( juin 7, 2015 )

LE VICOMTE POURFENDU

L’avantage de tenir un blog est que lorsque par fatigue ou paresse on n’a plus envie d’écrire, certains visiteurs peuvent éventuellement prendre le relais pour continuer votre travail. Je transforme ainsi en billet le tout dernier commentaire de Fidelis répondant à Mimosa qui avait affirmé que :

 » le cinéma est plein d’exemples de ces héros, guerriers , soldats, cow boys et autres flics sachant où est leur devoir et capables de se sacrifier pour une cause qui les dépasse. »

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Ce à quoi donc Fidelis retorquait que:  » le héros » dans son acception bien comprise devrait être entendu comme …

un « type », un « modèle » et du fait que le type ou le modèle de par son caractère de généralité transcende les individualités, on pourrait légitimement se demander quelle serait la consistance d’un tel archétype dans un contexte comme le notre où s’ expriment avant tout des subjectivités dont le premier des impératifs est de se « lâcher ». Comment pourrait-il exister de vrai modèle si la mode est à une spontanéité ne retenant pour seule valeur que l’expression de ce que l’individu a d’unique ?

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Il est d’ailleurs assez curieux que le vocable « héros » soit utilisé par une personne interprétant une « performance »

concetto

comme l’impossible conciliation entre la vérité subjective (en l’occurrence symbolisée par l’incontinence méphitique) et l’image de l’universel ramené à l’image impalpable.

Le modèle propre à notre temps paraît moins être celui du héros que celui de la fantaisie, moins celui dont la vie veut incarner une certaine essence de l’homme que celui exprimant la plus forte originalité.
Le vrai modèle, en effet, ne se trouverait-il pas plutôt chez le philosophe dont les premiers mots des confessions proclament que: « si je ne vaux pas mieux au moins je suis autre », ce qui autrement dit, signifierait que la médiocrité est bonne dès lors qu’elle m’est personnelle ?

Rousseau manuscrit

A noter au passage que si 13 siècles plus tôt, saint Augustin commence lui aussi ses confessions par l’évocation de sa médiocrité, ce n’est cependant pas pour se consoler à l’idée que du moins elle est « autre » mais plutôt pour n’en aspirer que plus ardemment à ce tout autre que malgré tout cette médiocrité porte en elle.

Le vrai modèle ne relèverait-il pas plutôt de la prestation dont le but n’est plus l’expression personnelle d’une essence de l’art

Duchamp

mais de manifester au contraire audace, ironie, provocation, défi, déconstruction et pieds de nez ?

. Oui, je sais, j’ai moi aussi été jeune lycéen, j’ai moi aussi noté dans mes cahiers d’alors certaines formules telles que

« La vérité est la conséqunce d’une illusion, il faut estimer plus haut la force plastique, constructive, inventive » (Volonté de puissance)

ou encore

« J’aime ceux qui n’ont pas besoin de chercher par-delà les étoiles une raison de perir et de se sacrifier mais qui s’immolent à la terre, afin que la terre soit un jour l’emprire du Surhumain » (Ainsi parlait Zarathoustra)

formules devenues des niaiseries dans la bouche de la plupart après n’avoir été que des sophismes dans la tête de quelques-uns.

Car enfin, n’y a t-il pas contradiction à parler du surhumain en termes si génériques alors que dans une telle optique celui-ci relève d’une pensée contestant toute généralité en tant qu’ elle appelle à la juxtaposition des seuls particularismes créateurs ? Si l’on ne doit estimer que la « Force plastique », on voit mal ce qu’une surhumanité pourrait avoir de viable a moins de reconnaître qu’ elle devrait encore se plier à des principes , ce qui dès lors conduirait à ne plus priser par dessus-tout la force plastique. Je peux bâtir une demeure au surhomme, jamais je ne bâtirai de ville ou du moins de village autour de lui, tout au plus aurai-je un hameau constitué de demeures isolées. N’est-il pas contestable de parler d’une pensée voulant rassembler et unir en une seule chose (Ainsi parlait Zarathoustra) ce qui est énigme et fragment alors que le surhomme ne peut qu’accentuer mon état de fragment et d’énigme ?

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Piranese

Il peut y avoir plusieurs surhommes, ils ne seront guère davantage que la persistance de fragments singuliers entretenant plus encore la sourde nostalgie de l’unité perdue. Dire « surhomme « , c’est en fait ne rien dire car c’est sortir de l’essence humaine et donc basculer dans un néant dont il n’ y a rien à dire si ce n’est à exalter le fauve solitaire qui tourne en rond derrière les barreaux de sa cage. On trouve bien là l’outrance propre à notre époque incapable d’intuitionner l’infini dans le circonscrit et ne songeant qu’à faire éclater limites, frontières et « dead line ».
Hamlet exalte son père et voit en lui un modèle mais il ne dit pas que c’était un surhomme, il dit simplement que c’était un homme et que c’est là tout ce qu’il faut dire.
« He was a man. Take him for all in all. »
(Act 1, Scene 2)

Les temps de jadis ont donné des modèles plus équilibrés de « surhumanité » non parce qu’ils tendaient vers le surhomme mais parce qu’ils aspiraient ni plus ni moins à l’homme, entendons l’homme unifié, saisi dans la synthèse de ses composantes opposées. Héros d’épopée homérique, prophète biblique, saint et chevalier du Moyen Âge, les types humains des sociétés d ‘autrefois constituent des points de jonction entre ciel et terre où se conjuguent le singulier et l’universel, le profane et le sacré tandis que sur le plan horizontal ils aspirent à la complétude par la complémentarité des antinomies humaines. En eux se trouvent conjointes la distance et la proximité,la dureté et la générosité ( Principes généraux minimums constituant déjà le surhomme évoqué plus haut.) En eux la force combative se veut inséparable de la délicatesse ce qui fait qu’il s’y trouve toujours du guerrier voulant rejoindre le poète, de l’homme d’action qui se veut contemplatif , du soldat qui tend à être moine.
Que l’on prenne plus particulièrement le héros grec, on y verra combien la force est tempérée par l’esthétique du geste et par la dextérité de l’acte,

Achille et Hector

combien l’action physique s’y trouve mêlée de beauté plastique, combien la puissance s’y trouve imprégnée de légèreté. Achille tient de la lune et du lion , il fusionne lenteur et vitesse, on y admire la vigueur et la célérité d’une force qui pourtant se meut aussi posément qu’un corps céleste

« Tel l’astre qui s’avance au milieu d’autres astres au plus fort de la nuit, telle luisait la lance bien aiguisée qu’Achille brandissait de sa droite, en méditant la perte du divin Hector ».
( Iliade XXII)

Certes, Homère chante une colère, il parle d’un déséquilibre et d’une intempérance mais il nous suggère aussi que pour accéder au statut de héros la force et le courage ne peuvent suffire si la rancoeur n’est pas surmontée par le désir de réconciliation et le sentiment de pitié.

Le prophète biblique quant à lui coule dans son poème le combat qu’il mène contre le monde et ses idoles, le samouraï joue du sabre en écoutant le vétérans et ses sentences murmurées « sous les feuillages ». Bertrand de Born, Wolfram Von Eschenbach, Hartman von Aue, Rudolf Von Ems, autant de noms parmi d’autres montrant combien le guerrier chrétien pouvait également aspirer à la création poétique et c’est avec une maladresse pathétique qu’un Don Quichotte tente de pérenniser cet idéal de la chevalerie médiévale

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en un temps où il se meurt car ce temps est maintenant celui du spécialiste qui par sa technique n’a désormais pour ambition que la maîtrise et la manipulation de tel ou tel morceau du monde. S’il n’y eut guère dans tout le Moyen Age qu’un seul roi comme Saint Louis, il n’en fut pas moins un modèle (probablement, entre autres, aux yeux d’une Jeanne d’ Arc), alliant politique et sainteté, l’esprit du mystique à l’esprit du combattant alors même que le chef d’état d’aujourd’hui n’a pour référence que le meilleur technicien capable de juguler l’inflation et de relancer la croissance.

. N’en déplaise à Mimosa, le cinéma ne conserve que les bribes de ces idéaux afférents à ces hommes de synthèse.

Certes de grands films nous présentent toujours de ces hommes d’honneur et de loyauté

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« Platoon d’Oliver Stone »

mais non plus tellement comme des modèles incarnant les aspirations d’une collectivité mais plutôt comme des cas isolés voire des anomalies dans un système où ils n’ont plus leur place

Serp

et d’où ils sont expulsés..

Nous avons certes toujours l’ héroïsme au combat

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mais les dieux étant absents, il ne reste alors plus grand chose du héros grec par qui les affaires humaines étaient imprègnées de sacré.

Nous avons ensuite celui qui en effet ne cherche pas au delà des étoiles les bonnes raisons pour se sacrifier

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Il est à lui-même son propre sauveur, c’est de son seul sacrifice que découle le rachat mais se sacrifier pour quoi au juste? Permettre à celui que l’on sauve de rouler dans une merveille mécanique pour la plus grande gloire de la technologie made in USA et de l' »american way of life  » ? C’est du moins ce que semblerait suggérer la fin du film.

Pourrait-on d’ailleurs trouver encore de ces types humains avec l’avènement de la suprématie technique ? Eschyle méprisait déjà les archers pouvant tuer à distance sans trop exposer leur vie. Avec l’avènement de l’artillerie, que restera t-il de cet idéal d’homme complet qu’était plus ou mois susceptible d’incarner la chevalerie ? On sait qu’aux batailles de Poitier et d’Azincourt, c’est par la flèche et le canon que le technicien eut raison du chevalier, ce film nous raconte qu’il en fut de même pour le samouraï

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la guerre avec le sabre était art de vivre et de mourir, avec la technique elle tendra toujours plus vers l’art de manier la télécommande.

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Dès lors, le guerrier n’est plus très loin de la mécanique, son entraînement n’est que l’art de fabriquer une machine à tuer

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« Stanley Kubrick: Full Metal jackett »

car ce qui est humain entravant la technique et la guerre moderne devenant pleinement technique , elle ne peut que vous retirer toute humanité. Symptomatique à cet égard la vulgarité du langage fort loin du poème courtois que compose le guerrier minnesang ou de cet aphorisme que l’hagakuré adresse au samouraï et voulant que le mot soit la fleurs du coeur. Certains japonais ne sont pas eux-aussi sans exprimer quelque dégoût à l’égard d’un monde où l’on ne lit plus l’Hagakuré, la force du samouraï ayant fait place à la sordide sauvagerie du Yakusa.

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Le « dernier samouraï » est d’ailleurs une confrontation entre deux types de héros, celui de la tradition qui dans l’unité intérieure s’efforce de synthétiser les différentes qualités humaines,

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(Ken Watanabe dans « Le dernier samouraï »)

le héros moderne ne faisant plus office de modèle mais plutôt de divertissements par quelques qualités exceptionnelles car il n’est plus qu’un phénomène que l’on exhibe sur un tréteau de foire

Samour

tandis que l’on doit désormais s’enfoncer loin dans quelques vallées perdues pour trouver le héros du temps d’avant.

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(Ken Watanabe dans « Le dernier samouraï »)

Il faut rappeler de quelle manière dramatique un Mishima vécut cette contradiction entre l’homme synthèse propre à la tradition, et l’homme d’aujourd’hui n’intéressant la modernité que s’il possède un savoir faire particulier propre à faire de lui un amuseur public

Mishim
Yukio MISHIMA: Le japon moderne et l’éthique du samouraï

Abandonner le temps des dieux et des héros pour le temps des hommes, Gianbattista Vico y voyait un progrès, difficile pourtant d’ évaluer tout ce que l’on perd au regard de ce que l’on gagne, le philosophe napolitain reconnaissant lui-même que le temps des hommes était amorce de déliquescence.

Synthèse hors d’atteinte, unité à laquelle on ne songe désormais plus, fusion dorénavant impossible entre réalités antagonistes, c’est bien ce même problème que nous retrouvons dans cette pièce de Castellucci suggérant qu’il n’y a plus de passerelle entre ciel et terre, entre l’universel et le particulier.

Il est dit plus haut que l’homme ne peut tendre vers l’infini sans éclater à l’intérieur de ses limites mais on ne voit pas vraiment que si je tends vers l’infini c’est que celui-ci est entré en moi malgré mes limites ce qui voudrait en ce cas suggérer qu’on ne peut entrevoir l’infini que si l’on pose des limites car à ne vouloir point poser de limites ce n’est pas l’infini que l’on voit mais le caractère fort limité d’un moi gorgé d’ extravagances et de caprices .

Cette froideur de la grande image christique (si froide au regard de l’original si petit mais si chaud) pourrait en fait symboliser l’essence humaine devenue désormais insaisissable (Pilate a dit voilà l’homme en voyant le Christ, 2000 ans plus tard, Francis Bacon a dit voilà l’homme en voyant un étron) .

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En ce sens nous pourrions voir dans la « performance » un sens nouveau, celui d’une réalité se désagrégeant, coulant et nous échappant faute de pouvoir être saisie par l ‘essence ainsi que celui d’un substrat devenu exsangue faute de s’être incarné dans le réel.. Froideur objective d’un côté, épanchement malséant de l’autre, métaphores d’un concept coupé de l’expérience d’où un concept devenu vapeur et buée accompagnant le sentiment d’une expérience chaotique, fuyante et liquéfiée, la prestation de M. Castellucci est finalement fort représentative de cette fissure inscrite au coeur de l’âme moderne.

Homme disloqué, disjoint, fendu et pourfendu, s’il fallait absolument que notre époque fût représentée par un archétype, alors j’irais le chercher plutôt dans un roman narrant la curieuse aventure d’un homme qui fut coupé en deux !  »

calvino

FIDELIS

121 Comments to “LE VICOMTE POURFENDU” »

  1. Ichthus says:

    Assimiler le héros de l’Iliade au chevalier chrétien me paraît assez contestable. Tu l’as dit toi même, l’Iliade, c’est l’histoire d’une intempérance, la colère funeste d’Achille. Finalement tous ces héros d’Homère sont cause de catastrophes parce qu’ils ne savent pas dompter leur passion, Paris/ Hélène et leur passion amoureuse, Achille/Agamemnon et leur blessure d’amour propre, Ajax et son ardeur mal dominée, Achille et sa soif de vengeance. Tous ces gens là sont loin de pratiquer le juste milieu prôné par l’éthique à Nicomaque ! Tout L’Iliade est l’histoire d’un déséquilibre car il y a bien disproportion entre ces vastes tueries et la paire de cornes qui en constitue la cause !

    Non, selon moi, le véritable archétype qu’a produit la Grèce serait plutôt à chercher du côté de l’athlète. Dans ses traits universels, tel que l’ont chanté Pindare et Simonide, tel que l’ont sculpté Polyclète et Myron,

    imhhhh

    porteur d’idéal de force statique, de mesure et de proportion, d’ équilibre entre puissance vitale d’une part, et technique et maîtrise du geste d’autre part. C’est d’ailleurs l’athlète que saint Paul ou saint Antoine prennent comme référence quand ils évoquent leurs efforts d’ascèse spirituelle. Lui seul d’autre part me semble pouvoir être opposé aux débordements des héros littéraires de l’Iliade (ainsi qu’ aux dérives du sport moderne par ailleurs.) J’invite à cet égard à relire certains de nos échanges à l’occasion d’un précédent billet…http://falcophil.info/blog/2013/01/15/bibendum/#comment-4077

  2. Fidelis says:

    Le héros d’Homère et le chevalier du Moyen Âge ont pour point commun une exubérance vitale que vient contenir l’intervention d’une transcendance. C’est Athéna qui arrête la main d’Achille sur le point de trucider Agamemnon. L’ Iliade est certes l’histoire d’une colère, mais c’est une colère maintenue dans ses limites par un ordre supérieur des choses. Zeus est là pour veiller à ce que l’ordre sacré des choses ne soit pas transgressé. C’est par ailleurs l’Eglise et son enseignement spirituel qui veut canaliser les débordements violents des chevaliers.

    Lag

    Dans les deux cas nous voyons que le profane qui tend toujours à vouloir dépasser la mesure est heureusement endigué par une dimension supérieure de réalité.
    J’ai dit que l’archétype humain réconciliait le proche et le lointain. Il me semble que chez ton athlète il n’y ait que du lointain parce qu’il n’y a que de l’universel. La beauté est certes portée à sa quintessence mais cette beauté nous concerne t-elle vraiment ? Ma réponse serait plutôt négative. Cette beauté selon moi nous parle peu parce qu’elle n’est pas suffisamment ancrée dans le familier. C’est là encore le résultat de quelque chose qui a été fendu en deux moitiés, à l’image du comte Médard. Ne subsiste ici que la moitié universelle, la moitié proche et familière est hors de vue. (Inversement dans les créations contemporaines, par exemple le Pop Art ou le nouveau réalisme, nous n’aurions que la proximité du trop familier, ici c’est l’universel, la moitié lointaine, qui semble perdue)

    dua
    Duane Hanson: « shopping « 

    Dans son livre « Pourquoi la Grèce ? » Jacqueline de Romilly explique très bien en quoi le héros d’Homère entremêle le proche et le lointain. Les personnages de l’Iliade présentent également des qualités portées à leur quintessence, nul n’est plus fort qu’Achille, nulle n’est plus belle qu’Hélène et plus fidèle que Pénélope et pourtant ce summum de perfection reste à la mesure humaine puisque chacun doit souffrir et mourir. Ce qui fait de Achille un héros, ce n’est pas seulement sa force sans égale, ce sont aussi ses défaillances qui en font notre égal. Chacun de ces protagonistes porte en lui l’infini au travers de la quintessence d’une qualité mais cet infini n’en est pas moins circonscrit par les limites d’une vie humaine. Une fois encore, il ne s’agit pas ici de je ne sais quelle surhumanité, il s’agit ni plus ni moins d’être humain par cet enchevêtrement serré de limite et d’infini.

  3. Falcophil says:

    A signaler que dans le cycle du roi Arthur, les chevaliers sont en quête du lointain, le Graal, mais il échouent dans cette entreprise à cause de leur péché, ce par quoi Perceval et Lancelot nous sont proches et familiers.
    Comme le rappelle Fidelis, la dimension sacrée des types humains traditionnels tient entre autre à cette coexistence de proche et de lointain. Elle semble expliquer pourquoi ces différents types se ressemblent malgré tout en dépit des distances de lieux, de temps et de culture.
    Elle explique aussi pourquoi notre époque est incapable de forger un type humain qui lui soit propre, hormis ce vicomte pourfendu par l’image duquel tu termines ton propos. Nous avons séparé le proche et le lointain, nous paraissons passablement incapables de les conjuguer.. Ils coexistent dans les confessions de saint Augustin, il n’y a plus que du proche et du familier dans les confessions de Rousseau.

  4. Fidelis says:

    Je rêve quant à moi du temps où le sacré s’invitait aussi bien dans la campagne toscane du XIIIème siècle que dans une chambre bourgeoise de la Flandre médiévale

    van
    Rogier Van der Weyden

  5. Mimosa says:

    Je trouve très discutable cette idée que notre époque serait incapable de mêler le proche et le lointain. Un ange faisant irruption dans un intérieur bourgeois du XIVème siècle, est-ce tellement différent d’un homme qui se réveille changé en insecte dans un autre intérieur bourgeois du XXème ? Il me semble au contraire que les écrivains et artistes des temps modernes sont les plus habiles pour forger des histoires où la réalité quotidienne la plus terre à terre se trouve soudainement troublée par le détail déplacé qui vient la rendre d’une déconcertante étrangeté. Le lointain est ce qui rompt le familier, il vient on ne sait pourquoi, il vient d’on ne sait d’où et l’on pourrait citer maints exemples d’oeuvres ou de films démontrant que notre époque connaît peut-être mieux que jadis cet art de diffuser dans le familier quelques vagues senteurs venues de rivages lointains. Le rédacteur de la scène à Emmaüss n’est finalement qu’un précurseur de notre moderne production fantastique !

  6. Falcophil says:

    Ce n’est pas tout à fait la même chose. Le récit de l’Evangéliste invite à croire qu’il existe un pont entre la réalité familière d’ici-bas et la réalité lointaine du surnaturel. Le fantastique moderne dont tu parles n’est que le récit d’un dysfonctionnement introduit au sein de l’engrenage du familier. Le récit fantastique veut avant tout exciter notre sensibilité, jouer avec nos nerfs par quelques incongruités venant perturber la rationalité dominante.
    L’Evangéliste narrant les évènements de la résurrection, croit en la réalité de ce qu’il rapporte, Kafka relatant le réveil de Grégoire Samsa, est le premier à ne pas y croire, c’est là toute la différence.

  7. Fidelis says:

    Au XVIIème siècle, le sacré pouvait encore s’introduire dans quelques tavernes et s’approcher de quelques gentilshommes.

    Voc

    Dès le XVIIIème , ce ne sera plus possible, déjà l’énergie mécanique commençait à se substituer à l’énergie divine.

  8. Thierry says:

    C’est sans doute que de l’évangéliste à Kafka, l’homme est passé de l’enfance à l’âge adulte !

  9. Falcophil says:

    Est-ce bien certain ?

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  10. Fidelis says:

    L’enfance est-elle ce qui doit être absolument dépassé ? L’Evangile répond que non. Une nouvelle de Maupassant (« La peur ») contient d’intéressants propos sur la question.

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    Guy de Maupassant  » La peur » in « Apparition et autres contes d’angoisse »

  11. Mimosa says:

    Du coup, c’est vous autres qui me semblez vouloir amputer l’homme en prétendant le réduire à de l’irrationnel sous prétexte d’une rationalité desséchante. N’en déplaise à Maupassant, la raison ne fait pas reculer le fantastique, bien au contraire, je pense qu’elle le rendrait plutôt beaucoup plus présent. Quand donc le ciel a t-il été aussi profond et aussi fantastique depuis qu’on le scrute avec des télescopes d’une puissance sans précédent ? Je trouve au contraire que plus il y a de science, plus il y a de fantastique car plus on comprend et moins on comprend, plus tout s’explique et moins tout s’explique.
    De l’évangéliste à Kafka, non seulement l’homme passe de l’enfance à l’âge adulte mais il n’en abandonne pas pour autant le sacré. La description que Rudolf Otto donne de l’expérience du sacré qu’il définit comme expérience du tout autre qui nous est étranger parce qu’en dehors des choses habituelles et familières est-elle foncièrement différente de la définition que Freud donne de l’inquiétante étrangeté( « Unheimlich » le contraire de « Heimlich », « du pays »,et donc en dehors de l’endroit qui m’est familier) ?
    N’est-on pas encore en présence de quelque-chose de « numineux » face au fait qu’un homme se réveille transformé en insecte ou que des objets habituellement durs et solides puissent s’être soudain ramollis comme de la glace fondue ?

  12. Fidelis says:

    Le fantastique est surtout né à la fin du XVIIIème ( Gothique noir avec Horace Walpole) et s’est développé au XIXème avec le romantisme comme réaction à une emprise du rationalisme hérité des lumières ainsi qu’une importance toujours plus excessive accordée à la science. Comme l’explique parfaitement Maupassant, le monde se trouve maintenant vidé de sa substance magique et surnaturelle.(qu’un auteur aussi positiviste, aussi réaliste et aussi athée que Maupassant ait été par ailleurs l’un des meilleurs auteurs de récits fantastiques , le paradoxe n’était en fait que trop révélateur)**

    On a donc recours au fantastique pour consoler l’homme dominé par la prédominence d’un esprit techno-scientifique le frustrant de son aptitude à se relier au sacré. La religion désormais trop affaiblie pour contrer un ordre des choses se voulant essentiellement rationnel, se trouvait dès lors incapable de canaliser et de purifier ces aspirations au sacré qui ne pouvaient ainsi que se manifester sous les formes rudimentaires de la terreur et de l ‘excitation sensorielle à base d’onirisme ludique et dépaysant (Dont ce tableau de Dali constitue un bon exemple, ainsi d’ailleurs que la plupart de ces « pièges à rêveries » que prisaient les surréalistes !) .
    Si le fantastique moderne ainsi que les débordements d’hystérie collective dont nous abreuve l’industrie du spectacle , pourraient à la rigueur exprimer un certain sentiment du sacré, il s’agit d’un sacré basique et frustre, relevant de cet état inculte et désordonné du sentiment numineux dont parle précisément Rudolf Otto. L’histoire des religions c’est aussi l’histoire de ce lent travail par lequel l’homme en peaufinant les rites, les liturgies et l’encadrement théologique décante, affine et raffine l’aspiration au sacré. Cultiver la terreur au cinéma ou hurler tous en coeur autour d’un terrain de foot n’est pas loin d’une sorte de régression vers un état primitif de l’humanité où l’intuition du lointain n’est qu’un vague sentiment primaire exprimé par la peur ou la convulsion.. En fait, les véritables primitifs ne sont pas tant les indigènes qui rendent un culte à King-Kong en lui offrant des chants, des danses et des sacrifices,que les hommes de la ville à qui on offre ensuite le monstre en spectacle de music-hall et qu’ils s’empressent d’aller voir pour se donner quelques terreurs grossières car c’est désormais tout ce qu’ils ont pour s’extraire d’un trop plein de rationalité technique écrasante de froideur et d’ennui. Tout ce fantastique moderne auquel Mimosa fait allusion, n’est qu’un vestige parodique du sacré. Il ne s’ agit plus de surnaturel parachevant et surélevant le familier, il s’agit avant tout du spectacle destiné à nous divertir momentanément d’une routine mécanique devenant à la longue trop étouffante. Le sacré malgré la peur qu’il suscite nous attire tout de même parce que nous y trouvons du sens qui nous donne prolongement et profondeur, aujourd’hui si la parodie du sacré peut également nous attirer, ce n’est pas malgré la peur mais précisément pour la peur, entendons par là que nous y cherchons avant tout la surexcitation émotive d’un spectacle proposant un ersatz de sentiment sacré destiné à nous consoler de ce que nous sommes désormais incapables d’éprouver un véritable sentiment du sacré.

    **Ce à quoi , de manière encore plus révélatrice, on pourrait ajouter le matérialisme d’un Lovecraft !

  13. Mimosa says:

    Je maintiens que c’est très contestable, un seul exemple suffirait à le démontrer, qui d’entre nous n’éprouvrait pas un sentiment d’effroi sacré à la simple vue d’un cadavre humain ?

  14. Mia says:

    On dirait que certains ont la nostalgie de l’époque où l’homme était entravé par ses frayeurs irrationnelles. Si c’est le cas, vos archétypes reposent sur des soubassements plutôt problématiques ou alors (Pour donner un peu plus de panache à vos héros!), c’est qu’il vous faut admettre que si la frayeur est une moitié du sacré, l’autre moitié résiderait dans sa transgression.

  15. Clash says:

    Ils ont effectivement la nostalgie du temps où l’homme se trouvait quasiment impotent parce qu’ignorant ou peut-être même effrayé de ses potentialités. Aujourd’hui, le fantastique non seulement c’est la science qui le découvre mais c’est aussi la technique qui le décuple. Le fantastique n’est pas tant d’imaginer le ciel plein d’anges ou de sorcière , c’est surtout d’y envoyer avions, satellites et fusées. Le fantastique aujourd’hui, ce n’est pas d’imaginer des fantômes avec don d’ubiquité, c’est d’utiliser google map pour se balader virtuellement dans telle ou telle ruelle de Sydney ou de Moscou, ou de discuter au bord de la Seine avec un chinois se trouvant au bord du Yang Tsé Kiang. Et demain nous ferons mieux encore et plus extraordinaire encore. Les vieux rêves de toute puissance que leurs légendes place dans leur pseudo-sauveur, c’est nous qui les concrétiserons. Nous serons en mesure de dire au paralytique : « lève toi et marche », nous serons en mesure de multiplier les pains ainsi que les poissons, nous serons en mesure de marcher sur les eaux ainsi que de changer l’eau en vin. Demain, notre cerveau sera peut-être congelé, conservé avec toute sa mémoire et pourra peut-être après notre mort continuer à fonctionner dans un autre corps, nous serons sans doute en mesure d’ordonner à Lazare de sortir de sa tombe. . Il n’ ya aura peut-être plus de vieux, il n’y aura qu’une perpétuelle jeunesse, on nous implantera des puces qui nous donneront une puissance qui ravalera Lancelot et Achille au rang d’Avortons, nous serons immortels.. Les ethnologues nous disent

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    que pour de nombreuses peuplades primitives , l’âge d’or était un temps caractérisé par un inlassable mouvement plastique où tout pouvait se changer en n’importe quoi parce que nulle forme ne figeait les êtres et les choses dans des limites intangibles. Les femmes se changeaient soudain en homme et les hommes pouvaient soudain enfanter , les singes volaient, les oiseaux pouvaient devenir des arbres et les feuilles s’envolaient pour devenir des étoiles.. C’était le lieu des perpétuelles métamorphoses, des miracles continuels. Qui sait si science et technique ne vont pas rendre réel ce temps mythique de l’âge d’or.! Nous serons comme des Dieux, voilà ce qui les effraie! Ce sont eux les amputés dont la moitié trop humaine ne veut pas de l’autre moitié qui pourtant les rendrait surhumain. La transgression fait peur car elle nous donne le sentiment de rendre plus présent le sacré mais ce n’est en fait pas tant du sacré dont nous avons peur que de nous même parce que nous savons, plus ou moins confusément, qu’il n’est de sacré que la puissance humaine et sa force de transgression.

  16. Fidelis says:

    A lire de tels propos, je ne sais s’il faut en rire ou s’en inquiéter, je me trouve un peu comme dans cet état de perplexité que doit probablement connaître cette personne face à ce genre d ‘ « oeuvre d’art ».

  17. Falcophil says:

    Il est à noter que c’est ce même tableau d’Olivier Mosset qui sert d’illustration pour la couverture d’un ouvrage de théologie composé par l’un des chefs de file de la mouvance « Radical Orthodoxie »

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    , et consacré à l’étude des travaux du cardinal de Lubac sur la notion, forgée par la scolastique espagnole du XVIème, d’une « pure nature » dotée d’une complète autonomie qui en soi n’aurait nul besoin de prolongement surnaturel pour qu’appliquée à l’homme elle puisse être d’emblée considérée comme pleinement humaine. Suivant cette conception l’entière auto-référentialité de l’immanence serait une condition pour que la grâce soit vraiment « gratuite ».

    Le paradoxe est là, que ce soit des théologiens chrétiens qui se trouvent à l’origine de dérapages et délires dont Monsieur Clash nous donne une bonne illustration.

  18. Ichthus says:

    Une cible de Jasper Johns aurait aussi bien pu faire l’affaire.

  19. Falcophil says:

    Dans cette optique, on jettera de nouveau un coup d’ oeil sur cette oeuvre de Giovanni di Paolo,

    où l’on voit que les coupables sont expulsés pour être placés au sein de cercles concentriques séparés du jardin, celui-ci étant lieu d’unité , de relation et d’harmonie parce que lieu où l’on n’était point à soi-même son propre cercle.

  20. Fidelis says:

    Est-il par ailleurs utile de parler d’un célèbre enfer constitué de cercles séparés les uns des autres comme autant de voies sans issues ?

  21. Falcophil says:

    Le 4ème cercle, par exemple, où les prodigues et les avares roulent des rochers en se heurtant mutuellement:

    Ils se cognaient l’un contre l’autre;et à ce point
    Chacun se retournait, repartant vers l’arrière,
    L’ un criant : « Pourquoi tiens-tu? »
    L’autre hurlant:  » Pourquoi lâches-tu »?
    C’est ainsi qu’ils tournaient par le cercle lugubre
    Sur chaque bord vers le point opposé
    En criant encore leur honteux couplet

    (Enfer: Chant VII)

  22. Ichthus says:

    un rond de Liberman fait pouvait aussi tout autant faire l’affaire.

    lieb

  23. Fidelis says:

    Voire un autre rond de Mosset

    oliviermosset

  24. Falcophil says:

    J’ajoute à l’inventaire, une machine de Tinguely

  25. Fidelis says:

    Il est un dicton italien qui dit: “Perfetto come la ‘O’ di Giotto »
    Allusion au fait que l’artiste aurait été capable de tracer un cercle parfait sans l’aide d’un compas. Giotto ne voulait ici que démontrer son habileté de dessinateur, un cercle en soi ne l’intéressait pas, son art obéissait à des principes supérieurs d’harmonie inscrit dans la raison comme dans la nature. C’était encore le cas de Leonard de Vinci capable lui aussi de tracer des ronds parfaits à main levée. Peut-être qu’il n’eut pas besoin de compas pour dessiner l’homme de Vitruve

    Vitruve

    Ce n’était sans doute pas encore l’époque où l’on aurait pu dessiner un rond se suffisant à soi mais quelque temps auparavant, Pic De la Mirandole prenant le contre-pied de la Genèse faisait dire à Dieu qu’il instituait Adam comme auto-créateur, capable aussi bien d’être animal que d’être Dieu lui-même.

  26. Bab-One says:

    Je ne comprends pas pourquoi vous parlez d’amputation de l’homme moderne, de partie séparée d’une moitié tout en illustrtant la chose par un rond. Quoi de plus plein et de plus entier qu’un rond ?

  27. Falcophil says:

    En effet, dessiner un rond devient une fin en soi, le rond ne signifie rien d’autre que ma volonté de le tracer, le rond de Mosset n’est pas l’expression d’un en soi supérieur de réalité,

    rondmos

    il est l’en-soi même, entendons par là que je suis moi-même l’en soi qui le produit. Je n’ai ici à exprimer ni émotions, ni aspirations, ni nostalgie, tous ces mouvements dénotent l’aspiration confuse vers un ailleurs qui m’échappe. Ici, je n’aspire à aucun ailleurs, le rond est pur de tout ailleurs ou de toute autre dimension du réel,sa pureté mécanique en fait d’ores et déjà par excellence l’ici et maintenant du réel, il existe hors de tout contexte parce que je dois exister hors de tout contexte, il est l’absolu parce que je suis l’absolu, ..

  28. Bab-One says:

    Je ne comprends toujours pas, voulez vous dire que séparé du particulier, l’universel est un leurre ? d’où la raison du caractère insipide d’une forme qui prétend exister hors de tout contexte historique, culturel, individuel, psychologique et charnel ?

  29. Fidelis says:

    il y a illusion de l’universel séparé du particulier, le billet aborde la question en sens inverse, illusion du particulier séparé de l’universel….

  30. Falcophil says:

    C’est ce que suggère une autre forme de cercle ou si l’on préfère de circulation..

    Trinité

    Nous sommes plusieurs (hypostases) mais nous sommes un (Ousia) dans l’unité d’une même substance (Homoousion).
    Suivant le regard d’Orient, de la pluralité , je me dirige vers l’unité.
    Suivant le regard d’occident, de l’unité de substance, je passe aux personnes distinctes.
    Car je suis distinct de l’autre mais je ne prends toute ma plénitude que par l’autre
    parce que je suis ceci tout en comprenant aussi cela et si ceci n’est pas cela, ceci n’ en voit pas moins cela se déverser en lui
    parce que l’un est dans l’autre et l’autre est dans l’un (Circumincession)

  31. Fidelis says:

    Une pure « circulation » mais d’une pureté non « mécanique »…

  32. Thierry says:

    L’homme de Vitruve semble pourtant concilier les contraires par la conjonction du cercle et du carré !

  33. Falcophil says:

    Nous avons déjà vu qu’un continuateur contemporain de l’enfer de Dante, nous montrait de quelle manière on peut tourner en rond sur un carré


    ( Samuel Beckett: « QUAD »)

    Nicolas de Cuse envisageait l’infini où se rencontreraient le cercle et la ligne droite, l’homme moderne fait beaucoup mieux en réalisant le fini de la quadrature du cercle !

  34. Bab-One says:

    La « pureté mécanique », n’avons-nous pa

  35. Bab-One says:

    La « pureté mécanique » n’est ce pas cet archétype de notre temps dont vous déploriez l’absence ?

  36. Falcophil says:

    C’est ce que suggérait Le Corbusier qui à l’ancien « standart » du temple grec, opposait le nouveau, celui de la machine

    corbusier

  37. Fidelis says:

    Aristote aurait vu dans le temple une cause finale, celle de la divinité.

    Quelle cause finale Le Corbusier pouvait-il voir dans une automobile ? Il pensait peut-être à Francis Bacon ( Celui du XVIIéme) pour qui la cause finale n’était qu’une vierge stérile qu’il ne servait à rien de connaître ( la considération d’une cause finale est-elle d’une quelconque utilité pour nous déplacer plus vite ?) A moins que la cause finale ne soit que l’efficacité, la machine devenant dès lors un parangon parce qu’elle est censée être ce qu’il y a plus efficace. Qu’à partir d’un tel archétype on puisse construire non seulement des édifices profanes ( » machines à habiter » ) mais aussi des édifices religieux, là était la gageure.

  38. Bab-One says:

    Ne vous en déplaise, je ne vois toujours pas où se trouve l’ « amputation ». L’image du cercle m’apparaît bien comme plénitude, le problème n’est pas le cercle, le problème c’est de s’y insérer ,et c’est plutôt vous-autres qui me semblez amputés parce que , justement, vous ne savez pas comment vous y insérer.

  39. Falcophil says:

    Tout dépend de quel cercle nous parlons car il y a certainement un fossé entre un cercle aussi exsangue qu’un rond de Mosset et une
    démarche giratoire qui peut se vouloir en phase avec le cosmos


    Derviches tourneurs

    ou s’insérer dans le grand tout océanique avec l’ondulation de ses vagues alternant creux et sommets, ainsi que nous le voyons chez telle humble femme de l’Inde réalisant son rangoli

    rangolis

  40. Sophie says:

    Le  » milieu suspendu » illustré par le tableau de Mosset n’est lui même qu’un cercle situé entre le cercle du monde profane et le cercle de la divinité

  41. Falcophil says:

    Il me semble en ce cas que pour exprimer cette idée, plutôt qu’un cercle « mécanique » sur fond livide et spectral, de bien meilleur aloi pouvait être un autre type de circularité

    ND
    (Notre Dame: Rosace ouest)

    celle-ci nous rappelant que si le monde médiéval se trouvait en phase avec la rotation naturelle, il ne connaissait pas en revanche cette erreur du paien par laquelle on vénère la circularité cosmique.Si l’on peut voir dans la forme circulaire l’image d’une perfection ontologique se suffisant à soi , le circulaire n’est pas non plus la divinité. Point de mythe de l’éternel retour ici


    (Notre Dame: Rosace ouest)

    mais adhésion au cycle saisonnier que traverse cependant la lumière venue d’ailleurs et portée par le trait du rayon solaire.

  42. Bof ! says:

    On se demande de quelle plénitude « circulaire » peut parler Bab-One !?!?
    De celle qui fait que chaque année à chaque époque reviennent les même exaspérantes et médiocres petite ritournelles ?
    Hier le 15 août,
    Autoroutes encombrées, rues dépeuplées
    et bientôt demain
    De nouveau la rentrée des moutards
    Et puis la rentrée politique
    Avec encore les mêmes faces de cafards
    et puis la rentrée littéraire
    Avec le retour des marées
    De bouquins merdiques
    Et puis encore Hallooween,
    Rictus de vampire et faciès de sorcières
    Et de nouveau les arbres dénudés comme des serres
    Griffant le ciel de plomb
    Et Puis encore Noël et ses étoiles en toc
    Et tout son transit
    Intestinal
    Et aussi son vieux schnok
    De Papa Noël
    Avec sa hotte engorgée
    Comme une fosse à purin
    Et puis encore Pâques et ses oeufs pourris
    Avec toujours les mêmes cloches
    Monceaux de glucides « ad nauséam »
    et de nouveau l’été, encore les zinzins des moustiques
    Encore les essaims de touristes,
    Encore l’actu qui décélère
    Encore les départs qui s’accélèrent
    de nouveau les castors qui nous les casse
    Puis de nouveau le cul
    Sur les pages et les plages
    Et puis encore
    La journée du 15 août,
    Rues dépeuplées, autoroutes encombrées
    Et puis de nouveau le retour des moutards
    Et tandis qu’encore se meurent les moustiques
    De nouveau les départs qui décélèrent
    De nouveau l’actu qui accélère
    Et encore le retour des cafards
    Précédant la sempiternelle vague
    Ramenant les bouquins merdiques…………………………

    Aucune grandeur cosmique à tirer de tout ça

    Rien que bâillement de lassitude à s’en décrocher la mâchoire,

  43. Fidelis says:

    Retrouver le sens authentique de certaines fêtes que notre monde a vidé de leur contenu, serait de retrouver le sens authentique de la liturgie par laquelle se manifeste ce retour circulaire des cérémonies, en harmonie avec la circularité du rythme cosmique ainsi qu’avec le substance divine dont celle-là constitue le déploiement.
    Ce qui vous donnerait alors quelque chose de moins amer que vous pourriez décliner comme suit :

    – 15 août, assomption de Marie, point zénithal de l’été, glorification d’une âme et d’un corps .
    – Toussaint, feuilles mortes emportées par le vent, murmures de tombes et chants de vanités mais présence des racines par le souvenir des ancêtres.
    – Noël, coeur palpitant de l’hiver, Naissance du sauveur, chaleur intime de l’âtre et du foyer,
    petite fenêtre qui soudain s’allume au bout de la rue déserte et glacée.
    – Pâque, renouveau de la nature et Résurrection.

  44. Falcophil says:

    Je ne suis pas sûr que « BOF! » comprenne de quoi tu parles !

  45. Fidelis says:

    Nous avons là l’inévitable désabusement guettant l’esprit lucide dont le rythme de vie n’est plus en accointance avec la circularité cosmique ainsi qu’avec le divin qui la sous-tend parce qu’il n’a plus d’autres fins que de répéter la futilité de l’acte consommateur ainsi que l’insignifiance de nos rituels séculiers.

  46. BOF! says:

    L’  » ordre cosmique » me paraît aussi ennuyeux que nos misérables petits refrains. Vous aimez parler de mouvements circulaires, laissez-moi vous en donner un autre, celui du kaleïdoscope, dont Schopenhauer nous dit qu’il est l’image de l’histoire en ce que si chaque tour peut nous présenter une configuration nouvelle, les éléments n’en sont pas moins toujours les mêmes.

    Kalei

    . Image de l’histoire mais images aussi de chacune de nos pauvres petites histoires, athées comme croyants, nihilistes comme chrétiens, à chaque naissance, la boite à musique reprend sa pitoyable antienne aux variations dérisoires, vous pouvez ratiociner tant que vous voulez, vous n’y changerez rien….

  47. Fidelis says:

    Mon vague souvenir et ma médiocre connaissance du pessimiste allemand me portent à la prudence quand je souligne que si pour lui la libération commençait avec la contemplation de la chose en soi, c’était tout de même au sein de la commedia dell’arte qu’il avait puisé ses principaux archétypes.

  48. Falcophil says:

    Ce passage de l’ours de Francfort tendrait à montrer que ton souvenir n’est pas si vague ni ta connaissance si médiocre !

    img390
    (Le monde comme volonté et comme représentation)

  49. Bab-One says:

    faire inlassablement des choses nouvelles avec seulement quelques éléments basiques, n’est ce pas cela l’infini ?

  50. BOF! says:

    En reprenant les précédentes images du kaleidoscope et de la commedia dell’arte, je réponds que si c’est ainsi que tu te représentes le divin, alors c’est que tu crois en une divinité stupide qui ne fait que forger de frivoles intrigues ou s’adonner à des tours d’illusionniste et à des jeux de bateleurs. Si vous aimez le clinquant et la pacotille, vous pourriez peut-être chercher de ce côté là votre archétype!

  51. Fidelis says:

    Le Moyen Âge avait lui aussi le jongleur mais il ne lui serait pas venu à l’idée d’en faire un archétype. Aujourd’hui, nous pouvons entretenir une certaine nostalgie de l’esprit chevaleresque, seulement notre archétype se trouverait peut-être en effet sur un plateau de télévision. Laurent Ruquier ou Patrick Sebastien, archétypes de l’homme moderne ?

  52. Sophie says:

    Propos d’esprit chagrin et blasé, propos de cœur atrophié.
    En ces heures de drame humanitaire, (Et « BOF! » qui baille de lassitude parce qu’il n’arriverait jamais rien!!!) nous avons pu voir la générosité de petites gens qui agissent plutôt que de parler dans le vide, gens qui ont en vue d’autres « archétypes » tels saint François ou saint Vincent de Paul. On a pu voir à cette occasion l’hypocrisie de ceux qui à l’instar des Fidelis possèdent la trinité dans leur tête mais pas dans leur cœur, de ceux qui lorsqu’on leur parle d’accueil ne savent que disserter sur le rapport entre vertus théologales et vertus cardinales et qui ensuite, satisfaits de leur fatuité intellectuelle, s’en retournent chez eux arpenter les nombreuses pièces inoccupées de leur grande maison…..

  53. Fidelis says:

    Sur l’aspect matériel de la question, nous en avons déjà beaucoup discuté, inutile d’ennuyer les autres en revenant là-dessus.
    Sur la question de fond, celle des vertus théologales reliées aux vertus cardinales cela tombe à point car c’est tout à fait en rapport avec le thème générale de nos discussions relatif à cette métaphore du « vicomte pourfendu » illustrant mon intervention. J’ai déjà fait part de mes réserves concernant une vertu théologale que ne semble effectivement conforter aucune vertu cardinale. Reprenons donc notre discussion « paroissiale ».
    Cette charité dont vous parlez, s’appuie-t’elle sur la force ? J’en doute quand je considère l’impuissance de nos gouvernements qui ne font qu’appeler à subir, par répartition de quotas, ces déversements incessants de marées humaines et que l’on peut soupçonner par ailleurs d’obéir sans broncher aux pressions d’une oligarchie de technocrates ne voyant chez les personnes que des variables d’ajustement. Ma Peugeot est en panne, je n’ai plus de pièces françaises, ce n’est pas grave, nous avons, provenant d’outre-méditerranée, des pièces de rechange susceptibles de faire tout autant l’affaire, c’est à peu près le raisonnement à peine voilé des Jean Claude Juncker et consorts. Je doute encore davantage que puisse s’appuyer sur la force une charité causée par des sursauts émotifs sur fond d’orchestration médiatique. Je doute encore plus que s’appuie sur la prudence une charité réticente à prendre en compte la considération objective des coûts, ce qui exprimé de manière plus terre à terre reviendrait à dire que s’il y a la beauté de l’amour, il y a aussi le réalisme de la Cour des comptes ! Je doute plus encore que s’appuie sur la prudence une charité tellement absorbée par l’immédiateté du présent qu’elle s’en trouve incapable des considérer la menace que fait peser sur nos sociétés, tant au niveau de leur sécurité que de leur cohésion interne, une présence sans cesse plus accrue de personnes dont l’horizon culturel diffère en de nombreux points du notre, s’agissant plus particulièrement d’un Islam sunnite toujours plus infiltré par une Arabie Saoudite dont l’ argent favorise l’expansion du wahhabisme et de tout ce qui peut s' »apparenter au retour à la substance bornée, intolérante, agressive voire criminelle du plus primitif et du plus frustre des monothéismes tel qu’il fut exprimé à Médine!

    En d’autres termes, que vaut une charité s’appuyant avant tout sur l’ignorance, la politique de l’autruche, la veulerie du conformisme ainsi que la sensiblerie épidermique ?

    img393(a)
    Miniature de Robinet Testard tirée d’un ouvrage sur les quatre vertus cardinales (début XVIème)

  54. Mimosa says:

    Invitée à votre débat paroissial, j’étais là comme une observatrice laïque. Tu reprends ici les arguments que tu nous a sortis comme « l’amour c’est bien mais il y a aussi la Cour des comptes », moi je t’ai répondu: « Misérable petits calculs d’épicier! » Ou alors, plus ecoeurant encore, » nous préférions acceuillir des chrétiens, » et je suis certaines que tous les autres congénères de ta paroisse partageaient mon sentiment , a l’exception de M. Falcone qui pourtant invité, n’est même pas venu, comme de juste, ( celui là vraiment, sorti de ses abstractions de philo, pour les questions plus concrètes et plus urgentes, il n’y a plus personne !)

  55. Fidelis says:

    Il existe effectivement une certaine contrariété de vocations entre les vertus cardinales, orientées vers la stricte immanence et les vertus théologales, orientées vers l’infini. Toutefois, de quelle manière une réalité n ‘ est pleinement elle-même que si elle est quelque part imprégnée de son antinomie et qu’une dimension s’exacerbe jusqu’au paroxysme négateur ou stérile quand elle se trouve séparée de sa dimension opposée, c’est bien en effet Italo Calvino qui a le mieux illustré la chose par son court roman.
    Rappelons succinctement l’ intrigue. Au cours d’une bataille, un aristocrate, le comte Médard est donc coupé en deux par un boulet de canon. Chacune des deux moitiés n’en continue pas moins de vivre mais de façon radicale puisqu’il s’agit de la moitié mauvaise et de la moitié bonne. Chacune agit désormais de manière nocive, la moitié mauvaise se déchaînant parce qu’elle n’est plus freinée par la moitié bonne, celle-ci agissant de manière tout aussi négative par excès de bonté que ne tempère aucun réalisme !
    La charité qui est vertu d’amour semble effectivement opposée à la prudence, vertu de calcul, pourtant l’une peut-elle aller sans l’autre?
    C’était à cela que j’avais appelé à réfléchir. Comme seule réponse je n’ai entendu que des cris d’orfraie agrémentés de « Pas de discriminations » ou « Le FN n’a rien à faire chez nous ». Est-ce cela la charité ?

  56. Falcophil says:

    Une simple observation sur la question du « misérable petit calcul d’épicier », rappelons que l’épicier dans son immanence ne peut tout au plus avoir que des vertus naturelles, les « cardinales » et que seuls les modèles chrétiens proposés en exemple, le chevalier et le saint, savent dépasser l’immanence en reliant les vertus cardinales aux vertus théologales. C’est pourquoi si le chevalier doit dépasser la brute militaire pour tendre vers la charité, à l’inverse le saint doit quant à lui savoir faire preuve de dureté guerrière sous peine d’être réduit à une sentimentalité douçâtre et sulpicienne dont raffole notre époque avide de câlins et dont la quête toujours plus exigente de tendresse ne traduit au fond qu’une faiblesse psychologique. Comme le dit Fidelis, une charité fondée sur une base aussi vacillante ne peut porter qu’à des catastrophes

    img400v
    Miniature de Robinet Testard illustrant un ouvrage sur les quatre vertus cardinales (début XVIème)

    Il ne s’agit donc pas d’un simple calcul qui en effet sur le seul plan horizontal ne concerne que les vertus de prudence, de justice ou de tempérance ramenées à elles-mêmes. C’est là ce qui relève de l’harmonie même de l’incarnation suivant laquelle l’universel sans les contingences terrestres ne dépasse que fort peu le statut de « flatus voci ». La charité reliée à la prudence, c’est tout simplement l’esprit incarné dans le corps et la prudence reliée à la charité c’est le corps élevé par l’esprit. Si le Christ nous invite à la douceur de l’agneau, il nous recommande aussi la prudence du serpent! La charité renvoie au coeur chaud mais la prudence nous rappelle l’exigence de la tête froide. Méfions-nous donc du tapage médiatique a base de fortes émotions qui n’ ont pour effet que de faire monter une chaleur qui devrait rester confinée au coeur et d’échauffer ainsi une tête qui plus que jamais devrait rester froide !

    img402
    Miniature de Robinet Testard illustrant un ouvrage sur les quatre vertus cardinales (début XVIème)

  57. Sophie says:

    Je me demande si tu comprends vraiment le lien entre vertus théologales et vertus cardinales. La vertu théologale porte certes à son accomplissement la vertu cardinale mais c’est qu’elle l’oriente vers la fin transcendante de l’Agapé. As- tu vraiment conscience de ce que signifie « amour du prochain » ? Comprends- tu vraiment le terme ? « Prochain » veut dire, le plus proche, ce qui est le plus près de toi et ce que tu ne choisis pas et qui n’est pas ce qui est supposé te plaire suivant tes critères de ce que devrait être l’autre et ses croyances. As-tu bien en tête la scène du baiser au lépreux tiré de la vie de saint François ? Voici l’archétype qui devrait attirer ton attention. Non ce que tu préfères mais ce qui te déplait, non ce qui caresse ton goût personnel mais ce qui vient le heurter. Crois-tu vraiment que dire à l’autre: « Je vous accueille chez moi à condition que vous soyez chrétien », crois-tu vraiment que c’est là de la prudence portée à son accomplissement ? Ne serait-ce pas plutôt de la charité freinée par l’esprit du monde ?

  58. Falcophil says:

    Il me semble que si la vertu théologale porte à son accomplissement la vertu cardinale, c’est que la seconde permet à la première de s’incarner. Qu’est-ce en effet que la charité sans la prudence , si ce n’est une impulsion désordonnée ne risquant guère de dépasser l’irréalisme des bons sentiments ou de porter à cet enfer dont la sagesse ancestrale nous dit que son pavement est tout en bonnes intentions ? Monter de la vertu cardinale vers la vertu théologale doit certes se comprendre, dans la perspective chrétienne, comme une échelle sainte, mais il ne faudrait pas non plus oublier la perspective d’Aristote, sans doute non ascendante mais qui n’en est pas moins de sagesse parce que les vertus s’y trouvent dans une pure connexion où il s’agit de trouver l’équilibre par lequel celle-ci tempérant celle-là, l’une autorise du coup la pleine manifestation de l’autre et réciproquement.

  59. Mimosa says:

    Pleine ? Je ne comprends pas. La charité est-elle pleinement elle-même quand elle s’accompagne de calcul ?

  60. Falcophil says:

    Calcul n’a pas nécessairement une connotation de mesquinerie comptable, le mot vient de « caillou », cela peut tout simplement signifier qu’à vouloir emprunter un chemin sans détacher les yeux du ciel , je risque fort de butter sur quelques concrétions pierreuses et de m’en aller mordre la poussière !

    img397(c)
    Robinet Testard, enluminure de l’ouvrage du chanoine François Desmoulins sur les Quatre vertus cardinales (début XVIème).

  61. Mimosa says:

    Avec tes « concrétions pierreuses », pourquoi tu ne construis pas un grand mur autour de ta grande maison vide? Papa Orban pourrait peut-être te conseiller…

  62. Fidelis says:

    Si une personne frappe à sa porte pour lui demander de l’aide, pas besoin de mur, la charité commande en effet le devoir d’assistance.
    En revanche, si 20 personnes veulent s’installer chez lui, alors, ce n’est plus une question de charité mais d’ordre public et peut-être qu’il devra effectivement construire un mur s’il apparaît que l’Etat et sa force publique sont incapables d’intervenir !Vous êtes sur une confusion de plans car vous ne savez pas dissocier quand il faut dissocier et pas davantage unifier quand il faut unifier et quand vous tentez d’unifier, il n’en sort que des cohésions manquées parce qu’amputées d’une partie nécessaire. L’ironie de votre réponse montre en fait votre incapacité à vous détacher de l’émotion du moment et de l’aimantation d’un présent qui vous absorbe dans les sollicitations de l’immédiat alors qu’il faudrait ici relier le problème à la perspective plus large qui est celle du billet et de sa thématique du vicomte pourfendu. Ici la thématique se décline plus particulièrement au travers de ce complexe de vertus que la théologie catholique a porté à son point maximal par la synthèse aristotelo-thomiste des vertus cardinales et des vertus théologales et dont il semble qu’elle se trouve aujourd’hui passablement disjointe pour ne pas dire réduite à l’état fragmentaire. Nous pouvons trouver encore les vertus de prudence et de force mais limitées à des question de stratégie commerciale , de calcul de technocrate voire d' »épicier ». Nous avons la vertu de charité mais qui ne porte pas loin parce que menée par une excitation émotive où l’on confond la bonté avec le fait d’être débonnaire.
    Je termine par ces mots de saint Bernard de Clairvaux : « Sans la grâce rien qui sauve, sans la liberté rien à sauver » ou pour le dire autrement, pas de réelle liberté sans les vertus cardinales et pas de réelle efficacité des vertus théologales sans une réelle consistance, celle précisément de la liberté donnée par les vertus cardinales !.

    img396(b)

  63. Thierry says:

    Si je comprends bien, il y a une logique de l’Etat différente de la perspective individuelle, charité du point de vue de l’individu mais realpolitik au niveau de l’Etat. En gros par ce réalisme politique l’Etat va déclarer tel étranger en situation irrégulière et m’interdira de le loger chez moi et de lui porter assistance.
    ( voir article L. 622-1 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile
    http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006070158&idArticle=LEGIARTI000006335286&dateTexte=&categorieLien=cid

    Que dois-je faire ? m’abstenir de lui porter assistance pour obéir à la loi fût-ce au prix de contourner le devoir d’assistance que vous commande la charité chrétienne ?

  64. Falcophil says:

    Il faut convenir qu’il peut y avoir là quelques problèmes de casuistique, évitons cependant de nous éloigner du sujet par trop de digressions, nous réfléchissons ici à l’archétype humain que chaque société est capable de produire et nous en sommes arrivés au saint, archétype culminant du monde chrétien et que Fidelis a défini comme étant la synergie des vertus naturelles à vocation immanente, les cardinales, et des vertus surnaturelles à vocation transcendante, les théologales….

  65. Thierry says:

    Ce n’est en rien une digression, tu me parles d’archétype assurant la synthèse du ciel et de la terre pour te défiler aussitôt dès que je te pose une question embarrassante sur un cas pratique ! Si tu permets , je m’en vais moi répondre à ta place. La réponse en fait, je crois la deviner :  » Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu « ! Vous vous en remettez à Dieu pour son âme et pour son corps vous vous en remettez à l’Etat, possiblement vous seriez capables de prier pour son âme tout en livrant son corps aux autorités ! Pour la « synergie », on y repassera !

  66. Falcophil says:

    C’est tout de même un peu manichéen et simpliste !

  67. Sophie says:

    Il faudrait poser le problème de manière encore plus générale et plus radicale, faut-il, comme certains politiques proposent de le faire, supprimer l’aide médicale d’Etat, refuser par exemple de soigner le sans-papiers atteint de tuberculose et l’expulser du territoire ?

  68. Mia says:

    Je crois qu’il faut creuser encore plus finement la chose pour poser de façon encore plus subtile certaines questions de « casuistique ». Peut-être qu’après tout Victor Orban a raison de faire construire son mur car il n’y a en soi rien de critiquable à ce qu’un état protège ses frontières et qu’il exerce sa souveraineté sur son territoire en décidant de qui doit y pénétrer ou pas. Orban pose implicitement une question de principe tout a fait légitime et qui peut se résumer en quelques mots: face à la technocratie apatride de l’économie mondialisée, dont les Junker et autres Merkel sont les représentants les plus médiatisés et qui trouvera naturel de remplacer des espagnols par des mauritaniens ou des allemands par des pakistanais, l’Etat peut-il encore exercer ses prérogatives sur son territoire qui, rappelons le, appartient tout de même à la communauté nationale dont il est le représentant et dont il est censé défendre les intérêts ? Seulement voilà, si l’Etat peut avoir ses raisons valables, le coeur aura bien du mal à les reconnaître. La charité chrétienne du hongrois peut-elle se plier à ces raisons alors qu’il lui sera recommandé d’aider le migrant à traverser son pays afin de trouver ailleurs un avenir meilleur, loin de toutes les horreurs ou misères qu’il aura pu connaître ?

    Reconnaissons qu’il y a là un sérieux dilemme auquel ne résistent pas toutes leurs belles paroles sur l’homme unifié.

    Je crains hélas que leur vicomte ne reste pour longtemps « pourfendu » !

  69. Bab-One says:

    sempiternelle opposition entre Antigone et Créon ?

  70. Mia says:

    Si on veut, oui, comme quoi, nous avons d’autres « archétypes » pour nous montrer que les antithèses ne sont pas franchement conciliables ! Même si à vrai dire, du point de vue de la légitimité, l’action de Créon appelle bien des réserves. En l’espèce, le dilemme est encore plus délicat puisqu’il s’agit d’une antinomie entre 2 dimensions, chacune légitime sur son plan . Aspect de la confrontation entre l’universel et le particulier, en poussant un peu plus loin. Si on voulait d’ailleurs pousser jusqu’à la cuistrerie, on pourrait y voir une certaine irréductibilité entre un a priori abstrait commandant l’action, (plan de l’universel) et d’autre part une démarche inductive où l’expérience passe essentiellement par le socio-culturel du local et de sa continuité historique. En d’autres termes, opposition entre l’esprit kantien et la démarche « aristotelo-thomiste » que le blogueur a déjà évoquée en traitant des approches rivales qui peuvent traverser le catholicisme moderne.

    http://falcophil.info/blog/2014/07/24/race-de-cain-race-dabel-ii/

    Toutes vos discussions semblent à première vue assez chaotiques et décousues au sein d’un englobant confus, fait de bric et de broc ( quel rapport entre la question des migrants, un commentaire de l’Hagakuré par Mishima , une peinture du Caravage et un film avec Brad Pitt ?) mais il apparaît néanmoins qu’elles sont traversées d’un même fil conducteur et que la problématique d’ensemble reste tout de même assez cohérente.

  71. Falcophil says:

    Grand merci de t’en apercevoir !

    img404

  72. Mia says:

    De rien ! Il n’en demeure pas moins cependant que je ne suis pas vraiment convaincue par ta démarche d’ensemble. Laisse moi te citer cette belle phrase de Jankelevitch:

     » La vie est au prix d’un choix rétrécissant qui n’enrichit que pour appauvrir « .

    entre « Pascendi » et « lumen fidei », il faut choisir mais quant à les conjoindre…..

  73. Falcophil says:

    En ce cas c’est que tu ne crois ni en la beauté ni en l’intelligence:

    Qu’est-ce en effet que la beauté que cherche l’artiste si ce n’est l’harmonie entre les lignes et les tons opposés ?

    Qu’est ce par ailleurs que l’effort de l’intelligence si ce n’est l’acte d’ « inter legere » c’est à dire de relier des réalités qui en apparence n’ont aucun rapport ?

  74. Mia says:

    Belles paroles! mais uniquement hélas au plan théorique et contemplatif !

  75. Sophie says:

    Il y a un point du moins avec lequel je veux bien être d’accord avec toi, celui concernant les deux dimensions opposées qui font que chacune doit suivre la « vocation » qui lui est propre. En d’autres termes, je ne vois effectivement pas comment on peut être chrétien tout en tenant l’Evangile dans une main et un rapport de la Cour des comptes dans l’autre.. Leur problème est qu’il veulent faire de la charité une question extérieure encadrée par de la statistique et des bilans comptables, alors qu’il s’agit avant tout d’un appel intérieur et d’une réponse tout aussi intérieure. Ils dénaturent d’ailleurs le sens profond du mot « vocation » puisqu’ils le sortent de sa dimension prophétique et biblique pour le réduire à la dimension politique et technique. Ils ont peut-être la nostalgie du prophète parce qu’ils savent au fond d’eux mêmes que pour eux aussi le technicien est devenu l’ « archétype » de notre temps. Peut-on faire de la charité une question politique sans qu’elle devienne du même coup moins charitable et qu’elle en finisse même par perdre l’essentiel de sa substance ? Un chrétien peut-il d’ailleurs inscrire la charité dans un programme électoral élaboré par les uns qui ne songent qu’à exploiter les peurs des autochtones et même aussi par les autres dont les arrières pensées plus ou moins inavouées sont en fait d’exploiter les étrangers comme des ressources naturelles à « gérer » ? Dans le meilleur des cas nous n’aurons que la tête froide qu’il faudra rendre à César, tandis que Dieu réclamera pour lui le coeur « chaud ». César nous parlera des hommes , fils de la nation, propriétaires de leur sol (En vertu de quel droit d’ailleurs ?), mais Dieu parlera du fils de l’homme qui n’est propriétaire d’aucun sol parce qu’il n’a pas d’endroit où poser sa tête. César nous parlera de l’étranger qui menace notre identité, ce à quoi Dieu répondra que lui aussi fut un étranger que nous avons refusé d’accueillir, que lui aussi eut faim et soif et que nous avons refusé de lui donner à manger et à boire.César commandera du fond de son palais, recommandant à tout un chacun de rester bien calfeutré chez lui à regarder le journal de 20 heures, mais Dieu sera le prédicateur itinérant qui nous demandera de tout quitter pour le suivre sur les routes incertaines et poussiéreuses. Entre les deux, en effet, il faut choisir, le prophète ou le technicien, le saint ou le technocrate, le mystique ou le comptable. Obéir à César nous conduit toujours tôt ou tard à ce mal dont saint Paul disait que je le fais alors que je ne le veux pas ou même à ce bien que je ne fais pas alors que je le veux. C’est pour n’avoir pas le courage de faire ce choix qu’ils végètent ainsi, tiraillés entre Dieu et César, dans la situation « pourfendue  » de ce malheureux vicomte.

  76. Mia says:

    tu m’as très mal comprise Sophie, jamais je ne me suis exprimée en termes aussi « manichéens », je parle au contraire d’une légitimité qui peut être envisagée sur 2 plans différents et dont je ne vois pas vraiment comment les concilier. Tu opposes de manière radicale le chrétien et l’Etat au nom du fameux « rendez à César … » ce qui me laisse tout de même assez perplexe car je doute que le Nouveau Testament institue une séparation aussi radicale entre le spirituel et le temporel, si l’Etat était le mal absolu comme tu as l’air de le sous-entendre, on ne voit pas pourquoi Paul aurait en ce cas recommandé le respect envers l’autorité politique ? ****

    **** Ni même d’ailleurs et surtout, ce que signifierait pour Ponce Pilate de s’entendre dire que son autorité vient d’en haut !

  77. Falcophil says:

    Effectivement, elle semble oublier que dans la perspective chrétienne, le temporel et le spirituel ne sont pas séparés mais distincts, nuance importante car si le plan des deux réalités est certes pour chacune de niveau différent, cela ne veut pas dire qu’existe entre les deux plans un fossé infranchissable. Rien n’empêche leur conjonction, un peu comme les vertus cardinales et théologales ont chacune besoin les unes des autres. Sans doute que l’ autorité politique c’est la tête froide, la tête un peu trop froide du technicien et que c’est à nous de lui donner corps par la chaleur du coeur. A cet égard, des interventions sur le terrain telles que celles dont Sophie a pris la responsabilité constituent d’heureuses initiatives. Mais l’ autorité politique, c’est aussi essentiellement , dans son souci premier de l’immanence, les vertus cardinales. . Dans ses meilleurs moments du moins car lorsque l’Etat se sert de la charité comme d’un paravent posé devant ses défaillances, quand sa prétendue générosité n’est là que pour masquer son impuissance , (comme c’est selon moi le cas pour l’ aide médicale d’état) alors effectivement on est en droit de s’inquiéter et le pire est même à craindre. Si Sophie a raison de se méfier d’une charité qui parle de prudence, il y a néanmoins tout autant à se méfier quand l’Etat parle de charité. L’ autorité politique dans sa meilleure assise peut tempérer un certain aveuglement issu de la chaleur du coeur, précisément au travers de ces vertus cardinales qui devraient être les constituants de cette assise. Mais dire que l’Evangile ne peut rencontrer la politique est aussi imbécile et irréaliste que d’envisager une charité sans prudence.

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    Quoiqu’il en soit, comme dirait Fidelis, porter assistance à quelques-uns c’est une question de charité mais en accueillir des milliers devient nécessairement une question politique dès lors qu’il faut se soucier de nos capacités d’accueil et de financements non plus à l’aune de ce que peuvent nos budgets individuels mais de ce que peut le budget d’une nation. Le catéchisme de l’Eglise catholique recommande d’accueillir l’étranger, c’est de la charité, il précise néanmoins « autant que faire se peut », ici commence l’exigence politique, exigence qui ne regarde pas seulement l’urgence mais aussi le possible et le plus lointain.. L’immédiat est la pente naturelle du coeur chaud comme la sécheresse serait celle de la tête froide, le long terme étant cependant l’effort qui la caractérise. Si le coeur chaud est avant tout celui de l’individu, le caractère limité de toute condition individuelle a pour conséquence que la vue de chacun d’entre nous , hélas, ne mène jamais très loin. L’individu est en effet plutôt myope, il ne voit que très mal au delà des situations ponctuelles, sa profondeur de champ est faible, il ne peut faire la netteté que sur 2 ou 3 mètres, au delà commencent les zones floues, sa portée peine à dépasser le cercle de sa sphère locale et des quelques satellites gravitant autour, il lui est fort malaisé de se détacher des sollicitations du moment surtout dans notre monde actuel où les médias font moins appel à sa réflexion qu’à son émotion et où la logique même du mécanisme démocratique n’est pas propice à raisonner sur le lent cheminement du long terme mais plutôt sur le tape à l’oeil immédiat qui sert le court terme des proches échéances électorales. C’est alors que peut utilement intervenir l’ autorité politique, non l’institution dont se servent les politiciens mais l’institution que servent ses techniciens,

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    ceux qui à plus grande échelle, sur des tâches de longue haleine sont capables de voir les conséquences de telles ou telles mesures prises dans la précipitation, ceux qui produisent de ces bilans comptables, de ces états statistiques ou chiffrés qui semblent faire l’objet du mépris de certains mais à partir desquels on peut cependant tirer prospectives et prévision pour des avenirs plus ou moins éloignés en termes tant financiers que socio-culturels ou de sécurité intérieure. Si avec son coeur chaud l’individu est myope ne méprisons pas en ce cas les verres correcteurs qu’apportent les études de la tête froide, le peintre du dimanche ayant quelques rudiments du métier sait fort bien que si c’ est avec les tons chauds que l’on peint les premiers plans, c’est en revanche avec les tons froids que l’on fait apparaître les plans plus lointains..

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    Miniature de Robinet Testard tirée d’un ouvrage sur les quatre vertus cardinales (début XVIème)

  78. Mia says:

    Tu surmontes assez habilement les contradictions mais tu ne fais que raisonner. Quand tu rencontreras une de ces personnes en provenance des zones de guerre et de misère, écoute son histoire en la regardant droit dans les yeux et en t’efforçant de te souvenir des derniers travaux des statisticiens de l’Etat !

  79. Ichthus says:

    Tu crois donc vraiment à l’impartialité objective des services techniques de l’Etat ? Si c’est le cas tu me parais assez naïf. On connaît bien les mensonges et distorsions du réel apportées par un service « technique » comme l’INSEE. La démographe Michèle Tribalat les a dénoncés, notamment dans son livre « Assimilation, la fin d’un modèle » ( Edition du Toucan). Elle cite entre-autres un document fallacieux du ministère de l’intérieur où il est affirmé que la France n’est plus une terre d’immigration. De ces « technicien »s , nous en connaissons tous les deux un spécimen qui nous parle souvent des pressions qu’ils subissent pour falsifier les données. Ne t’emballe donc pas trop ! là encore, on ne saurait trop recommander la vertu cardinale de prudence !

  80. Thierry says:

    Ah! Tu as donc trouvé le type humain des temps modernes ! Le technicien de l’Etat serait donc le dernier lieu où l’esprit chevaleresque aurait trouvé refuge !

    Le fonctionnaire avatar du chevalier !!!!!

  81. Falcophil says:

    En un certain sens, pourquoi pas ?

    L’administration moderne remonte en gros à Louis XIV dont les intendants durent initialement entrer en concurrence avec l’aristocratie locale qui assurait déjà l’encadrement des populations. Les premiers serviteurs de l’Etat ont certainement repris quelque chose des vertus de service et de désintéressement constituant l’idéal de la noblesse d’Ancien Régime.

  82. Thierry says:

    De la noblesse d’épée au fonctionnaire, on est tout de même globalement passé de la vertu de service désintéressé à celle de carriérisme ( N’était -ce pas déjà selon Necker la tare des intendants ?) pour ne pas dire de parasitisme et de souci de la planque ! Les fonctionnaires ne seront jamais qu’une parodie d’aristocratie !

  83. Falcophil says:

    C’est possible, Marx disait que l’histoire donne toujours une seconde version des choses sous forme de parodie. Aujourd’hui, la figure du clown triste semble inspirer d’avantage l’artiste que celle de l’Ecce Homo.

  84. Fidelis says:

    C’est une pièce de Castellucci sur le concept du visage… qui a généré toute cette discussion et on a fort à propos rappelé l’influence de Beckett dont on a pu dire qu’il avait mis les pensées de Pascal dans la bouche de pauvres clowns !

  85. BOF! says:

    L’homme moderne c’est Hamlet tourmenté par son compte en banque (Cioran)

  86. ICHTHUS says:

    Hamlet au XXème c’est Ubu, également inspiré du bourgeois Hebert.

  87. Fidelis says:

    C’est un fait que le saint Vincent de Paul le plus récent n’est plus un prêtre mais un clown !

    http://www.europe1.fr/medias-tele/cette-photo-de-coluche-a-ete-prise-aux-toilettes-2436399

  88. Mimosa says:

    Mieux vaut le clown aidant son semblable que des gens sérieux qui se fichent des nécessiteux, en invoquant hypocritement le prétexte d’une prétendue vertu de prudence !

  89. Falcophil says:

    A des tableaux pâtissant de coups de brosses aussi grossiers, on répond par des oeuvres de facture délicate et de chromatisme raffiné telle cette autre miniature de Robinet Testard et qui résume assez bien certains propos tenus ci-dessus.

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    Illustration d’un traité sur les 4 vertus cardinales (Début XVIème)

  90. Mimosa says:

    Cuistrerie d’esthète !

  91. Sophie says:

    Le problème est qu’il n’ y a pas seulement dans cette image une allégorie des vertus car présentée dans un tel contexte, l’illustration me semble aussi relever de la métaphore politique. Ces tours qui protègent la patrie, n’est ce pas aussi quelque part le mur de M. Orban ? Et ces canons qui symbolisent les vices, n’est-ce pas aussi l’étranger perçu comme un virus ? C’est ton droit de voir ainsi le migrant, mais ne viens plus après cela nous parler de ta religion assise sur une substance trinitaire qui serait substance de relation ! Ta religion n’est plus relation mais forteresse dans laquelle tu te barricades parce que ta préoccupation principale n’est que de te sécuriser dans ta peur de l’autre.

    L’eau a pas mal coulé sous les ponts depuis que tu te défiais ainsi de l’Etat-Nation !

    http://falcophil.info/blog/2009/01/25/extinction-des-feux/

    Maintenant que tu sembles mettre toute ta confiance dans la puissance étatique imposant un contrôle strict aux frontières et chassant les sans papiers de ses terres, on peut se demander ce que tu as fait de l’Eglise comme corps mystique du Christ ! Tu parles des vertus cardinales, support immanent de la charité mais je vois plutôt que la charité, tu veux l’appuyer sur une organisation politique et policière ce qui serait plutôt inconséquent car une telle organisation vise essentiellement des administrés, des numéros et des suspects tandis que la charité ne vise que des personnes.
    Tu sembles oublier que si la personne s’épanouit au sein du corps mystique , elle s’évanouit plutôt au sein du corps étatique. La différence entre l’Eglise et l’Etat est que la première se veut un corps composé de membres tandis que le second ne sera jamais qu’une mécanique dont nous ne sommes que les vis ou les boulons. Les statistiques ne concernent pas des personnes mais des quantités, des grandeurs chiffrées, c’est la 1ere chose que te dirait cet archétype qu’on appelle le saint. Mais on te l’a fait remarquer je crois, cet archétype ne semble plus être le tien, tu me parais lui avoir substitué sa « parodie », celle du technicien, non plus celui qui prépare à la cité céleste mais celui qui ne se soucie que de cité terrestre. Saint Augustin aurait pu te dire que si l’on est une personne au regard de la cité céleste, on n’est déjà plus personne au regard de Babylone.

  92. Falcophil says:

    Je n’ai jamais défendu l’Etat comme mécanique anonyme. Le billet auquel tu renvoies est précisément une critique de cet Etat issu de 1789 qui désormais tend vers une sorte de vaste SARL supervisant autoroutes et réseaux où circulent capitaux, co-contractants, consommateurs et automobiles et dont l’aboutissement le plus délirant et le plus nauséeux se trouve dans cette Europe du déracinement que d’aucuns voudraient ouverte à tout venant. C’est quand il veut ignorer les données historiques et culturelles de son assise que l’Etat s’approche de la mécanique, lorsque son ressortissant devient moins l’aboutissement d’une longue histoire sur une terre que le résultat d’un coup de tampon sur un formulaire. Quand Monet prend un « n » de plus, le patronyme est certes toujours français mais l’individu qui le porte ne l’est plus vraiment, celui-ci ne s’intéressant nullement aux atmosphères particulière d’Ile de France ou de Normandie parce que n’ayant d’yeux que pour les places financières de Londres et de New-York.

    Quant à la pensée politique de saint Augustin, elle me paraît plus complexe que ton alternative rigide entre corps mystique et Babylone. . L’évêque d’ Hippone t’aurait sûrement répondu que Babylone ordonnée vaut toujours mieux que Babylone déliquescente et que puisqu’il existe un état païen doté d’un système administratif qui fonctionne tant bien que mal, il serait absurde de le rejeter au motif qu’il est tout orienté vers la stricte immanence. Après tout, le christianisme lui-même à ses débuts n’a t-il pas heureusement profité de la « pax romana » et de ses infrastructures qui furent un cadre favorable à son expansion? Saint Paul n’en disconviendrait pas. Nous devons certes viser à la cité céleste mais pour l’instant, nous n’en percevons tout au plus que les prémisses et son caractère de « pas encore là » nous oblige à composer avec cette réalité païenne de la cité terrestre

  93. Fidelis says:

    Un bémol tout de même. La cité terrestre ne peut être totalement paienne après 2000 ans de christianisme. Rappelons que cette laïcité dont on nous rebat les oreilles est d’inspiration chrétienne et que ce sont les théologiens de l’ Ecole qui furent les premiers à la théoriser (Remise à l’honneur par l’Aquinate du droit romain, pure technique juridique indépendante de tout précepte religieux et tellement contraire à l’esprit de la charia et du fiqh ). Cet universalisme désincarné, véhiculé par leurs affreux papiers fiduciaires à l’imagerie exsangue, parodie de christianisme, voire idée chrétienne devenue folle, n’est cependant qu’une autre forme de moitié d’homme pourfendu, l’autre partie, n’étant qu’un communautarisme appelé à croître et à s’exacerber car je crains que les migrants de notre naïve Sophie, s’il advient qu’elle leur touche quelques mots de notre « corps mystique », ne lui répondent que par le seul vocable d’ « umma ».

  94. ICHTHUS says:

    Les mahométans parlent d' »Umma » les concernant et parlent de « Dar El Harb » nous concernant. Falcone commence peut-être enfin à le comprendre en semblant revenir de certaines de ses tortueuses niaiseries

    http://falcophil.info/blog/2009/03/22/au-dessus-de-la-melee/

    Sophie n’a quant à elle toujours rien compris.

  95. Sophie says:

    Je crois au contraire que je ne comprends que trop, au point même que je me demande ce qu’il vous reste de votre condition de pèlerin.

  96. Falcophil says:

    Est-on moins pèlerin parce qu’on demande aux pouvoirs publics de sécuriser les routes ? Un moine doit d’ailleurs se sentir plus pèlerin que n’importe qui même s’il ne quitte que rarement son bâtiment du Dauphiné ou de la Sarthe!

  97. Sophie says:

    Je ne comprends que trop à quel point l’eau a vraiment coulé sous les ponts quand je lis ce genre de commentaire manifestement inspiré de Jacques Ellul (Christianisme et anarchie)

    http://falcophil.info/blog/2009/01/25/extinction-des-feux/#comment-2338

  98. Falcophil says:

    Voudrais tu par là me dire qu’on n’a pas le droit, au fil du temps qui passe et des lectures qu’on accumule, de prendre des positions plus nuancées ? Effectivement, aujourd’hui je ne souscris plus tout à fait à ce genre de propos dont le pessimisme dogmatique me semble être inspiré d’approches plus ou moins hérétiques ( Plutôt que pour le protestant Ellul, je me passionnais à l’époque pour Origène dont on sait qu’il frôlait parfois le gnosticisme) et suivant lesquelles, le monde et par voie de conséquence l’univers politique, serait radicalement mauvais, irrécupérable au point qu’il vaudrait mieux s’en détourner pour n’envisager que la pureté de la « cité céleste ».

  99. Sophie says:

    Je repose la question que toi et les autres semblez vouloir esquiver: Sur quoi vous appuyez vous ? C’est un peu ce que demande le prophète Hanani au roi Asa de Juda ( Chroniques II, 16-7) Est-ce sur la force des armées ou sur la parole d’Adonaï ? Est-ce sur la foi ou sur les sukhoï ?

  100. Falcophil says:

    Si « sukhoï » est pris dans un sens métaphorique, n’est-ce pas l’humilité qui doit parfois nous amener à nous appuyer sur le second en ne perdant pas de vue la première ?

    Souviens toi de ce que l’on a dit des mains de kant !

  101. Mimosa says:

    Vraiment curieuse conception de l’humilité que celle qui porte à soutenir le déversement de plusieurs tonnes de bombes dont on sait qu’elles frappent autant les civils que les combattants !
    Kant n’avait pas de mains mais qu’importe les mains sales si l’intention est droite , N’est-ce pas ?
    Mains sales d’un côté, coeur pur de l’autre, tu me fais l’effet d’un très bel exemple de « vicomte pourfendu » !

  102. Thierry says:

    ça me rappelle un peu ce que dit quelque part saint Augustin: « les non-chrétiens persécutent avec cruauté, les chrétiens persécutent également mais à la différence des premiers, ils persécutent avec amour ».

  103. Falcophil says:

    Quelque part mais où ? Dans quel ouvrage ? je serais curieux de connaître la référence précise de cette citation (Si tant est qu’elle soit exactement rapportée voire authentique!)afin d’en étudier avec rigueur le contexte.

  104. Thierry says:

    Je ne sais pas dans quel ouvrage il a dit ça mais il a sûrement dû le dire ou du moins , il aurait pu le dire puisque connaissant un peu sa vie, je sais qu’il a eu recours au bras séculier pour frapper les hérétiques. Ce qui pose la question plus large de savoir comment une foi toute basée sur l’amour du prochain peut pactiser avec les turpitudes du pouvoir séculier. Tu nous dis plus haut qu’il faut concilier coeur chaud et tête froide, il faudrait maintenant nous expliquer comment tu concilies coeur pur et mains sales !

  105. Falcophil says:

    « Il n’est hors de l’homme , rien qui entrant en lui puisse le souiller; mais ce qui sort de l’homme, c’est ce qui le souille ». (Marc 7: 15)

    Si la saleté du coeur entraîne toujours la saleté des mains, en revanche, des mains sales ne présentent pas nécessairement une corrélation avec un coeur sale

  106. Fidelis says:

    Autre déclinaison de vicomte pourfendu !
    On peut d’une part s’intéresser à l’homme aux mains puissantes mais dont le coeur est arraché
    http://www.cinemapassion.com/jaquettesdvd/Robocop–2014–custom.php

    Tout comme on peut vouloir conserver son coeur mais en s’arrachant les mains !

  107. Mimosa says:

    C’est moi et Sophie qui mettons la « main » à la pâte pour aider le nécessiteux et pourtant c’est nous qui n’avons pas de mains.
    C’est encore Moi et sophie qui donnons un coup de « main » pour le réfugié et pourtant c’est toujours nous qui n’avons pas de mains.
    Vous autres avez sans doute des mains, celles qui vous servent à taper sur vos claviers vos prêchi-prêcha dans lesquels vous trouvez de bons prétextes pour ne rien faire.

  108. BOF! says:

    Vous perdez vraiment votre temps en palabres et querelles inutiles. Les grandes vagues migratoires, il ne sert à rien de s’ y opposer par des tours , des fortifications ou des pièces d’artillerie ( Quand bien même il ne s’agirait que de métaphores), pas plus que les romains n’ont pu s’y opposer au tout début de notre ère. Le parallélisme des évènements est d’ailleurs frappant, il y a 2000 ans comme aujourd’hui, les éléments allogènes se sont progressivement infiltrés dans tous les rouages de l’empire, les barbares assumant notamment les tâches militaires parce que les romains de « souche » se détournaient du métier plutôt ingrat de soldat (Un peu comme aujourd’hui africain ou maghrébins assument d’autres tâches ingrates que les européens ne veulent plus faire, la procréation étant l’une d’entre elles et non la moindre !), c’est ainsi que l’Empire s’est progressivement effondré , ou disons plutôt qu’il s’est vidé de sa substance pour évoluer peu à peu vers autre chose, vers le haut moyen âge chrétien; ainsi en ira t-il de nos sociétés européennes, qui du fait de la quantité décroissante d’autochtones et inversement croissante d’apports exogènes issus d’un autre horizon culturel et religieux vont achever de se vider de leur substance judéo-chrétienne, « blanche » et greco-romaine pour se diriger là encore vers autre chose. Enfin, s’agissant du moins de la partie occidentale de l’Europe, la partie orientale étant la seule qui apparemment veuille résister, autre parallélisme frappant avec Rome où l’on note que c’est la moitié occidentale qui s’en est allé en lambeaux, l’autre moitié orientale ayant perduré avec Byzance pour s’effondrer à son tour quelques siècles plus tard.
    Cessez donc de vous agiter puisque les mêmes éléments se décomposent et se recomposent et se re-décomposent éternellement et que vous n’y pouvez rien

  109. Falcophil says:

    Oui, oui, le kaleidoscope qui ne cesse de tourner, ça va on a compris…

  110. BOF ! says:

    Tu cherches un « archétype » ? Je t’en ai trouvé un  :

    – au milieu du cercle sans fin des affirmations et des négations dont on tente inutilement de séparer le vrai du faux, tu verras se tenant immobile, le sage du tao comme le moyeu fixe au cœur de la roue qui tourne,
    – devant le cycle infini des naissances et des renaissances, tu verras Bouddha impassible en position du lotus , les yeux mi-clos, le sourire aux lèvres, un tantinet ironique songeant probablement à la grande farce du monde, un peu comme durant la nuit, un regard apaisé, pourrait s’amuser des petites lumières lointaines à l’horizon ne cessant ça et là de clignoter.
    L’extrême- orient a eu aussi son archétype, le seul que je retienne à la rigueur….

  111. Falcophil says:

    En principe , le Bouddha compatit aux douleurs du monde mais il ne s’en amuse point, c’est pourquoi il retarde son entrée dans le nirvana pour diffuser son enseignement.

    Ta conception de cet archétype me paraît fort dégradée et pour reprendre le terme de Fidelis, relever un tantinet de la parodie !

  112. Ichthus says:

    Ce dont parle BOF ! n’est pas d’un éternel retour ou d’un jugement désabusé type ecclésiaste, mais bien de la progression d’une invasion conquérante, celle de l’Islam (D’abord l’Europe de l’Ouest , ensuite ce sera le tour de la partie orientale qui s’effondrera comme Byzance ! ). On peut s’y résigner mais il est tout de même permis de ne pas partager le défaitisme d’un dégénéré nihiliste de son acabit. ( Du même genre à vrai dire que celui d’un personnage de roman s’accommodant de l’islamisation de son pays pourvu que n’en pâtisse pas son salaire et que la polygamie lui permette de décupler ses sensations sur le matelas !) .

  113. Falcophil says:

    Ce n’est pas vraiment un nihiliste, ( Sinon pourquoi viendrait-il nous lire et nous écrire ses objections ?) c’est plutôt quelqu’un qui pour se faire plaisir se prend non sans présomption pour un Qohelet regardant le sempiternel retour d’Arlequin, de Polichinel et du capitan…

  114. Fidelis says:

    Qohelet moins le surnaturel, moins la dimension mystique, un Qohelet de bas étage, un qohelet qui prend pour de la sagesse ce qui n’est que fatigue et avachissement enfin bref, une parodie de Qohelet…

  115. BOF! says:

    Je veux bien t’accorder que je ne suis moi-même qu’une « parodie » de sage, rien qu’un être un peu plus sensé qui voit sa vie et celle des autres comme un spectacle  « raconté par un idiot ». J’assume tout de même mon idiotie contrairement à vous autres qui vous croyez intelligent…………!.

  116. Fidelis says:

    Bref en toi, l’Occident trouve son archétype, Qohelet récité par un idiot.

  117. ICHTHUS says:

    Finalement, on en vient à cette conclusion qui était un peu celle de mon commentaire à l’occasion d’un précédent billet à l’origine de toute cette discussion :
    http://falcophil.info/blog/2015/01/12/6281/#comment-5038
    et dont je reprends cet extrait:

    « Le héros tu l’as remplacé par l’homme limace de Beckett, par l’homme charogne de Bacon, par l’homme caca de Castellucci versions dérisoires de l’homo économicus qui met l’ordinanthrope à la place du pithécanthrope. »
    J’ajouterai simplement ceci: le Héros, le Prophète, le Saint, le Sage, le Chevalier, le Samouraï, tous ces types humains appartiennent en effet à des mondes disparus. Les musulmans ont encore le « beau modèle » mais ils n’appartiennent pas à notre monde.
    Notre monde n’a besoin ni du Prophète, ni du saint , ni du chevalier, il s’est donné un archétype surpassant tous les autres: le bateleur, le saltimbanque, le jongleur enfin bref, LE CLOWN….

  118. Bab-One says:

    « Star wars » est de nouveau sur les écrans, vu le succès populaire d’une série en bonne partie basée sur le mythe du samouraï et du héros chevaleresque,

    Jedi

    ce genre de remarque est quand même un peu superficiel !

  119. Falcophil says:

    je n’ai vu qu’un seul épisode de cette « épopée » au début des années 80 : « Le retour du Jedi ». Le vague souvenir que j’en garde me donne plutôt l’impression d’un pastiche de samouraï égaré entre Halloween, le magasin de farces et attrapes et le muppet show version plutôt gluante. Je n’ai pas l’impression que l’on soit loin de la clownerie. Enfin, n’ayant pas vu tous les films de la série , je reconnais que là encore la prudence s’impose face aux jugements hâtifs.

  120. Mimosa says:

    Je souligne moi aussi le caractère déplacé des propos d’Ichthus en ces moments où de nouvelles guerres justifiant de nouvelles rapines au Proche-Orient, nous aurions plutôt pour figure « archétypale » celle du croisé, modèle de l’entreprise cupide et criminelle

  121. Fidelis says:

    s’il est a priori permis de trouver excessive l’image du clown comme archétype de notre temps, on a tout de même déjà fait remarquer que cette figure pouvait souvent sous nos latitudes prendre la place du Sauveur
    Parodie certes mais rien d’étonnant à ce que tout puisse à notre époque dégénérer en parodie car cela est inhérent au monde bourgeois qui est le nôtre. Ainsi en va t-il de la figure du croisé chez qui l’on ne voit souvent guère plus qu’un aventurier se servant hypocritement de la religion pour justifier des menées au service d’ambitions terrestres sur fond de razzias criminelles. Des médiévistes peuvent nous rappeler que les croisades relevaient aussi et avant tout du pèlerinage et de l’acte de foi ,que pourrait-on cependant comprendre à ces termes aujourd’hui où l’on ne connaît du voyage que le tourisme et du dépassement de soi que l’excitation ? . Que peut-on comprendre à l’esprit de détachement qui pouvait présider aux croisades lorsqu’on pense avant tout chiffres d’affaires, achats de Noël et que le regard est essentiellement fasciné par les poulardes, le foie gras ainsi que par les scintillements des bimbeloteries et pacotilles de fin d’année ?
    Il n’est de pire méprise en histoire que celle inspirée par l’anachronisme et c’est du pur anachronisme que de plaquer sur le croisé le mental bourgeois de notre époque qui n’agissant que par intérêt, esprit de lucre et d’arnaque est convaincu qu’il devait nécessairement en être de même chez nos aïeux d’ il ya 1000 ans. On parle de croisades à propos des actuelles guerres au Moyen-Orient mais ( n’en déplaise aussi aux musulmans qui emploient également ce terme avec le même manque de rigueur) il n’y a cependant plus de croisé, il n’y a que le technicien du rafale, le second étant au premier ce que le téléthon est à saint Vincent de Paul. Parodie de croisé d’un côté , parodie de charité de l’autre, saint et croisé sont déplacés dans l’univers bourgeois. Certes , parodie veut dire imitation burlesque et on objectera qu’il n’y a rien de burlesque dans un rafale mais ce qui prête à rire c’est précisément ce terme si intempestif de « croisé » aussi peu approprié que d’évoquer la transcendance pour un drone.
    La guerre peut à la rigueur présenter une dimension métaphysique et sacrée chez le djihadiste pour qui elle le rapproche de l’au delà mais pour le pilote de rafale, elle n’est qu’une question d’efficacité technique au service de notre « art de vivre » entendons de nos divertissements, de nos match de foot , de nos shoppings et de nos apéros tranquilles aux terrasses des cafés.
    Le modèle type, nous l’avons dit, est nimbé de sacré, saint, chevalier ou prophète sont situés à la jonction du profane et du sacré.
    Que l’archétype se retire, qu’avons-nous ? l’homme qui n’a plus souci que d’immanence utilitaire, autant dire le bourgeois, A vrai dire le bourgeois est de toute époque, il est ce qui guette l’homme quand le sacré s’efface. Réduire l’humain à de l’efficacité immédiate n’empêche cependant pas que dans cette humanité diminuée il reste un peu de sacré sous forme de quelques vagues aspirations qui rejaillissent le plus souvent sur un mode dérivé et donc d’une manière parodique car dans un contexte absolutisant l’ immanence, le sacré apparaît toujours ridiculement déplacé. Il n’est que de voir combien l’atmosphère de mystère enveloppant les romans de Chrétien de Troye devient grotesque et relève donc d’une parodie quand elle se trouve transposée dans l’univers bourgeois que symbolise le bon sens de l’aubergiste chez qui débarque l’ ingénieux hidalgo.
    Ce que l’ Ancien Testament décrit d’ailleurs déjà très bien dans l’ Exode où l’on voit que lorsque le sacré s’en va au travers de Moïse qui se retire au sommet du Sinaï , son peuple, maintenant privé d’archétype humain parce que sans prophète, se livre alors à cette parodie de Sacré qu’est l’adoration du Veau d’Or.

    Tous les prophètes qui se succéderont par la suite, ne seront que le rappel de cette tentation bourgeoise d’adoration de l’idole, c’est-à-dire de l’objet fabriqué de main humaine. Si les juifs ne cessaient déjà de dévier vers l’esprit du bourgeois, le peuple restait cependant suffisamment sain pour que se dressât en son coeur l’anticorps nécessaire au travers de cet archétype du prophète. L’Etat d’Israël ne serait-il pas du reste cette parodie bourgeoise du Messie annoncée par les Prophètes ? Notre monde est désormais sous l’emprise généralisée du bourgeois, quel anti-corps est-il capable de trouver ? Là serait toute la question de l’archétype… »

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