( janvier 12, 2015 )

SUR LE CONCEPT D’UN VISAGE….

Nos discussions de la fois d’avant se terminaient donc sur l’assertion d’une intervenante concernant ma plausible présence parmi les « fanatiques du Moyen-Âge » qui ont tenté, il y a quelques années, d’interdire une représentation théâtrale.

concetto

J’avoue qu’à l’époque où sont survenus les faits, je n’y ai prêté qu’une très minime attention et que celle-ci a été plutôt attirée par

certains propos curieux émanant de l’auteur de la pièce et reproduits dans un quotidien:

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(Le Monde: 27 octobre 2011)

N’ayant pas vu cette pièce, je ne puis évidemment la juger, je ne peux qu’en soupçonner l’indigence au travers des résumés que j’en lis

(Celui de Mimosa, entre autres !)

et ce que l’auteur nous en dit me paraît beaucoup plus digne d’attention que sa création théâtrale.

je note d’abord son affirmation sur la foi qui serait « … à mille lieux de l’idéologie » ainsi que « … chose purement personnelle et intime… » ce à quoi le philosophe pourrait aussitôt répondre que l’auteur exprime déjà une idée, qu’il y a donc déjà là un embryon d’idéologie, le théologien venant ajouter pour sa part qu’il s’agirait d’une amorce de protestantisme plutôt primaire. Qu’à l’instar de l’autre pour la prose, M. Castellucci fasse de la théologie sans le savoir, est assez dire l’impossibilité pour la foi de se passer d’idées et qu’il lui faut à l’aide du philosophe et du théologien creuser les débuts d’idées qui l’accompagnent en se demandant par exemple si le fait de ne pas dépasser cette conception rudimentaire suivant laquelle elle ne serait qu’intuition personnelle ne risque pas de la faire sombrer dans un état de confusion émotive où le concept du Visage ne serait plus alors que la présence du mirage.
On reproche au catholicisme la rigueur doctrinale du concile de Trente dont on pourrait toutefois se servir pour contrer ceux qui lui reprochent inversement son caractère irrationnel. C’est en effet de cet esprit de rectitude, de cette exigence intellectuelle héritée de la scolastique, aimant les définitions nettes et précises dont fait preuve un néo-thomiste réputé lorsqu’il s’interroge, non sans une certaine ironie, sur l’absence de logique et le caractère plutôt flou d’une concaténation spécieuse et célèbre :

 » l’existence précède l’essence »

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( Etienne Gilson: ¨L ‘être et l’essence », VRIN , page 362)

A quoi d’autre si ce n’est à une dislocation inévitable pourrait mener une existence non incluse dans une essence ? De même, et nous l’avions vu la fois dernière, une foi non orientée et non balisée par les concepts, les définitions générales et « dogmatiques » court-elle toujours le danger de nous réduire chacun à d’évanescentes poussières subjectives flottant au milieu d’un rayon de soleil traversé de quelques vol de mouche. Ramené à ma seule existence personnelle puis-je avoir beaucoup plus de valeur qu’une mouche ? Au nom de quel critère d’ordre plus général pourrais-je répondre par l’affirmative s’il n’y a plus de critère dès lors qu’il n’ y a plus d’essence ? Poser une hiérarchie d’existences , c’est du même coup poser un sommet lequel me semble beaucoup se rapprocher de ce que l’on peut entendre par le terme d' »archétype » lui-même assez voisin de celui d’ « essence ». De la mouche à l’excrément, la distance est faible, le second attire l’autre comme un aimant. Mauriac, je crois, déclarait qu’il valait mieux parler d’excrémentialisme plutôt que d’existentialisme, M. Castellucci nous aide à mieux comprendre pourquoi. En niant le concept du  » Visage » dont j’apprends qu’on le bombarde, le macule et le déchire, le recouvre d’un voile puis d’une phrase disant « Tu n’es pas mon berger », ne reste en effet qu’une solitude parmi d’autres crottes, en cela le propos de l’auteur se tient tout à fait, là où je ne comprends plus c’est quand il prétend faire de la métaphysique, à moins qu’il n’en fasse pour nous dire qu’on ne peut en faire.

A son interlocuteur lui demandant ce que signifie cette histoire où l’on voit un vieil incontinent évacuer ses matières fécales sous la reproduction géante du christ d’Antonello de Messine, il répond qu’il faut passer par cette porte étroite (la merde) pour aller vers une autre dimension. Laquelle ? On ne saurait trop dire puisque l’auteur nous précise ensuite que les excréments que j’évacue symbolisent la perte de ma substance, la fuite de mon soi, par analogie au Christ qui s’est dépouillé de sa substance divine pour intégrer la condition humaine. Passons sur cette erreur théologique a propos du Christ renonçant à sa substance divine, mauvaise approche de la kénose , là encore d’inspiration protestante, et attardons nous plutôt sur ce terme de « substance ». Rappelons que le mot veut dire ce qui se tient sous et peut donc désigner le fond, la fondation, le soubassement. Or si le soubassement présente l’inconsistance d’une matière fécale on voit mal en quoi il pourrait constituer le point d’appui à partir duquel je m’élance et donc représenter la porte s’ouvrant vers une autre dimension, a fortiori quand on nous dit que ce fondement n’est qu’une inconsistance évacuée.

Que peut d’ailleurs signifier cette idée d’une substance évacuée ? Comment pourrait-on assister à la perte de sa substance sans continuer d’être substance ? D’où peut venir le constat d’une prétendue perte de substance si ce n’est de la permanence d’une substance ? Soit il y a substance et alors il n’y a pas de perte mais rien que des avatars extérieurs, soit il n’y a pas de substance et dans ce cas il n’y a rien, ni auteur, ni oeuvre, ni pièce de théâtre parce qu’il n’ y a personne pour parler.

On m’objectera certes que l’auteur n’est pas philosophe parce qu’il est artiste mais le propre du grand artiste est d’exprimer par transposition métaphoriques et formelles des questions philosophiquement pertinentes. M. Castellucci revendique lui-même une puissance de questionnement qui ferait de l’art la vrai religion de notre temps mais force est de constater que cette puissance fait plutôt défaut dans sa parabole scatologique si je retiens que mon excrétion n’est en rien la substance dont je me vide (Il faut bien que je sois encore un contenant pour pouvoir me vider) puisqu’elle n’est que la pauvre chose qui reste une fois que par pétition de principe, je me suis tourné vers l’option par laquelle on soutient qu’il n’y a pas de substance. Cela me rappelle Francis Bacon lorsqu’il déclarait dans une série d’entretiens

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qu’ayant un jour vu un étron de chien sur un trottoir, il s’ était dit « voilà l’homme » et que jamais par la suite , il ne s’était départi de cette magistrale découverte( Page 194 de l’ouvrage précité). On peut dire au demeurant que nihiliste mais semble t-il sur le plan intellectuel beaucoup plus cohérent que M. Castellucci, Francis Bacon est demeuré fidèle à son idée en tant que thuriféraire de la viande putréfiée, apôtre de l’onctuosité cadavérique ne paraissant concevoir d’autre essence que l’existence de l’homme dans sa vomissure, sa défécation, sa masturbation et sa copulation

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Aujourd’hui où la présence de Francis Bacon paraît continuer de hanter beaucoup d’artistes contemporains, on peut légitimement s’interroger sur ce qu’il en est de l’étroitesse de cette porte excrémentielle censée ouvrir sur une autre dimension. Si la notion de « porte étroite » désigne la blessure que doit nous infliger l’art en nous arrachant à nos routines quotidiennes, au choc qu’il nous inflige par son univers qui nous dérange, nous serre, nous oppresse et nous angoisse, condition essentielle pour qu’il satisfasse un tant soit peu nos aspirations vers l’ailleurs, je serais alors assez d’accord avec la formule. Saint Augustin parlait de la difformité du Christ par laquelle il nous faut passer pour retrouver notre véritable forme,

Piergrun
( Crucifixion par Mathias Grünewald et Résurrection par Piero Della Francesca)

A ce stade, en interrogeant la même thématique reprise par certains artistes d’aujour’hui on est en droit de rester perplexe sur la recomposition que serait censées nous apporter les dislocations qu’ils nous proposent.

Dépasse t-on vraiment le plan de l’amputation ?

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(Robert Gober: Untitled)

de la putréfaction cadavérique ?

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de la régression vers l’état ultime ?

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(Damien Hirst : Resurrection)

du clown au lieu et place de l’image salvifique ?

A crucified Ronald McDonald is seen as part of the display entitled "The End of Fun" in the Hermitage Museum in St.Petersburg
(Jake et Dinos Chapman)

de la cataracte d hémoglobine ?

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(Régina José Galindo: performance)

de la charogne porcine ?

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Je suis peut-être borné mais je peine à voir ici autre chose que tautologie de la pourriture et du presque rien. On s’imagine atteindre la profondeur en nous ressassant que l’homme est une charogne en puissance, un futur banquet pour asticots, on en reste en fait à la superficialité car on voit mal en quoi nous sommes menés vers les profondeurs du soi quand on s’en tient aux contingences et accidents du Moi. C’est peut-être aussi me dira t-on que certains des artistes précités ne prétendent à aucune profondeur, leur démarche n’étant qu’un constat de déliquescence, je les oppose alors à M. Castellucci qui prétend, lui, faire de la métaphysique avec de la merde, Bacon, répétons-le avait du moins la cohérence d’opposer un non catégorique quand on lui parlait de métaphysique.

Rappelons que l’Evangile n’a pas esquivé la délicate question des fonctions fécales, il en parle quelque part en évoquant ce que j’absorbe et rejette et qui ne fait que traverser ma personne. Mais parler de la substance dont on se vide, n’évoque rien de ce qui traverse la personne mais plutôt l’écoulement qui emporte toute ma personne. Parler de décomposition n’est en rien nous parler de profondeur, il ne saurait y avoir de profondeur puisqu’il n’y a pas de fond. Faute de trouver précisément ce qui pourrait s’apparenter à un fond, on cherche alors une consolation par tout ce qui peut titiller le nerf optique ainsi qu’exciter la sensibilité.

JD Chapman

Quand on perd la profondeur, on cherche l’excitant. Trouve t-on plus de profondeur dans « Une charogne » de Baudelaire que dans « Sagesse » de Verlaine ? Je ne suis pas sûr, je suis même certain du contraire. Le squelette, l’excrément ou la charogne deviennent à cet égard des images un peu trop faciles. Encore le poème de Baudelaire est-il sauvé par la subtilité de sa chute évoquant la résurrection du corps par l’ « essence divine » qu’apporte la fonction poétique. Mais la plupart du temps, faute de pouvoir penser profondément la mort, on s’en tient aux divertissement de ses masques grimaçant et nous avons ainsi Halloween. Evoquer la mort par sa parodie au moyen de la singerie carnavalesque revient surtout à refuser de la regarder en face en préférant se griser dans la mascarade et la foire. La meilleure façon d’oublier une chose est finalement de la conserver sous nos yeux par la caricature. La surface agitée par le déchaînement des vagues reste malgré tout la surface et c’est sans doute la peur de toucher le calme du fond qui nous fait préférer l’instabilité de la face apparente. On s’en tient donc à la pseudo profondeur de l’ébranlement faute d’avoir trouvé une définition correcte de la substance ou du moins la juste correspondance iconographique pouvant la désigner.

Si le choix de l’ébranlement peut se parer de la vertu de vaillance, il pourrait s’agir davantage d’une certaine fatigue de pensée voire d’une certaine paresse par un choix de non-pensée. Il est plus facile d’être écoeuré que de penser. S’efforcer de saisir derrière le sensible cette pérennité que l’on désigne par le mot « Être », invite à voir le coeur de la matière non avec la yeux du corps mais avec les yeux de la pensée en comprenant que l’apparence n’offre pas que du sensible mais aussi de l’intelligible. Proposition irrecevable quand le tressaillement de l’émotion empêche de franchir le mur du sensible. Montrer un crâne grouillant d’asticots ou répandre une odeur fécale dans une salle de théâtre n’est pas sans relever d’une tromperie intellectuelle puisque l’on vous donne l’illusion de penser profondément en ne vous donnant que la nausée qui vous empêche de penser sereinement. Du moins pourrait-on aller jusqu’au bout de la démarche en se disant comme Antonin Artaud que « là où ça sent la merde, ça sent l’être ». Mais nous n’aurons le plus souvent qu’un soulèvement de coeur , cela nous suffira pour nous persuader que nous sommes dans la profondeur et c’est ainsi que nous nous contenterons du médiocre nihilisme d’un Cioran ou de cette non moins médiocre vanité des frères Chapman.

JD Chapman

On répondra que cette option pour la non substance est du moins l’expression de ma liberté car une plus grande exigence de liberté porte spontanément à préférer le liquide au solide, l’éphémère au durable, l’écoulement à la retenue, l’informe au formel. A ces notions de liquide, d’écoulement, d’éphémère ,d’informe, pourraient venir s’ajouter celle de dispersion, de chaos, de contingence, de grouillement, de papillotement et de hasard, tel serait alors le sens d’une théologie de la merde dressée contre les notions de substance, de causalité, d’harmonie et d’unité. Que l’on songe simplement combien la liberté de vouloir outrepasser les frontières inhérentes à la délimitation formelle nous fait basculer dans la dis-jonction, la dislocation, la matière désagrégée dont la matière fécale peut du coup devenir la métaphore. C’est d’ailleurs une chose frappante que de voir une modernité subjuguée par la technique invitant a toujours dépasser les limites, être par ailleurs tout autant obsédée par la désagrégation et l’informe. Pollock expliquait sa démarche à base d’éjaculations frénétiques sans application du pinceau sur la toile , dans un souci de peindre toujours plus vite,

Pol

par l’influence d’un contexte de supersoniques et de fusées repoussant toujours plus loin les frontières de la célérité.

ailleurs et plus récemment nous trouverons un très bon exemple d’intéressante alliance entre scatologie et minutie technique poussée à l’extrême


Wim Delvoye, machine à faire de la merde

Et ailleurs encore tel romancier à succès narrant des histoires où l’on est emporté par des quêtes exacerbées de jouissance sexuelle ( le tout accompagné d’une fascination certaine pour la technique des manipulations génétiques) nous décrit avec une évidente délectation le processus de la décomposition corporelle.

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( Michel Houellebecq: Les particules élémentaires)

Certes, il est non moins frappant que cette rigidité doctrinale de l’Eglise de Trente marque aussi le départ de l’art baroque. Il fut dit la dernière fois que l’Eglise catholique avait toujours su concilier plus ou moins les contraires. En cela résiderait d’ailleurs comme l’a noté Gustave Thibon, ( « Ce que Dieu a uni » Fayard , page 31), une certaine pérennité de son classicisme alors que la vitalité de celui-ci est toujours précaire et de durée éphémère, que ce soit dans l’Athènes de Périclès ou dans la France de Louis XIV. Il n’en demeure pas moins que le baroque, expression prométhéenne et dionysiaque de l’instable et du mouvant , vient sans doute de beaucoup plus loin que de simples velléités de propagande pastorale car ses forces, poussées jusqu’au bout ,ne sont pas sans évoquer tout autant le travail de la pourriture et du dégoulinement de lave.

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( Abbaye de Weltenbourg)

On sait que la soif de possession animant Prométhée le porte au bec fouillant ses viscères. Il existe un lien très fort entre Eros et Prométhée, tous deux n’admettant pas que le monde ne puisse épouser le désir d’infini, de l’amour comme de la connaissance, sont alors contraints tôt ou tard de faire éclater la forme, de la dissoudre et de la pulvériser. Les 120 journées de Sodome suffiraient à elles seules pour nous faire comprendre à quel point le désir effréné de jouissance et de possession porte au scatologique ainsi qu’à l’éventrement.

On a soutenu à l’époque que la pièce n’était en rien sacrilège, l’auteur certifiant que d’aucuns ont même pu y voir un chant d’amour pour le Christ. Ne l’ayant pas vu, je ne puis dire mais je pense pouvoir affirmer qu’il y a en effet risque très fort de sacrilège dès lors que l’on prétend faire de la foi sa chose personnelle. Si la foi nous fait en effet pénétrer dans le domaine du sacré, elle ne peut relever de ma chose puisque le sacré relève de ce qui m’échappe et fixe précisément une limite dont la fonction est de nous décentrer d’un ego qui toujours veut tendre à désigner les choses comme étant les objets dont pourrait disposer sa volonté d’appropriation personnelle.

J’ai peut-être parlé dans le vide ayant parlé d’une oeuvre que je n’ai pas vu mais il ne me semble pas que cette lacune soit vraiment fâcheuse. On sait que l’avantage de certaines oeuvres contemporaines dîtes « minimalistes » est de donner prise à d’intéressants commentaires dans la mesure inverse où elles ne présentent intrinsèquement que peu d’intérêt. Est-il vraiment intéressant de parler d’une cathédrale gothique ? Je dirais que non. Est -il intéressant de parler de l’urinoir de Duchamp ? Je dirais que oui. Une oeuvre grandiose fait plutôt ressortir la futilité des mots, ce qui est frustrant pour celui qui les aime. Ce peut-être aussi une démarche du plus grand intérêt que de redonner leur puissance aux mots par la pauvreté d’ oeuvres qu’il n’est pas même nécessaire d’avoir vu pour en parler. Peu importe que l’urinoir de Duchamp n’existe plus, il a existé, c’est l’essentiel , peu importe pareillement que « le concept du visage » soit une oeuvre plutôt pauvre, elle suscite le débat, c’est encore là l’essentiel ou du moins ce qui la sauve..

90 Comments to “SUR LE CONCEPT D’UN VISAGE….” »

  1. Mimosa says:

    Je ne vois pas en effet l’intérêt de pondre un texte aussi long pour parler d’une pièce de théâtre qu’on n’a pas vue. J’ai vu la pièce, je l’ai trouvée belle, j’ai vu aussi les intégristes, je les ai trouvés laids.

    Au fond c’est quoi qui te choque ? un vieil incontinent éjecte ses matières fécales ? Et alors ? patiemment, le fils lave son père souillé ? Et alors ? D’abord les oublis du père font rire le fils, et puis, comme l’incontinence du père continue, le fils passe peu à peu au désespoir. Il finit par disparaître derrière le portrait du Christ tandis que le père se met à répandre des excréments sur le sol et que des enfants lancent des grenades sur la sainte face. Et alors ? On ne peut pas nier que le drame n’est que trop vrai, beaucoup l’ont vécu au travers de parents malades et la performance offre de saisissants contrastes entre le sordide de la scène et le gigantesque portait du Christ impassible et lisse et qui regarde ailleurs..

    Je crois qu’on n’a jamais mis en scène de manière aussi simple et aussi efficace le problème de Dieu qui se tait face à la réalité du mal. Ce problème sur lequel toutes les religions se cassent la gueule et qui à lui seul démontre à quel point elles sont fausses.

  2. Falcophil says:

    La question du mal et de l’apparent silence de Dieu, le livre de Job la pose de manière autrement plus délicate et plus profonde. Fort heureusement nul n’aurait permis à son auteur de répandre des excréments autour du chandelier à 7 branches.
    Je ne suis pas un partisan des gens de Civitas mais un peu de censure est-ce finalement si nocif à la création artistique ? Au hasard d’une lecture , je tombe sur ces quelques mots qui arrivent à point en ces temps où l’on parle beaucoup de liberté d’expression.

    nnnnjjj

  3. Sophie says:

    Je trouve paradoxal de commencer ton texte en disant que tu ne peux juger une pièce que tu n’as pas vue pour dire en conclusion qu’elle est nulle. Ce qui est encore plus gênant c’est que tu sembles pousser ta conclusion jusqu’à une réhabilitation de la censure. la référence à Goethe n’est pas du meilleur aloi, sachant qu’il s’agissait d’un conservateur obséquieux qui courbait l’échine devant Napoléon ( ailleurs, dans ces mêmes conversations avec Eckermann, il applaudit quand il apprend l’incarcération de Béranger à cause de ses chansons anarchisantes !).
    Leo strauss avait soutenu cette thèse que la censure est une chance pour l’artiste parce qu’elle lui donne l’occasion de redoubler de subtilités pour la contourner.
    Je suis tout de même très sceptique. On pourra dire tout ce qu’on veut, rien ne vaut la liberté d’expression !

  4. Fidelis says:

    Véronèse travaillait dans un contexte de forte présence d’une inquisition avec laquelle il avait d’ailleurs eu quelques problèmes. Il ne m’apparaît cependant pas que son oeuvre ait pu en pâtir alors que maintes oeuvres contemporaines souffriraient plutôt de l’extrême liberté laissée à leurs auteurs.

    nnnnnnnn

    A l’inquisiteur qui l’interrogeait sur l’un de ses tableaux qu’il trouvait peu orthodoxe, l’artiste devait répondre:
     » Noi pittori pigliamo licenzia che si pigliano i matti »

    « Nous autres peintes prenons les mêmes licences que prennent les fous ».

    A quels débordements l’aurait porté sa propension à la « licence » s’il n’y avait eu la menace toujours latente de l’inquisiteur ?

    L’artiste eut-il été totalement libre de peindre ce qu’il voulait comme il le voulait, qu’ il se serait peut-être laissé aller à des extravagances toujours plus outrées, multipliant par exemple les agréments frivoles et garnitures futiles que lui reprochait déjà le tribunal inquisitorial et qui possiblement auraient fini par gâter sa production.
    Il conviendrait pour l’artiste d’intérioriser la voix de l’inquisiteur qui demandait à Véronèse:

     » Est-ce que les ornements que vous introduisez dans les tableaux ne doivent pas être en convenance avec le sujet ou bien sont-ils laissés à votre fantaisie sans retenue ni raison ? »

  5. Mimosa says:

    Autrement dit, vive l’inquisition ! vive la censure ! De vous autres on n’attendait pas moins !

  6. Falcophil says:

    Je ne suis pas sûr que tu aies compris ce qu’il a écrit. Lis un peu plus attentivement au lieu de prendre la mouche !

  7. Fidelis says:

    Il est en effet intéressant d’étudier de plus près la minute du procès que l’ inquisition fit à Véronèse ainsi d’ailleurs que le tableau qui en était la cause car les questions de l’inquisiteur et les réponse du peintre sont une bonne illustration du compromis que doit trouver l’artiste entre la contrainte d’une part et les débordements (et dérapages) de son imagination par ailleurs.

  8. Falcophil says:

    C’est en ce sens que Goethe parle plus haut d’une contrainte excitant l’intelligence, ce à quoi pourrait faire écho un axiome prêté à Baudelaire et que j’ai entendu il y a quelque-temps :

     » Plus forte est la contrainte, plus intense l’idée peut jaillir « 

  9. Ichthus says:

    C’est sans doute parce que certains sont incapables de se contraindre que leurs idées sont si médiocres et leurs productions si mauvaises….

    http://www.google.fr/imgres?imgurl=http%3A%2F%2Fstatic.directmatin.fr%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2Fstyles%2Flarge%2Fpublic%2Fune_charlie_catho_0.jpg&imgrefurl=http%3A%2F%2Fwww.directmatin.fr%2Ffrance%2F2012-11-06%2Fcharlie-hebdo-nouvelle-polemique-en-vue-210059&h=480&w=320&tbnid=9wVa3dmoePENgM%3A&zoom=1&docid=YBXzqWPZDK39yM&itg=1&ei=wH2-VK2FHIvaatSYgrAB&tbm=isch&iact=rc&uact=3&dur=922&page=1&start=0&ndsp=28&ved=0CDcQrQMwBw

  10. Fidelis says:

    L’absence de contrainte résulterait effectivement ici du fait que l’on a négligé de s’informer sérieusement de ce dont on traite. Ignorance crasse du dessinateur ( confondre le Saint-Esprit avec un symbole franc-maçonnique!) jointe à son évidente paresse intellectuelle (Je doute qu’il ait lu la moindre ligne de Saint Augustin ou de tout autre théologien sur la question) d’où cette facilité de la blague pour paroi de WC, un peu du même genre qui consiste à dessiner un prophète avec une tête en forme de phallus, le turban faisant office de testicules.
    C’est le même Romeo Castellucci qui dans le dernier numéro de Télérama déclare que « seule la liberté nous rend humain ». Mais le chien s’oubliant partout est-il réellement libre ?
    Et l’homme crachant sur tout est-il de beaucoup plus humain que la bête pissant partout ?
    . Je ne prétends interdire à personne de rire des autres mais ici la contrainte résulterait dans le fait de se moquer tout en ne blessant pas. C’est la difficulté de l’exercice qui pourrait donner lieu à de l’humour certainement plus subtile que celui d’un minable hebdomadaire.
    Respectons la minute de silence pour les morts, poursuivons les tueurs et détruisons les si nécessaire mais de grâce abstenons nous d’encourager les insanités des survivants !!!!!.

  11. Falcophil says:

    Je retrouve dans mes archives ce dessin plutôt ancien dont l’auteur m’est inconnu mais qui me semble bien plus porteur de cette exigence de subtilité que certains caricaturistes défrayant la chronique…

    img371

  12. Fidelis says:

    Comme quoi on peut brocarder les extrémistes de l’Islam sans besoin pour autant de dire que le Coran c’est de la m….

  13. Bab-One says:

    c’est en effet un mot qu’ils ont un peu trop souvent sur les lèvres. Le pipi-caca est le thème de prédilection de ceux qui ont l’humour (Et aussi la métaphore!) un peu trop facile. Ce qui m’interpelle c’est justement cette propension scatologique caractérisant bien des caricaturistes.

    Dans quelle mesure faudrait-il la mettre en rapport avec la même tendance dont parle le billet à propos de l’art contemporain ?

    Entre Charlie-Hebdo et la pièce de Castellucci je vois entre autre cette analogie qu’on aime à se baigner dans un lac de merde.

    chp
    Maurice et Patapon par Charb

    Je ne m’explique cependant pas la chose….

    Une recherche « ciblée » sur Internet nous donne déjà quelques éléments….!!!!!!!!!!!!!.

    http://ahrf.revues.org/11669

  14. Fidelis says:

    C’est déjà l’émergence de la caricature qui pose question! Le fait est que si depuis Juvénal la satire a toujours occupé une place importante dans la vie culturelle, la caricature fut quant à elle pendant longtemps plutôt marginale. Gargouilles ou grotesques, pratiquée à titre de diversion comme celles de Leonard de Vinci ou d’ Annibal Carrache, un Adrian Brouwer ira ensuite la traquer dans la déchéance des tavernes comme plus tard un Messershcmitt la cultivera en une quête obsédée de la grimace jusqu’à ce qu’elle s’impose comme genre à part entière au XIXème siècle.
    Aujourd’hui, pas un journal qui n’ait son caricaturiste, des artistes en font même leur spécialité.
    Elle semble bien relever avant tout d’un phénomène des temps modernes et plus particulièrement propre à notre époque.

  15. Bab-One says:

    mais ça n’explique pas le scato.

  16. Falcophil says:

    Un 1er embryon de réponse à ta question se trouve peut-être dans un billet que j’ai rédigé il y a quelques années.

    http://falcophil.info/blog/2010/05/13/sur-le-rire-et-sur-le-reste/

  17. Bab-One says:

    C’est quand même un peu tortueux !

  18. Mimosa says:

    C’est même très, très tortueux alors que l’explication est plutôt simple. Il me paraît évident que le XIXème siècle avec le triomphe de la liberté de la presse et de la liberté d’expression en général., ne pouvait que favoriser la caricature politique comme nouvelle forme d’expression. Autrefois où l’Eglise et la monarchie régentaient la société, il ne faisait pas bon de se moquer des gens de la haute ou alors c’était la prison. Les autorités religieuses, catholiques comme musulmanes n’aiment pas le rire parce qu’elle savent que pour le rire , il n’est rien de sacré. C’est la liberté d’expression qui en extrayant l’homme du joug de la théocratie a pu donner au rire toute l’ampleur de sa puissance. C’est ainsi qu’on triomphé sous la république les grandes revues de satire politique comme l’assiette au beurre ou le charivari puis tous les dessinateurs satiriques qui leur ont succédé. Le rire vous ne savez pas vraiment ce que c’est parce que vous préférez vous ^prendre la tête avec des croyances tristes que vous enrobez de prises de tête d’intello pour ne pas regarder bien en face la stupidité des dogmes auxquels vous croyez.

  19. Fidelis says:

    Il serait ridicule de soutenir que le rire soit une invention de la modernité, on a toujours ri. « Charivari », le mot n’est pas né sous la république puisqu’il désigne les grands défoulements populaires de Moyen-Âge. La satire également a toujours existé, j’ai rappelé Juvénal mais il faudrait aussi passer par l’irrévérence des fabliaux médiévaux dont Rabelais a été l’ héritier. Rappelons d’ailleurs que les caricaturistes du XIXème ne jouissent pas tant que ça de la liberté d’expression. Les Daumier et autres Philipon écopent de plusieurs mois de prison quand ils caricaturent louis XVIII ou Louis-Philippe.

    Philipon

    Le principe veut que le Roi soit encore sacré mais on n’y croit plus vraiment, on est devenu trop bourgeois pour croire encore au sacré. Même le roi ne croit plus en sa dimension sacrée puisqu’il tend lui-même à devenir un bourgeois. Il y a en fait un besoin de désacralisation des élites qui précède l’envie d’avoir toujours plus de liberté d’expression. Les élites n’ont plus rien de sacré, la fine fleurs de l’élite ce n’est plus les hommes d’église ou l’aristocratie guerrière, ce sont désormais les industriels et les hommes d’affaires. Ils ont sans doute le pouvoir mais leurs principes sont trop terre à terre pour qu’ils inspirent le respect.
    Le triomphe de l’art caricatural cache donc quelque chose de réellement nouveau. Et aussi de paradoxal car si le caricaturiste vise avant tout le bourgeois, il est lui-même d’essence bourgeoise puisqu’il participe lui aussi du grand mouvement de profanation lié à l’esprit bourgeois.

  20. Bab-One says:

    Mais ça n’explique toujours pas le scato

  21. Fidelis says:

    Que Bacon qui faisait lui aussi dans la caricature soit devenu la star absolue de la peinture est également hautement significatif ! Curieux paradoxe que l’ homme de la modernité, si imbu de sa puissance et pourtant si méprisant à l’égard de lui-même !

  22. Clash says:

    Mais ça te vient donc pas à l’idée, crétin, qu’il tient un discours sûrement plus porteur que toutes tes conneries sur les miracles et la résurrection !!! Le langage de la lucidité tout simplement. Oui, en effet dans toute la création je n’ai pas plus d’importance qu’une merde. ma seule supériorité est qu’une merde ne sait pas qu’elle est une merde et que moi je le sais et que je peux en parler et que je me console en l’écrivant, voilà tout. Et voilà aussi ce qui m’ apaise, cette idée que je n’ai pas plus d’importance qu’une merde, que je suis chié sur un trottoir d’où je suis après évacué, et puis voilà. Tu crois donc quoi pauvre mec ?, ., qu’il restera de toi beaucoup plus qu’une merde de chien sur un trottoir ? Tu seras comme toutes les autres merdes de chien qui sont balayées par l’émigré du Maghreb ou du Mali que tu te crois pourtant en droit de mépriser, sale con.. et pareillement de tous les étrons que produisent vos diarrhées d’intello. Vous êtes fiers de tous les mots inutiles que vous dégorgez mais passe le ramasse merdes et tout est terminé..a nouveau le trottoir est nickel.Et on n’aura pas plus de souvenir de ta personne que tu en as toi-même de ta première crotte, espèce de minable….

  23. Fidelis says:

    Vous devriez mettre votre syntaxe au service de Charlie-Hebdo, esthétiquement et philosophiquement, vous êtes de la même école.

  24. Falcophil says:

    En tout cas, je pense qu’il répond mieux que nous autres à Bab-One s’interrogeant sur la question des corrélations entre caricature, art contemporain et scatologie

  25. Bab-One says:

    La réponse doit se trouver dans des explications psychologiques qui dépassent nos compétences, le fait est que ça ne répond pas clairement à ma question.

  26. Falcophil says:

    Pour essayer de répondre à l’insistance de ta question que je comprends fort bien car moi aussi la chose m’intrigue, de l’article auquel j’ai fait référence

    http://falcophil.info/blog/2010/05/13/sur-le-rire-et-sur-le-reste/

    et des remarques de Fidelis (Ainsi que de l’intervention de Monsieur Clash), je pense que l’explication que l’on peut (parmi quelques autres) donner, repose en effet sur le recul du sacré et l’extension du profane. Etymologiquement, le profane relève de ce qui existe hors du temple.Au sein du temple se trouve ce qui ne bouge pas, ce qui demeure inaltérable. En dehors du temple se trouve l’agitation du quotidien, de la vie des affaires, les fluctuations au jour le jour, des prix, des événements, des sentiments, tout ce qui a trait à l’homme dans sa dimension temporelle. Cette dimension n’a rien à faire au coeur du temple où réside l’intemporel . C’est pourquoi Jésus chasse les marchands du temple. Parce que cette activité des affaires intimement liée au temps dont on sait qu’il coïncide avec l’argent, n’a rien à faire dans le temple qui est un temps hors du temps. Dans le temple on ne mange pas, ou quand on mange, ce n’est pas pour nourrir le corps mais pour régénérer l’esprit. On obéit aux exigences du corps quand on sort du temple pour revenir dans le temps.L’extension du profane, la croissance de sa prééminence marque la progressive hégémonie de l’homme dans le temps. ,

    J’achève à l’instant cet ouvrage

    jjjjj

    où je lis que la différence entre l’homme de la tradition et l’homme moderne réside dans une différence de rapport au temps. L’homme d’autrefois a peur de se perdre dans le temps, il perçoit l’histoire comme le lieu de l insignifiance parce que lieu de l’écoulement temporel qui ne mène à rien , si ce n’est à la déchéance ou au déroulement du quelconque et du dérisoire.. Seul compte le retour cyclique qui place hors du temps parce qu’il ramène l’archétype au travers de la célébration d’un événement exemplaire. Pour l’homme moderne, il n’ y a pas d’événements qui reviennent, il n’ y a que des événements particuliers dont la plupart sont sans importance et vite oubliés et quelques uns traumatisants, des uns et des autres, on ne souhaite pas le retour, on veut des événements nouveaux pour ne pas trop s’ennuyer. On peut à la rigueur commémorer un événement mais rien ne revient jamais, contre l’archétype, l’homme moderne impose le « Panta Rhei ». L’homme moderne rejette le sacré parce qu’il s’est englouti dans le temps. Il tient l ‘archétype et l’essence pour des abstractions sans intérêt car seul compte ce qu’amène l’écoulement du temps, non pas dans son retour cyclique mais dans son déversement qui charrie chaque fois une chose nouvelle fût-elle la chose la plus médiocre, peu importe. Pour l’homme d’aujourd’hui, seule compte l’existence de ce qui apparaît à l’instant, occupe quelques heures le devant de la scène pour disparaître et se trouver remplacée par ce qui suit. L’homme moderne qui n’a rien lu de Hegel ramènerait pourtant Hegel à son expression la plus minime, la lecture du journal (Sur le papier ou sur la toile) faisant office de prière matinale. L’homme moderne taxera de névrose l’homme de jadis et sa fuite hors du temps mais l’homme de jadis aurait dit que l’homme d’aujourd’hui n’est que la sacralisation de l’inconsistance parce qu ‘il exprime sa pleine insertion dans le temps.

  27. Bab-One says:

    Je ne vois pas le rapport avec la caricature encore moins avec la scatologie mais enfin…..

  28. Falcophil says:

    Sur le plan de l’histoire de l’art, le baroque marque le passage vers l’homme qui pleinement s’insère dans le temps. Dans l’esprit du classicisme,

    ant
    Antonello de Messine

    La bouche muette, les lèvres fermées, semblent retenir quelque chose. Quoi ? on ne sait, sauf que cela « est » mais que cela tend alors à s’échapper

    van
    Van Dyck

    à peine la bouche s’est ouverte pour esquisser le début d’un rire.

    La pérennité ferme les lèvres du premier portrait, l’instable et le mouvant les fait s’entrouvrir dans le deuxième.

    A l’article de l’encyclopédie Universalis consacré à la caricature, je lis cette remarque intéressante nous disant que l’activité du caricaturiste cherche à saisir l’homme dans le temps contrairement au portrait traditionnel qui veut préserver le modèle des ravages du temps. La caricature est en fait une manière de pleinement s’insérer dans le temps, d’anticiper le temps. Notre vieillesse n’est que notre caricature parce qu’elle n’est que le travail de sape opéré par le temps. Par la caricature, je ne veux plus fixer l’éternité sur un visage mais accélérer les injures d’une chronologie qui avachie la peau, ramollie les traits, rend flasques les joues, allonge ou rapetisse le nez, exagère et amplifie chacun de mes défauts, chacune de mes caractéristiques, ratatine ce qui est un peu petit, grossit ce qui est un peu fort

    Bradpitt

    Les caricatures de Leonard de Vinci sont plus que de simples passades, elles amorcent le nouvel état de l’humain qui de l’éternité tombe dans le temps, elles sont un échos à cette nouvelle sensibilité qui au travers d’un Giorgione commence à poindre au sein de la fluide et aquatique Venise nouvelle matrice des futures évolutions artistiques et que Leonard de Vinci, toujours lui, pressentait par sa passion pour les tourbillons et l’eau fuyante. Ce n’est donc pas un hasard si la caricature se développe avec le baroque, d’abord au travers de Tiepolo, elle s’impose avec les héritiers du baroque, William Hogarth d’abord puis les expressionismes d’un Goya ou d’un Daumier. Par les débuts de la caricature l’homme commence à chuter dans le temps, par son triomphe il s’y installe, le triomphe de la caricature est d’ailleurs contemporain de l »impressionnisme, autre manière de s’insérer dans le temps. Que le représentant le plus éminent de l’impressionnisme, Claude Monet fut à ses débuts un caricaturiste, là encore ce n’est pas un hasard. L’homme installé dans le temps délaisse la pérennité pour l’obsession de l’instable et de l’éphémère où la ligne se relâche, ondule, devient hésitante, étire la forme, la rend molle et la tuméfie.
    L ‘acte de profanation du sacré est aussi l’acte par lequel une forme se liquéfie, l’homme retiré du sacré renvoie à l’homme retiré d’une essence, livré à la seule autonomie d’une existence, il ne lui reste plus beaucoup d’autre chose à faire que d’enregistrer le mouvement par lequel la forme chancelle dans l’écoulement du temps et vacille dans la déliquescence.

    Rebeyr
    Paul Reyberolle

    On comprendra que dans une telle optique, l’étron rencontré par Francis Bacon,( effectivement caricaturiste à sa manière, tout comme Picasso en était un lui aussi, son dernier autoportrait avec ses grands yeux ouverts sur le néant, n’étant qu’un triomphe de plus de la caricature.)

    jjjjjjj

    on, comprend dis-je, que ne soit plus très loin l’étron rencontré par Francis bacon et qui fut un peu comme son chemin de Damas.

    img373
    (David Sylvester: Entretiens avec Francis Bacon)

    Inévitablement l’homme rencontre ainsi l’excrément (l’intervention de Clash ne tend que trop à le démontrer). Sur ce point, Castellucci voit juste, cette philosophie du rejet ontique de par son postulat de non substance ne peut que recevoir pour métaphore la matière fécale qui renvoie au rien que l’homme profane pense désormais percevoir au coeur de son être. Si Chronos est à tort associé à Cronos, il n’en est pas moins lui aussi un dieu qui dévore et qui donc doit forcément excréter. Ce rien n’est que du temps qui pompe et déverse, le temps d’un moi pris dans l’écoulement, la fuite et les flots, le goutte- goutte des secondes et le dégorgement des jours et des mois, toute chose dont les analogies avec l’ excrétion et sa coulure ne sont que trop évidente pour celui qui poussera jusqu’à sa plus extrême logique cette vision des choses.

  29. Bab-One says:

    Il me semble que tout ça relève d’une manière plus générale d’un attrait pour la laideur. Le monstre, l’horreur, la caricature, l’avilissement et la scatologie n’en sont que les déclinaisons. C’est ce goût morbide pour le laid que tu n’approfondis pas suffisamment.

  30. Fidelis says:

    je trouve qu’il l’explique bien au contraire. La laideur fascine parce qu’elle excite les nerfs, parce qu’elle titille la rétine, qu’elle donne le frisson, toute chose que l’on pourrait résumer par le terme de sensation.
    Se conjuguant avec le corporel, la sensation est ce qui reste quand est oubliée la dimension de l’être, là où perdure la substance intérieure de l’unité. Cet effacement, la psychanalyse, précédée en cela par Schopenhauer, tentera bien d’y substituer ce misérable ersatz nommé « ça » mais l’amputation demeure, Pour compenser la perte de substance, on cherche plus que jamais l’impact sensoriel par le biais de ce qu’il ya de plus hideux et de plus puant.

  31. Falcophil says:

    Comme vous l’avez dit plus haut, l’attrait ^pour le laid a toujours existé mais je pense que jadis il servait plutôt de diversion et de délassement pour contrebalancer la fatigue d’avoir toujours à tendre vers le beau, le bon et le bien, il servait aussi d’antithèse pour mieux faire jaillir ces 3 données avec plus d’éclat.

    Au XIXème siècle quelque chose change. A partir des visions cauchemardesques de Goya, on voit la création s’engager dans un goût toujours plus grand pour le frénétique et l’ébranlement intérieur tant par l’excitation du nerf optique que par les coups opérés sur les tympans

    raina.jpg

    symptômes d’un retrait progressif de cette calme et imprenable profondeur opposant barrage aux forces convulsives de désagrégation. Gauguin devra partir très loin pour la retrouver chez les indigènes d’océanie

  32. Fidelis says:

    si le XIX ème siècle est si obsédé par le mythe de Faust c’est qu’un sentiment sourd de perte d’âme doit réellement traverser artistes et poètes.

    Je songe plus particulièrement à cet avatar faustien qu’est le portrait de Dorian Gray.

    En échange de l’invulnérabilité, le héros obtient que ce soit son portrait qui se détériore à sa place. La vie du héros se désagrège dans la débauche et le vice mais son corps demeure intact

    dor

    tandis que ce sont les formes de son portait qui coulent dans une fluidité de moisissure et de putréfaction.

    img627a.jpg

    Et pourtant Dorian Gray quoique éternellement beau reste cependant fasciné par la laideur de son portrait. Probablement parce qu’un sentiment d’évanescence interne doit le tarauder. Il est immortel mais est-il encore un homme ? la laideur de son portrait semble plus présente et moins fantomatique que l’éternité de son corps physique, éternité d’autant plus inconsistante qu’elle concerne un corps privé d’âme. La laideur du portrait reste peut-être le seul substitut permettant d’oublier la perte de substance. On n’a jamais aussi bien illustré que dans ce récit cette sorte de trinité inversée que constitue l’équation :

    « toute puissance-perte de substance-pourriture…… »

  33. Ichthus says:

    vous le dîtes vous même plus haut, l’homme n’a jamais été aussi fasciné par ses excréments parce qu’il n’a jamais été aussi imbu de lui-même.

  34. Fidelis says:

    Il faut rappeler à ce stade que l’intrigue du roman de Wilde se déroule vers la fin de la seconde moitié du XIXème siècle. Le romantisme survit de manière exacerbée au travers d’une quête effrénée de l’excitant dont un des Esseintes pourrait fort bien résumer tout l’esprit. Oscar Wilde appartenait d’ailleurs au courant décadentiste qui prônait précisément l’intensification de la sensation et auquel ne sont pas étrangers un Huysmans (de la première période) ou un Villiers de l’Isle-Adam voire encore la poésie sensuelle et paienne d’un Swinburne

    Rien d’étonnant donc à ce que Dorian Gray soit fasciné par la laideur de son portrait car en un certain sens il recule les conséquences de l’esthétique romantique qui dans sa quête de l’intensité vitale prise la laideur comme profusion de vie ainsi que le développe Hugo dans la préface de son Cromwell.

    Avec Dorian Gray s’ajoute en effet ce sentiment d’évanescence interne ne pouvant être contrecarré que par le choc nerveux donné par la laideur. Dorian Gray peut donc être aussi compris comme un certain aboutissement des héros de Byron, le Giaour, Lara, Childe Harold, poussant toujours plus loin le grisant et l’excès, apparence d’energie masquant le vide affreux de l’intériorité.

  35. Bab-One says:

    La scatologie ne serait donc qu’une forme de romantisme exacerbée ?

    c’est ce que tu veux dire ?

    Tu avoueras que c’est un peu tiré par les cheveux !!!!!!!

  36. Falcophil says:

    Tu l’as dit toi même , ce n’est qu’un aspect d’une fascination plus générale pour l’avilissement et la pourriture à laquelle l’esthétique du choc et de l’impact prisée par les romantiques n’est pas étrangère .

  37. Sophie says:

    Tes raccourcis sont tout de même simplistes ! Chez les meilleurs la littérature romantique était classique dans sa forme au travers de Hugo ou Vigny, nostalgique de l’antiquité chez Keats, Holderlin ou Leopardi . Hugo bien avant Nietzsche parlait déjà de la nécessité du chaos des instincts pour mettre en branle la force apollinienne qui donne ordre et cohésion

  38. Falcophil says:

    Quand je dis romantique ce serait en effet dans le mauvais sens du terme

  39. Sophie says:

    Ah ? Berlioz participe donc de ce mauvais sens ?

  40. Falcophil says:

    Au même titre que Victor Hugo quand il évoque sa lune blafarde aux yeux sinistres, ses gouffres amers à face livide « sous la broussaille horrible et les ronces grimpantes » qui « Contractent lentement leurs pieds noueux et noirs. »

  41. Clash says:

    On ne saurais trop te conseiller de visionner l’adaptation que sam Lewin a tiré du roman d’Oscar Wilde.

    Alors que le film nous plonge justement en plein kitsch hollywoodien avec ses éclairages académiques, ces visages lisses et veloutés, c’est alors le portrait défiguré qui soudain surgit dans tout ce décorum artificiel pour imposer la belle crudité vraie de la laideur.

    img627a.jpg

    Ce portarit c’ est la seule note de vigueur et d’intensité dans un film au style fade et convenu. Le paradoxe est qu’il est censé exprimer la damnation de Dorian Gray alors qu’il apporte une sorte de régénération par la laideur. Il apporte la vie là où on faisait semblant de vivre, la palpitation là où tout n’était peuplé que de vaporeux fantômes.(dont fait d’ailleurs également partie le Christ géant dans la pièce de castellucci où seul celui qui chie est celui qui vit!)

    On comprend alors beaucoup mieux ce que Picasso déjà nous avait appris. Le beau n’est trop souvent que le laid qui a pris l’apparence de l’attrayant, le laid n’étant, à contrario, que la beauté qui a pris l’apparence du répulsif.

  42. Ichthus says:

    Les types dans ton genre aiment la laideur comme les débauchés aiment qu’on leur pisse dessus, tout simplement parce qu’une perte d’intériorité vous amène à vouloir toujours plus de sensations fortes.

    Je me fais quant à moi une autre idée de l’art, celle notamment léguée par les grecs ou l’harmonie, la beauté, le respect de l’homme émergent de toutes parts. Il n’y a pas d’art sans une haute conception de l’homme. Cette haute conception , vous ne l’avez visiblement plus parce que la seule chose vers laquelle tendent vos esprits affaiblis c’est l’excrément et la boue.
    Il est dit: « L’être est plus que la nourriture et le corps que le vêtement » ( Luc XII, 13)
    Mais à ramener l’être à la nourriture et le corps au vêtement, je ne suis plus en puissance que tas de hardes et de merde.

     

  43. Sophie says:

     » le laid n’étant, à contrario, que la beauté qui a pris l’apparence du répulsif. »

    Se pose alors la question de savoir si la scatologie de Castellucci ne serait pas effectivement une métaphore de l’incarnation bien plus subtile que ce que laisse entendre l’auteur du billet. En ce sens on pourrait parler avec saint Augustin de la laideur du Christ qui redonne forme….

  44. Ichthus says:

    La forme et quelle forme ? Celle d’une crotte ? Cela peut plaire à un Clash mais dans son cas, il ne s’agit pas de résurrection mais bien plutôt de coprophagie.
     

  45. Clash says:

    Quel toccard ce mec !

    Va t’en plutôt visionner le film dont je parle eh Ducon plutôt que de dire n’importe quoi !

    73219506559461.jpeg

    Art dégénéré d’un côté , Arno Brecker de l’autre, on connaît la chanson !

    L’art grec que tu prises, c’est justement la beauté fade et lisse et sans vie de Dorian Gray.

    dorian-gray.jpeg

    Ce pauvre type obtient l’éternité de sa bobine chiante à mourir et en échange c’est son portrait qui prend vie.

    img627a1.jpg

    Compare donc les deux portrait,
    classicisme exsangue d’un côté, pulsion vitale de l’autre, je revendique la seconde, t’es que la momie tout juste bonne pour la première….

  46. Fidelis says:

    Je comprends surtout que pour vous la pulsion vitale réside dans la pourriture et la déjection. Tout comme le vin qui là encore n’est pour vous qu’une matière n’ayant pour destinée finale que de se déverser dans les lieux d’aisances, alors qu’il est aussi pour nous autres un liquide coulant non comme liquéfaction mais comme source divine.Pouvez-vous connaître une autre forme de pain devenant autre chose que votre digestion et votre excrément ? ( C’est à dire rapportée à autre chose qu’aux opérations mécaniques et physiologiques de votre corps ?) Nous autres oui, nous appelons cela « Eucharistie »

  47. Bab-One says:

    La pièce de Castellucci c’est un peu du Dorian Gray inversé. Ce n’est plus la beauté froide et sans vie regardant la chaleur de vie mais la chaleur de vie face à la beauté froide et sans vie.

  48. Thierry says:

    Serait-ce encore et toujours cette impossible symbiose entre le bruit du vent dans les feuillages au dessus de la statue bien figée sur son socle de pierre ?

  49. Bab-One says:

    Pour faire plus simple et plus court, disons plutôt impossible union entre amour et raison.

  50. Clash says:

    Ce que tu donnes à la raison est d’autant moins que tu donnes à l’amour. Comme disait Breton est ses amis surrealistes, l’amour est fou où il n’est pas. Ainsi que la beauté d’ailleurs. mais amour et beauté ne sont pas pour les sous-merde etraces affaiblies auquelles appartiennent Hic-Tousse, Fidelbite et Falconnard et qui auraient plutôt besoin de naphtaline ainsi que les vieilles frusques dans les armoires ( Quoique ils sont déjà depuis longtemps bouffés par les mites!)

  51. Bab-One says:

    Je ne comprends pas comment tu peux parler d’amour tout en ayant toujours le coeur aussi rempli de fiel ainsi que toujours le mot de Cambronne aux lèvres !

  52. Clash says:

    La merde et l’amour c’est pas contradictoire… La force de l’amour se mesure à l’aune de la merde. Commele fils de l’incontinent de la performance de Catellucci, j’ai assisté jusqu’au bout ma mère qui est morte dans sa merde. Dieu était impuissant, Dieu s’en fouttait, Dieu regardait ailleurs, comme le christ muet d’Antonello de Messine, il était figé dans le silence du mirage.
    .Mais c’était quand même moi le plus fort et le plus puissant puisque jusqu’au bout malgré la merde, j’ai continué d’aimer. Malgré la merde, j’ai continué d’aimer. C’était de la folie mais c’est bien ^pourquoi le véritable amour est un amour fou. J’ai accepté que ma mère s’en aille et je ne l’en aimais que plus fortement. Et tout ça malgré la merde. Peut-être même grâce à la merde. C’est quoi finalement la merde ? Le signe du contingent et de l’éphémère. La trace de ce qui est pas+sé. La trace de ce qui aimait. La trace du véritable amour. Aimer c’est accepter la merde puisque c’est accepter notre destinée de décomposition. Vouloir l’éternité c’est forcément tomber dans le dogmatisme puisque c’est vouloir le durable, le certain, ce qui n’es jamais remis en cause par ce qui pourtant ne cesse de changer parce que ça ne cesse pas de vivre. Le do3gmatisme du fondamentaliste c’est l’absnece de pensée de celui qui a cessé d’aimer parce qu’il a cessé de vivre. Et seulh nous autres humains sommes capables d’aimer puisque nous seuls avons à aimer malgré la merde. Dieu ne peut pas aimer puisque Dieu ça chie pas et que ça ne connaîttra donc jamais rien de ce que nous connaissons nous autres les humains quand nous aimons dans la merde des autres et finissons par mourir dans la notre.

  53. Fidelis says:

    Les propos assez décousus de cette intervention laissent entrevoir une nouvelle interprétation possible de la « performance ». celle d’une séparation entre une foi fondée sur le pur sentiment d’une part, et, d’autre part, une dimension de rationalité froide et objective (Dont le Christ géant serait l’image). Castelluci le rappelle d’ailleurs très bien lorsqu’il souligne que la foi serait « à mille lieux de l’idéologie ». Suivant cette optique, l’intelligence ne mènerait à rien quant aux réalités visées par la foi. L’homme ne peut dès lors que pleurer, se révolter et se débattre tout en restant dans sa m…., cette matière pouvant très bien représenter le subjectivisme exacerbé ne permettant plus d’appréhender la rigueur dogmatique, de plus en plus ressentie comme insupportable. Finalement ce « concept du visage… », c’est un peu une nouvelle version de théologie luthérienne, sauf qu’ici on n’a plus vraiment la foi, tout juste un peu de nostalgie pour ce qui est désormais hors d’atteinte…

  54. Bab-One says:

    ce que veut peut-être signifier le concept du visage, c’est que la transcendance de Dieu est telle qu’il en devient inaccessible.

  55. Thierry says:

    Ce qui rend plus insane encore le dogme de l’incarnation puisqu’il procède d’une déraison qui en tant que méconnaissance de la vraie transcendance résulte d’une défaillance humaine et non d’une initiative divine.

  56. Falcophil says:

    Si cela est insane, cela ruine alors tout le monothéisme puisque l’homme devient dès lors le seul capable d’imaginer, de vouloir et de concrétiser un amour fou que Dieu serait impuissant ou se refuserait à mettre en oeuvre.

  57. Thierry says:

    T’es qui pour dire à Dieu ce qu’il doit faire ?

  58. Falcophil says:

    Ta remarque dénote le même genre de contradiction que l’on trouve chez le musulman qui ,au motif de l’extrême transcendance d’ Allah, veut affirmer le caractère insensé du dogme de l’incarnation et ne fait pourtant par là même que prétendre réduire Dieu aux normes de la raison humaine.

    Je voulais pour ma part suggérer simplement cette idée qu’imaginer un Dieu qui s’abaisse tout en ne cessant d’être Dieu nous rend quelque part supérieur au dieu qui ne veut ou ne peut s’abaisser

  59. Mimosa says:

    Ça me fait penser au final du poème sur le désastre de Lisbonne :

    « Je t’apporte, ô seul roi, seul être illimité,
    Tout ce que tu n’as pas dans ton immensité,
    Les défauts, les regrets, les maux, et l’ignorance.

    Ce que pourrait suggérer Castellucci à la suite de Voltaire, c’est que l’homme est finalement supérieur à cette chimère de toute puissance nommée Dieu, précisément parce qu’il est faible, parce qu’il pleure, parce qu’il se révolte, parce que du fait de ses défaillances présentes , il a des attentes pour le futur. L’homme seul peut espérer, grandir, croître, devenir toujours davantage meilleur. Que peut attendre Dieu ? Rien puisqu’il est la plénitude. Que peut espérer le Christ géant d’ Antonello ? Rien puisqu’il, apparaît comme figé dans sa perfection. On croit qu’il nous regarde mais qu’on soit attentif à son regard et on verra que ses yeux se perdent en fait dans le vide. La toute puissance de Dieu, c’est finalement le signe le plus magistral de ce qu’il n’est rien. Dieu ne peut être Dieu puisqu’il lui manque précisément le manque. L’homme est riche de ses manques au contraire de Dieu qui est plutôt vide à cause de ses pleins.

  60. Falcophil says:

    Ce que tu dis là est caractéristique du nominalisme qui n’aboutit qu’à la dislocation ou à l’éclatement du singulier pour ne voir qu’illusion de l’universel. Tu nous dis en parlant de l’homme que « lui seul peut espérer, grandir, croître, devenir toujours davantage meilleur. » Mais que signifie devenir meilleur sans le cadre général de la plénitude du bien ? Meilleur et pire se déploient en effet sur un horizon de totalité et ne se conçoivent qu’en référence à une pleine réalité non plus en puissance mais en acte, réalité dont nous avons l’intuition (la « pré-compréhension « dirait karl Rahner) et vers laquelle nous tendons plus ou moins puisque n’importe qui d’un tant soit peu sain mentalement conviendra que le meilleur est préférable au pire. Dans le billet nous avons évoqué l’erreur nominaliste dont l’existentialisme sartrien est l’héritier, en citant un passage d’Etienne Gilson tiré de  » L’Être et l’essence ».

  61. Thierry says:

    L’un est puissant, éternel et il sait tout, l’autre est faible, mortel et ne sait pas grand chose. Si je me rapproche de l’un , je m’éloigne de l’autre et vice-versa. La distance de l’un à l’autre est infranchissable. Epicure, je crois, atteignait la vraie sagesse lorsqu’il disait que dans l’ici bas de notre immanence, il n’y avait pas à s’occuper de la divinité puisque celle-ci ne pouvait s’occuper de nous dans le lointain de sa transcendance.

  62. Falcophil says:

    Si la « performance » nous ramène à l’impasse existentialiste c’est précisément de par la logique d’une mise en scène où nous voyons le visage de l’universel ( qui n’est qu’une impalpable projection de photon)

    concetto

    complètement séparé du visage de l’individu ( qui disparait dans les miasmes de ses viscères).

    concetto

    L’auteur qui peut être sent quelque part l’insurmontable hiatus tente d’y remédier en prétextant maladroitement un symbolisme de l’incarnation. Ce symbolisme échoue cependant à rendre ce qu’il veut dire puisqu’il n’aboutit qu’à montrer l’homme se vidant, ce qui ne peut être une image correcte de l’incarnation mais relèverait davantage d’une représentation plus adéquate d’un individualisme existentialiste dont le sort doit tôt ou tard porter à l’éclatement des limites (Et donc au dégorgement du viscéral) du fait de n’être plus inséré dans les formes de la substance et les bornes qui lui sont inhérentes..

  63. Mimosa says:

    Merci à Thierry d’avoir complété mon premier compmentaire sur la pièce de Castellucci ,  :

    « …on n’a jamais mis en scène de manière aussi simple et aussi efficace le problème de Dieu qui se tait face à la réalité du mal. »

    Et au fond de toi même tu sais que j’ai raison.

    Pour ma part, je fais moi aussi intervenir Epicure en ajoutant à tout cela son dilemme trop célèbtre mais qu’on ne se lasse pas de répéter:

    «  Soit il ne peut intervenir et en ce cas il n’est pas tout puissant, soit il le peut mais il ne le veut pas et dans ce cas, il n’est pas aimant, dans chacun des cas, il lui manque donc l’un des 2 attributs essentiels de la plénitude divine, la toute puissance et l’amour.. »

    Encore Epicure n’avait-il pas connu Auschwitz !

  64. Sophie says:

    le « Concept du visage du fils de Dieu »  pourrait nous inviter à réfléchir davantage sur « le concept de Dieu après Auschwitz ».

  65. Falcophil says:

    Je t’invite à développer puisque tu as pas mal médité Hans Jonas et je doute par ailleurs que Thierry et Mimosa aient lu le livre….

    Conceptauch

  66. Bab-One says:

    Moi non plus je ne l’ai pas lu ce livre mais son titre me fait précisément songé à cette impossibilité de concilier la tension vers l’infini avec la chute dans le néant. a moins que ce ne soit hélas que trop conciliable! Si Dieu vient vers nous, il doit forcément chuter dans le néant tandis que nous-même ne pouvons tendre vers l’infini sans faire éclater nos limites!

  67. Mimosa says:

    Castellucci atteint ici le coeur de la difficulté, si Dieu veut nous rejoindre, il ne peut le faire qu’en se vidant de sa substance divine. C’est bien ce qui dit l’Evangile non ? Dieu doit se vider de lui même pour s’incarner.Dieu doit se vider pour que la terre se remplisse. L’Eucharistie exprime bien l’anéantissement du verbe dans la fragile présence du pain et du vin..

  68. Fidelis says:

     » Dieu doit se vider pour que la terre se remplisse.  »

    Mais se remplisse de quoi au juste ?

  69. Falcophil says:

    La réponse est évidente : de l’homme, ce qui sans doute est le meilleur moyen pour la vider.

    Concernant les propos de Mimosa sur l’eucharistie, on se contentera de lui rappeler qu’anéantir signifie envoyer dans le rien. Si le verbe est tombé dans le rien comment explique t-elle la régénération par la joie et l’espoir qui ont suivi la mise au tombeau ? La foi aurait dû mourir quand le grand noir se fit, après que la grande pierre fut roulée.

  70. Mimosa says:

    Ah oui ! J’avais oublié qu’aujourd’hui le Christ est ressuscité ! Non mais franchement tu y crois vraiment ?!?!?!?!.

  71. Falcophil says:

    Pâques, pour la plupart, n’est rien d’autre qu’une occasion de se goinfrer de chocolat , de rouler à 100 km/h sur une autoroute ou de paresser au lit un lundi matin et ce sont pourtant ces mêmes gens qui vont me prendre pour un imbécile parce que cela signifie pour moi bien autre chose.

  72. Mimosa says:

    Je ne suis pas sur’autoroute à faire du 100 km/h, je suis simplement chez moi, non à me gaver de chocolat mais en train de cultiver mon potager. Mais je ne t’en crois pas moins effectivement imbécile de croire à ces choses

  73. Falcophil says:

    ta répartie n’est pas nouvelle, elle est aussi vieille que le christianisme:

    « Lorsqu’ils entendirent parler de résurrection des morts, les uns se moquèrent, et les autres dirent: Nous t’entendrons là-dessus une autre fois; Ainsi Paul se retira du milieu d’eux. quelques-uns néanmoins s’attachèrent à lui et crurent… »
    ( Actes : 17-32)

    Il n’est cependant pas si mal que tu veuilles rester loin des saloperies du système. Quelque chose te manque cependant. Permets moi de proposer ceci à ta méditation :

    img375
    ( R.L. Bruckberger : l’Histoire de Jésus-Christ édition DMM: page 518)

  74. Thierry says:

    La vie éternelle ?
    Je m’emmerde déjà !
    Mais je reconnais qu’il faut une certaine dose de courage pour envisager tranquillement la perspective d’un tel abîme d’ennui !

  75. Falcophil says:

    Qui t’a dit que je l’envisageais « tranquillement » ?

  76. Ichthus says:

    On pourrait voir dans cette « performance » cette signification parmi d’ autre, suivant laquelle: l’homme de la tradition représenté par le Christ d’Antonello de Messine serait en droit de nous dire,  » Toi, l’homme du XXIème siècle, tu te juges supérieur à tes ancêtres par tes prouesses techniques et tes inventions et pourtant, tu ne sembles voir en toi rien d’autres que fientes et déjections. L Les mythologies de jadis étaient peuplées de héros et de guerriers, aujourd’hui nous avons les romans gorgés de petits égos minables rabattus sur leurs bas ventres et leurs peines de coeur. L’homme d’Homère affrontait les forces surnaturelles, l’homme de Houellebecq est avant tout préoccupé par la taille de sa bite. Rappelons que le roman moderne commence avec Don Quichotte, parodie de chevalerie et que Cioran disait de l’homme moderne que c’était Hamlet tourmenté par son compte en banque. De sa déchéance, Job peut tirer un chant poétique et tente malgré tout d’embrasser l’infini, on peut même encore trouver de beaux textes chez un Cioran mais de cette même déchéance l’homme post- moderne , si on en juge par cette « performance » ne dépasse pas beaucoup la tautologie de la pourriture.Le héros tu l’as remplacé par l’homme limace de Beckett, par l’homme charogne de Bacon, par l’homme caca de Castellucci versions dérisoires de l’homo économicus qui met l’ordinanthrope à la place du pithécanthrope. Castellucci nous dit que l’homme qui défèque est une métaphore de la perte de substance: Qu’est ce à dire ? que ma substance n’est que de la merde, ce qui serait dans l’air du temps où l’on ne voit que le fleuve qui s’écoule sans songer au li-t qui le porte et le soutient. « Cela entre d’un côté , cela sort de l’autre » dit l’Evangile, » mais toi tu es plus grand que cela »- ajoute t-il implicitement.. La prémisse posée par Cloaca n’est dans un premier temps pas différente, effectivement, cela sort d’un côté après être rentré d’un autre, seule la conclusion diverge, car ce que nous dit la cloaca de Delwoye c’est que désormais, une fois évacuée la substance fécale, ce qui reste , c’est une mécanique:

  77. Mimosa says:

    Le décors anonyme et dépouillé de la pièce de Castellucci rappelle peut-être un peu les décors minimalistes de Bacon mais sûrement, plus encore, le style scénique de Beckett. mais de même que tu n’as pas compris la pièce de Castellucci , tu ne sembles pas avoir davantage compris ce qu’a voulu dire Beckett. Dans l’oeuvre de l’irlandais, il faut en passer d’abord par le ver de « Comment c’est… » qui rampe dans la boue pour en venir à la grande sérénité zen des derniers textes comme « Compagnie » ou « Mal vu, mal dit ». C’est en ce sens que je peux accepter cette image de Saint Augustin sur la laideur qui redonne forme. S’accepter comme une crotte pour en tirer une forme nouvelle, c’est en effet tout l’enseignement que la modernité pourrait encore tirer de l’image christique.

  78. Fidelis says:

    Reste à nous montrer quelle forme nouvelle vous pourriez tirer de l’anéantissement. Si quelque chose renaît, c’est bien que rien n’est anéanti, que de l’être subsiste et que nous sommes capable d’en proposer un vision nouvelle. mais l’être en tant que principe in-formant, ne meurt jamais, cela demeure, latent, toujours prêt à rejaillir.

  79. Mimosa says:

    Schopenhauer appelait ça « volonté ».

  80. Fidelis says:

    Ce qui revenait à prendre le cours pour la source

  81. Falcophil says:

    Que cela soit révélateur d’un certain travers du monde moderne n’est que trop démontré par cette mauvaise compréhension de l’eucharistie dont fait preuve Mimosa (Allant d’ailleurs de paire avec cette même acception erronée de la kénose dont fait preuve castellucci) car l’eucharistie n’exprime pas l’ anéantissement du verbe mais bien sa présence subtile et cachée sous les espèces. Il est sans doute plus facile ( Et peut-être aussi plus excitant) de montrer une réalité qui se vide que de montrer une réalité qui se cache. Dans le 1er cas il suffit de jouer d’effets visuels, dans le second, il faut redoubler de finesses en suggérant l’invisible.

  82. Mimosa says:

    Les espèces sont quand même destinées à être détruites par la manducation

  83. Fidelis says:

    Je ne détruis que de la farine mais pas ce qui est caché derrière l’apparence. Tu détruis le pain que tu manges mais il n’en subsiste pas moins en toi d’une autre manière et son effet bénéfique continue d’agir dans ton organisme après que tes dents l’aient broyé. Evidemment, dans un contexte qui peine à dépasser le plaisir du ventre, je conviens que la métaphore risque de n’avoir que fort peu d’impact.

  84. Clash says:

    La farine c’est de la farine, et tôt ou tard ça devient de la merde qui pue et face à ce qui pue, la réalité de ta substance ne pèse pas lourd ! Entre l’homme avec sa merde qui pue et Dieu qui n’a pas d’odeur, je ne vois pas où se trouve le point de rencontre. La merde du Christ devait puer comme celle de nous autres non ? Comment oseras-tu après ça dire que le Christ est Dieu ?

  85. Ichthus says:

    je ne comprends pas comment tu acceptes sans réagir qu’on déverse chez toi tant d’immondices !

  86. Falcophil says:

    Si je ne devais accepter que les propos qui ne me dérangent pas, le site y perdrait beaucoup en intérêt ainsi qu’en contenu.

  87. Mimosa says:

    Il n’est effectivement pas besoin d’être aussi vulgaire pour dire ce à propos de quoi certains d’entre nous sont d’accord et que démontre Castellucci de manière simple et magistrale, l’impossible conciliation entre la vérité subjective et l’image de l’universel qui n’est plus que mirage impalpable.
    Efforçons-nous plutôt de juxtaposer les différences dans la beauté du cosmopolitisme et du multiculturalisme. Le seul universel, c’est le métissage et la diversité, le seul universel, c’est là où ne réside pas l’unique mais là où s’impose le pluriel, la paix ne peut que passer par là. L’universel c’est le super marché où nous avons ici du Casher, ailleurs du Hallal, ailleurs encore des crèches de Noël ou des oeufs de Pâques. Je ne vois pas pourquoi il faudrait toujours dénigrer la grande distribution, c’est une école de tolérance, La paix doit aussi en passer par Carrefour.

    Et puis Sois plutôt toi même l’idée grandiose qu’ a forgé ton intellect plutôt que de te contenter de représenter cette idée par un portrait fût-il conçu par un peintre génial! . L’homme a désormais les moyens de devenir cette réalité qu’autrefois il ne pouvait que se contenter de représenter approximativement par la peinture ou la sculpture. . Le péché n’est plus de croquer dans la pomme mais bien au contraire de refuser de la dévorer jusqu’au trognon!

  88. Clash says:

    Les véritables larves ce ne sont pas les personnages de Beckett mais bien plutôt les abrutis de cathos intégristes qui tiennent ce site et qui croient encore dur comme fer à l’histoire d’un type qu’on a vu encore vivant 3 jours après sa mort !!! ( On y croit encore à l’ère de l’atome !) Ma leçon de courage, je la tire plutôt de Francis Bacon, chez qui on trouve comme une dignité stoïque de ses personnages qui acceptent sereinement leur état de charogne imminente.

  89. Mimosa says:

    Il est en tout cas plus que discutable de soutenir que les spectacles modernes n’offrent plus de héros, le cinéma est au contraire plein d’exemples de ces héros, guerriers , soldats, cow-boys et autres flics sachant où est leur devoir et capables de se sacrifier pour une cause qui les dépasse.

    L’homme avili du théâtre de l(absurde est peut être un avatar du héros insipide à la Frédéric Moreau mais sachons ne pas confondre ce qui peut correspondre à un aspect du nihilisme décadent d’une certaine partie de l’Europe actuelle avec la totalité de la modernité occidentale. Effectivement, aux côtés du blanc dégénéré de Faulkner, on peut très bien trouver l’homme combatif d’Hémingway ! La performance de Castellucci ne montre d’ailleurs pas que l’homme déchu, sali de ses déjections, mais aussi l’homme debout et révolté, au travers d’un groupe d’enfants ( symbole de l’humanité nouvelle ?) qui jettent des grenades sur le visage du Christ en criant : « Tu n’es pas mon berger » !

  90. Fidelis says:

     » le cinéma est plein d’exemples de ces héros, guerriers , soldats, cow boys et autres flics sachant où est leur devoir et capable de se sacrifier pour une cause qui les dépasse. »

    Ce à quoi je voudrais répondre que le héros dans son acception bien comprise devrait être entendu comme un « type », un « modèle » et du fait que le type ou le modèle de par son caractère de généralité transcende les individualités, on pourrait légitimement se demander quelle serait la consistance d’un tel archétype dans un contexte comme le notre où s’ expriment avant tout des subjectivités dont le premier des impératifs est de se « lâcher ». Comment pourrait-il exister de vrai modèle si la mode est à une spontanéité ne retenant pour seule valeur que l’expression de ce que l’individu à d’unique ?

    Il est d’ailleurs assez curieux que le mot « héros » soit proféré par une personne interprétant une « performance » comme l’impossible conciliation entre la vérité subjective (en l’occurrence symbolisée par l’incontinence méphitique) et l’image de l’universel qui n’est plus que mirage impalpable.

    Notre temps est moins celui du héros que celui de la fantaisie car le modèle n’est pas tant celui dont la vie veut incarner une certaine essence de l’homme que celui exprimant la plus forte originalité.
    Le modèle, c’est Rousseau dont les premiers mots des confessions proclament que: « si je ne vaux pas mieux au moins je suis autre », ce qui autrement dit, signifierait que la médiocrité est bonne dès lors qu’elle m’est personnelle. A noter que si 13 siècles plus tôt, Saint Augustin commence lui aussi ses confessions par l’évocation de sa médiocrité, ce n’est cependant pas pour se consoler à l’idée que du moins elle est « autre » mais plutôt pour n’en aspirer que plus ardemment à ce tout autre que malgré tout cette médiocrité porte en elle.

    Le modèle, c’est l’urinoir de Duchamp dont le but n’est plus l’expression personnelle d’une essence de l’art mais plutôt de manifester audace, ironie, provocation, défi, anti-conformisme, déconstruction et pieds de nez.
    C’est là le surhomme me dira t-on, celui dont l’ego constitue le seul et unique soubassement de la valeur qu’il pose.

    . Oui, je sais, j’ai moi aussi été jeune lycéen, j’ai moi aussi noté dans mes cahiers d’alors certaines formules telles que

    « La vérité est la conséqunce d’une illusion, il faut estimer plus haut la force plastique, constructive, inventive » (Volonté de puissance)

    ou encore

    « J’aime ceux qui n’ont pas besoin de chercher par-delà les étoiles une raison de perir et de se sacrifier mais qui s’immolent à la terre, afin que la terre soit un jour l’emprire du Surhumain » (Ainsi parlait Zarathoustra

    formules devenues des niaiseries dans la bouche de la plupart après n’avoir été que des sophismes dans la tête de quelques-uns.

    Car enfin, n’y a t-il pas contradiction à parler du surhumain en terme si générique alors que dans une telle optique celui-ci relève d’une pensée contestant toute généralité en tant qu’ elle appelle à la juxtaposition des seuls particularismes créateurs ? Si l’on ne doit estimer que la « Force plastique », on voit mal ce qu’une surhumanité pourrait avoir de viable a moins de reconnaître qu’ elle devrait encore se plier à des principes généraux, ce qui dès lors conduirait à ne plus priser par dessus-tout la force plastique. Je peux bâtir une demeure au surhomme, jamais je ne bâtirai de ville autour de lui, tout au plus aurai-je un hameau constitué de demeures isolées. N’est-il pas contestable de parler d’une pensée voulant rassembler et unir en une seule chose ce qui est énigme et fragment alors que le surhomme ne peut qu’accentuer mon état de fragment et d’énigme ? Il peut y avoir plusieurs surhommes, ils ne seront guère plus que la persistance de fragments singuliers entretenant plus encore la sourde nostalgie de l’unité perdue. Dire « surhomme « , c’est en fait ne rien dire car c’est sortir de l’essence humaine et donc basculer dans un néant dont il n’ y a rien à dire si ce n’est à exalter le fauve solitaire qui tourne en rond derrière les barreaux de sa cage. On trouve bien là l’outrance propre à notre époque qui incapable d’intuitionner l’infini dans le circonscrit ne pense qu’à faire éclater limites, frontières et « dead line ».
    . Exaltant son père comme un modèle, Hamlet ne dit pas que c’était un surhomme, il dit simplement que c’était un homme et que c’est là tout ce qu’il faut dire.

    Les temps de jadis ont donné des modèle plus équilibrés de « surhumanité » non parce qu’ils tendaient vers le surhomme mais parce qu’ils aspiraient ni plus ni moins à l’homme, entendons l’homme unifié, saisi dans la synthèse de ses composantes opposées. Héros d’épopée homérique, prophète biblique ou chevalier du moyen-âge, les types humains des sociétés d ‘autrefois constituent des points de jonction entre ciel et terre où se conjuguent le singulier et l’universel, le profane et sacré tandis que sur le seul plan horizontal ils aspirent à la complétude par la complémentarité des antinomies humaines. En eux se trouve conjointes la distance et la proximité,la dureté et la générosité ( Principes généraux minimums constituant déjà le surhomme évoqué plus haut. )En eux la force combative se veut inséparable de la délicatesses ce qui fait qu’il s’y trouve toujours du guerrier voulant rejoindre le poète, de l’homme d’action qui se veut contemplatif. Chez le héros grec, la force est tempérée par l’esthétique du geste et par la dextérité de l’acte.

    L’action physique s’y trouve mêlée de beauté plastique comme la puissance s’y trouve imprégnée d’agilité. Achille tient de la lune et du lion, il fusionne lenteur et vitesse, on y admire la vigueur et la célérité d’une force qui pourtant se meut aussi posément qu’un corps céleste:

    « Tel l’astre qui s’avance au milieu d’autres astres au plus fort de la nuit, telle luisait la lance bien aiguisée qu’Achille brandissait de sa droite, en méditant la perte du divin Hector ».
    ( Illiade XXII)

    Certes, Homère, chante une colère, il parle d’un déséquilibre, mais il nous suggère aussi que pour accéder au statut de héros la force et le courage ne suffisent pas si la rancoeur n’est pas surmontée par la réconciliation et la pitié.

    Le prophète biblique quant à lui coule dans son poème le combat qu’il mène contre le monde et ses idoles, le samouraï joue du sabre en écoutant le vétérans et ses sentences murmurées « sous les feuillages ». Bertrand de Born, Wolfram Von Eschenbach, Hartman von Aue, Rudolf Von Ems, autant de noms parmi d’autres montrant combien le guerrier chrétien pouvait également aspirer à la création poétique et c’est avec une maladresse pathétique qu’un Don Quichotte tente de pérenniser cet idéal de la chevalerie médiévale en un temps où il se meurt car ce temps est maintenant celui du spécialiste qui par sa technique n’a désormais pour ambition que la maîtrise et la manipulation de tel ou tel morceau du monde. S’il n’y eut guère dans tout le Moyen Age qu’un seul roi comme Saint Louis, il n’en fut pas moins un modèle (probablement, entre autres, aux yeux d’une Jeanne d’ Arc), alliant politique et sainteté, l’esprit du mystique à l’esprit du combattant alors même que le chef d’état d’aujourd’hui n’a quant à lui pour référence que le meilleur technicien qui saura juguler l’inflation et relancer la croissance.

    . N’en déplaise à Mimosa, le cinéma ne conserve que les bribes de ces idéaux afférents à ces hommes de synthèse.

    Certes de grands films nous présentent toujours de ces hommes d’honneur et de loyauté mais non plus tellement comme des modèles incarnant les aspirations d’une collectivités mais plutôt comme des cas isolés voire des anomalies dans un système où ils n’ont plus leur place.

    Un film comme Troie nous donne certes encore l’ héroïsme au combat mais les dieux étant absents, il ne reste dès lors plus grand chose du héros grec par qui les affaires humaines étaient imprègnées de sacré.

    Un film comme « Gran Torino » , nous présente certes toujours celui qui en effet ne cherche pas au delà des étoiles les bonnes raisons pour se sacrifier

    Il est à lui-même son propre sauveur, c’est de son seul sacrifice que découle le rachat mais se sacrifier pour quoi au juste ?permettre à celui que l’on sauve de rouler dans une merveille mécanique pour la plus grande gloire de la technologie made in USA ? C’est du moins ce que semblerait suggérer la fin du film.

    Pourrait-on d’ailleurs trouver encore de ces types humains avec l’avènement de la technique ? Eschyle méprisait déjà les archers qui tuaient à distance sans trop exposer leur vie. Avec l’avènement de l’artillerie, que restera t-il de cet idéal d’homme complet qu’était plus ou mois susceptible d’incarner la chevalerie ? On sait qu’aux batailles de Poitier et d’Azincourt, c’est par la flèche et le canon que le technicien eut raison du chevalier, un film avec Tom Cruise nous raconte qu’il en fut de même pour le samouraï . La guerre avec le sabre était art de vivre et de mourir, avec la technique elle tendra toujours plus vers l’art de manier la télécommande.

    Dès lors, le guerrier n’est plus très loin de la mécanique, son entraînement n’est que l’art de fabriquer une machine à tuer car ce qui est humain entravant la technique et la guerre moderne devenant pleinement technique , elle ne peut que vous retirer toute humanité. Symptomatique à cet égard la vulgarité du langage fort loin de cet aphorisme que l’hagakuré adresse au samouraï et voulant que le mot soit la fleurs du coeur. Certains japonais ne sont pas eux-aussi sans exprimer quelque dégoût à l’égard d’un monde où l’on ne lit plus l’Hagakuré, la force du samouraï ayant fait place à la sordide sauvagerie du Yakusa.

    Le « dernier samouraï » est d’ailleurs une confontation de 2 types de héros, celui de la tradition synthétisant les différentes qualités humaines, le héros moderne ne faisant plus office de modèle mais plutôt de divertissements par quelques qualités exceptionnelles. Le héros moderne est un phénomène que l’on exhibe sur un tréteau de foire alors qu’il faut désormais s’enfoncer loin dans quelques vallées perdues pour trouver le héros du temps d’avant..Il faut rappeler de quelle manière dramatique un Mishima vécut cette contradiction entre l’homme synthèse propre à la tradition, et l’homme d’aujourd’hui n’intéressant la modernité que s’il possède un savoir faire particulier propre à faire de lui un amuseur public

    Abandonner le temps des dieux et des héros pour le temps des hommes, Gianbattista Vico y voyait un progrès, difficile pourtant d’ évaluer tout ce que l’on perd au regard de ce que l’on gagne, le philosophe napolitain reconnaissant lui-même que le temps des hommes était amorce de déliquescence.

    Synthèse hors d’atteinte, unité à laquelle on ne songe désormais plus, fusion dorénavant impossible entre réalités antagonistes, c’est bien ce même problème que nous retrouvons dans cette pièce de Castellucci suggérant qu’il n’y a plus de passerelle entre ciel et terre, entre l’universel et le particulier.

    Il est dit plus haut que l’homme ne peut tendre vers l’infini sans éclater à l’intérieur de ses limites mais on ne voit pas vraiment que si je tend vers l’infini c’est que celui-ci est entré en moi malgré mes limites ce qui voudrait alors suggérer qu’on ne peut entrevoir l’infini que si l’on pose des limites car à ne vouloir point poser de limites ce n’est pas l’infini que l’on voit mais le caractère fort limité d’un moi gorgé d’ extravangances et de caprices .

    Cette froideur de la grande image christique (si froide au regard de l’original si petit mais si chaud) pourrait en fait symboliser le concept, le concept d’homme devenu désormais insaisissable (Pilate a dit voilà l’homme en voyant le Christ, 2000 ans plus tard, Francis Bacon a dit voilà l’homme en voyant une crotte) .

    En ce sens nous pourrions voir dans la « performance » un sens nouveau, celui d’une réalité qui se désagrège, qui coule et nous échappe, faute de pouvoir être saisie par le concept ainsi que celui d’un concept devenu exsangue faute de s’être incarné dans le réel.. Froideur objective d’un côté, épanchement malséant de l’autre, métaphores d’un concept coupé de l’expérience d’où un concept devenu vapeur et buée accompagnant le sentiment d’une expérience chaotique, fuyante et liquéfiée, la prestation de M. Castellucci est finalement fort représentative de cette fissure inscrite au coeur de l’âme moderne.

    Homme disloqué, disjoint, fendu et pourfendu, s’il fallait absolument que notre époque fût représentée par un archétype, alors j’irais le chercher plutôt dans un roman d’Italo Calvino narrant la curieuse aventure d’un homme qui fut coupé en deux !

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