terre, relativisant suffisamment l’artifice pour mieux regarder la terre ? Certes non puisque je deviendrais alors moins glouton en gadgets divers et ne serais plus dès lors qu’un piètre « consommateur » , cet autre nouvel archétype humain qui ne se nourrit que de nos vertus affaiblies et qui ne peut végéter que sur le terrain de cet autre archétype amputé qu’est le technicien.

  65. Sophie says:

    Pour vous autres maurrassiens nostalgiques, il est un autre psaume dont vous devriez vous souvenir, le n° 146 :

    « Ne mettez pas votre confiance dans les princes (ou les puissants), dans les enfants des hommes qui ne peuvent sauver.
    Leur âme se retirera, et ils retourneront à leur poussière, en ce jour, toutes leurs pensées ( ou desseins) périront.

  66. Mimosa says:

    Qu’auraient pensé de ce psaume, Bourdaloue, Bossuet, Fléchier qui courbaient tant l’échine devant LOUIS XIV ?

  67. ICHTHUS says:

    Qu ‘en auraient-ils pensé ?

    Je te fais simplement observer que leurs sermons puisant leur inspiration dans la Bible qui sans cesse rappelle à l’homme qu’il n’est que poussière », se trouvent donc imprégnés de ce genre de considérations. Falcophil nous dit plus haut que : « plus je crois en toute conscience être maître de moi-même plus c’est l’infra-conscient qui est maître de moi et le libertin convaincu d’être affranchi est en réalité plus asservi que n’importe qui « .
    Bourdaloue dit quelque chose d’assez voisin dans un de ses sermons, probablement prêché en présence du Roi, ou du moins en présence de ses proches :
     » L’un des plus visibles châtiments que Dieu exerce déjà sur nous, quand nous voulons vivre en mondains, c’est qu’au même temps que nous pensons à secouer son joug, qu’il appelle et qu’il a bien sujet d’appeler un joug doux et aimable, il nous laisse prendre un autre joug mille fois plus humiliant et plus pesant, qui est le joug du monde et des lois du monde… » ( Sermon sur le respect humain)
    On est en effet d’autant plus dépendant du « qu’en dira-t-on.. » que l’on se trouve incapable de voir au-delà du monde et de ses « vanités » et pourrions nous dire aujourd’hui ( Mais on devait en avoir l’intuition à l’époque), d’autant plus ramené à une logique mécanique ou pulsionnelle que l’on est incapable de dépasser la dimension déterministe du monde..
    S’il faut en croire l’historien François Blüche , auteur d’un énorme pavé sur Louis XIV, en plus de 50 ans de règne , le Roi aura entendu plus de mille sermons de ce genre sur le thème de l’orgueil et sa poursuite de vent mais traitant aussi de vertus cardinales ou théologales. Chez les hommes de ce temps- là, on sait être majestueux tout en ne perdant pas de vue que tout est vain, ce qui donne la vraie grandeur (Autre oxymore surmonté), contrairement à nous autres qui ne voyons que vanité, oubliant la grandeur, ce qui donne le désespoir, ou qui ne voyons que spectacle, oubliant que tout est vain, ce qui donne la futilité.
    Quoiqu’il en soit, si Louis XIV entendait ce genre de discours, il serait bon de nous interroger sur la philosophie sous-jacente aux propos que la « potestas » d’aujourd’hui aime à entendre de la part de l’actuelle « auctoritas ». Plutôt que les sermons de Bossuet, les propos d’Attila s’enthousiasmant pour la folie des grandeurs du transhumanisme seraient sans doute davantage de nature à plaire aux avortons de la potestas contemporaine!

  68. BOF ! says:

    Les propos qu’entendaient Louis XIV sur la futilité des choses d’ici bas étaient -ils de nature à le faire réfléchir sur sa propre folie des grandeurs ? Cela ne m’a pas l’air de l’avoir beaucoup marqué! Bossuet fustigeait mais il savait aussi sucer, il parlait d’outre-tombe tout en cirant les pompes, de vanité des grandeurs tout en flattant les grands vaniteux, gésir dans la fosse n’allait pas sans la brosse à reluire!

    Le fait est aussi qu’on allait écouter ces orateurs religieux un peu comme on va au spectacle, pour les gens de la haute cela faisait partie des mondanités distrayantes de l’époque, il y avait des « stars » du sermon chez qui on cherchait davantage d’ émotions qu’une vraie conversion. Un petit détail, Bossuet ne figurait pas parmi les « vedettes » les plus recherchées du temps, on lui préférait Bourdaloue, Fléchier, Mascaron ou Massillon, noms célèbres alors mais bien oubliés aujourd’hui, une bonne occasion de méditer sur les mirages et miroirs aux alouettes proposés par ce bas monde.

  69. ICHTHUS says:

    Que l’homme n’est pas Dieu, c’était tout de même ce que les grands d’alors s’entendaient constamment rappeler, il n’est pas sûr que les « grands » d’aujourd’hui s’entendent dire la même chose. Elites et dirigeants de ce temps là présentaient une indéniable majesté (Il suffit de considérer les portraits de Hyacinthe Rigaud) qui ne les empêchait pourtant pas d’acquiescer au devoir d’humilité que prêchaient les Bourdaloue et autres Bossuet. Quel effet pourrait avoir sur les élites actuelles leurs sermons sur le néant des aspirations humaines pourtant susceptibles de freiner l’orgueil prométhéen que nous inculque aujourd’hui la technique ?
    Quel conseiller d’un Nabot 1er, quel intime d’un Nabot II, quel mentor d’un Nabot III pourrait venir leur parler de la vanité de l’ambition ? Gageons que pas un seul de ces gnomes serait en mesure de recevoir publiquement ce genre de propos tenus devant Louis XIV un jour de Carême :

    « Que vous profitera cet amas, puisque le dernier souffle de la mort, tout faible, tout languissant, abattra tout à coup cette vaine pompe avec la même facilité qu’un château de cartes, vain amusement des enfants ? »
    (Bossuet : Sermon sur la Mort)

    De tels mots ne trouvent désormais refuge que chez quelques esthètes désabusés qui ne lisent pas même les oraisons de l’aigle de Meaux, préférant goûter en privé les médiocres « paléontologies » de Cioran dont se délectent les êtres anémiés dans ton genre.
    Une fois encore, synthèse d’alors, oxymore d’aujourd’hui !

  70. BOF! says:

    Tas de balivernes !

    Tu as omis de lire les mémoires de Saint- Simon. Tu saurais sans cela ce qu’il faut penser d’une société composée de pitoyables crétins, de médiocres arrivistes à commencer par le 1er d’entre eux, le Roi, ignorant et infatué de lui-même et de son fils, le grand dauphin, encore plus médiocre, (et fainéant par dessus le marché ! ) . Univers de dégénérés que Rigaud flattait comme on devait savoir flatter à la cour, l’artiste avait tout bonnement besoin de ça pour gagner sa vie, aucune « majesté » dans tout cela , rien que la même histoire qui se joue partout à toute époque ; si tu refuses de lécher les bottes, tu termines dans l’ombre et dans l’indigence. Point final. Le seul problème étant que ceux qui choisissent l’ombre, personne n’en parle, et pour cause puisqu’ils préfèrent qu’on les oublie. Dommage, ceux-là sont certainement plus intéressants que les sempiternels fats, sucés par les sempiternels Rigaud.

  71. Sophie says:

    Tout à fait d’accord avec tes propos concernant ceux qui ont choisi la vie cachée. Ton affirmation sur le fait que l’on ne puisse rien en dire est toutefois moins pertinente. Si l’on considère d’ailleurs certains succès de librairie de l’époque ici concernée,

    https://www.priceminister.com/offer/buy/153769025/vie-et-mort-des-moines-de-la-trappe-de-abbe-de-rance.html

  72. Falcophil says:

    Que ce fut là un succès de librairie, on pourrait tout de même déduire que l’époque n’était pas aussi dégénérée que l’affirmait Saint-Simon !

  73. BOF! says:

    L’abbé de Rancé était apparemment le seul qui trouvait grâce aux yeux de Saint-Simon, sans doute parce que lui seul visait à l’essentiel parmi la gent inconsistante et frivole qu’avait connue l’écrivain. La petite histoire nous rapporte d’ailleurs que comme Louis de Rouvroy formait le projet d’écrire ses mémoires, il nourrissait toutefois quelques doutes sur l’intérêt de faire revivre un monde aussi futile que celui de la Cour de Louis XIV. Il soumet alors son projet à l’abbé qui l’engage à le mener à bien. Il est probable que Rancé songeant lui-même à son propre projet devait se dire que l’entreprise de Saint Simon était de nature à justifier une autre entreprise telle que la Trappe et qu’un excellent moyen pour susciter des vocations au renoncement pouvait consister à coucher par écrit tant d’agitations vaines et de monceaux d’inanité.

  74. The warrior says:

    La cour de Louis XIV était peut être un ramassis de dégénérés, mais le pays se trouvait du moins dans une situation d’incontestable domination sur tous les plans, politique, artistique, littéraire, linguistique et…militaire. Rappelons seulement les victoires de Rocroi et de Lens qui mirent fin à la prédominance espagnole en Europe pour précisément installer celle de la France ! Prépondérance pluridisciplinaire que le pays n’a sûrement pas retrouvé par la suite, surtout pas sous les 3 dernières républiques. En un peu plus d’un siècle, ne l’oublions pas, nous avons connu 2 guerres civiles, 2 invasions ( et je ne compte pas celles de 1814 et de 1870 !), 4 défaites militaires dont l’une d’entre elle qui fût la plus terrible de toute notre histoire et dont nous n’aurions jamais pu nous relever sans une aide étrangère, (Aurions-nous pu d’ailleurs gagner la guerre de 14-18 sans cette même aide étrangère ?) sans parler de l’actuelle contre-colonisation migratoire à laquelle nous assistons impuissants. A peine plus d’ 1 siècle de « République » ont peut-être causé au pays davantage de dégâts que 8 siècles de monarchie capétienne !

  75. Ichthus says:

    Il est surtout curieux de parler d’arrivisme concernant le Roi, personnage qui n’avait pas à conquérir le pouvoir puisqu’il lui était destiné ! (Et qui n’avait surtout pas à se compromettre dans des malversations financières pour payer des campagnes électorales consternantes de bobards et de crétinerie, pas d’affaires Urba-technique ou Kadhafi avec un Roi dont la légitimité ne dépendait sûrement pas d’un argent dégueulasse.) C’est pourquoi un Roi portait davantage au respect alors qu’un président donne à beaucoup l’envie de vomir. Je n’ai par exemple, pas souvenir qu’un seul mahométan ait jeté sa chaussure sur saint Louis lequel était pourtant captif de l’ Islam alors que la chose se produisit sur un président qui pourtant était victorieux d’un pays musulman. On respectait un Roi quoique il fût votre prisonnier, on méprise un président alors qu’il est votre vainqueur!

    Il est à cet égard dommage que l’on n’ait pas suffisamment approfondi la question du rapport entre le pouvoir politique et l’artiste, comme on l’a dit, si le roi pouvait inspirer le peintre génial, le seul artiste génial que peut inspirer un président n’est que le caricaturiste.

    C’est d’ailleurs bien le mot « Président » qu’on a donné pour nom à un fromage aux émanations de pieds puants !

  76. BOF! says:

    On a quand même décapité un roi, ce qui ne s’est jamais vu avec un président (l’Angleterre dirait avec un premier ministre) d’ailleurs pour rester avec les anglais, Cœur de lion est aussi une marque de camembert mais c’était aussi le surnom d’un roi, non ?
    Et puis tu oublies également le Roi des…Hum ! S’il y en a énormément qui auraient de légitimes prétentions au trône, tu pourrais tout de même avoir ta chance….
    Cela dit, la France décadente c’est sans rapport avec une question de système politique, c’est davantage une question biologique, cela relève d’un inéluctable phénomène de sénescence. Les figures d’Ernst Junger et de Drieu la Rochelle, évoquées dans le billet sont à cet égard plutôt révélatrices. Orages d’acier, c’est le récit d’un ressortissant de pays vaincu mais récit serein d’un esprit vainqueur illustrant un pays pas encore tout à fait usé et qui a encore des choses à prouver, la suite des évènements nous le montrera, tandis que la comédie de Charleroi c’est le récit d’un ressortissant de pays vainqueur mais récit désabusé d’un esprit vaincu illustrant un pays désormais usé n’ayant plus grand-chose à dire, là encore , la suite des évènements le démontrera amplement

  77. Mimosa says:

    En tout cas, The warrior et Ichthus ont dû certainement jubiler au spectacle récent du chef de l’Etat endossant de nouveau son costume de chef de guerre! Président-camembert peut-être mais tout de même à la tête de la 3eme puissance militaire !

  78. ICHTHUS says:

    Chef de guerre ? Je ne veux pas m’attarder sur de l’anecdotique dont on a déjà ces temps-ci amplement discuté. Je me contenterai de dire qu’en fait de chef de guerre, je ne vois qu’un petit roquet qui jappe quand aboie le gros molosse, ou qui rentre à la niche quand le même gros molosse décide de ne pas bouger. D’ailleurs comment un banquier pourrait-il soudain se muer en chef de guerre ? Les rois recevaient une éducation militaire. Dès leur plus jeune âge, on leur enseignait le maniement des armes, ils s’illustraient même souvent par leur courage physique, tel un François 1er ou un Henri IV (Et aussi le grand dauphin, n’en déplaise au duc de Saint-Simon). Ils étaient non seulement des chefs politiques mais aussi de vrais soldats. Roland de Roncevaux était le modèle de saint Louis lequel à son tour devint le modèle chevaleresque qu’on rappelait à ses successeurs. Le modèle des Nabots I, II et III, c’est quoi ? Le Prince de Machiavel, peut-être, mais ce serait encore leur faire trop d’honneur que de penser qu’ils rêvent à ce genre d’archétype.

  79. Fidelis says:

    Entre nos rois et les nabots s’interpose certainement Machiavel. L’homme réduit à une pure technicité, en l’ ocurrence de conquête du pouvoir, c’est bien l’homme moderne avec comme cadre, la démocratie d’une part et Machiavel de l’autre. Avant Machiavel, le modèle politique, reste le roi-chevalier dont saint Louis est l’incarnation ( Les Bourdaloue, Bossuet et autres Fléchier ne manqueront jamais de le rappeler à Louis XIV) après Machiavel, un autre modèle trotte dans les esprits, précisément celui du Prince, la pure ambition, davantage au service de soi-même que du bien commun. La monarchie française de nature héréditaire n’intéresse pas Machiavel car ne l’attire qu’une autorité politique coupée de toute dimension sacrée, relevant uniquement du calcul, de la froide tactique, de la pure technique politicienne destinée à obtenir le pouvoir et à s’y maintenir, précurseur en cela de la politique purement laïque, séparée de toute ontologie du pouvoir, conception où le modèle sera de moins en moins la personne dont l’idéal est de conjuguer l’ensemble des vertus, cardinales et théologales, mais plutôt celui qui est habile dans l’art de faire croire qu’il les possède (les seules vertus cardinales, à dire vrai), non pas l’idéal qui tend vers la totalité humaine mais le seul critère de ma volonté individuelle où il devient plus important d’orchestrer l’apparence que de persévérer dans l’ Être.

    Quiconque voudrait mener une actuelle campagne électorale pourrait d’ailleurs faire son bréviaire du Prince de Machiavel. Les hommes, les évènements, les choses, les faits, saint Louis pouvait avec l’appui du théologien y chercher une substance spirituelle, Machiavel n’y cherche rien de la sorte mais plutôt à connaître toutes ces réalités dans leur déterminisme et leur mécanisme, un peu comme l »ingénieur veut connaître les réalités naturelles pour les manipuler et les soumettre à sa volonté.

    Saint Louis, c’est une conception du pouvoir où les archétypes sont le saint et le chevalier, espace politique où la technique se conjugue avec la mystique, Machiavel c’est une conception du pouvoir où les archétypes sont les arrivistes et les ingénieurs, espace politique où il n’y a plus que de la technique.

    Machiavel, c’est la substance de la démocratie moderne, l’art de duper, la technique du tripotage dont la vocation est d’oter au peuple suffisamment d’esprit pour lui faire croire qu’il choisit son prince, Saint Louis c’était la substance de la monarchie, non le prince que l’on pense naïvement se donner mais celui dont l’exemple a pour vocation de donner au peuple un esprit princier.

  80. The Warrior says:

    Ayant visité aujourd’hui le musée de l’armée, j’ai été plus particulièrement fasciné par les armures des rois, éblouissants chefs d’œuvre de ciselure et d’orfèvrerie. On en revient à la question esthétique, un président pourrait-il inspirer de telles réalisations ? Tout au plus, pourrait-il donner du travail au grand tailleur de costards sur mesure tout autant au service du haut financier que du chef de multinationale.

  81. Sophie says:

    A l’évocation de certaines considérations sur le vent, la poussière, la Trappe et son « soleil noir », on aurait pu saisir une occasion d’élévation spirituelle en traitant du cloître et de l’archétype monacal plutôt que de rester empêtrés dans une atmosphère belliqueuse toute en admiration pour le guerrier de jadis ou dans la fascination malsaine pour les fallacieux soleil d’or et autres apparats de la mégalomanie politique. A vouloir toujours rester ainsi enfermé dans les cercueils de mondes à jamais révolus, vous en devenez vous-mêmes de pitoyables cadavres ambulants !

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