( décembre 24, 2015 )

MAN WITHOUT A STAR

Toujours la proie du dégoût d’écrire, désireux cependant de relancer nos discussions qui commençaient à s’étioler, je me limiterai ainsi à reprendre nos derniers échanges. Fidelis ayant donc suggéré cette idée que notre époque hyper technicisée ne pouvant que singer le passé, n’offrirait dès lors pas beaucoup plus que parodie de type humain

>1

Ichthus devait ajouter que:  » Héros, Prophète, Saint, Sage, Chevalier, Samouraï, tous ces types humains appartiennent à des mondes disparus. Certains ont encore le Prophète comme « beau modèle » mais ils n’appartiennent pas à notre monde celui-ci n’ayant besoin « ni du Prophète, ni du saint , ni du héros encore moins du chevalier » puisqu’il s’est donné un archétype surpassant tous les autres, en la personne du :

saltimbanque, du bateleur, du jongleur, enfin bref, en la personne du CLOWN….

Là-dessus, intervint la cinéphile « branchée » qui entendait relever la superficialité de la remarque en s’appuyant sur l’actuel passage au grand écran du dernier né d’une série réactivant précisément l’archétype chevaleresque

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Fidelis rétorquait alors par un commentaire que j’effaçai par inadvertance et qui devait à peu près dire ceci :
Nous ne concevons tout au plus la figure de certains archétypes que reléguée dans quelques inaccessibles et intemporelles galaxies, fruits d’une fantaisie débridée de grand-enfant,

Jedi

au demeurant, tellement obnubilés que nous sommes par le tape-à-l’œil d’outre atlantique que nous ne voyons pas ce que peuvent présenter de puérilement grotesque ces simulacres bigarrés de sabre du samouraï ou d’épée du chevalier

Puis une autre enchaîna pour souligner le caractère fort déplacés des propos d’Ichthus en ces moments où de nouvelles guerres justifiant de nouvelles rapines au Moyen-Orient, « nous aurions plutôt pour figure archétypale celle du croisé, modèle de l’entreprise cupide et criminelle ». Ce à quoi Fidelis répondait que s’il était a priori permis de trouver excessive l’image du clown comme archétype de notre temps, on avait tout de même déjà fait remarquer que cette figure pouvait souvent sous nos latitudes prendre la place du Sauveur

2

Rouault

« Parodie certes mais rien d’étonnant à ce que tout puisse à notre époque dégénérer en parodie car cela est inhérent au monde bourgeois qui est le nôtre. Ainsi en va t-il de la figure du croisé chez qui l’on ne voit souvent guère plus qu’un aventurier se servant hypocritement de la religion pour justifier des menées au service d’ambitions terrestres sur fond de razzias criminelles. Des médiévistes peuvent nous rappeler que les croisades relevaient aussi et avant tout du pélerinage et de l’acte de foi ,que pourrait-on cependant comprendre à ces termes aujourd’hui où l’on ne connaît du voyage que le tourisme et du dépassement de soi que l’excitation ? . Que peut-on comprendre à l’esprit de détachement qui pouvait présider aux croisades

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lorsqu’on pense avant tout chiffres d’affaires, achats de Noël et que le regard est essentiellement fasciné par les poulardes, le foie gras ainsi que par les scintillements des bimbeloteries et pacotilles de fin d’année ?
Il n’est de pire méprise en histoire que celle inspirée par l’anachronisme et c’est du pur anachronisme que de plaquer sur le croisé le mental bourgeois de notre époque qui n’agissant le plus souvent que par întérêt, esprit de lucre et d’arnaque est convaincu qu’il devait nécessairement en être de même chez nos aïeux d’ il y a 1000 ans.

Godef

On parle de croisades à propos des actuelles guerres au Moyen-Orient mais ( n’en déplaise aussi aux musulmans qui emploient également ce terme avec le même manque de rigueur) il n’y a cependant plus de croisé, il n’y a que le technicien du rafale, le second étant au premier ce que le téléthon est à saint Vincent de Paul. Parodie de croisé d’un côté , parodie de charité de l’autre, saint et croisé sont déplacés dans l’univers bourgeois. Certes , parodie veut dire imitation burlesque et on objectera qu’il n’y a rien de burlesque dans un rafale mais ce qui prête à rire c’est précisément ce terme si intempestif de « croisé » aussi peu approprié que d’évoquer la transcendance pour un drone.

Drone

La guerre peut à la rigueur présenter une dimension métaphysique et sacrée chez le djihadiste pour qui elle le rapproche de l’au delà mais pour le pilote de rafale, elle n’est qu’une question d’efficacité technique au service de notre « art de vivre » entendons de nos divertissements, de nos match de foot , de nos shoppings et de nos apéros tranquilles aux terrasses des cafés.
Le modèle type, nous l’avons dit, est nimbé de sacré, saint, chevalier ou prophète sont situés à la jonction du profane et du sacré

Graal

Que l’archétype se retire, qu’avons-nous ? l’homme qui n’a plus souci que d’immanence utilitaire, autant dire le bourgeois, A vrai dire le bourgeois est de toute époque, il est ce qui guette l’homme quand le sacré s’efface. Réduire l’humain à de l’efficacité immédiate n’empêche cependant pas que dans cette humanité diminuée il reste un peu de sacré sous forme de quelques vagues aspirations qui rejaillissent le plus souvent sur un mode dérivé et donc d’une manière parodique car dans un contexte absolutisant l’ immanence, le sacré apparaît la plupart du temps ridiculement hors de propos. Il n’est que de voir combien l’atmosphère de mystère enveloppant le Perceval de Chrétien de Troyes devient grotesque et relève donc d’une parodie quand elle se trouve transposée dans l’univers bourgeois que symbolise le bon sens de l’aubergiste chez qui débarque l’ ingénieux hidalgo.
Processus de migration bouffonne que l’ Ancien Testament décrit d’ailleurs déjà très bien dans l’ Exode où l’on voit que lorsque se retire Moïse au sommet du Sinaï , son peuple, maintenant privé d’archétype parce que sans prophète, oublie le sens du sacré pour n’en retenir que sa parodie

Poussin
(Nicolas Poussin)

Tous les prophètes qui se succéderont par la suite, ne seront que le rappel de cette tentation bourgeoise d’adoration de l’idole, c’est-à-dire de l’objet fabriqué de main humaine. Si les juifs ne cessaient déjà de dévier vers l’esprit du bourgeois, le peuple restait cependant suffisamment sain pour que se dressât en son coeur l’anticorps nécessaire au travers de cet archétype du prophète. L’Etat d’Israël ne serait-il pas du reste cette parodie bourgeoise du Messie annoncée par les Prophètes ? Notre monde est désormais sous l’emprise généralisée du bourgeois, quel anti-corps est-il capable de trouver ? Là serait tout l’intérêt de poser la question de l’archétype… »

109 Comments to “MAN WITHOUT A STAR” »

  1. Bab-One says:

    Ces idées sur l’inévitable parodie qu’entraînerait la mentalité bourgeoise me semblent quand même discutables sur bien des points. Je ne vois pas en quoi Parsifal est déplacé quand il est mis en scène par le bourgeois Wagner, dans une oeuvre destinée à un public de bourgeois ! la même remarque vaut pour le jedi de Star wars !

  2. Fidelis says:

    Je connais un fameux tableau

    Hit

    qui suffirait à rappeler à quelle parodie grand-guignolesque l’ archétype chevaleresque est réduit quand il est transposé dans un système bourgeois soutenu par des industriels bourgeois.(Quand bien même se réclamerait-on fallacieusement de l’aristocratie guerrière)
    S’il peut certes exister des exceptions heureuses, force est, quoiqu’il en soit, de constater que lorsqu’un artiste cherche un type humain, il le trouve au Moyen Âge (chrétien ou japonais) et sûrement pas dans le monde industriel qui ne lui inspire que du dégoût, c’était du moins le cas pour Wagner. Quel archétype ou quel temple serait propre à notre monde ? Là est ce qui m’intéresse.
    Et la même remarque vaut en effet pour le jedi.
    Il s’agit d’un type humain emprunté au monde médiéval mais pas à notre modernité technicienne, le fait qu’on lui mette dans les mains un joujou sabre au lazer ne change rien à l’affaire !

  3. Thierry says:

    Si l’on s’en tient à la récupération du mythe chevaleresque par le cinéma nous avons certainement de la parodie tel que Monthy Python, sacré graal de Terry Gilliam, Brancaleone s’en va aux croisade de Mario Monicelli, la série « Les visiteurs » de Jean Marie Poiré et bien sûr la série télévisée « Kaamelott ».
    Mais il n’ y pas que ça, beaucoup de films tout à fait « sérieux » ont voulu entretenir l »archétype »,
    tels que « Les chevaliers de la table ronde » de Richard Thorpes ,

    chev

    Le chevalier noir de Tay Garnette, le Cid d’Anthony Mann, films à grand spectacle ou encore Excalibur de John Boorman qui certes pèche un peu par trop d’emphase, enfin, bref, ce n’est pas de la parodie, c’est plutôt du Kitsch,

    Iv

    de même qu’Hitler en chevalier, c’est là encore davantage du kitsch que de la parodie.

  4. Falcophil says:

    Mais peut-être que parodie et kitsch sont liés. S’il faut par kitsch entendre la persistance d’une forme passée dont le contexte présent ne se soucie plus vraiment du fond, l’imitation burlesque du passé n’est alors pas sans produire du kitsch (Il serait permis de dire que l’univers fantasmagorique de don Quichotte produit une impression de kitsch) tout comme la récupération kitsch du passé a toujours un effet plus ou mois ridicule. Le kitsch c’est une parodie qu’on ne voit pas et la parodie, un kitsch qu’on ne voit pas davantage. Hitler en armure de chevalier c’est du kitsch qui laisse entrevoir le grotesque mais voit-on le grotesque que l’on est alors renvoyé au kitsch.
    Rappelons que kitsch vient de l’allemand « kitschen » qui pourrait, entre autres, signifier « revendre du vieux ». Le monde bourgeois incapable de tirer de lui-même des formes chargées de sacré serait ainsi amené à vendre du vieux en reprenant les formes du passé mais il doit alors les vider de leur substance mystique en lesquelles il ne croit plus pour n’en conserver que le pur effet de spectacle. C’est donc par ce processus que le bourgeois doit inéluctablement produire du kitsch et de la parodie. Que reste t-il par exemple du rituel du sacre des monarques d’Ancien Régime vu par Napoléon et son chantre David ? La représentation d’un sacre sans sacré, de la pure théâtralité

    Sacre

    De la pure mise en scène, une entreprise de « Commediante, tragediante », une coquille vide, bref du kitsch mais qui laisse aussitôt entrevoir une parodie. Napoléon n’avait plus grand chose à voir avec l’aristocratie guerrière, c’était déjà de l’épopée bourgeoise, derrière le clinquant et la « tape à l’oeil », il apparaissait pour ce qu’ il était réellement, un bourgeois, génial certes mais bedonnant tout de même avec les typiques mauvais goûts du bourgeois parvenu. Pour reprendre le cas du nazisme nous pourrions citer un autre exemple significatif, celui du svastika vieux symbole spirituel de l’humanité

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    que l’esprit bourgeois vient alors amputer de toute sa puissance magique et sacrée pour le réduire à un simple logo de propagande. . La croix gammée, version kitsch ou version parodiée du svastika, on peut voir ainsi que kitsch et parodie ne sont jamais très éloignés l’un de l’autre.
    Mais ce que le nazisme a exprimé de manière aussi exacerbée , nous pourrions le retrouver dans toutes les productions « bourgeoises » qui avec plus ou moins de talent reprennent les archétypes du passé. Dans quelle mesure par exemple Wagner est lui même kitsch (Ainsi d’ailleurs que le romantisme dont il est issu), serait une question intéressante mais qui nous entraînerait trop loin hors de notre sujet.
    Sérieux ou comique, kitsch ou parodie, dans les deux cas le bourgeois ne parvenant pas à saisir l’essence , ne retient que la forme, autrement dit le spectacle voire le spectaculaire celui-ci n’étant qu’un moyen pour faire oublier l’absence de substance car lorsque le bourgeois, dépourvu de vraie dimension spirituelle tire du passé ses archétypes, il ne retient fatalement que des noix creuses qui peinent à dépasser la sollicitation publicitaire ou l’industrie du divertissement.

  5. Fidelis says:

    Thierry m’a donné l’idée de revoir le Cid d’Anthony Mann, il est vrai qu’un certain effort critique soutenu par un minimum de culture permet d’entrevoir le grotesque derrière le kitsch ( par exemple l’orchestration de Miklos Rozsa avec son style inspiré de la musique du XIXème, symphonie romantique et paso doble pour une histoire ancrée dans le haut Moyen Âge !)
    A noter tout de même deux réalisations plus sérieuses, le Lancelot de Robert Bresson et le Perceval de Rohmer, hélas, je n’ai pas vu ces films, je n’en connais la qualité que par ouï dire.

  6. Falcophil says:

    Je pense que les deux cinéastes ont en effet tenté de retrouver le style sobre et ramassé de Chrétien de Troyes qui se trouvait aux antipodes du spectaculaire hollywoodien. (Le pur spectacle, répétons-le est kitsch parce qu’il se polarise sur la surface faute de retrouver la profondeur) Mais le réalisme austère du Lancelot de Bresson manque tout de même d’atmosphère poétique et quant au Perceval de Rohmer, les quelques images que j’en connais,

    perceval

    stylisées jusqu’à l’épure, me donnent à penser que c’est peut-être ce qu’il y a de plus intéressant, j’ai plusieurs fois cherché le film, je ne l’ai malheureusement pas trouvé ( A noter qu’on peut trouver facilement « Kaamelott » à la FNAC ou dans un centre Leclerc !)

  7. Bab-One says:

    C’est excessif. Grâce au cinéma les mythes ont quand même survécu, ils continuent de fasciner les foules. Quelque chose du chevalier médiéval défenseur de la veuve et de l’orphelin est tout de même resté par exemple dans l’homme courageux et loyal du western comme ont pu le jouer Gary Cooper ou James Stewart.

  8. Fidelis says:

    Ce n’est certes pas tout à fait faux, J’ai récemment revu Alamo, quelque chose de chevaleresque subsiste en effet dans cette grande fresque historique. Je pense que les USA ont pu forger un archétype assez spécifique à leur culture parce qu’il s’agissait d’un pays encore jeune mais le mythe de l’homme de l’Ouest à la Gary Cooper n’a pas fait long feu, (les sociétés traditionnelles créent des archétype qui durent, le bourgeois crée de l’éphémère, le plus typique étant celui de la mode dans ce qu’elle a de plus passager , or les westerns sont passés de mode) D’ailleurs dès les années 60, le western à l’italienne imposait un autre personnage à la figure sale et poisseuse, équivoque et trouble, cynique, vindicatif et cupide, quelques bribes crottées de vertus chevaleresque pouvant certes surnager dans un univers sordide de brutalité sauvage et de boue.

    DJANGO
    (Django de Sergio Corbucci)

    On est cependant plutôt loin du héros médiéval tel que le décrivait Chrétien de Troyes! Au demeurant, quand les USA commenceront à leur tour à s’essouffler, vers les années 70, le western américain prendra lui-même une connotation crépusculaire ou picaresque puisqu’ au personnage de « High Noon » succederont ceux de « La horde sauvage » ou de « Little big man »
    Et puis, à y regarder d’un peu plus près, ce héros de l’Ouest américain n’est-il pas une version quelque peu dégradée de chevalerie ? Contrairement à Perceval, il est dépourvu de tout rapport au sacré, il n’est qu’ une ombre qui passe, qui vient d’on ne sait où et qui repart vers on ne sait pas davantage où.

    Shane

    On ne sait trop ce qu’il cherche, on ne sait trop ce qu’il veut. Il n’a pas vraiment de but, il n’est orienté vers aucun Graal, son chemin est horizontal, la plupart du temps se dirigeant vers un lointain sans attaches.

    luck

    Le cow-boy pourrait être l’archétype de notre temps de par son errance qui renvoie à notre nomadisme spirituel ainsi qu’à notre vagabondage mental. Même quand on insiste sur la dimension chevaleresque, « défenseur de la veuve et de l’orphelin », on se trouve en fait en présence d’une sorte d’image spectrale

    Pale

    dans un monde glauque et qui s’éloigne à la fin en chantant:

     » The night is dark, the way is far
    For a man without a star. »

  9. Falcophil says:

    Je crois que tu confonds Clint Eastwood et King Vidor mais peu importe, je ne savais trop quel titre choisir pour ce billet, tu viens de m’en donner l’idée….

  10. Fidelis says:

    Quoiqu’il en soit, hormis les séniors nostalgiques des années 50, le cow boy à la James Stewart intéresse t-il encore les foules ? Il me semble qu’aujourd’hui les américains sont beaucoup plus fiers de leurs drones (entendons de leur supériorité technique) que des hommes d’honneur de leurs westerns des « fifties » !.

  11. Falcophil says:

    Les américains n’avaient d’ailleurs pas attendu les italiens pour détruire leur propre mythe !

    Notons qu’à la fin de l’histoire, le cow- boy et son cheval sont fauchés sur une auto-route ( ligne de démarcation entre un passé et un présent inconciliables ?) par un camion fonçant à toute allure et transportant des ustensiles de salle de bain !

  12. Fidelis says:

    Parabole de l’extension grandissante de l’artifice érodant peu à peu l’ordre naturel des choses ou de la quête effrénée du confort faisant qu’il y a de moins en moins de vrais hommes ?

    Après le chevalier et le cow-boy, on comprend que le héros tende désormais à devenir un robot !

    >1

  13. Falcophil says:

    Nous n’en sommes pas encore tout à fait là. Pour l’instant nous avons toujours le « jedi ». IoI !

  14. Fidelis says:

    Finissons avec ça , le jedi est quelque chose d’ infantile et de ridicule et encore plus grotesque cet hybride d’homme et de crapaud

    yoda

    censé représenter le guide spirituel de ces moines guerriers kitsch au service du chiffre d’affaires. D’aucuns ont voulu voir dans cette vaste niaiserie commerciale, l’expression d’un nouveau sacré, on ne peut que hausser les épaules face à ce patchwork naïf à base de philosophie pour le journal de 20 heures (Ne suivons pas le côté sombre de la force, tournons-nous plutôt vers son côté lumineux!) ainsi que d’emprunts non moins superficiels aux tao, bouddhisme, zen, avec peut-être un peu de saupoudrage de gnosticisme chrétien effectué par des gens qui sont sûrement plus à l’aise dans la technologie et ses effets spéciaux que dans la spiritualité, en cela sans doute que les concepteurs du produit se trouvent en phase avec leur contemporains qui préfèrent chacun se bricoler un vague syncrétisme à leur convenance plutôt que d’assumer les contraintes propres à chaque religion.
    Les archétypes dont nous parlons constituaient pour les sociétés de jadis des modèles proposés pour parfaire l’homme. Rien de tel ici mais simple fantaisie qu’on a bidouillé à des fins de pur divertissement à partir des types humains des temps passés. Les chansons de geste et les romans du cycle d’Arthur voulaient offrir à l’élite du temps des exemples auxquels on était invité à se conformer, avec Star Wars, ces exemples ne sont que pastichés pour distraire les enfants et leurs ados attardés de géniteurs.

  15. Falcophil says:

    Attention tout de même à ne pas évacuer un peu trop rapidement l’inconscient collectif véhiculé par ce genre de cinéma au motif de ses objectifs de rendement commercial ( le film et ses « dérivés »). Aux côtés d’intentions bassement parodiques telles que « Kaamelott »(Au sens vraiment le plus bas, une parodie au sens noble n’ayant pas pour but essentiel de ridiculiser mais plus sérieusement de prendre ses distances à l’égard d’un modèle pour mieux trouver sa propre voie, c’est en sens le plus noble que Don Quichotte est une parodie car le but de Cervantes ne fut certainement pas de se moquer de Chrétien de Troyes ou d’Amadis de Gaule !), figurent des créations telles que celles de Georges Lucas suscitant l’interrogation plus profonde sur ce qu’implique la réactivation de ces archétypes qui de toute évidence connaissent un succès certain auprès des foules.

    Le côté artificiel du Jedi tiendrait plutôt à la difficulté de concilier l’ héroïsme guerrier traditionnel avec la haute technologie d’où la raison d’être d’une arme laser qui veut succéder au sabre du samouraï de manière si peu crédible (Plus haute est la technologie, moins probable devient le combat rapproché!) que, il faut bien le dire, cela tourne assez vite au pastiche voire effectivement à la « parodie ».

  16. Fidelis says:

    Un récent ouvrage sur le drone, cité la fois dernière suffirait à nous le faire comprendre !

  17. Falcophil says:

    En matière de guerre, le progrès technique n’étant par dessus tout que le progrès de la capacité de tuer à distance en exposant le moins possible sa vie, il paraît certain que le courage chevaleresque y trouve de moins en moins son compte. Dans la tragédie d’Eschyle, « Les Perses » , Atossa mère de Darius,demande si les armes qui brillent dans les mains des grecs sont des arcs et des flèches, ce à quoi il lui est répondu que les athéniens « combattent de près avec la lance » comme si le tragédien exprimait ici un mépris sous-jacent pour les archers perses, habiles à tuer sans approcher l’ennemi de près. En opposant « la flèche rapide du perse » à « la lance acérée du grec « , il semble qu’effectivement, Eschyle suggère déjà qu’une certaine technicité du « télécombat » paraît assez peu compatible avec le pur courage chevaleresque. On a dit maintes fois qu’Azincourt fut le crépuscule de la chevalerie française affrontant un ennemi anglais peut-être moins courageux mais sûrement plus technicien de par une tactique reposant avant tout sur l’utilisation des archers.

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    A partir de l’invention du canon, la guerre deviendra toujours plus question de balistique et donc de mathématiques et de science ( Voir d’ingénierie avec le précurseur Vauban) que de vertu chevaleresque. Quelques bribes de cette vertu subsisteront au XVIIIème chez de grands capitaines comme Charles XII de Suède ou la maréchal de Saxe qui ne cachaient pas leur mépris pour l’artillerie mais les temps seront désormais mûrs pour la guerre technologique laissant fort peu de place à l’esprit chevaleresque. Plus la guerre deviendra technique plus l’efficacité primera donc sur le courage et l’on est d’autant plus efficace que l’on maximise le nombre d’ennemis tués en minimisant le risque d’être tué soi-même. Toujours plus de progrès technique , c’est donc toujours moins d’éthique chevaleresque. L’éclipse du guerrier chevaleresque par l’avènement d’un type de guerre devenant massacre industriel est une thématique assez peu exploitée par le cinéma. Jean Renoir effleure le sujet dans « La grande illusion ».

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    Je ne sais ce qu’il peut y avoir d’historique dans ce film d’Edward Zwick où est narré la dernière charge des derniers samouraïs contre l’armée japonaise moderne, dotée du dernier cri de l’artillerie mais on pourrait du moins se demander qui est le guerrier le plus admirable, entre l’ homme de la wehrmacht enfermé dans son panzer et le polonais qui le charge avec sa lance et son cheval. Personnellement ma réponse est en faveur du second….

  18. Thierry says:

    Ce que tu dis n’est que partiellement vrai, la guerre de 14-18 était « industrielle », je te l’accorde mais faut-il dire pour autant que les poilus qui montaient à l’assaut des tranchées allemandes manquaient de courage ?

  19. Falcophil says:

    Je n’ai jamais dit cela. Le soldat qui monte à l’assaut du camp adverse ne fait que se rapprocher de la présence physique de l’ennemi, ce qui confirme donc que le courage reprend progressivement ses droits quand le combat devient plus archaïque et moins technologique. La question qui sous tend implicitement ces développements est de savoir si l’homme des vertus traditionnelles est compatible avec la technologie la plus avancée, c’est dans cette optique qu’était cité le cas de la cavalerie polonaise fonçant sur les panzers.

    Kroj

  20. Thierry says:

    Je m’étonne que tu ne saches pas que cette histoire de la cavalerie polonaise chargeant les panzers n’ est qu’un mythe forgé par la propagande allemande pour ridiculiser la Pologne…

  21. Falcophil says:

    Possible que ce ne soit qu’un mythe, qu’importe, le mythe est beau et je ne pense pas qu’ il ridiculise le soldat polonais, à mes yeux , il en sortirait plutôt grandi.

  22. Thierry says:

    Amateur de causes perdues ?!?!?!?! ça ne mène pas bien loin !
    Les chevaliers français furent battus aux batailles de Crécy et d’ Azincourt parce qu’ils étaient plus soucieux de montrer leur courage que d’être efficace. A mon avis ils étaient surtout stupides. Efficacité et courage sont deux vertus, et je ne vois pas ce qui permet de dire que l’une travaille contre l’autre, l’efficacité sans le courage est stérile, le courage sans l’efficacité, c’est une témérité tout autant stérile, voire suicidaire…

  23. Mia says:

    C’est une grave erreur que de mettre sur le même plan l’efficacité et la vertu. Il n’est pas vrai que l’efficacité sans le courage soit stérile puisque les commentaires précédents veulent démontrer qu’une évolution de la technologie permet d’autant plus d’efficacité qu’on a moins de courage, l’invention du drone étant l’aboutissement d’une telle évolution!

    L’efficacité n’est pas une vertu, c’est plutôt ce qui est propre à donner un résultat de manière infaillible. autant dire que plus on est efficace et moins on est humain. Un robot est peut-être ce qu’il y a de plus efficace mais c’est sûrement ce qu’il y a de moins vertueux. je ne vois pas comment il serait possible d’inventer un robot susceptible de courage, autant vaut se retrouver toi et moi et puis attendre 9 mois!

  24. Falcophil says:

    Considérer l’efficacité comme une vertu est sans doute révélateur de ce que notre époque se fait de la vertu une conception différente de celle de jadis ou peut-être même de ce qu’elle ne s’en fait aucune conception. L’efficacité, du point de vue de la conception traditionnelle de la vertu, n’est en effet qu’une incidence qui ne concerne surtout que le maniement de l’outil. Pour Aristote et Thomas d’Aquin, les vertus sont des tendances ou des dispositions nous orientant vers une essence humaine, des « puissances » destinées à l’actualisation de la plénitude de cette essence. De nos jours où l’on semble ne plus se préoccuper de l’essence ou du moins ramener celle-ci au choix d’existence, la vertu serait plutôt réduite à ce qui est propre à produire un effet concret sur le monde au sens où nous pourrions parler des « vertus » de telle ou telle plante. Conception propre à une évolution passant du monde des héros et des saints au monde des mathématiciens , des ingénieurs ou des physiciens, ceux dont la connaissance ne permet pas d’approcher l’ essence du monde mais d’opérer sa transformation. D’abord les dieux, puis les héros , enfin les « hommes » aurait dit Gianbattista Vico. Entendons par là, des hommes s’autodéterminant par leurs propres inventions techniques ce qui dans cette optiqu ne peut que conduire à occulter la question de l’essence (contraire à toute autodétermination) et m’autoriser ainsi à réorienter les données naturelles. Aristote n’ignorait pas ce dernier aspect des choses puisqu’il comparait la finalité de l’homme (le bien et le bon) à la finalité du joueur de cithare( la dextérité pour produire les sons les plus beaux), la vertu permettant de réaliser la première finalité, la technique permettant de réaliser la seconde. Toute la différence vient de ce que c’est désormais surtout à celle-ci que s’intéresse notre époque. La technique prime sur la vertu (mot d’ailleurs plutôt désuet. Qui l’utilise encore sinon précisément au sens de « vertu » curative de la plante?). Significatif au demeurant que la plupart des philosophes aient cessé de s’intéresser aux vertus depuis l’utilitarisme des Bentham et autres Stuart Mill coïncidant avec l’aube de l’ère technologique et industrielle.
    Nous l’avons vu dans cette ébauche de l’histoire militaire, jadis prédominait le héros, aujourd’hui prédominerait plutôt le technicien. Azincourt signe peut-être une accélération de la transition du héros vers le technicien et il n’est pas interdit de voir dans les archers du roi d’Angleterre, les ancêtres de ceux qui de Washington téléguident les drones.( Et qui d’ailleurs ne sont pas forcément des militaires mais peuvent fort bien être des civils, qu’importe, l’essentiel est que ce soit de bons techniciens avec toute l’efficacité requise!). Si l’on demande au technicien de l’efficacité , on n’en demande pas nécessairement au héros. Achille, Hector, Hercule, Jeanne d’Arc voire Jean Moulin sont tous des gens qui échouent, ils n’en restent pas moins des héros, il semblerait même qu’un héros soit d’autant plus grand que son échec terrestre est spectaculaire. On ne peut en dire autant d’un pilote de rafale qui se fait « descendre », ici on ne célèbre pas l’échec héroïque, on aurait plutôt tendance à déplorer le dysfonctionnement. Faire de l’efficacité une vertu revient donc à dire que ce n’est pas tant la vertu qui compte mais que c’est avant tout que cela fonctionne qui importe. Chez Aristote, le concept fonctionnel est de l’ordre de l’image (Vivre bien est comme bien jouer de la cithare) chez nous, ce n’est pas une image, ce serait plutôt la réalité qui subsiste. Si l’homme des vertus tend à disparaître, semble demeurer avant tout le joueur de cithare ! Va t-on demander à un salarié d’être vertueux? On lui demande surtout d’être « opérationnel » et si on peut le licencier pour manque de « loyauté » ( La connotation morale du vocable n’est d’ailleurs pas sans mettre à mal à l’aise plus d’un juriste et fait souvent l’effet d’une survivance anachronique) c’est que là encore, on lui reprochera surtout un dysfonctionnement au niveau de l’exécution du contrat de travail. La vertu d’un salarié c’est de fabriquer, de réparer, de transporter, bref, que cela fonctionne. Toute la nuance est dans le fait que naguère, en s’inspirant d’Aristote on pouvait encore dire que l’homme doit être orienté vers le bon et le bien comme une horloge doit donner l’ heure juste, aujourd’hui, ce critère de l’efficacité nous conduirait plutôt à conclure au technicien qui doit tout bonnement donner un résultat aussi exact que la bonne horloge qui n’avance ni ne retarde. On a d’ailleurs coutume de dire qu’une personne qui perd son travail n’est plus rien, pas étonnant car si jadis on devait être avant tout un homme bon et secondairement un bon joueur de cithare, aujourd’hui, on est avant tout un bon joueur de cithare et très accessoirement un homme bon, autant dire qu’il ne me reste plus grand chose si toute possibilité m’est enlevée de prouver que je sais jouer de la cithare! J’ai beau être orienté vers le bon, le beau et le bien, sans qualification technique permettant de se « vendre », je ne suis pas loin d’être zéro. Du temps des archétypes, temps des vertus, l’homme était avant tout invité à s’identifier à l’expression de son essence, de nos jours, temps de l’efficacité, il ne s’identifie guère plus qu’à une technique monnayable au sein d’une aire commerciale.

  25. Destroy says:

    Ce blog c’est un ramassit de fils de pute de facho catos intégristes de mes deux. Vous vous prenez pour des vrais croisés, attendez qu’on vienne vous éclatez la gueule, tas d’en culés, on viendra vous saignez comme des porcs que vous êtes.

    On vous crèvera tous , tas de vermine !!!

  26. Falcophil says:

    Intervention illustrant assez bien notre interrogation sur ces vertus que tend à nous faire perdre un progrès technique croissant. Ainsi de la vertu de patience, qu’en reste t-il quand le but de la technique est de nous permettre d’aller toujours plus vite ? Ainsi du courage, que devient-il quand on peut , à la manière de ce Monsieur « DESTROY », venir proférer des insultes, bien caché derrière un pseudonyme et un écran d’ordinateur ? inutile de dire à ce pauvre imbécile de venir me répéter ses propos bien en face , contourner la présence et la résistance de l’altérité physique, c’est le gain qu’apporte la technique mais combien y perd t-on en vertu ?

  27. Mimosa says:

    Outre qu’il est contestable de soutenir que la guerre à distance n’exige plus beaucoup de courage (Les bombes, il faut bien que quelqu’un les reçoive, les soldats comme les civils d’ailleurs!) par ailleurs, si je comprends bien, le djihadiste parce qu’il tue à 10 ou 20 mètres serait plus vertueux qu’un pilote de rafale qui tue à 2000 mètres ,!?!? La guerre est toujours la guerre, qu’est ce que la technologie vient y changer de fondamental ? Je ne vois pas très bien en quoi le fait de sentir son épée s’enfoncer dans les boyaux de son adversaire devrait être plus admirable que le fait de lui tirer un coup de pistolet ? On pourrait très bien te soutenir que dans le 2eme cas c’est du moins réalisé plus proprement ! Un Voltaire se serait bien gaussé de tes développements sur une guerre prétendument plus noble quand elle se fait à « combat rapproché ». Je te renvoie à la saisissante description qu’il nous donne, au début de son Candide, d’une « boucherie héroïque » ( La viande saignante sur un champ de bataille est-elle plus noble que celle débitée sur un étal ?) Et puis tu apprécieras aussi (dans Micromegas) combien, avec son art incomparable de la concision, il ridiculise les causes futiles pour lesquelles, la plupart du temps, les hommes se battent!

  28. Falcophil says:

    Là n’est pas la question, comme d’habitude, on s’emballe sans avoir vraiment lu ce qui est écrit.

  29. Mimosa says:

    Mais il me semble que toute la question est là au contraire!, vous avez l’air de laisser sous- entendre que les djihadistes présenteraient une attitude plus héroïque sous prétexte qu’ils mènent une guerre plus « archaïque » et je trouve d’ailleurs plutôt scandaleux d’écrire que :  » La guerre peut à la rigueur présenter une dimension métaphysique et sacrée chez le djihadiste pour qui elle le rapproche de l’au-delà mais pour le pilote de rafale, elle n’est qu’une question d’efficacité technique au service de notre « art de vivre » entendons de nos divertissements, de nos match de foot , de nos shoppings et de nos apéros tranquilles aux terrasses des cafés. » Implicitement, c’est une façon de dire que ceux qui ont été assassinés n’étaient au fond que des pas grands choses parce qu’ils aimaient les plaisirs s de la vie! Il ne s’agissait que de misérables hédonistes qui n’ont eu que ce qu’ils méritaient et notre admiration devrait plutôt aller aux djihadistes qui sont des modèles de guerriers héroïques, dignes d’éloges pour leur mépris de la vie et parce qu’ils savent mettre de la transcendance et du sacré dans la guerre! J’imagine un candidat djihadiste qui par hasard tomberait sur cette prose et qui pourrait tres bien y voir un encouragement pour de futurs assassinats. On devrait tout simplement avoir honte décrire de telles insanités à moins qu’on soit trop bête pour s’apercevoir qu’on ne fait que justifier les actions criminelles de nihilistes et de jeunes paumés destinés à n’être que de vulgaires mercenaires et qui s’ils doivent certes appeler notre commisération ne devraient certainement pas susciter notre admiration !

  30. Falcophil says:

    Comme sont visés ici les propos de Fidelis, je préfère lui laisser le soin de te répondre.

  31. Fidelis says:

    Nous avions la fois dernière évoqué la nécessité de concilier tête froide et coeur chaud. Le problème de Mimosa c’est qu »elle s’échauffe aussi la tête, ce qui, en effet, ne lui permet pas de lire avec exactitude ce qui est écrit.
    Il ne s’agit pas de défendre le djihadiste mais de souligner sans plus qu’il est superficiel de ne voir en Daech qu’un ramassis de mercenaires et dans le djihadiste un banal déclassé issu des banlieues défavorisées. Il est sociologiquement démontré que le djihad ne recrute pas seulement parmi les délinquants ou les jeunes désoeuvrés des banlieues mais aussi parmi des gens des classes moyennes ayant un bon niveau d’étude et de qualification professionnelle. Dans le phénomène Daech, il y a autre chose que nous semblons avoir peine à comprendre pour la même raison que nous ne saisissons plus vraiment une entreprise comme les croisades.Ce quelque-chose c’est précisément la Foi. Pour maint djihadistes, le terme de « guerre sainte » n’est pas un vain mot. Combattre dans le sentier d’Allah ne renvoie pas au seul combat intérieur mais Allah bénit aussi et surtout le combat guerrier et l’ héroïsme militaire ( Le seul que le Coran connaisse d’ailleurs). Ce n’est pas exalter le djihadiste que de dire cela, c’est constater un fait, rien de plus. La guerre est pour nombre d’entre eux l’occasion du contact avec la transcendance ( contact qui se perd dans notre monde sécularisé où tout se « technicise ») parce qu’elle se fait sous les auspices d’Allah. »Le paradis est à l’ombre des épées » affirme un hadith. Face à cela nous opposons quoi ? Où se trouve notre transcendance et notre sacré? Dans notre liberté ? Mais notre liberté pour faire quoi ? Pour nous adonner à quoi ? A l’ivresse des achats aux veilles de Noël, à l’ivresse des soldes aux lendemains des jours de l’an ? Aux divertissements de nos spectacles bruyants et tapageurs ? A nos conversations futiles aux terrasses des cafés où nous dégustons nos cocas et lorgnons sur les jambes ou les arrières trains des filles ? affirmer que les djihadistes ne sont que des nihilistes ou des « paumés » qu’il suffirait de remettre dans le système par des actions sociales appropriées voilà qui est trop simple et trop court et qui nous permet d’ esquiver le fond du problème de manière un peu trop facile. Le djihadiste vomit sur un monde dont l’ambition ne dépasse pas « le petit plaisir pour la nuit et le petit plaisir pour le jour ». A nous qui sommes avides de romans où s’étale le petit ego dérisoire, lui, s’appuie sur un livre supra personnel, « archeiopoietos » comme le dirait l’orthodoxe de son icône et par lequel il considère de haut les revendications médiocres de notre petit moi limité. A cela qu’oppose t-on ? un christianisme affadi croyant de moins en moins au caractère supra humain de son message, infesté d’humanisme subjectif et frôlant un sentimentalisme bisounours servant trop souvent de prétexte pour masquer sa couardise et qui avec raison ne suscitait que le dégoût d’un Nietzsche ? C’est bien parce que notre logique profane est mesquine que nous ramenons le djihadiste ou le croisé à ces seules dimensions mesquines d’ordre immanent qui sont les nôtres !

  32. Bab-One says:

    Le bourgeois n’est sans doute plus bondieusard mais il est contestable d’affirmer qu’il ne produirait plus de sacré. Du mystère, il en crée toujours et tout autant qu’avant.

  33. Fidelis says:

    Du mystère ? Et lequel ? Celui de la chambre jaune ?

  34. Bab-One says:

    Non, celui des surréalistes,celui de David Lynch,celui de Kafka, entre autres.

  35. Fidelis says:

    Je ne veux pas nier la dimension « sacrée » de certaines compositions surréalistes

    fffffgfh
    (Max Ernst: La ville entière)

    ( ne se présentaient-ils cependant pas comme des marginaux anti-bourgeois ?) mais je demanderai simplement si ce n’est pas dégrader la réalité du mystère que de la faire descendre du domaine du divin au domaine du désordre onirique où la rencontre de l’homme et de la transcendance devient rencontre du parapluie et de la machine à coudre. A cet égard, le mystère qui dérape en délire ne me semble pas très loin de la religion déviant vers la superstition. Quand s’efface le sentiment religieux, on trouve souvent l’horoscope à la place et peut-être alors que David Lynch n’est lui-même plus très loin.

  36. Falcophil says:

    Quant à Kafka, on peut se demander s’il n’y a pas, là encore, parodie « bourgeoise » de quête mystique où le chevalier n’est plus qu’un petit fonctionnaire voulant pénétrer dans un château qui n’enferme ni princesse, ni pucelle, ni Graal, ni « lance qui saigne » mais rien que l’administration étouffante de la bureaucratie moderne.

  37. Thierry says:

    N’existe t-il vraiment rien d’autre dans ce château de l’ami Franz ?

  38. Falcophil says:

    Peut-être….

    fgt
    (Le départ de l’arpenteur)

  39. Thierry says:

    Si la bougie brûle encore , c’est que l’arpenteur n’a toujours pu pénétrer au château.

  40. BOF! says:

    Quelle paix pourtant si la flamme s’éteignait !

    Archétype humain?
    Synonyme de « plus personne ».

    L’arpenteur aura vraiment pénétré quand il n’ y aura plus personne, hors du château comme à l’intérieur.

    Posséder le Graal veut dire qu’il trône là, sans personne pour le contempler, ni personne pour en rêver.

  41. Fidelis says:

    Phase terminale en quelque sorte. Il est vrai que château et Graal devaient être remplacés par un clochard évanescent que se contentent toujours d’attendre deux autres clopinards. Le moyen-âge eut Perceval et Lancelot , c’est Vladimir et Estragon pour les « temps modernes ». A chaque époque ses archétypes.

  42. BOF! says:

    Au moyen âge, on trouve aussi Renard le goupil ainsi que le loup Ysangrin !

  43. Fidelis says:

    Création du XIIIème siècle qui coïncide avec la montée de la bourgeoisie. ( Le mot « bourgeois » est d’ailleurs apparu à cette époque).
    L’aristocrate avait Chrétien de Troyes et ses successeurs, il fallait bien que le bourgeois eut ses propres littérateurs, ce furent Pierre de Saint Cloud et ses continuateurs!

  44. BOF! says:

    le terme de « bourgeois » ne m’effraie pas si on le retient comme synonyme de bon sens. Or, pour ce qui nous occupe, le bons sens serait de voir le réel au travers de Pierre de saint Cloud et ses successeurs plutôt qu’au travers de Chrétien de Troyes et ses continuateurs.Perceval et Lancelot évoluent dans un monde impossible parce que relevant d’une dimension éthérée. Le Roman de Renard relève certes tout autant du fantastique mais d’un fantastique Ô combien plus vrai ! que ce soit le plus pendard ou le plus matois qui tire le mieux son épingle du jeu, là est le vrai, sous Philippe Auguste comme à notre époque. Perceval ou Lancelot ne sont somme toutes que des évasions à bon compte hors d’une réalité peu ragoûtante, celle d’une chevalerie composée, sauf rare exceptions, de brutes épaisses qui par des fictions émanant de plumes aussi serviles que celle d’un Chrétien de Troyes trouvaient ses flagorneurs ainsi qu’un moyen d’oublier hypocritement ses propres bassesses faites plus particulièrement d’ arrogance et de mépris à l’égard des plus faibles que pourtant ils étaient censés défendre
    Les animaux du roman de Renard tout comme plus tard des personnages tels que l’arpenteur ou les clodos de Beckett (Voire les avachis quinquas de Houellebecq) sont sans doute moins reluisants mais chacun d’entre eux pourra du moins être n’importe lequel d’entre nous tandis qu’un Perceval ou un Lancelot n’ est aucun d’entre nous. Affirmer qu’ils représentent un idéal me paraît tout aussi vain, l’idéal n’étant finalement qu’un moyen d’avoir les yeux fixés sur un futur que l’on sait fort improbable pour se dispenser de regarder un présent que l’on sait plutôt gênant, pour ne pas dire peu soutenable.

  45. Falcophil says:

    Une simple question: comment peut-on être rebuté par le présent si l’on n’a pas une intuition plus ou moins forte de ce qu’il devrait être ? N’est-ce pas cette intuition qui mène à l’idéal ainsi qu’à ses différentes déclinaisons en « types » humains propres à chaque culture ?

  46. Fidelis says:

    Tout ce qui différencie le bourgeois de l’aristocrate recoupe ce qui sépare le Roman de Renart du Perceval de Chrétien de Troyes. Alors que le second veut tirer l’homme vers le haut, le premier le tire vers le bas. L’aristocrate mange pour vivre et vit pour tendre vers l’ être alors que le bourgeois vit pour manger et mange pour survivre d’où la raison pour laquelle, par ressentiment pour ce qu’il est, il parodie ce qui devrait être. N’ayant d’autre modèle à proposer que celui de la ruse et de la tromperie, bref de la connaissance mise au service de la pure survie par la tactique et la technique, il ne pourra que rabaisser un état d’esprit voulant que le but soit placé au delà du simple vivre pour vivre. Dans le Roman de Renart, on vit pour survivre, dans le Perceval de Chrétien de Troyes, on veut plus que vivre et survivre, on vit et survit parce que l’être de l’homme n’est pas réalisé d’avance mais qu’il est à conquérir, non qu’une existence y précède une essence mais parce qu’une essence y aimante une existence. Ce n’est pas que l’on ne puisse d’ailleurs trouver quelque élévation chez le bourgeois car après tout, les cathédrales furent construites en milieu bourgeois et pour la plus grande part, avec de l’argent bourgeois. Mais c’est plutôt que ce qui peut se trouver d’élevé chez le bourgeois relèvera d’une influence chevaleresque. C’est l’aristocrate qui tire le bourgeois vers le haut tout comme c’est le bourgeois qui tire l’aristocrate vers le bas créant alors la parodie où la chevalerie est réduite au pur spectacle. Le bourgeois tirant vers lui l’aristocrate, cela donne Paris Match et Gala, l’aristocrate tirant vers lui le bourgeois cela donne « Ainsi parlait Zarathoustra ». L’aristocrate donne la substance, le bourgeois ne donne que du spectacle. Perceval vu par Chrétien de Troyes c’est aristocratique parce que c’est de la substance spirituelle, Ivanhoé revu par Hollywood, c’est du spectacle en carton pâte parce que c’est bourgeois .. Les tournois auxquels s’adonnaient les chevaliers désoeuvrés étaient déjà une perte de substance et en ce sens, pourraient être compris comme embourgeoisement d’un art de vivre, devenant démonstration futile et pur paraître à des fins de divertissement, préfigurant nos modernes rencontres sportives où techniques et force physiques sont adulées pour elles-mêmes.( A noter que Chrétien de Troyes pointe déjà cette dérive au travers de Gauvain qui au lieu de s’en aller en quête du Graal, préfère se livrer aux tournois pour plaire à une puérile et mièvre pucelle). Le chevalier servait Dieu , le footballeur sert le consommateur, le second sert le fric, le premier servait la foi, si l’aristocrate donne au bourgeois l’esprit chevaleresque, c’est le bourgeois qui réduit le chevalier au pantin. Un bourgeois peut avoir l’esprit aristocratique s’il estime qu’une vie est ratée parce que manque le dévouement et la fidélité, l’aristocrate aura l’esprit bourgeois s’il juge le ratage d’une vie à l’aune d’une absence de Rolleix à 50 ans. Si l’aristocrate donne une substance spirituelle au bourgeois, les mots d’honneur et de loyauté y trouvant encore quelque sens (Même dans le Code du travail quoiqu’en dise Falcophil!), en revanche, le bourgeois vide de sa substance l’esprit chevaleresque, n’y laissant subsister que l’artifice, le décorum et la technique. Des manipulateurs d’argent se feront ainsi donner le titre de « chevalier » et de nos jours, nous verrons même des saltimbanques, des amuseurs publics, des chanteurs de cabaret voire des caricaturistes scatologiques acquérir ce titre auquel on adjoindra l’expression de « légion d’honneur ». Quand l’esprit aristocratique inspire l’édifice bourgeois nous avons alors le palais de Jacques Coeur tout vibrant de délicatesses gothiques mais que l’esprit bourgeois inspire l »édifice religieux, nous avons alors l’église conçue comme une salle de spectacle. Quand l’ esprit aristocratique inspire l’architecte , nous avons le temple ou la cathédrale mais l’architecte inspiré par l’esprit bourgeois donnera la « machine à habiter », que l’aristocrate tire l’homme du peuple vers le haut, nous avons alors Michel-Ange et son David mais que le bourgeois tire l’aristocrate vers le bas, nous aurons alors Murakami à Versailles. L’esprit chevaleresque nous le trouvons encore chez le scout à qui l’on demande pour quels avantages il veut servir, ce à quoi il répond « aucun », l’esprit bourgeois nous le trouverons chez l’énarque, celui que l’on désigne comme étant l’élite et qui à la question « que veux-tu et pour quels avantages ? » répondra peut-être « servir » mais pensera probablement, avant tout, « carrière ».

  47. Fidelis says:

    Pas de réponse à mon intervention ? Pas grave, je poursuis mon monologue. Que le supérieur inspire l’inférieur, c’est ce qui peut renvoyer à l’aristocratie dans son sens le plus exact. Inversement, le propre du bourgeois est non seulement de ramener le supérieur vers l’inférieur plus particulièrement par l’égalitarisme relativiste et niveleur (les puérilités de Murakami ou de Jeff Koons mises sur le même plan que l’inspiration « aristocratique » d’ Hardouin Mansart) mais de venir outre cela, soutenir que le supérieur puisse provenir de l’inférieur, ainsi en sera t-il de cette idée voulant que l’esprit humain procède de l’amibe (Axiome du positiviste athée caractéristique de la pensée du bourgeois que ce soit celle d’un Marx ou celle de l’homme de la rue chez qui on le trouve toujours plus répandu !). Le bourgeois qui marche la tête en bas, soutient que la cause commence par les pieds ou pour être plus explicite, qu’il y a tout dans l’effet et rien dans la cause et que le principe doit donc être mis à la fin, l’aristocrate n’est au fond qu’un homme qui marche la tête à l’endroit en soutenant que le principe est au début et qu’il contient en puissance tout ce que l’on trouve dans le déploiement de l’effet. L’aristocrate considère les choses suivant leur préséance naturelle, en haut la tête et le coeur et en bas , le ventre dont il fait le serviteur des deux premiers. Le bourgeois quant à lui regarde d’abord son nombril et son ventre en s’imaginant y trouver aussi son coeur et sa tête mais qu’il relègue au rang de serviteur des deux premiers. Alors que pour l’aristocrate le bas est un reflet du haut, pour le bourgeois , le haut est tombé dans le bas, il prend pour le vrai ciel son reflet dans la flaque d’eau. L’aristocrate est l’oiseau filant au coeur du vrai ciel, le bourgeois est des ces oiseaux qui croyant voler vers le ciel, se cognent en fait contre les glaces réfléchissantes dont sont faîtes les parois des buildings.L’aristocrate croit que l’Intelligence et la Conscience sont à l’origine des choses, le bourgeois pensent que celles-ci ne sont qu’un produit du hasard, son dieu est un être stupide, aveugle et qui fait les choses sans savoir qu’il les fait. L’esprit aristocratique veut placer son principe en haut, dans une cause hors de lui, au-delà de lui, le décalogue, les épitres pauliniennes sont d’inspiration aristocratique, le bourgeois veut quant à lui placer son principe en bas , c’est-à-dire en lui-même, il n’est pour lui d’autre cause que lui-même, il ne veut rien en dehors de sa personne, la DDHC de 1789 est d’inspiration bourgeoise. Devise de l’aristocrate, « Mon principe est tout ma personne n’est rien », devise du bourgeois, « Mon principe n’est rien en dehors de ma personne qui est tout » ou pour le dire autrement, « J’ai fondé ma cause sur rien », le précepte de Max Stirner répondant à celui du comte de Chambord. Chez l’homme d’esprit aristocratique, les choses insignifiantes deviennent gorgées de signification, les mondanités sont aspirées vers l’éternité, Proust était un bourgeois tiré vers l’aristocratie. Inversement, chez l’homme de mental bourgeois, la signification vire à l’insignifiance, l’esprit n’est plus que trait d’esprit, l’éternité devient sulpicienne, l’aristocratie déchoit en étalages mondains, soirées- rallyes et autres exhibitions où le sacrifice caché se mue en futilité pour le paparazzi.
    Le supérieur tirant vers soi, cela donne ce qui se rapproche le plus d’un type humain, ainsi aurons-nous saint Louis ou Jeanne d’Arc car c’est effectivement en référence au saint et au chevalier que nous jugeons ces personnes qui elles-mêmes avaient au demeurant bien en vue ces types humains. En revanche, le supérieur tiré vers l’inférieur ou le supérieur qui prétend venir de l’inférieur, ce qui est tout un, cela donne une démocratie ou une parodie, ce qui là encore n’est que tout un. En démocratie le chef se plaît toujours à dire qu’il est l’un de nous, ce qui au fond est vrai, pas de différence profonde entre Renart le goupil et les poules de la basse-cour, le premier n’étant simplement que plus malin et plus entreprenant et nous en convenons d’ailleurs nous-même implicitement puisque par dérision, nous donnons à nos dirigeants des sobriquets tels que Nabot 1er ou Normal 1er ; ., ,,c’est le propre d’un système bourgeois que de ne jamais nous sortir de notre normale condition de nabot. La mentalité aristocratique nous a du moins légué le terme « chevaleresque », la mentalité bourgeoise nous a quant à elle légué les termes « intérêt », « investir », « enrichir » et bien d’autres encore de cet acabit.
    Maintenant, il faut poser franchement la question. Si saint Louis ou Jeanne d’Arc pouvaient alors (et peuvent d’ailleurs toujours) passer pour ce qu’il y a de meilleur, est-ce le cas pour un Normal 1er ? Que ce genre d’individu ait besoin d’une mascarade appelée campagne électorale avec tout son cortège de propagande et de promesses hypocrites pour faire croire qu’il est le meilleur, l’ « aristoï », c’est assez dire le problème que pose aujourd’hui la question de la véritable élite ainsi que de ce que l’on veut entendre par ce terme de « meilleur ». Si le chevalier ou le saint constituaient le modèle pour l’élite de jadis, quel serait alors le modèle pour l’élite d’aujourd’hui, ou du moins de cette prétendue élite que l’on appelle l’énarchie ?

  48. BOF! says:

    D’abord, je ne vois pas ce que peut signifier ce terme d’ « archétype humain » dont vous nous rebattez toujours les oreilles. Serait-ce que vous voudriez que tous les humains soient construits sur le même modèle et que vous souhaiteriez cloner les individus en fonction d’un même prototype ?!?!,
    Ensuite, ce n’est pas que le bourgeois vide les choses de leur substance mais qu’il a compris que rien n’a de substance. C’’est déjà ce que dit « en substance » le Roman de Renart, qu’ au fond rien n’est tragique et que tout prête à rire. Plus tard un autre « bourgeois », Schopenhauer, dira qu’en effet, nous n’avons pas même la dignité du personnage tragique. Il y a sans doute plus de philosophie dans « Kaamelott » que dans toutes ces imbécilités à propos d’un château qui enferme un roi pêcheur assis près d’une pucelle tenant une « lance qui saigne ».

  49. Fidelis says:

    « Serait-ce que vous voudriez que tous les humains soient construits sur le même modèle et que vous souhaiteriez cloner les individus en fonction d’un même prototype ?!?! »
    Ta remarque est spécieuse. Le saint constitue un autre archétype et pourtant, considère l’ensemble des saints et tu verras que chacun est différent, saint François d’Assise n’est pas saint Thomas d’Aquin lequel n’est pas non plus sainte Thérèse d’Avila qui n’est pas davantage le curé d’Ars de même que Bayard n’est pas Jeanne d’arc laquelle n’est pas non plus saint Louis qui n’est pas davantage Wolfram von Eschenbach, chacun étant pourtant orienté vers le même modèle chevaleresque.
    Nous avons déjà vu à plusieurs reprises que le paradoxe de l’universel est de n’être pleinement tel qu’à la condition de s’incarner dans une particularité bien circonscrite. (c’est d’ailleurs l’un des enseignements fondamentaux du christianisme). L’universel sans le particulier. (en l’occurrence, la personne dans son caractere unique) c’est l’académisme insipide, de même qu’inversement, le particulier sans l’universel, c’est l’éclatement vers l’irrationnel et la désagrégation vers l’informe.

  50. Falcophil says:

    Si nous admettons que la devise du bourgeois vient parodier celle du comte de Chambord dans la mesure où elle veut que mon principe réside avant tout dans ma personne (ravalée au niveau du simple égo périssable) et que celle-ci soit la référence primordiale, c’est qu’alors ma personne devient mon tout et qu’elle n’a donc pas à être autre chose que ce qu’elle est déjà . Il ne saurait dans un tel contexte y avoir de modèle mais plutôt des recettes ou des procédés destinés à favoriser les conditions matérielles par lesquelles mon égo sera le plus pleinement possible installé dans l’immanence
    A la place de l’archétype nous aurions plutôt la fiche technique. Il en existe d’ailleurs de toutes sortes, fiches techniques pour réussir son concours d’entrée à l’Ecole Nationale de Machin-Truc et puis fiches techniques pour en réussir la sortie, et puis la fiche technique pour rédiger son CV, pour réussir son entretien d’embauche, pour manager une équipe, pour « gérer » son stress, pour se faire des amis, pour réussir sa vie, pour préparer sa mort. Plutôt que d’archétype, il serait en ce cas préférable de parler de « prototype ». La confusion faîte par « Bof! » entre les deux termes est d’ailleurs intéressante. On les considère souvent comme synonymes, ils l’étaient certes jadis mais au fil du temps, la nuance a fini par s’installer entre les deux vocables. L’archétype vise une essence, (Le préfixe « arché » faisant référence à ce qui commande, évoque un sommet vers lequel nous tournons le regard), ce qui ne compromet en rien le caractère unique de ma personne, l’une n’existant que par l’autre et réciproquement. Si le saint se rapproche de l’universel de la substance humaine, il n’est toutefois modelé par aucun conformisme (il lui arrive d’ailleurs souvent de déconcerter l’Eglise institutionnelle du moment). En revanche,. le prototype viserait quant à lui non l’idéal d’ humanité mais ce qui préside à la répétition (« Proto » ce qui précède temporellement ou spatialement, et dans lequel tout ce qui suit, vient se couler comme dans une empreinte). C’est pourquoi, « prototype » en est venu à désigner le modèle premier par quoi s’évalue la conformité technique, ce qui serait démontré par la connotation industrielle prise par ce terme. On parle plutôt de prototype pour une voiture ou un avion et non d’archétype, ma Peugeot 305 découle d’un prototype mais saint François d’Assise incarne un archétype. Si l’archétype préserve en effet l’originalité de la personne, ce n’est pas le cas du prototype qui lui désigne plutôt le moule dans lequel chacun doit se couler. A cet égard, l’énarque (comme tout technicien d’ailleurs) tendrait plutôt à relever du prototype en ce qu’il ne vise aucune substance humaine mais bien plutôt le critère objectif de ce que le conformisme ambiant appelle la « réussite », autant dire les ingrédients pour la fabrication en série. « Clonage » est bien un terme propre à notre époque, il eut été complètement incompréhensible pour l’homme d’autrefois qui devait certainement préserver davantage le caractère unique de sa personne en dépit du fait qu’il n’avait pas autant que nous autres cette obsession narcissique pour son égo.

  51. Fidelis says:

    De tel homme on pourra dire en effet, qu’il est l’archétype (et non le prototype) du saint ou du héros, de tel autre on dira qu’il est le prototype (et non l’archétype) de l’employé de bureau. L’archétype fait référence à la plénitude de la personne, le prototype à la performance technique, l’ archétype nous appelle à notre vocation humaine, le prototype à la mise en série standardisée. Il aurait cependant fallu préciser ici deux choses. D’une part, le contexte nominaliste qui est le nôtre et par lequel on répugne à tout « archétype  » en ce qu’une telle notion manifesterait une « nature » de l’homme. D’autre part, ce curieux paradoxe d’une singularité toujours mise en exergue et qui par ailleurs s’accommode toujours plus de cette dimension technique du prototype. S’il fallait citer un exemple, Andy Warhol en constituerait la plus saisissante illustration. D’un côté la « sérigraphie » qui met en avant l’image froide et sans épaisseur démultipliée mécaniquement avec des variantes insignifiantes, moyen par lequel on veut par ailleurs manifester l’originalité de l’égo ramené au comportement excentrique, petit moi au demeurant futile et narcissique et pour lequel on prétend que chacun devrait pouvoir lui octroyer sa « minute de célébrité » (Sans doute par un passage au journal de 20 heures ou dans un quelconque jeu télévisé ?). Etrange oxymoron démontrant à quel point les extrêmes peuvent se rejoindre !

  52. Thierry says:

    Je trouve tout de même assez contestable d’affirmer que les société d’autrefois préservaient mieux le caractère unique de la personne quand on sait que leur structure holiste, mais disons plus simplement le poids du groupe, présentait une prééminence sur les singularités individuelles. Il suffit d’ailleurs de considérer l’art de ce temps, les icônes par exemple. Warhol exprimait du moins son « excentricité » par une ironie singeant la reproduction mécanique mais quelle originalité pouvait exprimer un artiste astreint à reproduire un christ ou une madone suivant les mêmes canons, les mêmes procédés, les mêmes techniques, le même « prototype » que lui imposait la pesanteur d’une tradition à laquelle il ne pouvait échapper ? Il est au demeurant révélateur que ces artistes nous restent anonyme, peu importait leur nom ou leur personne pourvu qu’ils sachent représenter « l »archétype » christique en se coulant bien dans le « moule » qui leur était imparti. ( Non moins révélateur d’ailleurs que ce soit à partir du XVème siècle que l’image du christ commence à varier suivant les différentes interprétations subjectives des artistes car c’est l’époque où s’amorce une réelle découverte de l’individu mais qui ne s’épanouira que bien plus tard.) Mais d’une manière plus générale, quelle place était alors donnée à la sensibilité personnelle, à ma perception propre du monde quand le réel devait être vu, senti, interprété suivant l’enseignement dogmatique de l’Eglise ?
    Qu’il puisse y avoir aujourd’hui contradiction entre ma singularité individuelle qui est effectivement un tout et ma compétence technique limitée à une toute petite partie du réel, est sans doute vrai, mais du moins ma singularité personnelle existe, on lui reconnaît des droits, elle n’est pas écrasée par le groupe, ce qui n’était certainement pas le cas dans le monde de la tradition. Cette prééminence de l’ « archétype » devait certainement davantage étouffer la réalité de la personne individuelle que notre monde actuel caractérisé par la prévalence de la technique.

  53. Falcophil says:

    Prétendre que les peintres d’icône ne pouvaient exprimer aucune originalité me paraît tout autant contestable au vu
    de la diversité stylistique présentée par un art qui n’était en rien sclérosé, contrairement à ce que pourrait croire ou laisser croire une approche superficielle. Le simple fait que nous ayons encore quelques noms en mémoire comme Théophane le grec ou Andrei Roublev démontre du moins que ta remarque mérite d’être fortement nuancée. Une approche plus exhaustive de la question nous entraînerait cependant trop loin hors de notre propos. Limitons nous ici à évoquer l’étonnante collection des portraits du Fayoum ( du Ier au IIIè siècle après JC). Ces représentations, tout en obéissant à un archétype stylisé d’ humanité ( posture hiératique, mélancolique expression, grands yeux disproportionnés grands ouverts, symbole d’ouverture vers la transcendance et l’éternel) n’en préservent pas moins la dimension unique de chaque individu portraituré. Harmonieuse symbiose laissant intact l’universel (Qui ne bascule pas dans l’insipidité de l’anonymat) ainsi que la réalité particulière de la personne ( mais qui ne bascule pas davantage dans ce nombrilisme dérisoire propre à notre temps).

  54. Thierry says:

    Mais il s’agit là du christianisme primitif où une plus grande place était laissée à l’individu parce qu’il n’existait pas encore d’intermédiaire entre lui et Dieu. C’est d’ailleurs en cela que le protestantisme qui prône une démarche plus responsable et plus active , au niveau notamment de la libre interprétation des textes, est plus proche du christianisme des origines. Mais je ne pense pas que cette importance accordée à l’individu ait perduré si l’on songe à ce qui se mettra en place par la suite, l’Eglise officielle, institutionnalisée avec sa hiérarchie artificielle et sa caste sacerdotale, enfin bref, tout ce qui participe du caractère factice d’un christianisme médiéval (Jusqu’à la Réforme qui constituera le véritable début de la volonté d’émancipation de l’individu) où prime la fonction et le rang (on le voit d’ailleurs au travers des images du temps où la dimension individuelle est inexistante, les visages étant schématisés parce qu’on veut avant tout mettre l’accent sur la fonction occupée, celle de pape, d’évêque ou d’empereur) ainsi que l’interprétation dogmatique face à laquelle, l’individu doit s’effacer, celui-ci étant nié par le discours officiel assénant ses vérités dogmatiques et taxant immédiatement d’hérésie toute interprétation pour peu qu’elle s’écarte un tantinet de l’orthodoxie réglementée. Si une plus grande attention pouvait être réservée à l' »archétype », cela ne pouvait certainement se faire qu’au détriment de l’épanouissement individuel.

  55. Erato says:

    Cette polarisation sur l’égo, sur l’ « épanouissement de la personne », je la trouve quant à moi effectivement dérisoire. Qu’est-ce que ton visage ? qu’est ce que mon visage ? qu’est ce qu’un visage ? sur ce point encore, c’est Schopenhauer qui nous donne une frappante image: « Une brève esquisse traçée sur la toile de l’espace et du temps, aussitôt biffée pour laisser place à d’autres esquisses tout aussi rapidement gommées. Là-dessus , je partage entièrement ce mépris pour le nominalisme. l’individu ne compte pas ou plutôt, ne compte qu’en tant que signe révélateur de l’ idée. Les individus ne sont que papillotements éphémères, disparaissent sans laisser de traces mais ne subsiste que l’idée, que l’archétype si l’on veut. Pour qui sait voir l’idée, il n’ y a pas de mort puisqu’en soi l’idée est inaltérable. Croquer dans la pomme, c’est dégrader l’idée, c’est la ravaler à ma digestion, à mes entrailles, à moi-même, c’est vouloir faire prédominer l’individu sur l’idée, c’est le perpétuel « péché » de notre temps, si tant est que le terme de péché puisse avoir un sens. C’est également en ce sens que saint Paul a dit que par un seul homme, la mort est entré dans le monde. c’est le but de la sagesse que de réintroduire cette vision de l’archétype , je partage entièrement ce point de vue comme c’est également le but du génie artistique que de dégager la permanence de cet archétype. Ce que j’aime aussi dans cet art du moyen âge, tant au niveau des icônes orthodoxes que des édifices gothiques, c’est précisément cet oubli du moi superficiel au profit d’un vaste souffle impersonnel, laissant loin derrière les petites individualités passagères et leurs « misérables tas de petits secrets ». La plupart des oeuvres d’aujourd’hui ne disent pas grand chose parce qu’on n’y parle que de soi alors que seules ne méritent quelque attention, celles qui ne parlent que du Soi.

  56. Falcophil says:

    Le « péché », ce n’est pas seulement celui d’Adam, c’est-à-dire l’individu qui veut s’imposer au détriment de l’universel mais aussi la tour de Babel, c’est à dire l’universel que l’on veut imposer au détriment du particulier (et donc de la personne).

    Sur le plan de l’esthétique, j’avoue n’avoir jamais très bien compris cette conception du génie artistique développée par Schopenhauer car il m’apparaît que l’art est d’autant plus révélateur de l’ « idée » qu’il est d’une ennuyeuse médiocrité.

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    (José Aparicio (XIXème): Socrate enseignant)

    Les pompiers Cabanel ou Bougueraud pourraient à la rigueur nous montrer plus pleinement la réalité de l’idée mais certainement pas Delacroix ou Daumier (Le génie artistique étant tout de même éminemment subjectif). Prise au pied de la lettre, il me semble que cette philosophie de l’art comme expression de l’idée platonicienne ne mène qu’à l’académisme le plus éteint.
    C’est là un aspect de cette position plus générale voulant nier l’individu parce que seul existerait l’archétype et qui relève en fait de cet argument spécieux du tout ou rien que d’aucuns opposent au nominalisme (le même type d’ argument d’ailleurs que l’on pourrait à l’inverse opposer au « réaliste »). Dans l’esprit du thomisme authentique, il ne s’agit pas en effet de rejeter catégoriquement le nominalisme et de nier qu’existe avant tout l’individu (S’il n’y avait plus un seul homme sur terre, disparaîtrait de la planète l’idée d’homme ainsi, au demeurant, que toute idée) mais plutôt d’objecter que c’est bien par la pensée de chacun reconnu comme réalité authentique que se dévoile cette autre réalité authentique de l’essence. Comment pourrait-il y a avoir de science voire de possibilité d’une connaissance, sans la réalité de l’universel ? C’est bien celui-ci qui est cause de l’étonnement d’un Einstein à propos du monde que l’intelligence peut comprendre alors qu’on aurait pu s’attendre à n’y trouver que du chaos insaisissable. (dans l’hypothèse où le nominaliste aurait raison)La science ne porte pas sur des entités individuelles mais bien sur les règles générales qui sous-tendent ces entités, sur ce point Aristote avait raison.

    Du point de vue thomiste, l’approche se veut dès lors plus délicate parce que cherchant plus difficilement la complémentarité entre l’individu et l’archétype. A ce stade, on rappellera que cette conception de Schopenhauer suivant laquelle l’individu ne compterait pas au motif que seul subsisterait l’être en soi « indestructible », est elle-même reprise d’Aristote pour lequel ne compte que l’espèce, chacune des unités qui la composent n’ayant d’autres fins que d’assurer la permanence de l’espèce. Ce qui ainsi nous permet de souligner l’un des apports fondamentaux du christianisme qui est précisément d’avoir affirmé la pleine dignité de la personne contre cette conception aristotélicienne pour laquelle seule n’aurait d’intérêt que le maintien de l’espèce. Si l’homme est en effet créé par Dieu comme personne distincte appelée à recevoir la parole d’une réalité universelle(qui n’est pas le « Soi » impersonnel mais bien au contraire pleinement une personne), il est lui-même alors pleinement une personne puisqu’il est face à Quelqu’un. Je ne puis en effet avoir une pleine dignité de personne si la réalité absolue n’est pas Quelqu’un me cherchant mais seulement quelque chose m’ignorant (Moteur premier d’Aristote, Un de Plotin, « Brahman »de l’hindou, grand souffle primordial du Tao…)

    C’est d’ailleurs la théologie chrétienne qui pour approfondir le dogme trinitaire a repris le terme grec de « personne » signifiant le « rôle » ( Personne vient de « prosopon » qui chez les grecs désignait le masque porté par les acteurs sur la scène) pour l’élever, au-delà du faux-visage, a cette idée de la personne comme « hypostase » c’est-à-dire comme épanouissement de la substance spirituelle mise en « relation ». (L’individu est pris dans son isolement, c’est pourquoi le dogme trinitaire ne parle pas d’individu mais de personne, celle-ci étant inséparable de la relation à l’autre, l’individu est seul mais la personne n’est telle que parce qu’elle en réciprocité avec d’autres personnes)

    N’en déplaise donc à Thierry, c’est bien le christianisme (non dans sa variante nominaliste protestante mais bien dans sa tradition apostolique et « institutionnelle », ainsi qu’ au travers de ses penseurs « officiels », de la patristique au thomisme) qui a permis le dépassement d’Aristote pour faire émerger la valeur unique de la personne car si l’on en était resté aux positions du stagirite, il est probable que l’opinion d’Erato nous apparaîtrait plus facilement acceptable.

  57. ICHTHUS says:

    Je voudrais pour ma part seulement ajouter que Thierry ne semble pas très bien comprendre le sens de l’icône orthodoxe.

    L9782850885648

    Elle est comme un voile qui s’il nous cache encore le fondement ultime des choses, nous permet tout de même d’entrevoir et nous incite à persévérer dans le vouloir voir, dans la conviction qu’un jour nous verrons « face à face ». L’icône relève de la vision, tandis que la plupart des images d’aujourd’hui relèvent de ce qui se présente simplement à la vue.
    L’homme religieux désire voir et nous avons Andreï Roublev, le « bourgeois » se contente de regarder, et nous avons Andy Warhol.
    Et puisque le kitsch bourgeois n’est que de la parodie, songeons qu’il est hautement significatif que les Marylin ou les Liz Taylor de Warhol soient qualifiées d « ‘icônes » de notre temps.

    îcones

  58. Falcophil says:

    Il s’agirait plutôt d’ « icones » sans accent circonflexe.

  59. ICHTHUS says:

    Ce même accent dont pourrait se voir privé le « A » de l’ Âme ?

  60. Falcophil says:

    ou le « E » de l’Être.

  61. BOF ! says:

    propos futiles…

  62. Falcophil says:

    Si le monde est, comme tu le prétends, dépourvu de « substance » , pourquoi vouloir que les propos qui s’y tiennent soient autre chose que « futiles »?

  63. BOF ! says:

    Même dans le monde sans substance, il peut y avoir d’autres propos que futiles

    « We are the hollow men
    We are the stuffed men
    Leaning together
    Headpiece filled with straw. Alas!
    Our dried voices, when
    We whisper together
    Are quiet and meaningless
    As wind in dry grass
    Or rats’ feet over broken glass
    In our dry cellar… »

  64. Thierry says:

    Tu devrais plutôt prendre comme titre « HOLLOW MEN » ou « STUFFED MEN ».

    T.S Eliot, c’est quand même un peu mieux que King Vidor !

  65. Fidelis says:

    Certes, mais tout de même, je préfère « Man without a star », c’est comme en résonance avec les propos de ce politicien dégénéré de la IIIeme qui se vantait d’avoir participé à l’extinction d’étoiles qui ne se rallumeraient jamais plus.

  66. ICHTHUS says:

    Il est faux de dire que l’homme d’aujourd’hui serait un « man without a star ». Des « étoiles », il en a encore, et de nombreuses, ne parle t-on pas de « stars » pour l’industrie du divertissement ? La différence est que ce genre de « star », au lieu de tourner mon regard vers le mystère des cieux, l’abaisse vers le spectacle commercial. La « star » ne trône plus dans ce silence de l’espace infini qui effrayait tant Pascal mais sur le tapis rouge des mondanités cannoises. L’évolution sémantique est révélatrice de cette manière bien bourgeoise de dégrader les choses en kitsch. C’est un peu comme cet autre terme de « vedette », désignant jadis un promontoire d’où l’on pouvait voir très loin ( l’horizon mais aussi les étoiles), désigne aujourd’hui ce qu’on regarde de près (« star » ou lave-linge sur l’écran de télé), le corps flasque, avachi dans un fauteuil.

  67. Bof ! says:

    « HOLLOW SHELL » serait un bien meilleur titre.

  68. Falcophil says:

    shell-logo-400x400 copie

  69. ICHTHUS says:

    Les motifs héraldiques sur les écus des chevaliers avaient tout de même un autre allure !

  70. Falcophil says:

    herald

  71. BOF! says:

    Je me demande si l’auteur anonyme narrant la 1ere croisade éprouvait ce sentiment de belle allure quand il se souvenait des épouvantables crimes commis par les chevaliers-croisés à l’occasion de la prise d’Antioche ou de Jérusalem. Votre admiration pour la chevalerie médiévale n’est pas seulement naïve, je dirais qu’elle aussi est carrément puérile. Vous me rappelez quand j’étais môme et que je m’enthousiasmais en jouant avec des petits soldats figurant des personnages en armure du moyen-âge ! En 1095, le pape Urbain II qui prêchait la croisade avait beau évoquer le caractère désintéressé de l’entreprise , il savait que la réalité était autre et que celui qui s’en allait guerroyer en terre sainte n’était sûrement pas Lancelot ou Perceval mais bien plutôt cet aventurier ambitieux qu’était Bohémond de Tarente !

  72. Falcophil says:

    Il y eut certes Bohémond de Tarente mais quand il fallut élire le roi de Jérusalem, ce n’est pas un arriviste dans son genre que les chevaliers désignèrent, ce fut Godefroy de Bouillon,

    Godef

    le preux et le pieux celui qui précisément incarnait le mieux les vertus chevaleresques d’honneur, de désintéressement, de charité et de foi religieuse, ce même Godefroy de Bouillon qui d’ailleurs refusa le titre de roi pour ne prendre que celui de simple avoué des lieux saints. Les guerriers de ce temps-là n’étaient certes pas sans taches mais du moins se savaient-ils pécheurs (c’était d’ailleurs pour cela que nombre d’entre eux acceptaient le principe de la croisade qui rappelons–le, relevait avant tout d’un pèlerinage entrepris, entre autres, à des fins de pénitence). En dirigeant leur suffrage vers Godefroy de Bouillon, les chevaliers s’étaient bel et bien souvenus de l’archétype chevaleresque qu’en dépit de leurs défaillances, ils continuaient malgré tout de garder comme modèle.

  73. Bof ! says:

    Taper sur les sarrasins, était-ce vraiment chrétien ? N’était-ce pas Tertullien qui disait qu’en desarmant Pierre, Jésus avait désarmé tous les soldats ?

  74. Falcophil says:

    Ce que n’avait peut-être pas vu Tertullien, c’est qu’un authentique pacifiste doit être enclin à la violence et que la distance séparant celle-ci de la sainteté semble nécessiter d’en passer d’abord par l’étape chevaleresque.

  75. Bof ! says:

    Le caractère fumeux de ta réponse traduit un embarras qui me démontre que j’ai frappé juste.

  76. Falcophil says:

    A mon tour de te mettre dans l’embarras. Si le monde est sans substance, pourquoi être révolté par les exactions que peut occasionner la guerre ?

  77. Bof ! says:

    Ce n’est pas que cela me révolte, je dirais plutôt que cela m’écoeure, Antoine Roquentin ressent le dégoût d’etre « en trop », c’est à peu près cela, ma personne
    est déjà de trop, a fortiori seront de trop les souffrances inutiles entraînées par la guerre et a plus forte raison sera aigu le sentiment de dégoût provoqué par toutes ces choses qui ne sont que des choses de trop.

  78. ICHTHUS says:

    Nous avons fait erreur en considérant le saltimbanque ou le technicien comme figures archétypales de notre temps, l’homme de trop voilà ce qui est plus approprié, ce n’est pas seulement que l’homme est « without a star », c’est aussi que même les étoiles sont « too much ».

  79. BOF! says:

    C’est tout à fait cela ! Saltimbanques et techniciens ne sont que des hochets pour l’homme de trop, destinés à lui faire oublier que précisément, il est « EN TROP ».

  80. Bab-One says:

    Je ne comprends pas, « en trop » mais par rapport à quoi ?

  81. BOF ! says:

    Pour te répondre, je laisse la parole à Cioran :

     » Le néant seul est nécessaire, tout le reste est superflu « .

  82. BOF! says:

    et j’ajoute d’ailleurs, y compris l' »archétype ».

  83. Falcophil says:

    Voici l’archétype selon BOF! :

    P1150749

  84. BOF ! says:

    Oui, si on veut, un noir sans fond dans lequel je n’en finis plus de tomber….

  85. Falcophil says:

    Il n’y a pas de sentiment de tomber sans l’intuition d’un fond.

  86. BOF ! says:

    Alors disons: errer.

  87. Falcophil says:

    il n’y a pas de sentiment d’errer sans l’intuition d’un but.

  88. Sophie says:

    A la rigueur, chacun peut comprendre qu’un verre déborde quand il est plein mais que le même verre puisse déborder quand il est vide voilà ce qui doit sûrement dépasser l’entendement de la plupart.

  89. BOF! says:

    Vous me rappelez cette remarque de bon sens faîte par David Hume dans ses  » Dialogues sur la religion naturelle »: « Une conclusion peut-elle être transposée des parties au tout? ».

    Quel rapport entre un verre d’eau et le cosmos ? Etant donné la disproportion entre les deux termes de la comparaison, de quel droit prétendre que ce qui est vrai pour le verre soit vrai pour le cosmos ? Du simple fait qu’on prenne toujours son petit métro quotidien en vue d’une direction bien précise, cela doit-il autoriser à en extrapoler un but conscient inscrit dans la marche générale du cosmos ? Ce qui est vrai au niveau d’une observation ponctuelle , est-il nécessairement vrai au niveau d’un processus global ? De ce que j’observe sur quelques centimètres, puis-je en inférer sur 10 milliards d’années lumières ? Scientifiquement, on sait d’ailleurs que le monde quantique défie les lois les plus élémentaires de nos observations les plus quotidiennes.

    Vous me semblez tout simplement ridicules vous autres qui prétendez tirer des conclusions cosmiques à partir de détails insignifiants puisés dans votre petit monde étriqué !

  90. Bab-One says:

    On peut très bien trouver du mystère dans une bouteille de coca .

  91. Falcophil says:

    C’est ton droit de trouver là du mystère, moi je trouve ton point de vue saugrenu mais enfin… ce que surtout je ne comprends pas c’est le rapport que ta remarque peut entretenir avec l’intervention précédente. Je veux néanmoins risquer une hypothèse. Le caractère inopportun de ton propos ne découlerait-il pas de quelque distraction que pourrait te causer la contemplation dans laquelle je te sens abîmée face à ce mystère si profond et dont l’art de Warhol a su nous donner les effets les plus vertigineux ?

    warh

  92. ICHTHUS says:

    Roland Barthes, je crois, a dit que l’automobile était la cathédrale de notre temps. Restait à se demander quel nouveau calice et quel nouveau sang christique pouvait abriter ce nouveau genre d’édifice sacré. Cette charmante personne semble nous donner la réponse.

  93. Falcophil says:

    Et l’homme vit que cela était bon
    Et il y eut un soir, et il y eut un matin ;

    ce fut le 8ème jour…

  94. Mimosa says:

    On ne demande pas que ce type d’oeuvres présente de la profondeur, on demande que cela soit et cela suffit. C’est leger parce ce que c’est sans consistance, et c’est pour ça que moi ça me plaît et m’attire. On s’y attache et s’en détache aussi facilement qu’une abeille qui butine ça et là. Pourquoi faudrait-il demander plus ? Je trouve assommant tous ces christs et ces madonnes à la symbolique d’un autre âge et j’aime qu’une oeuvre nous deleste de tout le poids de nos spéculations vaines, de toutes nos vagues et infantiles aspirations à d’inexistants au-delà et qu’elle nous rende aussi agréable, aussi plaisant , aussi sympa et même, pourquoi pas, aussi futile qu’une bouteille de coca.

  95. ICHTHUS says:

    Oswald Spengler soutenait que les périodes de déclin étaient propices à donner de grands hommes, un peu comme l’automne est la saison où tombent les fruits mûrs.

    Je ne vois pas pour l’instant que l’automne de l’Europe ait pu donner de beaux fruits mûrs, je ne vois plutôt que feuilles jaunies emportées par le vent et en fait de Mimosa non plus ces magnifiques boules d’or s’épanouissant sous le soleil d’hiver mais cette plante misérablement rabougrie dont on respire ici les méphitiques effluves de décomposition avancée.

    L’intervention a certes le mérite de la sincérité mais n’en est pas moins révélatrice de cette sous-humanité consommatrice dont on peut comprendre l’écoeurement qu’elle pourrait éventuellement susciter chez le candidat djihadiste, ainsi que nous le rappelait Fidelis dans un commentaire précédent.

    http://falcophil.info/blog/2015/12/24/le-vicomte-pourfendu-ii/#comment-5242

  96. Fidelis says:

    @ BOF !

    Si je devais emprunter une image à Mr Hume, je dirais que la différence est certes énorme entre le chêne et sa feuille mais à vrai dire, pas tant que cela. La même sève circule dans l’un et l’autre et les deux organismes ne peuvent pousser indépendamment d’un fond, tronc pour la feuille et terre pour le chêne. Maintenant, que la feuille se persuade que le chêne obéit à des lois radicalement différentes de celles qui la régissent, sans doute qu’elle se sentira étrangère au socle qui pourtant lui donne vie et qu’alors elle jugera préférable de se détacher de la branche par incapacité de se sentir en étroite communion avec un tout plus vaste qui la dépasse. Ainsi obtiendrons-nous l’archétype qui de nos jours semble en agréer plus d’un, celui de la feuille se satisfaisant d’être dans le vent.

    @ Bab-One

    Ton intervention n’est nullement à contre temps et je dirais même qu ’elle vient fort à propos. . Il y a peut-être plus de rapport qu’il n’y paraît entre une bouteille de Coca et David Hume digne successeur du nominalisme et philosophe ayant apporté sa pierre à cette grande entreprise bourgeoise se voulant destructrice des notions de substance et d’essence et prétendant dénier à la connaissance sa vocation première de contemplation de l’être, pour la ramener à la seule conscience de ses propres mécanismes en lui interdisant tout autre domaine que celui de la réalité immédiate des choses. Nul étonnement à ce qu’un tel présupposé ait pu aboutir à des oeuvres prétendument artistiques et qui ne sont que tautologies de cette dimension dépourvue d’épaisseur si propre à l’univers consommateur.

    Quoiqu’il en soit , l’intervention de Bab-One nous donne un exemple de dégradation du monde au travers de la flétrissure des mots, assez révélatrice de cette manière, déjà évoquée, dont le bourgeois vide les réalités de leur substance spirituelle.
    Ainsi notamment pour le terme de « transcendance » qui désignant jadis ce qui dépasse l’immanence ne semble évoquer aujourd’hui guère plus que l’intéressant (qui vient d’intérêt, terme commercial né au XIIème avec l’émergence de la bourgeoisie) ou même que l’excitant (des papilles gustatives pour Bab-One).
    Ainsi de même, pour le terme de « mystère », autrefois réservé au secret divin ainsi qu’au secret du monde et dont on voit aujourd’hui combien ce premier sens paraît devenir peu à peu suranné, le vocable tendant plutôt à se rapprocher toujours plus de ce dessert dont le centre caché serait constitué de sucreries.

  97. Bab-One says:

    Vous parlez de quoi ? Du gâteau appelé « mystère » ?

    Pourquoi pas.

    Mon idéal : le bien être

    Mon « archétype »: « l’Homme heureux ».

  98. Falcophil says:

    Plus rien à dire.

    Tout est dit.

  99. Mimosa says:

    ne partageant absolument pas le nihilisme de Bof ! Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas trouver autant de « transcendance » dans le plaisir tranquille de l’instant éphémère voire dans ce plaisir toujours renouvelé, toujours décuplé et poussé toujours plus loin. C’est vraiment être un « paumé » que de croire que c’est au bruit d’une kalachnikov qu’on trouvera cette « transcendance ». Ceux qui le pensent , je les qualifies de pauvres nihilistes mortifères et déboussolés qui ne méritent que notre pitié
    c’est aussi ça notre art de vivre, apprécier intensément chaque moment pacifique de la vie et les apprécier d’autant plus intensément qu’on est conscient qu’ils ne reviendront jamais plus.Ce que, vous autres, entendez par « transcendance » ne m’intéresse absolument pas car je sais pour ma part qu’il n’y a rien de plus vrai que l’instant présent. il est tout de même assez curieux de mépriser les plaisirs sensuels de ce bas monde tout en espérant les retrouver dans l’au delà, il est franchement imbécile de mépriser Paris au prétexte que ce serait un lupanar tout en espérant retrouver ailleurs un lupanar encore plus vaste ( N’est ce pas cela leur paradis avec leurs « houris », vierges promises à chaque martyr, une espèce de maison close éternelle où les Mérah et autres Coulibaly peuvent s’envoyer en l’air pour l’ éternité ?) spéculation sur les nuages et la buée au nom de quoi on justifie les pires crimes et les pires razzias. Celles de Mahomet ne valant d’ailleurs pas mieux que celles des croisés.

  100. Bab-One says:

    Les croisés modèles d’abnégation et de désintéressement ! On aura tout vu !

  101. Mimosa says:

    Avant tout modèles de gens rustres, pillards et criminels, certainement beaucoup moins raffinés que les « infidèles »  qu’ils partaient combattre et qui s’en allaient en Palestine plus attirés par la richesse de l’Orient que par la symbolique de Jérusalem (manipulés d’ailleurs par les riches commerçants de Gênes et de Venise qui construisaient les navires un peu comme aujourd’hui les Dassault et compagnie construisent les rafales et voient dans la guerre des opérations juteuses!

  102. Bab-One says:

    Je viens de voir « Outcast » un film pas mal avec Nicolas Cage. l’histoire d’un croisé écoeuré par les crimes auquel il participe avec ses compagnons et qui décide alors de déserter pour s’en aller oublier très loin en Chine.
    Là-bas il est toujours tourmenté par le remords, tous ses meurtres lui reviennent en mémoire jusqu’à ce qu’il se rachète en aidant à reprendre son trône, un roi, injustement spolié par un malfaiteur.
    ça ne vaut certes pas « kingdom of heaven » mais c’est quand même du spectacle beau à voir…v

  103. Mimosa says:

    L’Europe occidentale ne demandera jamais assez pardon pour des forfaits dont il est à peine exagéré de dire que leurs auteurs ont été les ancêtres de ceux qui devaient bien plus tard perpétrer le colonialisme et la shoah

  104. Fidelis says:

    @ Falcophil

    Faut-il que tu sois tellement fatigué de ton blog, que sans réagir tu laisses écrire de telles âneries ?

  105. Falcophil says:

    Il y a sans doute un peu de cela, mais c’est aussi qu’à mesure que j’avance en âge, j’aurais plutôt tendance à me ranger à cet avis du penseur préféré de Bof !

    img420
    (A.Schopenhauer: Aphorismes sur la sagesse dans la vie)

    Cela dit, rien ne t’interdit quant à toi de poster un commentaire pour réagir à ce qui relève en effet d’insanes et superficiels clichés (partagés par la plupart, hélas), fruits d’une assez lamentable inculture historique.

  106. Fidelis says:

    Plus qu’un simple commentaire, les énormités plus haut proférées mériteraient davantage un billet.

  107. Falcophil says:

    Eh bien, en ce cas pourquoi ne l’écrirais-tu pas toi-même ?

    Je t’envoie l’identifiant et le mot de passe pour te connecter à la partie administrative et moi je m’occupe de l’iconographie.

    Qu’en dis-tu ?

  108. Bab-One says:

    La moindre des choses serait quand même d’argumenter,d’ expliquer en quoi nous disons des « âneries », plutôt que de balancer comme ça des formules à l’emporte pièce »!

  109. Sammie says:

    les propos de Mimosa sur les croisés ancêtres des nazis me semblent tellement exagérés qu’on peut se demander s’ils ne relèveraient pas d’un canular. On comprend parfaitement que l’auteur d’un blog invente des interventions quand personne ne vient le lire !

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